Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 17:07

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Au nom du père (1993). Petit coup d’œil dans le rétroviseur. En 1994, Berlin couronnait le cinéaste irlandais Jim Sheridan, auteur d’un drame percutant prenant pour cadre le Royaume-Uni des années 1970 et 1980. À l’époque, le pays brille par de profondes divisions, en tout point insolubles. La lutte menée contre les « terroristes » de l’IRA prend des allures de chasse aux sorcières, mettant aux prises suspicieux trop hâtifs et suspects parfois désignés au faciès. Auréolé d’un Ours d’or, Au nom du père s’inspire de faits réels et prend le parti de narrer les déboires judiciaires vécus par une famille ordinaire, accusée à tort d’être à l’origine d’attentats pour le compte des révolutionnaires irlandais. Interrogatoires musclés, incarcérations pénibles, procédures fastidieuses, le film traduit avec maestria le climat délétère qui règne alors. Non seulement Jim Sheridan ne bute jamais contre le contexte politique, mais il parvient en outre à insuffler à son récit une justesse rarement rencontrée au cinéma. Le casting n’y est évidemment pas étranger : le très sélectif et pointilleux Daniel Day-Lewis (oscarisé à trois reprises), à la fois héros et narrateur, signe une prestation cinq étoiles, alors que Pete Postlethwaite et Emma Thompson font indéniablement mouche. Côté scénar, le robuste l’emporte sans mal sur le clinquant. Conjuguant le conflit nord-irlandais à l’émancipation sociale, liant le lynchage aux préjugés et aux dogmes, érigeant la communauté au rang de valeur refuge, Au nom du père dégage une puissance romanesque qui n’a d’égale que sa densité thématique. La photographie – soignée – et la mise en scène – irrépressible – finissent de porter au pinacle ce long métrage à bien des égards embrasé. Vraiment, on ne saurait trop vous conseiller ce qui apparaît comme l’un des meilleurs films de ces vingt dernières années. (10/10)

 

Le Moins : Elysium (2013). Plus nombreux sont les dollars, moins nombreuses sont les idées. Ce raccourci sied à merveille à Elysium. Prolongeant la longue série de blockbusters poussifs sortis cette année – Pacific Rim, World War Z, Oblivion, After Earth, Very Bad Trip 3, etc. –, cette nouvelle incursion ambitieuse dans le genre de la science-fiction se prend immanquablement les pieds dans le tapis, ô combien casse-gueule, du manichéisme. Réalisé par le cinéaste sud-africain Neill Blomkamp, à qui l’on doit le magistral District 9, Elysium entend s’essayer à l’anticipation sociale, coupant de fait l’espèce humaine en deux blocs bien distincts : d’une part, sur terre, des esclaves modernes vivant dans des bidonvilles ; de l’autre, sur une station spatiale, des privilégiés reclus, habitant des villas luxueuses. Le hic, c’est que cette version futuriste de la lutte des classes voit les clichés s’amonceler, alors même que les impératifs scénaristiques exigeraient nuance et mesure. Les personnages pâtissent d’ailleurs d’une écriture à la va-vite avec, pour corollaire, une superficialité que même Jodie Foster, Matt Damon et William Fichtner ne parviennent pas à cacher sous le boisseau. D’accord, me direz-vous, les ficelles sont plus fournies qu’un bouleau verruqueux, mais quid alors du visuel ?  Eh bien, si l’on ne vole pas de déception en déception, la forme ne suffit en aucun cas à faire oublier le fond. C’est d’autant plus vrai que certaines scènes ne semblent destinées qu’à remplir de la pellicule, cherchant dans le décorum une échappatoire qui se refuse à jamais. La juxtaposition de ces irréparables faiblesses fait assurément d’Elysium un colosse aux pieds d’argile, dont les émotions s’avèrent par ailleurs aussi rares que les bonnes idées. Aussi, mine de rien, la science-fiction s’enlise dans une interminable période de vaches maigres. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Camille Claudel, 1915" / Le Moins : "In Another Country" (#25)

Le Plus : "The Bay" / Le Moins : "Passion" (#24)

Le Plus : "Super Cash Me" / Le Moins : "Pacific Rim" (#23)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 05:38

Rue de Solférino, les cadres socialistes font grise mine et se trouvent à nouveau dans l’embarras. Rien ne va plus pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault, plus esseulés que jamais. Les écologistes s’estiment abusés et font un pas de côté. Jean-Luc Mélenchon multiplie les coups de menton et les sobriquets peu flatteurs. Ségolène Royal se délecte à tirer dans le dos de ses petits camarades. Et l’UMP, non contente de se déchirer sur les déclarations de François Fillon, fait feu de tout bois. Un tableau édifiant, où Marine Le Pen apparaît, en filigrane, avec le sourire d’une Mona Lisa revigorée par des sondages prometteurs.

 

Mais l’intérieur du PS n’est pas non plus entouré de douceur et de prévenance. Les langues se délient, les griffes se font jour. Les uns se plaignent de la déconstruction du socle électoral, tandis que les autres en appellent à un virage à gauche. L’arbitre Harlem Désir en a même perdu son sifflet. Pis, dans la maison rose, certains termes ne cessent de résonner avec force : ras-le-bol fiscal, chômage, dette, Marseille, justice, insécurité, Syrie… Plutôt que d’en saisir la portée ou d’en chercher la source, d’aucuns ont opté pour les protections auditives. Une solution à courte vue.

 

De son côté, le FN se frotte les mains et se lèche les babines. Les frontistes n’en finissent pas de faire la nique au gouvernement socialiste. Au faîte de sa popularité, Marine Le Pen s’attend à un raz-de-marée à l’occasion des élections municipales et européennes prévues en 2014. Elle sait mieux que quiconque que tout faux pas des partis dits républicains se mue immédiatement en plaidoyer en faveur de l’extrême droite. Un peu comme si le Front National était au pot de son désormais fameux UMPS.

 

Comment, alors, sortir de l’impasse ?  La question taraude évidemment les socialistes. Sans solutions clefs en mains, ils naviguent à vue, perdus en eaux troubles. Nul doute que François Hollande devrait commencer par clarifier sa ligne. La France a un besoin urgent de pédagogie pour mieux appréhender sa marche. Il convient ensuite de dépassionner les différends internes et d’en finir avec les Arlésiennes auxquelles plus personne ne croit. Ce n’est qu’à ce prix que la majorité pourra neutraliser les incantations lepénistes, alors même que les communicants du FN sont au four et au moulin dans l’espoir d’une orgie électorale.

 

 

Lire aussi :

La République scandaleuse ?

Le mariage pour tous divise les Français

À droite, les vieux démons ont la peau dure

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Édito Politique
commenter cet article
16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 05:18

Petit retour en arrière. Début juillet, CBS signe des records d’audience avec sa mini-série Under the Dome, librement inspirée d’un roman de Stephen King. Créée par Brian K. Vaughan, cette production apocalyptique fait de la petite ville américaine de Chester’s Mill un lieu cloisonné, révélateur malgré lui de la bassesse humaine. Au programme : un dôme translucide, des twists en série, des intrigues qui s’amoncellent avec habileté et, surtout, la descente aux enfers d’une communauté a priori paisible. Bref, de quoi enthousiasmer tout « sériephile » qui se respecte.

 

Mais Under the Dome lâche rapidement la proie pour l’ombre. Après un départ sur les chapeaux de roues, la série s’essouffle jusqu’à tourner en rond et se regarder ouvertement le nombril. Si Brian K. Vaughan parvient sans mal à préserver ses principaux ressorts dramatiques, il force toutefois le trait au point de casser la mine. Ainsi, les arcs narratifs s’entremêlent lourdement, tandis que les clichés s’amassent sans coup férir. Prenez « Big Jim » : plus le récit progresse, plus il semble promis au rôle du pourri ayant le cul bordé de nouilles. Capable de mystifier la patronne de la police locale, de placer toute une communauté sous sa coupe ou d’organiser une récolte d’armes en quelques heures à peine, l’insatiable conseiller municipal, bien qu’entouré d’un voile de mystère, pâtit sérieusement d’un cruel manque de nuance. Il en va de même avec la relation en dents de scie qu’entretiennent Junior et Angie. Elle aurait sans conteste mérité un traitement plus subtil, circonstancié et circonstanciel, alors même qu’elle apparaît comme l’une des clefs du récit. Que penser, enfin, de ces décisions absurdes adoptées par des protagonistes pourtant rationnels ?  À force de se superposer, même les failles scénaristiques les plus anecdotiques pourraient virer au béant et, ce faisant, contrecarrer les bonnes idées développées.

 

Renouvellement : pour quoi faire ?

 

Repliée sur elle-même, la ville de Chester’s Mill en arrive à manquer de sang neuf. Les enjeux soupesés connaissent un nivellement par le bas et la série s’inscrit désormais dans une facture plus classique, certainement pas dénuée d’intérêt, mais pas non plus déroutante pour un sou. Une impression se dégage alors : Under the Dome ne parvient plus à s’élever au-delà des attentes. Même ses scènes d’émeutes, d’épidémie et de guerre des clans se traînent avec paresse dans l’ornière. Peut-être faut-il y voir le signe d’une production qui se contente désormais tout juste de faire le boulot. Un appauvrissement d’autant plus regrettable que, dans le même temps, les scénaristes sacrifient sans scrupule la piste que cherche laborieusement à remonter Linda – l’archétype même du personnage bâclé, soit dit en passant.

 

Tout étant affaire de priorités, dans ces conditions, on ne peut que se questionner quant au renouvellement annoncé par CBS. Tant narrativement que techniquement, que pourrait apporter une seconde saison ?  Et, surtout, comment sortir des sentiers battus – le roman de Stephen King – sans pour autant perdre sa voie ?  Réponse dans un peu moins d’un an.

 

 

Lire aussi :

"Under the Dome" : l’Amérique face à elle-même

"Breaking Bad" : la grande mue

"Girls" : quatre jeunes femmes à New York

Petit retour en arrière. Début juillet, CBS signe des records d’audience avec sa mini-série Under the Dome, librement inspirée d’un roman de Stephen King. Créée par Brian K. Vaughan, cette production apocalyptique fait de la petite ville américaine de Chester’s Mill un lieu cloisonné, révélateur malgré lui de la bassesse humaine. Au programme : un dôme translucide, des twists en série, des intrigues qui s’amoncellent avec habileté et, surtout, la descente aux enfers d’une communauté a priori paisible. Bref, de quoi enthousiasmer tout « sériephile » qui se respecte.

 

Mais Under the Dome lâche rapidement la proie pour l’ombre. Après un départ sur les chapeaux de roues, la série s’essouffle jusqu’à tourner en rond et se regarder ouvertement le nombril. Si Brian K. Vaughan parvient sans mal à préserver ses principaux ressorts dramatiques, il force toutefois le trait au point de casser la mine. Ainsi, les arcs narratifs s’entremêlent lourdement, tandis que les clichés s’amassent sans coup férir. Prenez « Big Jim » : plus le récit progresse, plus il semble promis au rôle du pourri ayant le cul bordé de nouilles. Capable de mystifier la patronne de la police locale, de placer toute une communauté sous sa coupe ou d’organiser une récolte d’armes en quelques heures à peine, l’insatiable conseiller municipal, bien qu’entouré d’un voile de mystère, pâtit sérieusement d’un cruel manque de nuance. Il en va de même avec la relation en dents de scie qu’entretiennent Junior et Angie. Elle aurait sans conteste mérité un traitement plus subtil, circonstancié et circonstanciel, alors même qu’elle apparaît comme l’une des clefs du récit. Que penser, enfin, de ces décisions absurdes adoptées par des protagonistes pourtant rationnels ?  À force de se superposer, même les failles scénaristiques les plus anecdotiques pourraient virer au béant et, ce faisant, contrecarrer les bonnes idées développées.

 

Renouvellement : pour quoi faire ?

 

Repliée sur elle-même, la ville de Chester’s Mill en arrive à manquer de sang neuf. Les enjeux soupesés connaissent un nivellement par le bas et la série s’inscrit désormais dans une facture plus classique, certainement pas dénuée d’intérêt, mais pas non plus déroutante pour un sou. Une impression se dégage alors : Under the Dome ne parvient plus à s’élever au-delà des attentes. Même ses scènes d’émeutes, d’épidémie et de guerre des clans se traînent avec paresse dans l’ornière. Peut-être faut-il y voir le signe d’une production qui se contente désormais tout juste de faire le boulot. Un appauvrissement d’autant plus regrettable que, dans le même temps, les scénaristes sacrifient sans scrupule la piste que cherche laborieusement à remonter Linda – l’archétype même du personnage bâclé, soit dit en passant.

 

Tout étant affaire de priorités, dans ces conditions, on ne peut que se questionner quant au renouvellement annoncé par CBS. Tant narrativement que techniquement, que pourrait apporter une seconde saison ?  Et, surtout, comment sortir des sentiers battus – le roman de Stephen King – sans pour autant perdre sa voie ?  Réponse dans un peu moins d’un an.

 

 

Lire aussi :

"Under the Dome" : l’Amérique face à elle-même

"Breaking Bad" : la grande mue

"Girls" : quatre jeunes femmes à New York

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
commenter cet article
15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 09:06

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Camille Claudel, 1915 (2013). Une immersion éprouvante, longue de trois jours, dans l’enfer de l’internement psychiatrique imposé à Camille Claudel. Ainsi résumé, le dernier film de Bruno Dumont semblerait presque confesser des penchants ténébreux, une noirceur pour le moins inhabituelle dans le cinéma hexagonal. Un peu comme si une odeur de soufre gagnait les couloirs de l’asile de Montdevergues, ultime tombeau d’une artiste hors pair, tourmentée et trop longtemps mésestimée. Pourtant, malgré son caractère taciturne et son réalisme glacial – ces handicapés qui hantent l’écran –, Camille Claudel, 1915 puise dans son immobilisme relatif un authentique lyrisme. De l’abandon familial aux injustices sociétales, il dresse un portrait sans concession d’une sculptrice française en pleine déchéance, incarnée avec talent par une Juliette Binoche au sommet de son art. Et ce que Bruno Dumont filme avant tout, c’est le poids de la captivité, les âmes ankylosées et la lâcheté des hommes. Austère, épurée, puissante, son œuvre évolue constamment à la lisière du documentaire, faisant de la reconstitution (décor, costumes) un instrument essentiel à sa réussite. Esthétiquement soignée, cette claque inattendue prend le parti de montrer – plus encore que de narrer – les déboires vécus par Camille Claudel, personnalité depuis longtemps réhabilitée et devenue par la force des choses une égérie de la liberté. Quid alors, me direz-vous, d’Auguste Rodin ?  Si leur relation n’est traitée qu’à la marge, elle vient néanmoins nourrir l’intrigue de la plus belle des manières. Avec subtilité et par omission. (8/10)

 

Le Moins : In Another Country (2012). Décidément, rien ne ressemble plus à un film de Hong Sang-soo qu’un autre film de Hong Sang-soo. Logique implacable, certes, mais ô combien inadaptée aux exigences d’un septième art où l’originalité tient désormais lieu de summum. Chronologie éclatée, vérisme, promotion du soju, dialogues dénués de sens : le réalisateur sud-coréen s’embourbe depuis des années dans des dispositifs moins inattendus qu’un coucher de soleil. Sans surprise, In Another Country, dernière livraison en date, ne déroge en aucun cas à la règle. Tranches de vie déstructurées, déclinées à l’infini, déraisonnables, usuelles ou irrationnelles : ce long métrage entend questionner l’existence à travers les péripéties coréennes d’une Occidentale – Isabelle Huppert, convaincante. Si ce prolongement naturel du modeste Matins calmes à Séoul mise sur la déconstruction narrative pour s’élever, il finit immanquablement plombé par ses zooms intempestifs, sa redondance mal à propos et sa photographie disgracieuse – un comble alors même que l’industrie sud-coréenne se distingue traditionnellement par son sens de l’esthétique. Des failles parfois béantes, que les quelques bonnes idées développées – il y en a – ne parviendront jamais vraiment à masquer. Des insuffisances d’autant plus proéminentes que les ressorts dramatiques se brisent maladroitement les uns après les autres. Moralité : l’accolement aléatoire d’histoires creuses ne suffit pas à faire un (bon) film. Et, accessoirement : l’absence d’un quelconque renouveau artistique peut se révéler fortement préjudiciable. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "The Bay" / Le Moins : "Passion" (#24)

Le Plus : "Super Cash Me" / Le Moins : "Pacific Rim" (#23)

Le Plus : "Mud" / Le Moins : "Spring Breakers" (#22)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 06:10

Son identité figure en bonne place parmi les secrets les mieux gardés du Royaume-Uni. Pourtant, Banksy a su hisser son art des rues les plus crasses aux galeries les plus prestigieuses. Cote au zénith, hordes de fidèles, le pochoiriste anglais, hautement prolifique, manie le symbolisme populaire avec une dextérité d’ébéniste. De quoi faire tourner le commerce et électriser les foules. Portrait.

 

Il a beau faire fleurir ses fresques en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie ou encore au Canada, Banksy n’en cultive pas moins un goût immodéré pour la clandestinité. La ville demeure son terrain de jeu favori ; il l’arpente sans relâche, pochoir à la main, des nuits entières, à la recherche du mur idéal. Un art à l’état brut, que la mairie de Bristol, clairvoyante, a décidé de conserver, l’élevant ainsi au rang d’emblème.

 

Pour Banksy, des trottoirs sinistrés aux galeries londoniennes, il n’y a qu’un pas. Vendus aux enchères, exposés dans les musées, ses travaux courent la prétentaine. Alors que d’aucuns l’accusent d’avoir retourné sa veste, lui cherchant des noises au motif d’hypocrisie, il balaie les critiques d’un revers de main et continue de jouer, avec maestria, sur tous les tableaux. Docteur ès arts urbains, passé par l’école bigrement formatrice de la rue, ce natif de Bristol écoule désormais ses œuvres, à mi-chemin de la poésie et de l’anarchie, contre des chèques à six chiffres.

 

En août 2009, son exposition-événement « Banksy vs Bristol Museum », longtemps gardée secrète, se paiera même le luxe de dépasser la barre des 300 000 visiteurs, signe d’une vitalité et d’une portée hors pair. Annoncée la veille de son ouverture, la performance parvient à attirer pas moins de quatre mille personnes par jour, comptant lors des pics de fréquentation des files d’attente de plus de six heures. Quant à « Banksy Q », présentée dans une galerie de Stokes Croft, elle enregistrera, elle aussi, une affluence tout à fait colossale. De quoi placer le pochoiriste anglais sur le toit du monde ?

 

Banksy, maître du pochoir, roi de la métaphore

 

Corrosif, irrévérencieux, direct, métaphorique : le « style Banksy » s’emploie à démocratiser l’art urbain, déclinant au passage des pans entiers du fait sociétal et politique. Chantre de la désobéissance civile, le Britannique s’attache à mettre l’autoritarisme et l’injustice au pied du mur. De nombreux graffeurs, parmi lesquels d’anciens marginaux, marchent désormais dans ses pas, s’engouffrant avec opportunisme dans la brèche commerciale entrouverte. À la mode – donc désirables –, ils investissent en masse les salles de ventes et tentent de dompter un marché de l’art pour le moins capricieux.

 

En 2005, Banksy peint neuf fresques sur le mur de séparation israélo-palestinien. Parmi elles, on compte notamment une fillette accrochée à des ballons et des percées factices, laissant entrevoir, en trompe-l’œil, des paysages idylliques. Un authentique fait d’armes, à la croisée de la témérité urbaine et de l’engagement politique. C’est d’ailleurs peu dire que le virtuose du pochoir a le don de s’exprimer aux endroits et sur les supports les plus improbables. Ainsi, il exploite tant la façade d’une église évangéliste qu’un long métrage, une cabine téléphonique ou encore le parc d’attractions Walt Disney, où il met en scène, à la vue des badauds, une poupée gonflable prenant la forme d’un prisonnier de Guantánamo. Avec, à la clé, toujours ce même discours direct, sans ambivalence, conjugué à l’art multiforme.

 

Un « prix Nobel d’hypocrisie » ?

 

Héraut incontesté de la liberté, anticonformiste inébranlable, Banksy travaille son image avec une minutie d’orfèvre. Une caractéristique qui ne l’empêche toutefois pas de se frotter, à l’occasion, aux dures lois de la contradiction. Ainsi, non seulement certaines de ses œuvres ont quitté la rue pour rejoindre Sotheby’s, mais, en outre, d’autres sont tombées entre les mains de la jet set, toujours prompte à se les disputer à coups de centaines de milliers de livres. Et pendant que des Angelina Jolie, des Christina Aguilera ou des Kate Moss s’approprient ses créations, la mairie de Londres décide quant à elle d’effacer l’un de ses pochoirs critiquant la vidéosurveillance, dûment placé sous une caméra. Entre la dissidence et l’idolâtrie, il n’y a décidément qu’un pas…

 

Si Banksy prend le soin de snober ses propres vernissages et de fuir les interviews, il s’étale en revanche volontiers sur six pages dans le Sunday Times. Un paradoxe que d’aucuns assimilent à une imposture. Mais le maître du pochoir n’en a cure : « Je suis un prix Nobel d’hypocrisie », osera-t-il même. « J’utilise l’art pour contester l’ordre établi, mais peut-être que j’utilise simplement la contestation pour promouvoir mes œuvres. »  Une déclaration imprudente, mais qui résume sans ambiguïté la duplicité du personnage. Il n’est d’ailleurs pas rare que le Britannique soit pris en flagrant délit de dualité. Tandis qu’il décrit le Landerneau artistique comme « une grosse farce », une « coterie de surprivilégiés, de prétentieux et de faibles », il inaugure dans le même temps la galerie Lazarides, un marché réservé aux « outsiders », aux artistes exclus par l’establishment. Comment, par ailleurs, expliquer ce rejet inconditionnel de l’institution, alors même qu’il s’attache à occuper des musées comme le Louvre ou le Tate, en y imposant ses propres contrefaçons ?  Insondable, Banksy ?

 

Bristol, le berceau du graffiti

 

Alors qu’une poignée de graffeurs impétueux y battent inlassablement le pavé, Bristol ne tarde pas à annoncer la couleur : dès le début des années 1980, cette ville du sud-ouest de l’Angleterre s’impose comme le centre névralgique du graffiti européen. La peinture à l’aérosol y a le vent en poupe, démocratisée par 3D, le fondateur de Massive Attack, lui-même inspiré par la culture hip-hop américaine.

 

Accusés de vandalisme, pris à partie par les forces de l’ordre, les artistes urbains font néanmoins leur entrée à la galerie Arnolfini dès 1985. Très vite, les établissements de jeunes deviennent d’authentiques lieux d’apprentissage, fréquentés par des graffeurs en herbe en quête d’expertise. C’est dans cet environnement à tout le moins stimulant que Banksy fait ses premières armes, d’abord en expérimentant le graff, puis en épousant la technique du pochoir, plus rapide et précise.

 

Quand les murs de Bristol se font trop familiers, le Britannique décide de quitter sa ville natale pour arpenter les rues du monde entier, ponctuant chacune de ses visites par une fresque portant sa griffe. Il lui arrive même, à l’occasion, de troquer le pochoir contre des sculptures ou des installations. Et, en vue de n’en perdre aucune miette, Banksy décline ses œuvres sous forme de livres, avec ses propres textes et photographies à l’appui. En 2006, avec le show « Barely Legal », à Los Angeles, son street art fait – enfin – les gros titres de la presse internationale. La consécration des institutions, après celle de la rue.

 

Alors que les supputations liées à son identité foisonnent à mesure que Banksy prend du galon, les révélations d’un tabloïd font étrangement pschitt. Peut-être démasqué à cette occasion (un certain Robin Gunningham, né en 1974, issu de la classe moyenne, ayant fréquenté une école d’art), le natif de Bristol n’en subit aucune conséquence. En réalité, alors même que l’on écrit la genèse de l’un des secrets les mieux gardés d’Angleterre, chacun semble s’efforcer de fermer les yeux et de boucher ses oreilles. Faut-il dès lors y voir le signe d’un anonymat qu’il faut à tout prix préserver sous peine de « briser le mythe » ?

 

 

 

Le saviez-vous ?

 

1) Il faut remonter à 1999 pour trouver la fresque la plus emblématique de Banksy, intitulée « The Mild Mild West ». Cette dernière représente un ourson armé d’un cocktail Molotov attaqué par trois policiers. Un clin d’œil aux contestataires de tout poil.

 

2) Parmi les personnages fétiches de l’artiste britannique, on compte le cochon et le rat. Certains y décèlent un emprunt au pochoiriste français Blek le Rat, une référence avouée et revendiquée.

 

3) Durant sa carrière, Banksy n’a jamais lésiné sur les moyens. Ainsi, il n’hésitera pas à diffuser des faux billets à l’effigie de Lady Di ou des copies d’albums de Paris Hilton seins nus !  Une audace qui lui vaudra à la fois l’inimitié de la justice et l’encensement des foules.

 

4) À l’occasion de la sortie du documentaire Faites le mur !, d’aucuns s’interrogent sur la probité du scénario. Banksy y revient longuement sur les folles péripéties de Thierry Guetta, un documentariste amateur devenu artiste sous le pseudonyme de Mr Brainwash. En réalité, beaucoup y voient le chef-d’œuvre ultime du pochoiriste anglais, une sorte de gag à l’échelle mondiale visant à dénoncer les travers d’un marché de l’art où tout, ou presque, peut se commercialiser, où la valeur d’une création repose parfois exclusivement sur les arguments marketing attenants déployés. Ces sceptiques soupçonnant une vaste imposture, souvent initiés, considèrent que Thierry Guetta, et a fortiori Mr Brainwash, ne sont que des artéfacts créés de toutes pièces par Banksy. La plus belle des métaphores ?

 

 

Lire aussi :

Quand Bruxelles expose Kubrick

La prime des rappeurs fréquentables

Hugo Kant : « Essayer de faire toujours mieux »

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Culture
commenter cet article
8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 22:03

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : The Bay (2012). Quel est le point commun entre Barry Levinson, Clint Eastwood, Brian De Palma et Robert Redford ?  Au-delà de leur filmographie à rallonge, aucun d’entre eux ne se lasse de titiller la caméra, malgré un âge avancé. Mieux, ils parviennent encore à surprendre, alors même que leur œuvre a été examinée sous toutes les coutures. Le vieux roublard Levinson a d’ailleurs attendu l’année 2012 et son anxiogène The Bay pour tenter une première incursion dans le found footage. Un authentique exercice de style, qui donne à voir un thriller apocalyptique mâtiné d’épouvante, un long métrage à budget serré prenant la forme d’un documentaire alarmiste. Le sujet ?  La propagation d’une épidémie mortelle dans une petite ville côtière états-unienne. Le traitement ?  Du sang, des cris et des larmes. Habilement séquencé, distillant une tension permanente, ce film de genre n’est pas sans rappeler le désastre écologique annoncé de longue date. Et si le vert est assurément sa couleur, c’est avant tout parce que The Bay nous ressort volontiers quelques vieilles lunes environnementalistes usées jusqu’à la trame. Des lieux communs qui trahissent d’emblée la nonchalance d’un scénario d’envergure restreinte. Mais ne crachons pas pour autant dans la soupe. Car, fort heureusement, le cinéaste américain se rattrappe largement avec son montage chronologique, imprimant un rythme débridé tenant, pour le coup, toutes ses promesses. Une narration exaltée, savamment construite, qui se trouve sans nul doute à l’origine de cette réussite modérée. (7/10)

 

Le Moins : Passion (2012). On ne présente plus Brian De Palma. De Scarface (1983) à Mission : Impossible (1996), de Phantom of the Paradise (1974) aux Incorruptibles (1987), l’Américain a marqué de son sceau – inimitable – l’histoire du septième art. Figure de proue du « nouvel Hollywood », il fait partie de ces réalisateurs qui, au cours des années 1970, déconstruisent les conventions classiques tout en s’inspirant du néoréalisme italien et de la Nouvelle Vague française. C’est ainsi que s’émancipera une génération entière de cinéastes, parmi lesquels Steven Spielberg, Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola – excusez du peu !  Mais, comme une fleur qui fane, l’aura de ces artisans du renouveau s’étiole à mesure que les années passent. Dernière preuve en date : Passion, qui met aux prises deux personnalités opposées, s’efforçant de se vampiriser mutuellement. D’un côté, la capricieuse et glaciale directrice d’un grand groupe de communication (Rachel McAdams) ; de l’autre, une discrète responsable de la publicité, d’abord fascinée par le magnétisme de sa patronne, avant de se rebiffer avec violence (Noomi Rapace). Pour les départager, quelques faux-semblants et beaucoup de manipulation. Si le programme se veut alléchant, les ficelles se révèlent en revanche plus épaisses qu’un saucisson brioché : Brian De Palma entend clairement revendiquer une filiation créative avec… Alfred Hitchcock et David Lynch. Tout sauf des manchots, donc. Le hic, c’est que sous ses airs contemporains, Passion recycle avec peine toutes les obsessions de son maître d’œuvre. Déjà déforcé par une distribution imparfaite, il s’entortille en outre dans des intrigues capillotractées. Pis, alors même que De Palma s’échine à sublimer instinct de survie et égocentrisme, aidé en cela par le virtuose José Luis Alcaine (chef op de Pedro Almodóvar), il se laisse déborder par son propos et achève son remake avec de gros sabots pour le moins indiscrets. De quoi vicier avec maladresse une œuvre pourtant prometteuse. Alors, bien que Passion soit techniquement au point, il ne peut échapper à la dérive d’un cinéaste en mal d’inspiration. Peut-être faut-il y voir le signe de l’ivresse des certitudes et du rachitisme des idées ?  (5/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Super Cash Me" / Le Moins : "Pacific Rim" (#23)

Le Plus : "Mud" / Le Moins : "Spring Breakers" (#22)

Le Plus : "Trainspotting" / Le Moins : "World War Z" (#21)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 05:09

Alors que les déclinistes ne savent plus à quel chiffon rouge se vouer, blâmant sans relâche l’Europe, l’analyse factuelle apporte un éclairage inattendu sur l’état de santé du vieux continent. Si la crise de la dette polarise toutes les attentions, l’Union ne peut en aucun cas s’y résumer. Au contraire, elle a plus que jamais de belles cartes à jouer. Explications.

 

La crise de l’euro ne cesse de mettre à mal le vieux continent. Placés sous la coupe de marchés financiers irascibles, et ne jurant plus que par une rigueur hautement contre-productive, chefs d’État et de gouvernement foncent droit dans le mur budgétaire. L’extrême fragilité des Méridionaux, couplée à une activité économique morose, prédispose l’Europe aux débâcles en tout genre. Et la construction communautaire, en raison de ses innombrables – et innommables – imperfections, se montre au mieux inapte à sauver les meubles, au pire foncièrement autodestructrice. L’entité continentale imaginée par les pères fondateurs a désormais tout du canard boiteux irrécupérable : la faiblesse, le discrédit, le manque de courage, l’absence de vision, l’obsession du court-termisme. Voilà, grossièrement résumé, le discours qui prévaut actuellement dans les milieux autorisés. Décliné à l’infini, il a (presque) valeur de dogme. L’analyse factuelle suppose pourtant de nuancer ce portrait hâtif et caricatural, voire de le réfuter purement et simplement. Mieux, elle tourne définitivement le dos aux sophismes et contre-vérités tenant lieu de certitudes inébranlables. Ainsi, les élucubrations sans fin des déclinistes et autres eurosceptiques ne supportent pas une seconde l’épreuve des faits. Car, malgré la crise de la dette, l’Europe conserve de beaux restes et fait sans conteste figure de superpuissance qui s’ignore.

 

Non seulement l’intégration communautaire a stabilisé et pacifié la région, mais elle a également contribué, notamment via les Fonds structurels, au développement des États membres qui accusaient un retard patent, à l’instar de la Grèce, de l’Espagne, de l’Irlande ou du Portugal. Aujourd’hui, l’Union, prise dans son ensemble, constitue la première économie mondiale et le deuxième budget de défense derrière les États-Unis. Sa force de frappe diplomatique, sans égale ou presque, repose sur un vaste réseau d’ambassadeurs, connecté à la planète entière. Comptant plus de 66 000 soldats déployés à travers le monde et des effectifs comparables à ceux de Washington, l’Europe peut en outre s’enorgueillir d’équipements de pointe et de dépenses militaires cumulées représentant environ 20 % du total absolu – contre 4 % seulement pour la Russie. Autrement dit, ses armées ont largement de quoi taper dans l’œil : elles s’avèrent à la fois modernes, puissantes et bien entraînées. Les nombreuses installations basées à l’étranger se veulent quant à elles autant de points stratégiques de coordination et d’action, indispensables à qui entend peser dans un paradigme multipolaire. N’oublions pas non plus que la France et la Grande-Bretagne disposent de l’arme nucléaire et siègent au Conseil de sécurité de l’ONU, organe de décision de première importance s’il en est. Et, comme en témoignent les épisodes libyen, malien, géorgien ou kosovar, certains États membres n’hésitent pas à intervenir pour remettre de l’ordre sur la scène internationale. Enfin, plus généralement, le vieux continent présente un PIB par habitant en termes de pouvoir d’achat presque quatre fois plus élevé que la Chine. Quant à son rayonnement culturel et scientifique, il n’a rien, ou si peu, à envier aux États-Unis et au Japon.

 

L’Europe et le paradigme multipolaire

 

La boutique européenne voit poindre une menace de taille : un déclin relatif, mais inexorable. Alors que le vieux continent a mené la danse pendant plus de quatre siècles, il a dû se faire une raison et, en toute logique, passer le relais aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Une région minée par les conflits, en pleine phase de reconstruction, ne pouvait en effet raisonnablement prétendre au titre de chef de file d’une communauté internationale plus que jamais en quête de repères.

 

Aujourd’hui, alors que s’impose le paradigme multipolaire, la Chine, le Brésil, l’Inde et la Russie s’affirment toujours plus. Le fossé entre pays émergents et riches s’amenuise à vue d’œil. Depuis 1945, le rattrapage ne cesse d’ailleurs de s’accélérer, tant et si bien que d’aucuns évoquent désormais la toute-puissance des BRICS, présentés à mots couverts comme les nouveaux maîtres des relations économiques et géopolitiques. Pourtant, les interconnexions, voire les interdépendances, appellent à la retenue : jamais auparavant, les nations n’avaient été autant liées entre elles, ce qui suppose – au moins – un partage des fruits de la croissance. Car là où des crises systémiques peuvent frapper, il existe forcément des profits à mutualiser. La logique de la socialisation vaut évidemment dans les deux sens. Et, à ce jeu-là, l’Europe s’en tire avec les honneurs.

 

L’Europe, juste une mauvaise passe ?

 

Si l’Union valse depuis plusieurs années au rythme des crises, les États membres présentent néanmoins un endettement moyen inférieur à celui du Japon, du Canada, de l’Égypte, de Singapour ou des États-Unis. Et bien que plusieurs poids lourds européens – France et Italie en tête – accusent un déficit structurel alarmant, il reste que les traités et dispositifs récemment ratifiés visent justement à encadrer et prévenir tout dérapage jugé excessif. Un garde-fou communautaire dont peu de pays en dehors de l’Union peuvent réellement se prévaloir. Et si l’on en croit le FMI, les États-Unis connaîtront un déficit public trois fois plus élevé que le vieux continent en 2013. De quoi définitivement faire taire les mauvaises langues. D’autant plus que les économies européennes figurent, encore et toujours, parmi les plus concurrentielles du monde. À cet égard, il est intéressant de constater que la zone euro représente 15,6 % du total des exportations, contre seulement 8,3 % pour les États-Unis et 4,6 % pour le Japon. Pas mal pour un canard boiteux, non ?

 

Alors, comment expliquer cette défiance durable des investisseurs ?  Il convient d’abord de préciser que tous les pays européens ne sont pas, en la matière, logés à la même enseigne : l’Allemagne et la France, par exemple, bénéficient de taux d’intérêt dérisoires, les plus bas jamais enregistrés. Ensuite, il faut tenir compte de l’absence de gouvernement économique, quand d’aucuns réclament une instance décisionnelle aux pouvoirs coercitifs. L’intégration politique demeurant le parent pauvre de la construction communautaire, les marchés ont tendance à faire des pays périphériques les ambassadeurs macroéconomiques du continent. Des baromètres par défaut en quelque sorte, qui se situent pourtant à mille lieues des tendances relayées par les principaux agrégats. Car la fracture entre le Nord et le Sud divise l’Europe en deux zones aux fondamentaux disparates. À moins de mélanger les torchons et les serviettes, les performances des uns ne peuvent en aucun cas être assimilées à celles des autres.

 

Ultime preuve de sa vitalité, l’Europe se pose en interlocuteur de choix sur le continent asiatique. Elle constitue le premier partenaire commercial de la Chine, le deuxième de l’Inde et de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), le troisième du Japon et le quatrième de l’Indonésie. Des interconnexions à tout le moins capitales alors même que l’Asie affiche une croissance effrénée (insolente ?) et tire l’économie mondiale vers le haut.

 

Déficit démocratique

 

S’inscrire en faux contre l’euroscepticisme est une chose ; pratiquer la politique de l’autruche en est une autre. C’est pourquoi il convient parfois de faire cause commune avec les opposants à l’UE en vue de pointer du doigt certains dysfonctionnements manifestes. À ce titre, la question de la légitimité de certaines institutions, Eurogroupe en tête, revient sur la place publique à intervalles réguliers. Et ne manque pas d’en appeler d’autres.

 

Les gouvernements nationaux, qui résultent du suffrage direct, nomment les membres de la Commission, avant que le Parlement ne se prononce pour avaliser ou recaler les candidatures. Jusqu’à présent, l’édifice communautaire a toujours carburé à l’intergouvernementalisme, une mauvaise habitude vieille comme la CECA, qui paralyse toute démocratisation de l’Europe. Un modus operandi qui permet surtout aux États de conserver jalousement leurs prérogatives décisionnelles. Pis, le Parlement, seule instance directement élue par les peuples, doit se contenter d’un rôle déconsidéré. Non seulement l’initiative législative lui échappe, mais, en outre, nombre de matières ne relèvent pas de sa compétence. Ces champs d’action n’impliquent donc pas la procédure de codécision si chère aux démocrates et aux parlementaristes. Signe probant de cette toute-puissance des nations : depuis le début de la crise de la dette, les eurodéputés, marginalisés, n’ont jamais eu voix au chapitre, se laissant même déborder par… le Bundestag !  On comprend dès lors d’autant mieux pourquoi l’Union voit son image s’écorner.

 

Déjà considérée comme non représentative, l’Europe est en plus accusée de faire sortir un nombre croissant de matières de la sphère politique nationale, réduisant par là le pouvoir des gouvernements en place. Cela a le don d’envenimer les débats et de faire hurler nationalistes, souverainistes ou encore protectionnistes. Plus grave : les peuples finissent par craindre une confiscation de la marche de leurs affaires publiques. Ils sont toujours plus nombreux à estimer que les scrutins nationaux permettent de changer de gouvernement, mais pas de politique – définie et encadrée, selon eux, par la seule UE. Il y a là, au minimum, un vice de communication de la part des institutions communautaires. Car si la maison commune a les murs qui penchent et les vitres brisées, elle a néanmoins offert un toit et des sanitaires à ses hôtes. En d’autres termes, il ne faudrait surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Qui peut d’ailleurs dire à quoi ressemblerait la Hongrie de Viktor Orbán sans les prescriptions européennes ?  Et quid du développement économique de l’Espagne, de l’Estonie ou de l’Irlande ?

 

Démographie : il est encore temps d’agir

 

D’après les chiffres fournis par le Bureau européen des statistiques, la population de l’UE devrait passer de 504 millions aujourd’hui à 525 millions en 2035, avant de légèrement fléchir pour s’établir finalement à 517 millions en 2060. À titre de comparaison, les États-Unis frôleraient quant à eux les 400 millions d’habitants à l’horizon 2050.

 

Le hic, c’est que la population européenne vieillit inexorablement. Cette année, la quantité de personnes en âge de travailler commencera à se réduire. De 308 millions aujourd’hui, on se situera en toute logique aux alentours des 265 millions en 2060. Résultat : le ratio de dépendance des plus âgés – le nombre des plus de 65 ans rapporté au total des personnes en âge de travailler – s’envolera littéralement, de 28 % en 2010 à 58 % en 2060. De quoi clouer par la peur plus d’un démographe.

 

Mais ne prenons pas des vessies pour des lanternes. La quasi-totalité des grandes puissances doit faire face au vieillissement de sa population et cherche à en limiter les dégâts. À cet égard, la Chine et le Japon s’avèrent particulièrement touchés, tandis que l’Europe s’en tire plutôt à bon compte. La Grande-Bretagne présente d’ailleurs des perspectives équivalentes à celles des États-Unis, le bon élève en la matière. Mais il n’empêche qu’un tel phénomène démographique constitue une réelle menace pour l’équilibre des budgets affectés aux dépenses de retraite. Et, pour apporter une réponse politique opérante à ce défi, les pays membres de l’UE vont devoir s’activer sans tarder.

 

Ainsi, une immigration dûment considérée permettrait non seulement de lutter contre le recul numérique, mais aussi d’impacter positivement la (désormais fameuse) pyramide des âges. Et quoi de mieux, pour sauver les systèmes de retraite européens, qu’une hausse modérée des cotisations doublée d’un allongement des carrières ?  Des mesures à compléter, au besoin, par une politique volontariste en matière de natalité (allocations majorées, progression de l’offre de places en crèche, promotion de l’horaire flottant, facilités diverses, etc.). Ne croyez surtout pas les marchands de sable : si l’enjeu démographique est assurément de taille, il est encore temps d’agir. D’autant plus que les prévisions européennes s’avèrent bien moins alarmantes qu’ailleurs.

 

 

Lire aussi :

UE : l’austérité, un épouvantail contre-productif

Dijsselbloem, l’encombrant compromis franco-allemand

Chômage : l’Europe en quête de remèdes – LSV #5

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans International Économie
commenter cet article
1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 08:31

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Super Cash Me (2011). En 2004, le monde entier se familiarise avec la gouaille de Morgan Spurlock, un réalisateur pas tout à fait comme les autres, bien décidé à tailler des croupières à la plus célèbre des chaînes de restauration rapide, à savoir McDonald’s. C’est ainsi que Super Size Me, son premier film, s’échine à lever le voile sur les effets néfastes induits par la malbouffe. Tout un programme, que le cinéaste américain paiera à coups d’indigestions et de kilos superflus. Sept années et quelques projets plus tard, il remet le couvert, avec cette fois le placement de produits en ligne de mire. Le documentaire Super Cash Me, sponsorisé par les marques – un comble tout sauf anodin –, entend mettre en lumière les pratiques d’associations commerciales qui se répandent aujourd’hui comme une traînée de poudre dans les milieux culturels et, a fortiori, au cinéma. Au menu : l’influence des entreprises partenaires sur la conception d’un film, la manipulation orchestrée du public, les différents accords promotionnels, notamment le co-branding, ou encore le neuromarketing. Non content d’explorer les arcanes d’un système aussi opaque qu’une banque suisse, Morgan Spurlock tend en outre le micro à certains pontes du septième art, pas avares, pour le coup, de commentaires croustillants. Ludique et instructif, ce Super Cash Me survitaminé parvient sans mal à ses fins : la vulgarisation d’un phénomène aux contours encore méconnus. (8/10)

 

Le Moins : Pacific Rim (2013). Un délire de geek. Voilà, grossièrement résumée, l’impression laissée par la dernière livraison du visionnaire Guillermo del Toro (Hellboy, Le Labyrinthe de Pan). Avec ses humanoïdes colossaux, ses interconnexions neuronales, ses monstres titanesques venus des mers et son casting de série télé (Idris Elba, Charlie Hunnam, Ron Perlman…), Pacific Rim devrait en effet régaler tous les fans de jeux vidéo, de nouvelles technologies et, au hasard, de The Big Bang Theory. Mais catégoriser hâtivement ce blockbuster apocalyptique, le cantonner dans une case exiguë, reviendrait à se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. La critique, plus divisée que jamais, en est peut-être la meilleure illustration. Il faut dire que l’on trouve à boire et à manger dans le dernier del Toro : des effets spéciaux endiablés, un visuel léché, un rythme exalté, mais aussi, une fois dépassé le stade purement formel, un script gribouillé sur un coin de table, des interprétations moyennement convaincantes et une surabondance de clichés typiquement hollywoodiens. Si, comme à l’accoutumée, le cinéaste mexicain sait prendre son public par la main, il reste que son Pacific Rim manque cruellement de ressort dramatique et se contente souvent de mettre aux prises créatures malintentionnées et robots géants providentiels. Au final, cela donne à voir beaucoup de tôles froissées pour pas grand-chose. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Mud" / Le Moins : "Spring Breakers" (#22)

Le Plus : "Trainspotting" / Le Moins : "World War Z" (#21)

Le Plus : "Pas de printemps pour Marnie" / Le Moins : "Greenberg" (#20)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 21:33

À la tête d’Anvers depuis moins d’un an, Bart De Wever s’y familiarise déjà avec les polémiques. De quoi parasiter une communication qui se veut pourtant savamment structurée.

 

En politique, jouer sur deux tableaux relève souvent de la gageure. Bart De Wever semble aujourd’hui l’apprendre à ses dépens. En raflant le mayorat d’Anvers au nez et à la barbe de Patrick Janssens, il entendait mettre la main sur une tribune de premier plan, à partir de laquelle il pourrait porter au pinacle sa parole incendiaire, voire – ironie de l’histoire – anti-système. Mais gérer la plus grande commune flamande n’a rien d’une sinécure. L’homme fort de la N-VA ne fait que s’y exposer et finit, en toute logique, par prêter le flanc à la critique. Difficile en effet, même pour un adepte du grand écart, de vouer aux gémonies un édifice politique dont on constitue l’une des pierres angulaires. Le costume d’opposant à tout et à tous s’avère bien trop étroit pour le bourgmestre d’une ville telle qu’Anvers. Plus embarrassant encore : désormais, les moindres faits et gestes de BDW polarisent les attentions et font, au besoin, couler l’encre. Un danger électoral non négligeable, alors même que chaque dérapage incontrôlé vient brouiller un peu plus une communication jusque-là soigneusement orchestrée.

 

De Wever peut-il tout acheter ?

 

Certains actes éveillent les soupçons. Le bourgmestre d’Anvers aurait-il une propension à résoudre ses problèmes avec l’argent du contribuable ?  Si la question peut paraître déplacée, elle n’en reste pas moins pertinente. Car les faits corroborent volontiers cette grille de lecture. Alors que l’organisation d’une kermesse suscitait l’ire de certains habitants d’un quartier huppé, à savoir Zuiderdokken, Bart De Wever n’a pas hésité à acheter le silence des six riverains qui avaient entamé une procédure en justice. Un gaspillage financier alarmant, et d’autant plus déplorable qu’il profite exclusivement à une poignée de fins manœuvriers.

 

Notre homme n’est pas, pour autant, au bout de ses peines. Que penser en effet de cette parenthèse footballistique hautement controversée ?  Pendant pas moins de quarante-huit heures, le chef de file de la N-VA a semblé faire la danse du ventre afin de convaincre Zulte Waregem de s’implanter à Anvers. Avec, toujours, ce même argument de poids : une injection considérable de liquidités. Comment, enfin, interpréter l’annulation par la nouvelle majorité communale de sept millions d’euros de subventions à destination d’associations progressistes ?  Faut-il y voir le signe d’un pouvoir qui entend museler ceux qui vont à l’encontre de ses intérêts ?

 

Des employés « neutres » aux guichets

 

C’est peu dire que Bart De Wever n’a pas tardé à tirer à boulets rouges sur les symboles convictionnels. En effet, à peine élu, le nouveau bourgmestre fait le ménage et réclame avec véhémence des employés « neutres » aux guichets communaux. Pas question donc pour eux de manifester publiquement leurs orientations sexuelles, politiques ou philosophiques, ni même de porter des habits tendancieux. Si la démarche peut prêter à discussion, c’est surtout le zèle affiché qui soulève les inquiétudes. Une polémique à tout le moins dispensable, qui vient impacter l’image du patron de la N-VA à rebours de ses intentions.

 

Plus probant encore, la nouvelle majorité annonçait en février sa volonté de ne plus rembourser l’intégralité des soins médicaux des sans-papiers souffrant du sida ou des femmes enceintes en séjour illégal. Pis, l’équipe de Bart De Wever a en outre tenté de porter les frais d’inscription auprès de l’administration communale à 250 euros pour tous les ressortissants étrangers. Une décision entérinée avant d’être rapidement suspendue car « contraire à la Constitution, au droit européen et à la législation belge ». Mais Liesbeth Homans, la sulfureuse échevine N-VA, n’a pas tardé à revoir sa copie : début août, elle proposait d’instaurer rien de moins qu’un « Speedy Pass ». L’attente entourant l’inscription des étrangers deviendrait alors modulable à loisir et fluctuerait en fonction de la somme qu’ils seraient disposés à débourser. Il n’en fallait évidemment pas davantage pour que d’aucuns voient poindre, en filigrane, le spectre d’une société à deux vitesses. Une démarche en tout cas au mieux ambiguë, au pire suspecte, qui peut laisser croire au réveil de vieux démons

 

 

Lire aussi :

Belgique : le scénario du pire

Bart De Wever, la menace permanente

Flandre : un cordon sanitaire qui s’effiloche

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 18:56

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Mud (2012). À 34 ans, Jeff Nichols sait déjà y faire avec une caméra. Après l’indispensable Take Shelter, il revient à la charge sur les rives du Mississippi, armé de son goût immodéré pour les images léchées et les arches narratives romanesques. Moins déroutant que par le passé, le cinéaste américain vient néanmoins frapper avec pugnacité à la porte des ogres du septième art. Car ce qu’il a perdu en effet de surprise, il l’a incontestablement gagné en maturité. Son film dresse le portrait sans concession d’une certaine Amérique, désabusée et éprouvée, un peu à la manière d’un Terrence Malick. Mieux, avec cette amitié naissante filmée à hauteur d’enfants, Mud prouve qu’il a autant de cœur que de souffle. Déjà fort d’une distribution irréprochable – Matthew McConaughey enfin dans la cour des grands ? –, il peut en outre se prévaloir d’une photographie classieuse, d’un cadrage savant et d’une mise en scène imperturbable. De quoi faire de ce joyau poli un classique instantané. D’autant plus que le scénario prend le temps de planter le décor, avant d’entremêler avec doigté les intrigues – une histoire d’amour imparfaite, des gosses en quête de repères, une vengeance personnelle, une cavale éprouvante. Cultivant l’art – mésestimé – du repérage cinématographique, produisant pas moins de 130 minutes de séquences sublimes sans le moindre déchet corollaire, Jeff Nichols va au bout de cette rencontre entre deux adolescents et un mystérieux rebut, aussi crasseux et affamé que magnétique, conférant à son œuvre une portée symbolique rarement rencontrée ces dernières années. Enfin, pour l’anecdote, on retrouve une nouvelle fois l’habituel et inusable Michael Shannon, un rien sacrifié mais impeccable comme à l’accoutumée. (9/10)

 

Le Moins : Spring Breakers (2012). Ceux qui ont cherché une quelconque filiation à Spring Breakers ont dû se faire une raison : par l’imagerie ostensiblement déployée, de la violence débridée à la nudité gratuite, le film de Harmony Korine s’inspire ouvertement des clips de rap les plus effrontés. Surfait et sans mesure aucune, le long métrage prend le parti d’immiscer quatre jeunes femmes déboussolées dans un milieu coutumier des excès en tout genre, sans foi ni loi. S’il y a là matière à réflexion, le traitement expéditif réservé à ce pitch prometteur donne lieu à une orgie de clichés racoleurs, eux-mêmes parasités par les convulsions frénétiques de corps dénudés. À force de massacrer la nuance et à mesure qu’il s’embourbe dans les facilités scénaristiques, Spring Breakers finit d’ailleurs par se révéler désespérément creux et incapable du moindre second degré. Le seul salut viendra d’un visuel d’apparat, mettant en scène une stylisation implacable, conçue à l’aide d’une débauche de formes et de couleurs. À la fois idyllique et cauchemardesque, fascinant et rebutant, saturé et vide, le film joue sur tous les tableaux et se fourvoie lamentablement, jusqu’à n’avoir plus qu’une carte à faire valoir : le déferlement d’effets plastiques et de procédés esthétiques. Un bijou clinquant, mais en toc. (5/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Trainspotting" / Le Moins : "World War Z" (#21)

Le Plus : "Pas de printemps pour Marnie" / Le Moins : "Greenberg" (#20)

Le Plus : "Sang pour sang" / Le Moins : "Last Days" (#19)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche