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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 19:45

Coup de gueule à l'adresse de ceux qui se montrent prompts à amalgamer, à stigmatiser, à caricaturer, à opposer un « nous » autocentré et ethnocentrique à un « eux » exclu du simple fait de ses origines, ses croyances ou sa culture.

 

Ne vous fiez en aucun cas aux divagations hallucinées des « commentateurs » du Web : l’islamophobie n’a rien, vraiment rien, d’une tarte à la crème. Y croire, c’est se laisser bercer par la douce symphonie des illusions. C’est succomber au bagou populiste des ethnocentristes refoulés – et il y en a des tonnes, croyez-moi. Beaucoup, sur la Toile (et ailleurs), en sont encore à défendre l’idée que le racisme et la xénophobie ont tout de phénomènes largement fantasmés. Pis, en bons marchands de sable, ils avancent sans broncher que les musulmans se « victimisent » volontiers pour mieux servir leurs intérêts – forcément sournois, cela s’entend. L’usine à clichés tourne en réalité à plein régime. Il faut dire que la clientèle, déjà bien abrutie par TF1 et RTL, s’est en outre délestée des journaux – chronophages et inutiles –, des bouquins – poussiéreux et encombrants – et même, parfois, de toute instruction digne de ce nom – sans doute à la fois chronophage, inutile, poussiéreuse et encombrante. Aussi, les aveugles, du Web ou d’ailleurs, abreuvés jusqu’à plus soif de lieux communs, non contents de porter des œillères de la taille d’un porte-avions, voient la communauté musulmane d’un mauvais œil et à travers le prisme – clinquant – de la différenciation culturelle. Résultat : l’image, déformée comme s’il s’agissait de pâte à modeler, d’une nébuleuse cherchant à tout prix à mettre la main sur l’Europe, pauvre fillette débraillée, en pleurs et sans défense, pour y imposer ses propres lois, évidemment moyenâgeuses et liberticides.

 

Mais revenons-en à nos chers « commentateurs » du Web. Protégés par l’anonymat que leur confère la Toile, ils se rêvent en fossoyeurs de l’islam. Vaste projet, comme dirait l’autre. Déjà agaçants – euphémisme – quand ils désarticulent la langue française à mesure qu’ils sèment les idées reçues et les amalgames, ils ont en outre le toupet de taxer de pensée unique à peu près tout discours contraire au leur. Vent debout contre ces « satanés islamistes » – intitulé qui englobe à leurs yeux tous les musulmans, ou presque –, ils investissent les forums de leur haine dégoulinante, tapotant leur clavier avec la verve d’un tétraplégique sous hypnotiques. L’idiotie de ces internautes islamophobes a atteint de tels sommets que même le Kilimandjaro en pâlit de jalousie. Équipés de toute la panoplie du prêt-à-penser, toujours sur le pied de guerre, ces fantômes du monde virtuel restent perpétuellement à l’affût du moindre article à hanter, celui qui osera mentionner, ne serait-ce qu’une seconde, n’importe quel pays musulman.

 

Pollueur de forums, une vocation tout sauf en pénurie. Affichant fièrement leur propension à tout réduire à la question religieuse, les islamophobes planqués derrière leur écran vous bassineront avec les terroristes perchés dans les massifs montagneux alors même que vous évoquiez naïvement la reproduction des limaces en altitude. Et, une fois sur la défensive, ils se mettront, sans scrupules, à réécrire l’histoire, à user d’arguments spécieux, à chercher des poux dans la barbe d’Oussama Ben Laden. Avec une terminologie empruntée au Troisième Reich et des acrobaties sémantiques à faire hurler un Académicien, ils s’échineront à mettre en pièces votre maudite « tolérance » ou, pis encore, votre exécrable « ouverture d’esprit ». On ne plaisante pas, au grand jamais, avec les bouffeurs autoproclamés de muslims.

 

Forts d’une répartie de cour de récréation doublée d’une subtilité de bichon maltais, les racistes de tout poil paraissent définitivement en bonne voie pour rejoindre les bas-fonds du genre humain. Là-bas, ils devraient retrouver toutes sortes d’enfumeurs aussi crédibles que des marchands de tapis, parmi lesquels ceux soi-disant incapables de saisir les divergences, pourtant flagrantes, entre racisme et liberté d’expression. Un tableau à tout le moins prometteur.

 

 

Lire aussi :

Islamophobie, un fléau à ne pas sous-estimer

Le monde en 100 personnes

L’inégalité face au travail

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Published by Jonathan Fanara - dans Carte blanche Société
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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:54

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Mulholland Drive (2001). De son penchant pour la photographie et la peinture, David Lynch a hérité d’un savoir-faire formel presque inégalable. Avec son cadrage d’orfèvre et ses lumières hypnotiques, Mulholland Drive arbore ainsi d’éclatants atours, élevant la magnificence visuelle à des niveaux rarement atteints jusque-là. Non contente de sublimer la plastique, cette expérience sensorielle unique arrive à son apogée dès lors que la bande-son, en tout point ensorceleuse, dévoile ses plus belles partitions. Délaissant quelque peu son légendaire sens de l’absurde, le cinéaste américain procède ici par envoûtement, recourant volontiers à une sensualité permanente et à la mise en scène – implacable – des corps. De quoi sublimer un thriller bicéphale qui se joue comme jamais des frontières entre rêve et réalité, faisant du fantasme l’enjeu principal d’un récit foisonnant de lectures. David Lynch ne s’arrête évidemment pas en si bon chemin : il décompose au passage le Landerneau hollywoodien pour mieux en extraire ses névroses, ses vilenies et ses illusions. C’est ainsi que Naomi Watts campe avec brio une âme en peine, jeune comédienne fragile, abîmée par les humiliations et tourmentée par un amour hautement toxique. La délicieuse et énigmatique Laura Elena Harring lui donne la réplique. Vedette opportuniste doublée d’une séductrice hors pair, elle sera l’objet de toutes ses obsessions, agissant tour à tour à la manière des endorphines ou tel un atroce tord-boyaux. Authentique mindfuck, parsemé d’indices et de symboles, ce polar labyrinthique se déploie au travers d’un funeste triangle amoureux, multipliant les fausses pistes et ne livrant que partiellement ses secrets, rendant son décryptage, inépuisable et soumis à révision, particulièrement ardu. Digne héritier des imparables Blue Velvet (1986) et Lost Highway (1997), Mulholland Drive expérimente l’élasticité du temps, du lieu et de l’action sur fond d’amnésie, aidé en cela par deux interprètes à tout le moins grandement inspirées. Au final, cela donne à voir un film résolument abscons, qui échappe aux schémas narratifs classiques, jamais à court d’idées, riche en allusions succinctes et à ne certainement pas mettre entre toutes les mains. (10/10)

 

Le Moins : American Nightmare (2013). Chaque année, durant douze heures, l’Amérique se livre à toutes sortes d’atrocités, succombant aux vengeances personnelles, s’abandonnant immodérément à la haine la plus primaire. Cette « purge » tolérée par les autorités a pour but, plus ou moins avoué, d’éliminer les parasites qui minent l’économie – les pauvres, les désœuvrés, les malades – et de contenir la criminalité tout le reste du temps. Avec American Nightmare, James DeMonaco s’essaie au thriller d’anticipation, un genre difficilement domptable qui n’autorise aucune faille. C’est pourtant peu dire que les siennes ressemblent à s’y méprendre à des fossés. Premier bémol : si le pitch est prometteur, son développement ne vaut pas tripette. On sent que les scénaristes ont vidé leurs fonds de tiroirs – et qu’ils n’y ont pas trouvé grand-chose. Second bémol : contrairement à ce que la bande-annonce voudrait nous faire croire, le long métrage s’avère moins effrayant qu’un clip des One Direction et moins audacieux qu’un sonnet de Noël. Bâclé de bout en bout, cet American Nightmare croule littéralement sous les clichés et agite en vain le chiffon rouge des inégalités, ne parvenant tout au plus qu’à susciter un vague intérêt poli. Huis clos stérile, scénar chétif, vision avortée, James DeMonaco entendait dépeindre un monde dystopique, confondre la victime et le bourreau, sonder la nature humaine, mais ne fait au final que se perdre dans une fable futuriste insignifiante, filmée de toute évidence à l’aveuglette. Un naufrage sur toute la ligne. (3/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Elena" / Le Moins : "Antiviral" (#29)

Le Plus : "Les Chats persans" / Le Moins : "3096 Jours" (#28)

Le Plus : "Stoker" / Le Moins : "Jobs" (#27)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 14:18

Le saviez-vous ?  Si les universités américaines trustent les premières places des classements internationaux, il faut avant tout y voir le signe d’un modèle de gestion efficient, reposant sur un processus décisionnel largement aux mains d’anciens étudiants, devenus administrateurs avisés.

 

Mais encore ?  La domination sans partage des États-Unis dans le secteur de l’enseignement supérieur a tout du secret de Polichinelle. Si l’on en croit le classement de l’université Jiao Tong de Shanghai, dix-sept des vingt meilleures écoles se situent en effet sur le territoire américain. D’aucuns font de la richesse du pays le principal facteur explicatif. D’autres préfèrent invoquer une population pléthorique, des politiques volontaristes en faveur de la recherche ou encore un pouvoir d’attraction considérable, capable d’amadouer les élites du monde entier. Mais ces arguments quelque peu rabâchés occultent un élément sans doute bien plus déterminant : les dispositions organisationnelles propres aux grandes universités états-uniennes. Car le fonctionnement de ces machines de guerre éducatives repose sur des évolutions largement mésestimées. Un phénomène qui ne date d’ailleurs pas d’hier.

 

En effet, dès les années 1860, Harvard demande à être traitée hors des évolutions politiques et souhaite confier à ses anciens élèves le pouvoir décisionnel. Le 29 avril 1865, après une intense campagne de lobbying, la Cour générale du Massachusetts adopte de justesse une proposition allant dans ce sens. Le concours des diplômés de Cambridge durant la guerre de Sécession, fort apprécié à l’échelle fédérale, contribue lui aussi à l’avènement de cette authentique révolution scolaire. Depuis lors, à Harvard, les anciens étudiants contrôlent le Conseil de surveillance, un phénomène avant-gardiste qui ne manquera pas d’inspirer d’autres établissements, à l’instar de Yale, l’université du Michigan, la Purdue University, Notre Dame, Duke ou encore le College of William and Mary. Dans les faits, ce modèle de gestion deviendra vite la norme, tant pour le privé que pour le public. Un pari gagnant, puisque le célèbre classement publié par US News and World Report rend régulièrement hommage à ces écoles sous la coupe d’anciens pensionnaires, c’est-à-dire celles où ils représentent au moins 50 % du conseil d’administration.

 

Signe des temps, parmi les fleurons américains, Harvard, Yale et Columbia se trouvent entièrement gérées par leurs diplômés, tandis que Princeton et Stanford peuvent se prévaloir d’un taux d’environ 90 % d’ex-étudiants. Élargissons le plan : en moyenne, les universités figurant dans le top 100 comptent au sein de leur conseil d’administration 63 % d’anciens élèves. Ces derniers semblent veiller mieux que quiconque au prestige des écoles qui les ont formés. Non seulement ils veulent soigner leur pedigree, mais ils connaissent en plus les établissements de l’intérieur, ce qui tend à fluidifier et bonifier le processus décisionnel. Surtout, ils n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille lorsque cela s’avère nécessaire. Enfin, pour maintenir la compétitivité de leur université, ils cherchent obstinément à attirer les meilleurs professeurs et les étudiants les plus méritants. Les performances sportives et artistiques, très valorisantes à terme, constituent également des critères de sélection de première importance. Le rayonnement de l’école doit à tout prix primer. Et même si les universités restent des organismes à but non lucratif, leur gestion se doit de répondre à deux impératifs : dispenser un enseignement exemplaire et appâter les éléments les plus prometteurs.

 

Citation. « Toutes les grandes universités sont des organisations à but non lucratif, créées pour dispenser un enseignement de haute qualité qui bénéficiera à la société tout entière. Les universités américaines revêtent cependant cette particularité d’avoir trouvé le moyen de combiner les bienfaits de la compétition avec le concept européen d’établissements non lucratifs et de quasi-bienfaisance. » – Shailendra Raj Mehta, professeur intervenant à l’Indian Institute of Management d’Ahmedabad et directeur académique du département Duke Corporate Education, dans La Libre Belgique.

 

 

Lire aussi :

Turquie : Erdogan s’attaque (encore) à l’alcool – LSV #8

De la cocaïne à Lehman Brothers… – LSV #7

Les armes aux États-Unis – LSV #6

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 19:50

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Elena (2011). Plutôt que de ménager la chèvre et le chou, Andreï Zviaguintsev préfère mettre les pieds dans le plat et étaler ad nauseam les multiples dysfonctionnements de la Russie de Vladimir Poutine. Dans Elena, il filme (froidement) les tensions sourdes et les violences larvées d’une société déboussolée, plus que jamais guidée par les intérêts personnels et les paroles démonétisées. Toujours dans l’air du temps, le scénario fait la part belle aux destins qui s’entrechoquent, aux trajectoires individuelles qui se croisent, et parfois se heurtent, au sein d’une même famille. Techniquement hyper-maîtrisé, ce thriller social fourmille de plans-séquences d’une exquise lenteur, cadrés et composés au millimètre près. Le cinéaste russe se pose en effet en authentique esthète, photographiquement dans les clous et narrativement impérial. Une main de fer – la critique acerbe – dans un gant de velours – le visuel policé. Porté par une Nadezhda Markina des grands jours, Elena en arrive même à « désentimentaliser » ses protagonistes avec un certain apparat, pendant que cynisme et misanthropie discutent le bout de gras. Ce long métrage, qui brille sans jamais éblouir, finit presque en roue libre et sonne impérativement comme une mise en garde : à ne raisonner qu’en termes d’intérêts particuliers, on ne gagne rien collectivement. Au final, tant par la justesse de son propos que par la rigueur de sa mise en scène, Andreï Zviaguintsev touche sans mal au but. (8/10)

 

Le Moins : Antiviral (2012). Comme Jason Reitman et Sofia Coppola avant lui, Brandon Cronenberg, en tant que « fils de », a encore davantage à prouver que ses pairs accédant tout juste au circuit hollywoodien. Comme eux, surtout, il doit s’aventurer dans sa propre voie et couper à la racine toute filiation trop prononcée. Et, pourtant, en s’emparant des thématiques de la starification outrancière, de la manipulation génétique et de la contamination, il ne pouvait pas plus s’inscrire dans le sillage de son illustre paternel, monstre sacré du cinéma de science-fiction. Ployant sous les influences, Antiviral entremêle lourdement nature et technologie, alors même qu’il dépeint un monde futuriste où les célébrités, vénérées et harcelées, tutoient les dieux, où les badauds s’injectent délibérément des éléments pathogènes prélevés sur leurs vedettes et où la culture cellulaire donne lieu à rien de moins que des « steaks de star ». Dans cette société dystopique où tout se vend, Caleb Landry Jones – qui crève littéralement l’écran – campe avec maestria un inquiétant commercial, coutumier du marché noir, prêt à s’inoculer n’importe quel virus pour ensuite pouvoir le fourguer à prix d’or. Son personnage représente à lui seul une charge puissante à l’encontre du consumérisme à tout crin. Bien ficelé, techniquement au point, Antiviral n’en reste pas moins miné par les dispersements et les faux raccords scénaristiques. C’est ainsi, erratique, qu’il finit par se caricaturer lui-même, sacrifiant sa crédibilité en omettant que la maladie constitue un tabou indépassable et que les veilleurs de la bioéthique servent de rempart en dernier ressort. À n’en pas douter, ce long métrage plus qu’honorable contient les défauts typiques d’un premier essai : une ambition démesurée et un propos sans bornes. Enfin, on ne saurait le taire, s’il espère un jour pleinement s’affirmer, Brandon Cronenberg devra inévitablement tuer le père. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Les Chats persans" / Le Moins : "3096 Jours" (#28)

Le Plus : "Stoker" / Le Moins : "Jobs" (#27)

Le Plus : "Au nom du père" / Le Moins : "Elysium" (#26)

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 05:31

Le faux départ n’est pas l’apanage du monde sportif. Si la Commission belge de contrôle des films entame officiellement ses activités en 1921, les objections de l’industrie du cinéma, auxquelles s’ajoutent des complications techniques, l’handicapent et mettent à mal son bon fonctionnement immédiat. Il faudra par conséquent attendre 1922 pour que l’instance soit définitivement sur les rails et puisse donner sa pleine mesure. Les producteurs se prêtent alors massivement au jeu et lui soumettent quantité d’œuvres.

 

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : entre 1924 et la Seconde Guerre mondiale, environ 1000 films lui sont transmis chaque année. Dans la pratique, nonobstant la directive de 1921, qui vise pourtant à délimiter son mandat, la Commission s’adonne à l’occasion aux coupures strictement religieuses ou politiques. Un acte de censure pur et simple, qui tend à questionner un peu plus les réelles motivations de ses membres, nommés sur décision du ministère de la Justice.

 

À partir de 1941, et jusqu’en septembre 1944, l’instance publique, contrainte d’opérer depuis Londres, réduit fortement ses activités. La guerre bat alors son plein. Et les choses se gâtent encore après la Libération. La censure militaire vient en effet se juxtaposer à la directive de 1921, brouillant ainsi les cartes décisionnelles et refroidissant un peu plus une industrie déjà défiante. La Commission ne retrouve son rythme de croisière qu’en 1946, alors même que l’armée se résout à lâcher la bride.

 

Nouvelle directive : sévérité et ordre moral

 

Il semble que la Belgique ait décidé de se montrer intraitable. En 1951, une nouvelle directive, encore plus restrictive que la précédente, voit le jour. La Commission doit alors composer avec de nouveaux impératifs : sont désormais proscrits le réalisme trop criant, l’atteinte à l’ordre social et aux autorités, la promotion de l’amour libre et du libertinage ou encore les références au contrôle des naissances. Conforté par les nouveaux critères de contrôle, l’idéal chrétien met le cinéma en coupe réglée. Liberté d’expression et prescriptions religieuses ne font décidément pas bon ménage.

 

On imagine alors sans mal les industriels suer la peur. Car le texte de 1951, pensé par F. De Busscher, le nouveau président de la Commission, entrave largement leur marge de manœuvre. Pis, la proposition de loi – rejetée – de Jozef Jespers (CVP) entraîne un nouveau durcissement des positions politiques. En défendant l’interdiction d’accès aux salles aux mineurs de moins de 18 ans, le sénateur détériore encore davantage le climat délétère qui règne alors. C’est peu dire que l’entame des années 1950 n’augure rien de bon pour le septième art. Signe des temps : alors que les réalisateurs abordent des thèmes à tout le moins controversés, les distributeurs procèdent à des coupures préventives en vue de prévenir les risques de censure. Une sorte d’automutilation propre à freiner les ardeurs créatives.

 

 

Lire aussi :

Au cœur de la Commission belge de contrôle des films (I)

Au cœur de la Commission belge de contrôle des films : les origines (II)

 J’ai fait le tour du monde en quelques films 

Le faux départ n’est pas l’apanage du monde sportif. Si la Commission belge de contrôle des films entame officiellement ses activités en 1921, les objections de l’industrie du cinéma, auxquelles s’ajoutent des complications techniques, l’handicapent et mettent à mal son bon fonctionnement immédiat. Il faudra par conséquent attendre 1922 pour que l’instance soit définitivement sur les rails et puisse donner sa pleine mesure. Les producteurs se prêtent alors massivement au jeu et lui soumettent quantité d’œuvres.

 

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : entre 1924 et la Seconde Guerre mondiale, environ 1000 films lui sont transmis chaque année. Dans la pratique, nonobstant la directive de 1921, qui vise pourtant à délimiter son mandat, la Commission s’adonne à l’occasion aux coupures strictement religieuses ou politiques. Un acte de censure pur et simple, qui tend à questionner un peu plus les réelles motivations de ses membres, nommés sur décision du ministère de la Justice.

 

À partir de 1941, et jusqu’en septembre 1944, l’instance publique, contrainte d’opérer depuis Londres, réduit fortement ses activités. La guerre bat alors son plein. Et les choses se gâtent encore après la Libération. La censure militaire vient en effet se juxtaposer à la directive de 1921, brouillant ainsi les cartes décisionnelles et refroidissant un peu plus une industrie déjà défiante. La Commission ne retrouve son rythme de croisière qu’en 1946, alors même que l’armée se résout à lâcher la bride.

 

Nouvelle directive : sévérité et ordre moral

 

Il semble que la Belgique ait décidé de se montrer intraitable. En 1951, une nouvelle directive, encore plus restrictive que la précédente, voit le jour. La Commission doit alors composer avec de nouveaux impératifs : sont désormais proscrits le réalisme trop criant, l’atteinte à l’ordre social et aux autorités, la promotion de l’amour libre et du libertinage ou encore les références au contrôle des naissances. Conforté par les nouveaux critères de contrôle, l’idéal chrétien met le cinéma en coupe réglée. Liberté d’expression et prescriptions religieuses ne font décidément pas bon ménage.

 

On imagine alors sans mal les industriels suer la peur. Car le texte de 1951, pensé par F. De Busscher, le nouveau président de la Commission, entrave largement leur marge de manœuvre. Pis, la proposition de loi – rejetée – de Jozef Jespers (CVP) entraîne un nouveau durcissement des positions politiques. En défendant l’interdiction d’accès aux salles aux mineurs de moins de 18 ans, le sénateur détériore encore davantage le climat délétère qui règne alors. C’est peu dire que l’entame des années 1950 n’augure rien de bon pour le septième art. Signe des temps : alors que les réalisateurs abordent des thèmes à tout le moins controversés, les distributeurs procèdent à des coupures préventives en vue de prévenir les risques de censure. Une sorte d’automutilation propre à freiner les ardeurs créatives.

 

 

Lire aussi :

Au cœur de la Commission belge de contrôle des films (I)

Au cœur de la Commission belge de contrôle des films : les origines (II)

J’ai fait le tour du monde en quelques films
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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma Culture
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 19:45

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Les Chats persans (2009). Asghar Farhadi n’est pas le seul cinéaste à raconter la société iranienne par le menu. Bahman Ghobadi, moins médiatisé mais tout aussi ingénieux, se tient en effet derrière le rideau, prêt à décocher quelques flèches empoisonnées à l’endroit de mœurs litaniques et d’un autoritarisme religieux en tout point asphyxiant. Tournée à la sauvette, sa dernière livraison, Les Chats persans, s’attache à mettre en lumière la vie de débrouille de quelques musiciens, partagée entre moments cocasses et urgences impromptues. Caméra à l’épaule, montage serré, le réalisateur entend filmer la fougue et l’énergie contagieuse d’un groupe de jeunes en quête de liberté, prétexte à un portrait décapant de l’Iran d’aujourd’hui, dont le pouvoir peine toujours plus à écarter les tenailles de la modernité. Agrémenté de traits d’humour, musicalement riche, le long métrage vaut autant pour ses prises de vues astucieuses et son message politique que pour le panel des émotions qu’il dégage. Ainsi, dans Les Chats persans, voler de ses propres ailes revient à prendre la tangente, un rapport de causalité qui en dit long sur l’état d’une société livide, pliant sous le poids des prescriptions confessionnelles. Une réalité décrite tant avec maestria que justesse par un Bahman Ghobadi très concerné. Alors, ne boudez surtout pas ce coup d’éclat parsemé de parenthèses « clipesques », à mille lieues d’un cinéma aseptisé que l’on ne connaît que trop bien. (8/10)

 

Le Moins : 3096 Jours (2013). Relater une abominable séquestration sans tomber dans le misérabilisme et les caricatures : voilà la tâche, ô combien complexe, qui attendait la réalisatrice Sherry Hormann, qui a pris le parti de transposer au cinéma un fait divers retentissant, à savoir le calvaire vécu par la jeune Autrichienne Natascha Kampusch, enlevée en 1998 et portée disparue durant plus de huit ans. Un pari hautement risqué, résolument casse-gueule, que seule une mise en scène au cordeau pouvait relever. Mais c’était sans compter sur les limites affichées par une cinéaste peu inspirée, à l’origine, pour le coup, d’un plantage en règle sur toute la ligne. Armé d’un scénario tenant tout au plus sur un timbre-poste et d’une intrigue sans grand intérêt, 3096 Jours éprouve en effet les pires difficultés à donner corps au drame qu’il entend dépeindre. Méchamment elliptique, stéréotypé et insipide, ce biopic narrativement asthmatique abandonne à leur (triste) sort ses deux principaux interprètes, pourtant loin de démériter. Aussi, dès l’apparition du générique de fermeture, une question se pose – et s’impose : cette tragédie des temps modernes méritait-elle vraiment un long métrage ?  La description des événements proposée par 3096 Jours, caricaturale et désespérément creuse, laisse en tout cas croire le contraire. (3/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Stoker" / Le Moins : "Jobs" (#27)

Le Plus : "Au nom du père" / Le Moins : "Elysium" (#26)

Le Plus : "Camille Claudel, 1915" / Le Moins : "In Another Country" (#25)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 05:42

Chiffrer un préjudice n’a rien d’une sinécure. Cela nécessite une méthode éprouvée, une rigueur scientifique indiscutable, en l’absence de quoi ne subsisteraient que des conjectures hasardeuses et des estimations à la grosse louche. Pourtant, pris dans leur ensemble, certains faits ne trompent pas. Il en va notamment ainsi de la pluie de critiques qui s’est récemment abattue sur la Toile, chargeant sans ambages le dénouement bâclé d’une téléfiction autrefois adulée, la bien nommée Dexter.

 

À coups de flashbacks grotesques, de morts surréalistes et d’incohérences manifestes, le final de cette célèbre production estampillée Showtime ne nous épargne rien. À tel point d’ailleurs que la fin alternative imaginée par Clyde Phillips, l’ancien showrunner attitré, en arrive à attiser les regrets d’aficionados au mieux désemparés, au pire dépités. Quant à un éventuel spin-off, possibilité offerte par des voies de secours laissées grandes ouvertes, il ne susciterait tout au plus qu’un intérêt poli. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi…

 

Acte I : ce Dexter qui nous questionne

 

Parsemée d’éclairs de génie, la première saison de Dexter pose les jalons d’un show anxiogène aux multiples ramifications. Ni erratique ni convenue, elle tranche les nœuds gordiens avec fougue et audace, tandis que s’y découvre un charme crépusculaire protéiforme.

 

Antihéros par excellence, Dexter Morgan travaille en tant que spécialiste en traces de sang pour la police de Miami. Une couverture idéale, qui lui permet non seulement de tenir à l’œil les criminels qui échappent à la justice, mais aussi et surtout de les enjoindre de rendre leur dernier souffle sur sa table d’exécution, selon un rituel scrupuleusement agencé.

 

Sans circonlocutions, la mécanique à effets s’emploie d’emblée à déconstruire quelques symboles américains. De l’éclatement familial à la faillite du système pénal, la série de James Manos Jr. couvre un large spectre thématique, repositionnant au passage les questions de la culpabilité et de la peine de mort au cœur des débats. Réglé comme du papier à musique, le récit fait en outre la part belle au « passager noir » de Dexter, un faisceau de pulsions irrépressibles le conduisant immanquablement au meurtre.

 

Traumatisé par l’assassinat de sa mère, sous le coup de penchants sanguinaires, l’analyste s’en remet alors à un code enseigné par Harry, son père adoptif, policier de carrière. Pour survivre, il lui faut maintenir coûte que coûte un voile de normalité et faire preuve de la plus grande discrétion. Pour soulager sa conscience et baliser quelque peu ses activités criminelles, il s’interdit d’exécuter des innocents et se borne aux crapules volant sous les radars de la justice.

 

Acte II : l’enlisement

 

Neutralisant systématiquement toute suspicion à son encontre, Dexter peut s’abandonner librement au plaisir cathartique de tuer. Si ses victimes se succèdent avec une régularité de métronome, lui s’en tire toujours à bon compte. Un peu comme un chat retombant invariablement sur ses pattes. Sur le plan sentimental, il s’engage dans une relation durable – mais artificielle – avec la belle Rita, qui ignore tout de sa face cachée. De leur union naîtra Harrison, une trouvaille scénaristique censée venir perturber la partie d’échecs grandeur nature que dispute notre serial killer.

 

La promotion de Debra, catapultée à la tête de son département, complique quelque peu la chasse mortifère dans laquelle notre héros s’accomplit et s’épanouit. Affronter un agent de police un peu trop regardant est une chose, se soustraire à la vigilance d’une sœur aimante en est une autre. Enfin, plus généralement, Dexter paraît en quête de transparence et de repères. Ainsi, il partagera son secret avec le psychopathe Miguel Prado et étudiera soigneusement la couverture d’Arthur Mitchell (Trinité), un démon barbare déguisé en saint philanthrope.

 

Acte III : chute libre

 

À partir de sa cinquième saison, Dexter semble s’endormir sur ses lauriers et doit composer avec un intérêt décroissant. L’intrigue peine clairement à se renouveler, tandis que les nouveaux personnages introduits, tous bords confondus, pâtissent d’un cruel manque de profondeur. Ni la naissance d’Harrison, ni même la mort brutale de Rita, lâchement assassinée par Trinité, ne viendront reformater le show. Pour peu, l’intrigue tournerait presque en rond, désespérément autocentrée et ankylosée.

 

L’encourageante – mais tardive – entrée en scène de deux protagonistes à tout le moins énigmatiques, Hannah McKay et Evelyn Vogel, ne parviendra pas à enrayer une chute devenue inexorable. La première, empoisonneuse invétérée, fait naître chez Dexter des émotions inconnues jusque-là. La seconde, neuropsychiatre de premier plan, a tout de la mère de substitution, à la fois protectrice et prévenante. Mais ces bouées de sauvetage scénaristiques se dégonfleront vite et ne tiendront que partiellement leurs promesses.

 

Quid alors de la triviale Debra, sœur affectueuse et néanmoins tiraillée par le doute ?  Cuisinée à toutes les sauces, enfermée dans une relation en dents de scie, elle finit reléguée au rang de variable d’ajustement, juste bonne à alimenter le prisme de l’amour incestueux. À mesure que la série progresse, cet électron libre perd en effet de son attrait romanesque, jusqu’à ne plus évoluer qu’en parallèle de Dexter.

 

Redondant et en manque de souffle, le show tire sa révérence en bottant en touche et en laissant l’intrigue cul par-dessus tête. Comme si, après avoir avancé dans le flou, il se délestait de la nécessité de trancher dans le vif. Ou quand des scénaristes en panne d’inspiration s’échinent à noyer le poisson…

 

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 05:46

C’est l’histoire d’une ministre, Cécile Duflot, qui enfile de gros sabots et pénètre dans un magasin de porcelaine. Ainsi présenté, le psychodrame qui se joue actuellement au gouvernement prêterait presque à sourire. Pourtant, l’heure est bel et bien aux mines défaites et aux manœuvres dilatoires. Car, quoi qu’en disent les porte-parole et communicants autoproclamés, le corps socialiste semble définitivement rejeter la greffe EELV. Il y a comme une sorte d’incompatibilité génétique entre un PS autosuffisant et des écologistes plus que jamais tenus en laisse, réduits aux réprobations stériles, non suivies d’effets.

 

La coalition au pouvoir est-elle pour autant au bord de la rupture ?  Personne ne peut l’affirmer avec certitude. D’abord parce que ce divorce maintes fois annoncé a tout d’une tarte à la crème médiatique. Ensuite, et surtout, parce qu’il ne faudrait pas sous-estimer le magnétisme d’un strapontin. Tout se tient : si les cadres d’EELV aboient depuis plus d’un an, ils n’ont encore jamais mordu. Les charges ont beau être violentes, la photo de classe n’en demeure pas moins inchangée, comme figée dans le temps. Bref, les coups de gueule passent, les ministres restent.

 

Oui, mais… Cette fois, Cécile Duflot a peut-être franchi le Rubicon. En invoquant un « pacte républicain » menacé par Manuel Valls, elle a sans conteste hypothéqué sa participation – et son soutien – au gouvernement. Comment en effet justifier sa présence dans l’exécutif, aux côtés de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, alors qu’ils ont clairement et sans réserve aucune validé la ligne défendue par leur ministre de l’Intérieur, celle-là même qui mettrait en péril la République ?  Par souci de cohérence – de crédibilité ? –, la ministre du Logement devrait tirer toutes les conséquences de sa sortie pour le moins intempestive.

 

« En 2013, une ministre, ça agit, ça ouvre sa gueule et ça ne démissionne pas », avait-elle récemment osé, réitérant ainsi son désir d’œuvrer à la bonne marche des affaires publiques en dépit des frictions et des divergences d’idées. En dégoupillant la grenade du « pacte républicain », l’ancienne secrétaire nationale d’EELV ne pourra décemment plus s’en tenir à ce piètre jeu d’équilibriste. Sous peine de se voir réduite à l’étiquette peu flatteuse d’opportuniste.

 

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 18:51

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Stoker (2013). Souvenez-vous : début 2013, l’incursion hollywoodienne du prodige Kim Jee-woon se solde par une surprenante déconvenue. Un peu comme si l’architecte du sublime J’ai rencontré le Diable, sous la pression, avait délibérément répudié sa verve et son audace. Alors même qu’il lui emboîte le pas, Park Chan-wook, autre joyau venu de Corée, n’entend en aucun cas se terrer dans le même panier. Au contraire, il s’attache à développer son propos dans le sillage d’Alfred Hitchcock, déployant une plastique glaciale en parfaite adéquation avec d’obscures intrigues judicieusement entremêlées. C’est d’ailleurs peu dire que le cinéaste prend le temps de soigner sa présentation : des métaphores visuelles lumineuses viennent à intervalles réguliers magnifier une photographie d’une élégance rare, œuvre d’un Chung Chung-hoon des grands jours. Porté par une distribution polaire, Stoker met en outre un point d’honneur à déconstruire cynisme, manipulation, mensonge et sordidité. Le film plonge ses protagonistes dans un degré d’errance tel que le morbide, le prévenant et le sensuel en arrivent à se confondre. Un savoureux mélange des genres, que le maître d’œuvre d’Old Boy exploite avec maestria. Mieux, en quelques tours de passe-passe, le réalisateur sud-coréen se sert de l’arrivée quelque peu intempestive d’un oncle et beau-frère méconnu pour ouvrir le rideau sur la folie criminelle d’une famille tragiquement névrosée. L’entre-soi narratif tombe alors sous le sens et apparaît toujours plus comme le prétexte à un cheminement à la godille. Thriller diablement sulfureux, long métrage d’atmosphère, Stoker fait de l’amoralité un objet d’analyse inépuisable, élevant au passage la liberté de ton au rang de valeur imprescriptible. Énième surprise d’un film qui en est rempli, c’est Wentworth Miller, le principal interprète de Prison Break, qui signe un scénario dont l’originalité n’a finalement d’égale que l’intensité. À n’en pas douter, on tient là un authentique coup de force, digne émanation d’une industrie sud-coréenne qui n’en finit plus de nous enflammer. Rien, ou presque, ne viendra contrebalancer l’ivresse dionysiaque provoquée par cette œuvre tout-terrain. Seule ombre au tableau : un rythme pas toujours soutenu et une profondeur relative. (8/10)

 

Le Moins : Jobs (2013). Joshua Michael Stern, un nom tout sauf ronflant. Un quasi-inconnu dans un microcosme où la notoriété permet d’ouvrir toutes les portes. C’est pourtant à ce cinéaste sans pedigree que l’on doit le premier film posthume ayant trait à l’incontournable et néanmoins énigmatique Steve Jobs, génie de l’informatique parfaitement rompu à l’exercice promotionnel. Dès l’ouverture, le long métrage entreprend sa marche biographique, instructive mais quelque peu plombée par l’académisme incommodant d’une réalisation sans imagination. Dans un strict – et borné – respect de la chronologie, Jobs revient sur la naissance de la « marque à la pomme », sur son développement, des garages mal éclairés aux bureaux stylisés, pour enfin clôturer son propos sur la disgrâce et le retour en force de son fondateur historique. Mais là où David Fincher avait tapé dans le mille avec un The Social Network très inspiré, Joshua Michael Stern se contente quant à lui d’une mise en scène plate, presque aseptisée, impersonnelle, sans idées et dépourvue de tout effet de surprise. Pis, avec ses allures d’hagiographie béate, le biopic néglige l’insolence et l’irascibilité de Steve Jobs, des failles comportementales qui ne prennent ici forme qu’à la marge. À noter que le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak en personne, a déploré cette mythification du personnage et les multiples erreurs factuelles qui en découlent. Que sauver alors de ce navire à la dérive ?  Plusieurs choses. À commencer par Ashton Kutcher, qui ne démérite certainement pas, faisant notamment preuve d’un mimétisme parfois déroutant. Viennent ensuite l’enthousiasme généré par le film et son rythme dûment entretenu. Pas de quoi faire oublier cependant une linéarité trop prononcée, des ellipses abruptes, une narration sans relief et une certaine distance émotionnelle. Aussi, notre visionnaire à l’esprit torturé devra encore patienter quelque temps avant de pouvoir se prévaloir de son propre The Social Network. (5/10)

 

 

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 05:41

Depuis le triplement des frais de scolarité décrété par le gouvernement Cameron, les étudiants britanniques du supérieur éprouvent les pires difficultés à joindre les deux bouts.

 

David Cameron est homme à afficher ses convictions. Succombant d’emblée aux sirènes de l’austérité, il pilote depuis sa prise de fonction un plan de rigueur aussi brutal que contre-productif. Aussi, à mesure que s’installe la récession, les victimes de sa politique sortent de l’anonymat. Parmi elles, on recense les quelque 350 000 jeunes Britanniques qui se frottent actuellement aux mesures mises en place par sa coalition gouvernementale en matière de frais de scolarité. Contraints de s’endetter pour étudier, ils hypothèquent leur avenir au moment même où ils s’échinent à le préparer au mieux.

 

En effet, depuis l’année dernière, les étudiants ont la charge de l’ensemble des frais induits par leurs études supérieures. Cela s’étend des droits d’inscription aux dépenses courantes. Le Times donne à cet égard un ordre de grandeur à tout le moins éloquent : les universités occasionneraient en moyenne des coûts de 9000 livres, soit 10 501 euros. Une somme qui s’explique largement par le triplement des frais de scolarité décidé par les troupes de David Cameron.

 

À ceux qui se réfugient volontiers derrière le paravent des prêts consentis par l’État, rappelons d’entrée de jeu que le plafond de 5500 livres (6418 euros) est bien loin de couvrir les montants cumulés du loyer, des transports, de la nourriture et des fournitures. Sans compter qu’avec les rigoureuses modalités de remboursement, les candidats emprunteurs risquent fort de se retrouver pieds et poings liés. L’argument du crédit public se révèle par conséquent aussi spécieux que la démocratisation des meilleures écoles est illusoire.

 

Un cursus universitaire qui se solde par une dette de 50 000 euros

 

Les chiffres avancés par le Times ont de quoi faire froid dans le dos. Cette année, les étudiants de premier cycle devraient quitter l’université lestés d’un engagement dépassant les 43 500 livres, soit environ 50 700 euros qu’il leur faudra rembourser à l’État. Cerise sur le gâteau : des dettes privées, parfois colossales, viennent encore se greffer à cette note déjà – bien trop – salée.

 

Aussi, les apprenants ne pouvant se reposer sur les largesses de parents fortunés se verront certes nantis d’un enseignement de qualité, mais crouleront avant tout sous un passif inédit jusqu’alors. Ceux qui auront la chance de décrocher un poste en adéquation avec leur formation devront par conséquent consentir à vivre avec des revenus sévèrement ponctionnés, remboursement des emprunts oblige. Les autres, ceux dont le cursus a été interrompu prématurément ou dont le salaire s’avère insuffisant, n’auront plus qu’à espérer s’en tirer avec les moyens du bord. Un péril financier bien réel, mais qui demeure cependant largement sous-estimé tant par les étudiants que par leur famille. Un pari d’autant plus risqué que, sous les effets conjugués de la récession et de l’inflation des diplômes, le précieux sésame universitaire n’est plus un gage de prospérité.

 

Le prix du savoir

 

Les nouveaux emprunts octroyés par les autorités britanniques s’étendent sur 30 ans. Les intérêts réels commencent à être perçus au moment même où le crédit est émis. Les taux se maintiennent dans un premier temps à un niveau de 3 % au-dessus de l’inflation, applicable tout au long du cursus universitaire. Ainsi, l’étudiant moyen aura déjà cumulé 3000 livres d’intérêts (3503 euros) quand il obtiendra son diplôme. Par la suite, le taux rejoint strictement l’inflation et se contente d’évoluer parallèlement à elle jusqu’à ce que la personne concernée touche plus de 21 000 livres par an. À ce moment-là, la dette reprend sa hausse en termes réels et doit commencer à être remboursée. Dans les faits, cela correspond souvent précisément à l’instant où les bénéficiaires des crédits publics entendent acheter un logement et fonder une famille. Une concomitance propre à décourager les jeunes Britanniques, alors même que Londres a un besoin manifeste de travailleurs hautement qualifiés.

 

 

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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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