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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 06:51

Le saviez-vous ?  Si d’aucuns s’échinent à dénoncer les dangers d’une inflation non maîtrisée, peu se montrent en revanche prêts à discuter des éventuels bienfaits d’une hausse modérée des prix à la consommation. Il y a pourtant fort à parier qu’un tel processus impacterait positivement l’endettement et la demande.

 

Mais encore ?  Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI, est de ceux qui ont osé rompre le silence. Si l’on en croit ses propos, une accélération dûment contrôlée de l’inflation pourrait contribuer à remettre d’aplomb les économies occidentales, actuellement déprimées. À mille lieues des discours alarmistes sur l’« immaculée inflation », débités sans relâche par ceux qui agitent volontiers le spectre de la République de Weimar ou du Zimbabwe contemporain, tout porte à croire qu’une hausse des prix de l’ordre de 4 à 5 % – le taux moyen au cours du second mandat de Ronald Reagan – pourrait relancer la consommation et amenuiser le taux d’endettement des différents agents économiques. Par ses résultantes, l’inflation encourage en effet les dépenses – l’épargne s’effrite à mesure que les étiquettes valsent –, tandis que la dette globale se contracte mécaniquement. Et si la théorie nous enseigne que l’inflation tire vers le haut les taux d’intérêt, la trappe à liquidité actuellement en œuvre rend ce lien de causalité particulièrement inopérant. Résultat : le crédit (re)devient attrayant, puisque les devises à rembourser affichent une valeur réelle inférieure à celles empruntées. Il suffit alors de coupler ces effets pour obtenir de quoi réanimer une demande présentement inerte. Enfin, plus généralement, avec un enchérissement de 4 ou 5 %, les Banques centrales disposeraient d’une marge de manœuvre accrue lorsqu’une crise se déclenche. Une planche de salut à ne surtout pas négliger.

 

Citation. « En ce moment, les marchés semblent s’attendre à ce que les prix américains en 2017 soient supérieurs d’environ 8 % à ceux d’aujourd’hui. Si nous parvenions à 4 ou 5 % d’inflation sur cette durée, de façon à ce que les prix aient gagné 25 % à l’arrivée, la valeur réelle de la dette immobilière serait sensiblement plus faible qu’elle ne paraît sous la perspective actuelle – et l’économie aurait donc fait beaucoup plus de chemin vers une reprise durable. » – Paul Krugman, professeur émérite de l’université de Princeton, prix Nobel d’économie, dans Sortez-nous de cette crise… maintenant ! (Flammarion).

 

 

Lire aussi :

Ces universités américaines qui mènent la danse – LSV #9

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Published by Jonathan Fanara - dans Le saviez-vous Économie
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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 17:03

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Scarface (1932). L’histoire du cinéma regorge de détails qui n’en sont pas vraiment. Il en va notamment ainsi des épisodes d’amnésie qui entourent Scarface, trop souvent réduit au remake actualisé réalisé par Brian De Palma en 1983. Pourtant, un demi-siècle avant qu’Al Pacino ne campe le personnage de Tony Montana, le charismatique Paul Muni incarnait déjà le mafieux Tony Camonte, dans une version antérieure signée Howard Hawks. Ce Scarface premier du nom s’ancre dans le Chicago du temps de la prohibition et raconte par le menu les péripéties criminelles d’une petite frappe, immensément ambitieuse, et cherchant coûte que coûte à gravir les marches du pouvoir. Pour parvenir à ses fins, le mégalomane Camonte n’hésite pas à semer les chausse-trappes et à éliminer ceux qui se risquent à lui barrer la route. Indomptable et borné, il se fait volontiers l’apôtre de la mort et du chaos. Agrémenté de tensions familiales et amoureuses, ce classique du film de gangsters décline la perdition et la bassesse autant que faire se peut. Ténébreux, dense, habilement développé, ce chef-d’œuvre intemporel bénéficie non seulement de la mise en scène experte du professeur Hawks, mais également de dialogues lumineux, faisant la part belle aux formules chocs et imagées. Techniquement irréprochable, narrativement enlevé, ce Scarface originel, injustement méjugé, a tout d’une authentique claque cinématographique. (10/10)

 

Le Moins : Gatsby le Magnifique (2013). Nous sommes en 1922. Un fortuné et mystérieux hôte organise à intervalles réguliers des réceptions fastueuses, unanimement appréciées, au cours desquelles se croisent badauds et mondains, humbles et nantis. Cet homme insondable, qui ne se montre qu’à de rares occasions, alimente tous les fantasmes, fait l’objet de toutes les rumeurs. Qui est-il ?  Que cherche-t-il ?  Énième adaptation du célèbre roman de Francis Scott Fitzgerald, ce Gatsby le Magnifique annonçait d’entrée de jeu la couleur : une débauche d’artifices visuels et sonores, une pluie d’effets de manches et un décorum à la magnificence accentuée par l’éclat de deux acteurs de premier plan, les très convoités Leonardo DiCaprio et Tobey Maguire. Issu de l’imagination féérique de l’Australien Baz Luhrmann, ce drame était donc promis à une certaine superficialité, assumée car contrebalancée par une réalisation se voulant en tout point onirique. Mais, au final, cela sonne plutôt comme un pari risqué se soldant par un insuccès relatif. Premier bémol, et non des moindres : il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre ce remake et la version de Jack Clayton sortie en 1974, certes moins pompeuse, mais narrativement analogue. Second bémol, plus fâcheux encore : dans ce Gatsby, on ne perçoit pas plus l’urgence que la profondeur qui faisaient pourtant la force du roman originel. Aussi, si la structure formelle grouille d’idées, le film n’en reste pas moins inconsistant et déséquilibré. Un divertissement sans véritables enjeux, qui privilégie constamment le clinquant au détriment du profond, l’ostensible aux dépens du subtil. (6/10)

 

 

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Le Plus : "Voyage au bout de l’enfer" / Le Moins : "À la merveille" (#31)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 20:42

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Voyage au bout de l’enfer (1978). Événement majeur de l’histoire militaire des États-Unis, la guerre du Viêt Nam a accouché de plusieurs chefs-d’œuvre cinématographiques, parmi lesquels se rangent Voyage au bout de l’enfer (1978), de Michael Cimino, et Apocalypse Now (1979), de Francis Ford Coppola. Ces deux brillantes incursions au cœur des conflits armés nous renvoient sans fard aux régions minées et désossées par les affrontements martiaux, et dessinent avec justesse le portrait de soldats à jamais tourmentés, ébranlés – voire cassés – par les insoutenables scènes d’horreur et d’inhumanité qu’ils ont endurées. Auréolé de cinq Oscars en dépit d’une rude concurrence, Voyage au bout de l’enfer a tout du parfait défilé technique, arborant une mise en scène implacable et hyper-maîtrisée doublée d’une dualité déconcertante, où une violence abrupte, en tout point glaçante, donne le change à une beauté plastique ostensiblement exhibée. Au bout d’un tournage interminable, émaillé d’incidents, ce long métrage à la fois ténébreux, percutant et incisif rejoint sans mal les classiques du genre, à l’instar de Naissance d’une nation (1915) ou d’œuvres emblématiques se rapportant directement au Viêt Nam, comme Platoon (1986) ou Full Metal Jacket (1987). Alignant paraboles et métaphores – l’union (le mariage) avant la désunion (la névrose) –, Michael Cimino y dépeint les doutes et les peurs d’une poignée de jeunes Américains, génération insouciante transformée par le combat, brassant au passage les thématiques fondamentales de l’amitié et de la mort, sans jamais omettre de plonger son récit dans un hyperréalisme au mieux marmoréen. Filmé au cordeau, impeccablement distribué – Christopher Walken, Robert De Niro, John Savage, John Cazale, Meryl Streep –, Voyage au bout de l’enfer ne se contente aucunement de lever un coin de voile sur les horreurs d’une sale guerre : d’abord fenêtre ouverte sur le monde ouvrier, il témoigne ensuite d’une fracture incurable, d’une descente aux enfers psychologique, des mécanismes de désagrégation de l’identité et d’un avilissement autoalimenté des hommes, lesquels finissent immanquablement broyés par leurs propres outrances. Envoûtant et irrépressible, ce morceau de choix marqué du sceau inimitable de Michael Cimino restera également dans les mémoires comme le dernier tour de force de John Cazale, acteur ô combien sélectif que le cancer emportera prématurément, avant même la sortie du film. (10/10)

 

Le Moins : À la merveille (2013). Terrence Malick n’est pas n’importe quel réalisateur. Figurant parmi les maîtres incontestés du geste cinématographique, il agrémente chacun de ses films d’une beauté formelle hors pair, s’autorisant des audaces techniques qui mettraient au tapis la plupart de ses pairs. Maître d'œuvre des inoubliables La Balade sauvage (1973) et Les Moissons du ciel (1978), le cinéaste américain se distingue avant tout par une filmographie très sélective, limitant ses interventions à une poignée de longs métrages disséminés au fil des décennies. Sa dernière livraison en date, À la merveille, n’en était évidemment que plus attendue. Seulement voilà, à force de faire de chaque plan un enjeu de mise en scène, Terrence Malick glisse lentement vers une grossière caricature de son cinéma, désormais réduit à un visuel léché et à de savants mouvements de caméra, alors même que les fourvoiements narratifs et scénaristiques n’en finissent plus de torpiller ses ambitions. Ces défauts de conception donnent lieu à un film surfait, quasi artificiel et (trop) souvent dramatiquement exsangue. Car si À la merveille entendait interroger les relations amoureuses et la foi religieuse, il en arrive finalement à tourner à vide et ne parvient jamais à dépasser le stade du simple exercice de style. Bercé par les murmures, enjolivé par les travellings et les effets visuels, ce long métrage anémique se résume à une expérience sensorielle inaboutie, où la débauche technique ne suffit même plus à éveiller l’intérêt le plus minime. Conçu à base de plans courts et d’ellipses, sans souffle ni ressort, ce Malick mineur laissera en toute logique les incrédules au bord du chemin. (4/10)

 

 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 19:45

Coup de gueule à l'adresse de ceux qui se montrent prompts à amalgamer, à stigmatiser, à caricaturer, à opposer un « nous » autocentré et ethnocentrique à un « eux » exclu du simple fait de ses origines, ses croyances ou sa culture.

 

Ne vous fiez en aucun cas aux divagations hallucinées des « commentateurs » du Web : l’islamophobie n’a rien, vraiment rien, d’une tarte à la crème. Y croire, c’est se laisser bercer par la douce symphonie des illusions. C’est succomber au bagou populiste des ethnocentristes refoulés – et il y en a des tonnes, croyez-moi. Beaucoup, sur la Toile (et ailleurs), en sont encore à défendre l’idée que le racisme et la xénophobie ont tout de phénomènes largement fantasmés. Pis, en bons marchands de sable, ils avancent sans broncher que les musulmans se « victimisent » volontiers pour mieux servir leurs intérêts – forcément sournois, cela s’entend. L’usine à clichés tourne en réalité à plein régime. Il faut dire que la clientèle, déjà bien abrutie par TF1 et RTL, s’est en outre délestée des journaux – chronophages et inutiles –, des bouquins – poussiéreux et encombrants – et même, parfois, de toute instruction digne de ce nom – sans doute à la fois chronophage, inutile, poussiéreuse et encombrante. Aussi, les aveugles, du Web ou d’ailleurs, abreuvés jusqu’à plus soif de lieux communs, non contents de porter des œillères de la taille d’un porte-avions, voient la communauté musulmane d’un mauvais œil et à travers le prisme – clinquant – de la différenciation culturelle. Résultat : l’image, déformée comme s’il s’agissait de pâte à modeler, d’une nébuleuse cherchant à tout prix à mettre la main sur l’Europe, pauvre fillette débraillée, en pleurs et sans défense, pour y imposer ses propres lois, évidemment moyenâgeuses et liberticides.

 

Mais revenons-en à nos chers « commentateurs » du Web. Protégés par l’anonymat que leur confère la Toile, ils se rêvent en fossoyeurs de l’islam. Vaste projet, comme dirait l’autre. Déjà agaçants – euphémisme – quand ils désarticulent la langue française à mesure qu’ils sèment les idées reçues et les amalgames, ils ont en outre le toupet de taxer de pensée unique à peu près tout discours contraire au leur. Vent debout contre ces « satanés islamistes » – intitulé qui englobe à leurs yeux tous les musulmans, ou presque –, ils investissent les forums de leur haine dégoulinante, tapotant leur clavier avec la verve d’un tétraplégique sous hypnotiques. L’idiotie de ces internautes islamophobes a atteint de tels sommets que même le Kilimandjaro en pâlit de jalousie. Équipés de toute la panoplie du prêt-à-penser, toujours sur le pied de guerre, ces fantômes du monde virtuel restent perpétuellement à l’affût du moindre article à hanter, celui qui osera mentionner, ne serait-ce qu’une seconde, n’importe quel pays musulman.

 

Pollueur de forums, une vocation tout sauf en pénurie. Affichant fièrement leur propension à tout réduire à la question religieuse, les islamophobes planqués derrière leur écran vous bassineront avec les terroristes perchés dans les massifs montagneux alors même que vous évoquiez naïvement la reproduction des limaces en altitude. Et, une fois sur la défensive, ils se mettront, sans scrupules, à réécrire l’histoire, à user d’arguments spécieux, à chercher des poux dans la barbe d’Oussama Ben Laden. Avec une terminologie empruntée au Troisième Reich et des acrobaties sémantiques à faire hurler un Académicien, ils s’échineront à mettre en pièces votre maudite « tolérance » ou, pis encore, votre exécrable « ouverture d’esprit ». On ne plaisante pas, au grand jamais, avec les bouffeurs autoproclamés de muslims.

 

Forts d’une répartie de cour de récréation doublée d’une subtilité de bichon maltais, les racistes de tout poil paraissent définitivement en bonne voie pour rejoindre les bas-fonds du genre humain. Là-bas, ils devraient retrouver toutes sortes d’enfumeurs aussi crédibles que des marchands de tapis, parmi lesquels ceux soi-disant incapables de saisir les divergences, pourtant flagrantes, entre racisme et liberté d’expression. Un tableau à tout le moins prometteur.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Carte blanche Société
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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:54

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Mulholland Drive (2001). De son penchant pour la photographie et la peinture, David Lynch a hérité d’un savoir-faire formel presque inégalable. Avec son cadrage d’orfèvre et ses lumières hypnotiques, Mulholland Drive arbore ainsi d’éclatants atours, élevant la magnificence visuelle à des niveaux rarement atteints jusque-là. Non contente de sublimer la plastique, cette expérience sensorielle unique arrive à son apogée dès lors que la bande-son, en tout point ensorceleuse, dévoile ses plus belles partitions. Délaissant quelque peu son légendaire sens de l’absurde, le cinéaste américain procède ici par envoûtement, recourant volontiers à une sensualité permanente et à la mise en scène – implacable – des corps. De quoi sublimer un thriller bicéphale qui se joue comme jamais des frontières entre rêve et réalité, faisant du fantasme l’enjeu principal d’un récit foisonnant de lectures. David Lynch ne s’arrête évidemment pas en si bon chemin : il décompose au passage le Landerneau hollywoodien pour mieux en extraire ses névroses, ses vilenies et ses illusions. C’est ainsi que Naomi Watts campe avec brio une âme en peine, jeune comédienne fragile, abîmée par les humiliations et tourmentée par un amour hautement toxique. La délicieuse et énigmatique Laura Elena Harring lui donne la réplique. Vedette opportuniste doublée d’une séductrice hors pair, elle sera l’objet de toutes ses obsessions, agissant tour à tour à la manière des endorphines ou tel un atroce tord-boyaux. Authentique mindfuck, parsemé d’indices et de symboles, ce polar labyrinthique se déploie au travers d’un funeste triangle amoureux, multipliant les fausses pistes et ne livrant que partiellement ses secrets, rendant son décryptage, inépuisable et soumis à révision, particulièrement ardu. Digne héritier des imparables Blue Velvet (1986) et Lost Highway (1997), Mulholland Drive expérimente l’élasticité du temps, du lieu et de l’action sur fond d’amnésie, aidé en cela par deux interprètes à tout le moins grandement inspirées. Au final, cela donne à voir un film résolument abscons, qui échappe aux schémas narratifs classiques, jamais à court d’idées, riche en allusions succinctes et à ne certainement pas mettre entre toutes les mains. (10/10)

 

Le Moins : American Nightmare (2013). Chaque année, durant douze heures, l’Amérique se livre à toutes sortes d’atrocités, succombant aux vengeances personnelles, s’abandonnant immodérément à la haine la plus primaire. Cette « purge » tolérée par les autorités a pour but, plus ou moins avoué, d’éliminer les parasites qui minent l’économie – les pauvres, les désœuvrés, les malades – et de contenir la criminalité tout le reste du temps. Avec American Nightmare, James DeMonaco s’essaie au thriller d’anticipation, un genre difficilement domptable qui n’autorise aucune faille. C’est pourtant peu dire que les siennes ressemblent à s’y méprendre à des fossés. Premier bémol : si le pitch est prometteur, son développement ne vaut pas tripette. On sent que les scénaristes ont vidé leurs fonds de tiroirs – et qu’ils n’y ont pas trouvé grand-chose. Second bémol : contrairement à ce que la bande-annonce voudrait nous faire croire, le long métrage s’avère moins effrayant qu’un clip des One Direction et moins audacieux qu’un sonnet de Noël. Bâclé de bout en bout, cet American Nightmare croule littéralement sous les clichés et agite en vain le chiffon rouge des inégalités, ne parvenant tout au plus qu’à susciter un vague intérêt poli. Huis clos stérile, scénar chétif, vision avortée, James DeMonaco entendait dépeindre un monde dystopique, confondre la victime et le bourreau, sonder la nature humaine, mais ne fait au final que se perdre dans une fable futuriste insignifiante, filmée de toute évidence à l’aveuglette. Un naufrage sur toute la ligne. (3/10)

 

 

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 14:18

Le saviez-vous ?  Si les universités américaines trustent les premières places des classements internationaux, il faut avant tout y voir le signe d’un modèle de gestion efficient, reposant sur un processus décisionnel largement aux mains d’anciens étudiants, devenus administrateurs avisés.

 

Mais encore ?  La domination sans partage des États-Unis dans le secteur de l’enseignement supérieur a tout du secret de Polichinelle. Si l’on en croit le classement de l’université Jiao Tong de Shanghai, dix-sept des vingt meilleures écoles se situent en effet sur le territoire américain. D’aucuns font de la richesse du pays le principal facteur explicatif. D’autres préfèrent invoquer une population pléthorique, des politiques volontaristes en faveur de la recherche ou encore un pouvoir d’attraction considérable, capable d’amadouer les élites du monde entier. Mais ces arguments quelque peu rabâchés occultent un élément sans doute bien plus déterminant : les dispositions organisationnelles propres aux grandes universités états-uniennes. Car le fonctionnement de ces machines de guerre éducatives repose sur des évolutions largement mésestimées. Un phénomène qui ne date d’ailleurs pas d’hier.

 

En effet, dès les années 1860, Harvard demande à être traitée hors des évolutions politiques et souhaite confier à ses anciens élèves le pouvoir décisionnel. Le 29 avril 1865, après une intense campagne de lobbying, la Cour générale du Massachusetts adopte de justesse une proposition allant dans ce sens. Le concours des diplômés de Cambridge durant la guerre de Sécession, fort apprécié à l’échelle fédérale, contribue lui aussi à l’avènement de cette authentique révolution scolaire. Depuis lors, à Harvard, les anciens étudiants contrôlent le Conseil de surveillance, un phénomène avant-gardiste qui ne manquera pas d’inspirer d’autres établissements, à l’instar de Yale, l’université du Michigan, la Purdue University, Notre Dame, Duke ou encore le College of William and Mary. Dans les faits, ce modèle de gestion deviendra vite la norme, tant pour le privé que pour le public. Un pari gagnant, puisque le célèbre classement publié par US News and World Report rend régulièrement hommage à ces écoles sous la coupe d’anciens pensionnaires, c’est-à-dire celles où ils représentent au moins 50 % du conseil d’administration.

 

Signe des temps, parmi les fleurons américains, Harvard, Yale et Columbia se trouvent entièrement gérées par leurs diplômés, tandis que Princeton et Stanford peuvent se prévaloir d’un taux d’environ 90 % d’ex-étudiants. Élargissons le plan : en moyenne, les universités figurant dans le top 100 comptent au sein de leur conseil d’administration 63 % d’anciens élèves. Ces derniers semblent veiller mieux que quiconque au prestige des écoles qui les ont formés. Non seulement ils veulent soigner leur pedigree, mais ils connaissent en plus les établissements de l’intérieur, ce qui tend à fluidifier et bonifier le processus décisionnel. Surtout, ils n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille lorsque cela s’avère nécessaire. Enfin, pour maintenir la compétitivité de leur université, ils cherchent obstinément à attirer les meilleurs professeurs et les étudiants les plus méritants. Les performances sportives et artistiques, très valorisantes à terme, constituent également des critères de sélection de première importance. Le rayonnement de l’école doit à tout prix primer. Et même si les universités restent des organismes à but non lucratif, leur gestion se doit de répondre à deux impératifs : dispenser un enseignement exemplaire et appâter les éléments les plus prometteurs.

 

Citation. « Toutes les grandes universités sont des organisations à but non lucratif, créées pour dispenser un enseignement de haute qualité qui bénéficiera à la société tout entière. Les universités américaines revêtent cependant cette particularité d’avoir trouvé le moyen de combiner les bienfaits de la compétition avec le concept européen d’établissements non lucratifs et de quasi-bienfaisance. » – Shailendra Raj Mehta, professeur intervenant à l’Indian Institute of Management d’Ahmedabad et directeur académique du département Duke Corporate Education, dans La Libre Belgique.

 

 

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 19:50

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Elena (2011). Plutôt que de ménager la chèvre et le chou, Andreï Zviaguintsev préfère mettre les pieds dans le plat et étaler ad nauseam les multiples dysfonctionnements de la Russie de Vladimir Poutine. Dans Elena, il filme (froidement) les tensions sourdes et les violences larvées d’une société déboussolée, plus que jamais guidée par les intérêts personnels et les paroles démonétisées. Toujours dans l’air du temps, le scénario fait la part belle aux destins qui s’entrechoquent, aux trajectoires individuelles qui se croisent, et parfois se heurtent, au sein d’une même famille. Techniquement hyper-maîtrisé, ce thriller social fourmille de plans-séquences d’une exquise lenteur, cadrés et composés au millimètre près. Le cinéaste russe se pose en effet en authentique esthète, photographiquement dans les clous et narrativement impérial. Une main de fer – la critique acerbe – dans un gant de velours – le visuel policé. Porté par une Nadezhda Markina des grands jours, Elena en arrive même à « désentimentaliser » ses protagonistes avec un certain apparat, pendant que cynisme et misanthropie discutent le bout de gras. Ce long métrage, qui brille sans jamais éblouir, finit presque en roue libre et sonne impérativement comme une mise en garde : à ne raisonner qu’en termes d’intérêts particuliers, on ne gagne rien collectivement. Au final, tant par la justesse de son propos que par la rigueur de sa mise en scène, Andreï Zviaguintsev touche sans mal au but. (8/10)

 

Le Moins : Antiviral (2012). Comme Jason Reitman et Sofia Coppola avant lui, Brandon Cronenberg, en tant que « fils de », a encore davantage à prouver que ses pairs accédant tout juste au circuit hollywoodien. Comme eux, surtout, il doit s’aventurer dans sa propre voie et couper à la racine toute filiation trop prononcée. Et, pourtant, en s’emparant des thématiques de la starification outrancière, de la manipulation génétique et de la contamination, il ne pouvait pas plus s’inscrire dans le sillage de son illustre paternel, monstre sacré du cinéma de science-fiction. Ployant sous les influences, Antiviral entremêle lourdement nature et technologie, alors même qu’il dépeint un monde futuriste où les célébrités, vénérées et harcelées, tutoient les dieux, où les badauds s’injectent délibérément des éléments pathogènes prélevés sur leurs vedettes et où la culture cellulaire donne lieu à rien de moins que des « steaks de star ». Dans cette société dystopique où tout se vend, Caleb Landry Jones – qui crève littéralement l’écran – campe avec maestria un inquiétant commercial, coutumier du marché noir, prêt à s’inoculer n’importe quel virus pour ensuite pouvoir le fourguer à prix d’or. Son personnage représente à lui seul une charge puissante à l’encontre du consumérisme à tout crin. Bien ficelé, techniquement au point, Antiviral n’en reste pas moins miné par les dispersements et les faux raccords scénaristiques. C’est ainsi, erratique, qu’il finit par se caricaturer lui-même, sacrifiant sa crédibilité en omettant que la maladie constitue un tabou indépassable et que les veilleurs de la bioéthique servent de rempart en dernier ressort. À n’en pas douter, ce long métrage plus qu’honorable contient les défauts typiques d’un premier essai : une ambition démesurée et un propos sans bornes. Enfin, on ne saurait le taire, s’il espère un jour pleinement s’affirmer, Brandon Cronenberg devra inévitablement tuer le père. (6/10)

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 05:31

Le faux départ n’est pas l’apanage du monde sportif. Si la Commission belge de contrôle des films entame officiellement ses activités en 1921, les objections de l’industrie du cinéma, auxquelles s’ajoutent des complications techniques, l’handicapent et mettent à mal son bon fonctionnement immédiat. Il faudra par conséquent attendre 1922 pour que l’instance soit définitivement sur les rails et puisse donner sa pleine mesure. Les producteurs se prêtent alors massivement au jeu et lui soumettent quantité d’œuvres.

 

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : entre 1924 et la Seconde Guerre mondiale, environ 1000 films lui sont transmis chaque année. Dans la pratique, nonobstant la directive de 1921, qui vise pourtant à délimiter son mandat, la Commission s’adonne à l’occasion aux coupures strictement religieuses ou politiques. Un acte de censure pur et simple, qui tend à questionner un peu plus les réelles motivations de ses membres, nommés sur décision du ministère de la Justice.

 

À partir de 1941, et jusqu’en septembre 1944, l’instance publique, contrainte d’opérer depuis Londres, réduit fortement ses activités. La guerre bat alors son plein. Et les choses se gâtent encore après la Libération. La censure militaire vient en effet se juxtaposer à la directive de 1921, brouillant ainsi les cartes décisionnelles et refroidissant un peu plus une industrie déjà défiante. La Commission ne retrouve son rythme de croisière qu’en 1946, alors même que l’armée se résout à lâcher la bride.

 

Nouvelle directive : sévérité et ordre moral

 

Il semble que la Belgique ait décidé de se montrer intraitable. En 1951, une nouvelle directive, encore plus restrictive que la précédente, voit le jour. La Commission doit alors composer avec de nouveaux impératifs : sont désormais proscrits le réalisme trop criant, l’atteinte à l’ordre social et aux autorités, la promotion de l’amour libre et du libertinage ou encore les références au contrôle des naissances. Conforté par les nouveaux critères de contrôle, l’idéal chrétien met le cinéma en coupe réglée. Liberté d’expression et prescriptions religieuses ne font décidément pas bon ménage.

 

On imagine alors sans mal les industriels suer la peur. Car le texte de 1951, pensé par F. De Busscher, le nouveau président de la Commission, entrave largement leur marge de manœuvre. Pis, la proposition de loi – rejetée – de Jozef Jespers (CVP) entraîne un nouveau durcissement des positions politiques. En défendant l’interdiction d’accès aux salles aux mineurs de moins de 18 ans, le sénateur détériore encore davantage le climat délétère qui règne alors. C’est peu dire que l’entame des années 1950 n’augure rien de bon pour le septième art. Signe des temps : alors que les réalisateurs abordent des thèmes à tout le moins controversés, les distributeurs procèdent à des coupures préventives en vue de prévenir les risques de censure. Une sorte d’automutilation propre à freiner les ardeurs créatives.

 

 

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 J’ai fait le tour du monde en quelques films 

Le faux départ n’est pas l’apanage du monde sportif. Si la Commission belge de contrôle des films entame officiellement ses activités en 1921, les objections de l’industrie du cinéma, auxquelles s’ajoutent des complications techniques, l’handicapent et mettent à mal son bon fonctionnement immédiat. Il faudra par conséquent attendre 1922 pour que l’instance soit définitivement sur les rails et puisse donner sa pleine mesure. Les producteurs se prêtent alors massivement au jeu et lui soumettent quantité d’œuvres.

 

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : entre 1924 et la Seconde Guerre mondiale, environ 1000 films lui sont transmis chaque année. Dans la pratique, nonobstant la directive de 1921, qui vise pourtant à délimiter son mandat, la Commission s’adonne à l’occasion aux coupures strictement religieuses ou politiques. Un acte de censure pur et simple, qui tend à questionner un peu plus les réelles motivations de ses membres, nommés sur décision du ministère de la Justice.

 

À partir de 1941, et jusqu’en septembre 1944, l’instance publique, contrainte d’opérer depuis Londres, réduit fortement ses activités. La guerre bat alors son plein. Et les choses se gâtent encore après la Libération. La censure militaire vient en effet se juxtaposer à la directive de 1921, brouillant ainsi les cartes décisionnelles et refroidissant un peu plus une industrie déjà défiante. La Commission ne retrouve son rythme de croisière qu’en 1946, alors même que l’armée se résout à lâcher la bride.

 

Nouvelle directive : sévérité et ordre moral

 

Il semble que la Belgique ait décidé de se montrer intraitable. En 1951, une nouvelle directive, encore plus restrictive que la précédente, voit le jour. La Commission doit alors composer avec de nouveaux impératifs : sont désormais proscrits le réalisme trop criant, l’atteinte à l’ordre social et aux autorités, la promotion de l’amour libre et du libertinage ou encore les références au contrôle des naissances. Conforté par les nouveaux critères de contrôle, l’idéal chrétien met le cinéma en coupe réglée. Liberté d’expression et prescriptions religieuses ne font décidément pas bon ménage.

 

On imagine alors sans mal les industriels suer la peur. Car le texte de 1951, pensé par F. De Busscher, le nouveau président de la Commission, entrave largement leur marge de manœuvre. Pis, la proposition de loi – rejetée – de Jozef Jespers (CVP) entraîne un nouveau durcissement des positions politiques. En défendant l’interdiction d’accès aux salles aux mineurs de moins de 18 ans, le sénateur détériore encore davantage le climat délétère qui règne alors. C’est peu dire que l’entame des années 1950 n’augure rien de bon pour le septième art. Signe des temps : alors que les réalisateurs abordent des thèmes à tout le moins controversés, les distributeurs procèdent à des coupures préventives en vue de prévenir les risques de censure. Une sorte d’automutilation propre à freiner les ardeurs créatives.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma Culture
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 19:45

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Les Chats persans (2009). Asghar Farhadi n’est pas le seul cinéaste à raconter la société iranienne par le menu. Bahman Ghobadi, moins médiatisé mais tout aussi ingénieux, se tient en effet derrière le rideau, prêt à décocher quelques flèches empoisonnées à l’endroit de mœurs litaniques et d’un autoritarisme religieux en tout point asphyxiant. Tournée à la sauvette, sa dernière livraison, Les Chats persans, s’attache à mettre en lumière la vie de débrouille de quelques musiciens, partagée entre moments cocasses et urgences impromptues. Caméra à l’épaule, montage serré, le réalisateur entend filmer la fougue et l’énergie contagieuse d’un groupe de jeunes en quête de liberté, prétexte à un portrait décapant de l’Iran d’aujourd’hui, dont le pouvoir peine toujours plus à écarter les tenailles de la modernité. Agrémenté de traits d’humour, musicalement riche, le long métrage vaut autant pour ses prises de vues astucieuses et son message politique que pour le panel des émotions qu’il dégage. Ainsi, dans Les Chats persans, voler de ses propres ailes revient à prendre la tangente, un rapport de causalité qui en dit long sur l’état d’une société livide, pliant sous le poids des prescriptions confessionnelles. Une réalité décrite tant avec maestria que justesse par un Bahman Ghobadi très concerné. Alors, ne boudez surtout pas ce coup d’éclat parsemé de parenthèses « clipesques », à mille lieues d’un cinéma aseptisé que l’on ne connaît que trop bien. (8/10)

 

Le Moins : 3096 Jours (2013). Relater une abominable séquestration sans tomber dans le misérabilisme et les caricatures : voilà la tâche, ô combien complexe, qui attendait la réalisatrice Sherry Hormann, qui a pris le parti de transposer au cinéma un fait divers retentissant, à savoir le calvaire vécu par la jeune Autrichienne Natascha Kampusch, enlevée en 1998 et portée disparue durant plus de huit ans. Un pari hautement risqué, résolument casse-gueule, que seule une mise en scène au cordeau pouvait relever. Mais c’était sans compter sur les limites affichées par une cinéaste peu inspirée, à l’origine, pour le coup, d’un plantage en règle sur toute la ligne. Armé d’un scénario tenant tout au plus sur un timbre-poste et d’une intrigue sans grand intérêt, 3096 Jours éprouve en effet les pires difficultés à donner corps au drame qu’il entend dépeindre. Méchamment elliptique, stéréotypé et insipide, ce biopic narrativement asthmatique abandonne à leur (triste) sort ses deux principaux interprètes, pourtant loin de démériter. Aussi, dès l’apparition du générique de fermeture, une question se pose – et s’impose : cette tragédie des temps modernes méritait-elle vraiment un long métrage ?  La description des événements proposée par 3096 Jours, caricaturale et désespérément creuse, laisse en tout cas croire le contraire. (3/10)

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 05:42

Chiffrer un préjudice n’a rien d’une sinécure. Cela nécessite une méthode éprouvée, une rigueur scientifique indiscutable, en l’absence de quoi ne subsisteraient que des conjectures hasardeuses et des estimations à la grosse louche. Pourtant, pris dans leur ensemble, certains faits ne trompent pas. Il en va notamment ainsi de la pluie de critiques qui s’est récemment abattue sur la Toile, chargeant sans ambages le dénouement bâclé d’une téléfiction autrefois adulée, la bien nommée Dexter.

 

À coups de flashbacks grotesques, de morts surréalistes et d’incohérences manifestes, le final de cette célèbre production estampillée Showtime ne nous épargne rien. À tel point d’ailleurs que la fin alternative imaginée par Clyde Phillips, l’ancien showrunner attitré, en arrive à attiser les regrets d’aficionados au mieux désemparés, au pire dépités. Quant à un éventuel spin-off, possibilité offerte par des voies de secours laissées grandes ouvertes, il ne susciterait tout au plus qu’un intérêt poli. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi…

 

Acte I : ce Dexter qui nous questionne

 

Parsemée d’éclairs de génie, la première saison de Dexter pose les jalons d’un show anxiogène aux multiples ramifications. Ni erratique ni convenue, elle tranche les nœuds gordiens avec fougue et audace, tandis que s’y découvre un charme crépusculaire protéiforme.

 

Antihéros par excellence, Dexter Morgan travaille en tant que spécialiste en traces de sang pour la police de Miami. Une couverture idéale, qui lui permet non seulement de tenir à l’œil les criminels qui échappent à la justice, mais aussi et surtout de les enjoindre de rendre leur dernier souffle sur sa table d’exécution, selon un rituel scrupuleusement agencé.

 

Sans circonlocutions, la mécanique à effets s’emploie d’emblée à déconstruire quelques symboles américains. De l’éclatement familial à la faillite du système pénal, la série de James Manos Jr. couvre un large spectre thématique, repositionnant au passage les questions de la culpabilité et de la peine de mort au cœur des débats. Réglé comme du papier à musique, le récit fait en outre la part belle au « passager noir » de Dexter, un faisceau de pulsions irrépressibles le conduisant immanquablement au meurtre.

 

Traumatisé par l’assassinat de sa mère, sous le coup de penchants sanguinaires, l’analyste s’en remet alors à un code enseigné par Harry, son père adoptif, policier de carrière. Pour survivre, il lui faut maintenir coûte que coûte un voile de normalité et faire preuve de la plus grande discrétion. Pour soulager sa conscience et baliser quelque peu ses activités criminelles, il s’interdit d’exécuter des innocents et se borne aux crapules volant sous les radars de la justice.

 

Acte II : l’enlisement

 

Neutralisant systématiquement toute suspicion à son encontre, Dexter peut s’abandonner librement au plaisir cathartique de tuer. Si ses victimes se succèdent avec une régularité de métronome, lui s’en tire toujours à bon compte. Un peu comme un chat retombant invariablement sur ses pattes. Sur le plan sentimental, il s’engage dans une relation durable – mais artificielle – avec la belle Rita, qui ignore tout de sa face cachée. De leur union naîtra Harrison, une trouvaille scénaristique censée venir perturber la partie d’échecs grandeur nature que dispute notre serial killer.

 

La promotion de Debra, catapultée à la tête de son département, complique quelque peu la chasse mortifère dans laquelle notre héros s’accomplit et s’épanouit. Affronter un agent de police un peu trop regardant est une chose, se soustraire à la vigilance d’une sœur aimante en est une autre. Enfin, plus généralement, Dexter paraît en quête de transparence et de repères. Ainsi, il partagera son secret avec le psychopathe Miguel Prado et étudiera soigneusement la couverture d’Arthur Mitchell (Trinité), un démon barbare déguisé en saint philanthrope.

 

Acte III : chute libre

 

À partir de sa cinquième saison, Dexter semble s’endormir sur ses lauriers et doit composer avec un intérêt décroissant. L’intrigue peine clairement à se renouveler, tandis que les nouveaux personnages introduits, tous bords confondus, pâtissent d’un cruel manque de profondeur. Ni la naissance d’Harrison, ni même la mort brutale de Rita, lâchement assassinée par Trinité, ne viendront reformater le show. Pour peu, l’intrigue tournerait presque en rond, désespérément autocentrée et ankylosée.

 

L’encourageante – mais tardive – entrée en scène de deux protagonistes à tout le moins énigmatiques, Hannah McKay et Evelyn Vogel, ne parviendra pas à enrayer une chute devenue inexorable. La première, empoisonneuse invétérée, fait naître chez Dexter des émotions inconnues jusque-là. La seconde, neuropsychiatre de premier plan, a tout de la mère de substitution, à la fois protectrice et prévenante. Mais ces bouées de sauvetage scénaristiques se dégonfleront vite et ne tiendront que partiellement leurs promesses.

 

Quid alors de la triviale Debra, sœur affectueuse et néanmoins tiraillée par le doute ?  Cuisinée à toutes les sauces, enfermée dans une relation en dents de scie, elle finit reléguée au rang de variable d’ajustement, juste bonne à alimenter le prisme de l’amour incestueux. À mesure que la série progresse, cet électron libre perd en effet de son attrait romanesque, jusqu’à ne plus évoluer qu’en parallèle de Dexter.

 

Redondant et en manque de souffle, le show tire sa révérence en bottant en touche et en laissant l’intrigue cul par-dessus tête. Comme si, après avoir avancé dans le flou, il se délestait de la nécessité de trancher dans le vif. Ou quand des scénaristes en panne d’inspiration s’échinent à noyer le poisson…

 

 

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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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