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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 19:21

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Voilà une information qui fait couler l’encre. La Wallonie vient de se doter d’une nouvelle identité visuelle : un logotype au mieux épuré, composé de cinq points formant ensemble un « W » pixellisé. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les chiffres ayant trait à l’opération ont largement de quoi déconcerter. Les coûts d'élaboration s’élèvent à 60 000 euros – 12 000 euros le point, tout de même ! –, auxquels il convient d’ajouter les 477 000 euros facturés par McKinsey pour l’étude préalable. Comme souvent en matière de communication visuelle, les tarifs s’avèrent astronomiques, surtout au regard du produit fourni. Combien se sont en effet étranglés devant un tel logo ?  Combien ont glosé sur l’absence de toute couleur et le manque criant de sophistication ?  Quid alors d’une telle dépense en période de crise ?  Et nous ne sommes pas encore au bout de nos peines, puisque le site Internet mentionné appartient toujours, pour l’heure, à un particulier !  Il s’agit là au mieux d’un mauvais timing, au pire d’un amateurisme impardonnable. Sans doute ne faut-il pas tirer sur l’ambulance, mais cela n’échappera toutefois à personne que le bon sens politique est une nouvelle fois aux abonnés absents. Osons enfin cette dernière interrogation : le logo pourra-t-il seulement neutraliser les effets pervers induits par son lancement calamiteux ?  Rien n’est moins sûr.

 

 

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 05:30

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Pays surréaliste s’il en est, où tout, ou presque, peut arriver, la Belgique joue les équilibristes depuis que les querelles communautaires y ponctuent la vie politique. Certains mettent l’État fédéral dans leurs litanies, tandis que d’autres luttent avec détermination pour une réduction de voilure en faveur des entités fédérées. Quand les uns n’aspirent qu’à des réformes à la marge, les autres rêvent de grand soir institutionnel. C’est dire si le compromis belge marche souvent de pair avec cette fameuse quadrature du cercle.

 

En mai 2014 auront lieu des élections à tout le moins cruciales, à la fois fédérales, régionales et européennes. Le spectre du cataclysme politique va-t-il une nouvelle fois hanter le royaume ?  Et quid alors du scénario du pire, celui d’une crise inextricable ?

 

Un Sud divisé, un Nord sous la coupe d’une N-VA toute-puissante

 

Les premiers résultats viennent de tomber. Au Sud, le PS et le MR se taillent la part du lion et se tiennent dans un mouchoir de poche, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Les autres partis, presque fantoches, se partagent les miettes du gâteau électoral. Très vite, les positions de Charles Michel et Didier Reynders se révèlent incompatibles avec celles défendues par Paul Magnette et Elio Di Rupo. Malgré les injonctions royales, dans les deux camps, les plus dogmatiques refusent la moindre concession, fermant ainsi la porte à tout compromis. Pour peu, on croirait à un dialogue de sourds. Ces dissensions francophones tombent d’autant plus mal que le Nord consacre sans nuance l’hégémonie des autonomistes de la N-VA. Pis, les électeurs flamands sanctionnent sévèrement les partis issus de la majorité sortante : tant le CD&V que l’Open Vld et le SP.A se crashent lourdement, renvoyés à plus de vingt points des hommes de Bart De Wever. L’effet de ciseaux rend plus qu’hypothétique la formation d’un gouvernement fédéral sans les indépendantistes. Personne ne peut envisager d’embarquer sans eux : ni Bruno Tobback, ni Gwendolyn Rutten, et encore moins Wouter Beke. Pour les francophones, l’infortune est d’ailleurs à son comble, puisque la N-VA et le Vlaams Belang décrochent, ensemble, la majorité absolue. Le ciel politique se couvre et la foudre séparatiste menace.

 

Le roi Albert II affaibli

 

Fragilisée par les rumeurs d’abdication, la monarchie peine à mettre de l’ordre dans la maison belge. On perçoit comme une ambiance de fin de règne à Laeken. Les missions royales se multiplient – informateur, éclaireur, explorateur, médiateur, clarificateur, préformateur, etc. –, mais les obstacles ont la peau dure. Alors que certaines langues se délient, les états-majors des différents partis s’attellent désormais aux plans de secours. Les digues menacent de lâcher définitivement. Cela fait maintenant des mois que les négociations patinent : tout, du contenu des réformes à l’agenda à mettre en œuvre, divise francophones et néerlandophones. Pis, ni le PS et le MR, ni même la N-VA et le CD&V, ne parviennent véritablement à faire front commun. Les clivages intestins ajoutent de la cacophonie aux dissensions communautaires. Et Bruxelles, comme à son habitude, fait office de pierre d’achoppement indépassable. La faible marge de manœuvre du roi Albert II, combinée au refus de la N-VA de se prêter au jeu des missions royales, limite considérablement les avancées obtenues. Conséquence : la crise politique perdure et les entités fédérées, davantage promptes à s’entendre pour dégager des majorités, tiennent de facto les rênes du pays.

 

Les marchés financiers ciblent la Belgique

 

Plus Bart De Wever se montre intraitable, plus les problèmes belges paraissent insolubles. Alors que chacun tend désormais à bomber le torse et montrer les muscles, les agences de notation sortent les griffes et dégradent le pays à l’unisson. Même l’Union européenne se gratte la tête et laisse entrevoir des signes d’exaspération. Sans compter que d’anciens champions nationaux, à savoir Herman Van Rompuy et Yves Leterme, tous deux CD&V, égratignent à leur tour les institutions fédérales, respectivement depuis le Conseil européen et l’OCDE. C’est peu dire que la maison brûle. Alors que ses taux d’intérêt commencent à s’envoler, la Belgique s’apparente toujours plus à un canard boiteux. Prise dans la tempête financière, Bruxelles réagit à contretemps et finit par s’embourber jusqu’au cou. Cela suffira-t-il à insuffler un nouvel élan, à aplanir les divergences de vues et à mettre un terme aux blocages purement idéologiques ?  Rien n’est moins sûr.

 

Comment sortir de l’impasse ?

 

Le canard (boiteux) a le bec dans l’eau. Comment y remédier ?  Faut-il poursuivre les missions royales, quitte à les décliner à l’infini ?  Doit-on adresser un ultimatum aux négociateurs afin de presser la mesure ?  Convient-il de prendre acte des blocages et, ce faisant, de réinventer le fédéralisme belge, voire de réduire l’État à une vulgaire coquille vide ?  Ou, au contraire, ne faudrait-il pas plutôt rassembler les dernières bonnes volontés et les mandater en vue d’œuvrer à une réforme cohérente et équilibrée qui permettra de préserver les fondements du modèle actuel ?  Et si la crise bat de nouveau des records de longévité, que faire ?  Reconduire le gouvernement sortant, avec des pouvoirs sensiblement élargis, pour sauver les meubles (et les apparences) ?  Quid alors de la démocratie et des tentations sécessionnistes ?  Beaucoup de questions, peu de réponses...

 

 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 05:47

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© Jos Collignon

 

Ceux qui ne s’embarrassent d’aucun scrupule se délectent parfois à comparer les pommes et les poires. Ils se dévoient alors grossièrement, empruntant des raccourcis que tout bon sens récuserait. C’est ainsi, par exemple, que le pouvoir islamo-conservateur turc se trouve à l’occasion assimilé aux pires dictatures. Coupons court à toute controverse : il s’agit là, au mieux, d’une erreur de jugement imprescriptible. Mais il ne faudrait pas se détourner d’une caricature pour se jeter naïvement dans les bras d’une autre. Car c’est peu dire qu’il convient de mettre en doute certains arguments électoraux rabâchés par l’AKP et son chef de file, Recep Tayyip Erdogan. On pourrait d’ailleurs gloser des heures durant sur la prétendue liberté d’expression en vigueur à Ankara, largement fantasmée pour le coup.

 

En réalité, l’immense polémique née sur les braises de la place Taksim n’est que l’arbre qui cache la forêt. La Turquie voit l’ensemble de ses médias faire face au chantage à la grenade d’un pouvoir pour le moins intempérant. Que des intellectuels, avocats ou journalistes cherchent à rompre les lisières politiques relève d’un certain ordre logique. Que l’État, via ses élus, se montre intransigeant et ne veuille pas battre sa coulpe, chacun pouvait le prévoir. Et puisqu’il est hors de question de parler de pair à compagnon avec les autocrates turcs, il fallait bien qu’une impasse se manifeste tôt ou tard. Le bras de fer engagé à Istanbul, sous couvert de protéger le parc Gezi, résulte en fait, au moins partiellement, du chemin de croix imposé depuis des années aux journalistes, priés par les autorités de montrer patte blanche afin de pouvoir exercer leur métier. Ainsi, la presse fait désormais jeu égal avec les pantins et les automates en matière de docilité. On est tout au plus à un cheveu du serment d’allégeance. Et, pour l’heure, les discours officiels, de pure forme, ne font que jeter de l’huile sur le feu démocratique.

 

La presse à l’épreuve du bâillon

 

Les industriels ayant l’heur de traiter avec les pouvoirs publics se contentent souvent de mettre une sourdine à leurs récriminations. Pis, les patrons des grands groupes de presse, essentiellement issus du milieu des affaires, se méfient comme de la peste d’un éventuel retour de bâton en cas d’outrecuidance trop affirmée. Car Recep Tayyip Erdogan tenant les rênes du pays d’une main de fer, il peut distribuer les bons et les mauvais points à sa guise, décidant le cas échéant de délier ou non les cordons de la bourse. Parce que l’enjeu financier est de taille, les opportunistes succombent sans broncher à la tentation de se placer sous le joug gouvernemental et de s’en tenir à une prudence de Sioux. En toute logique, peu se risquent à fâcher un client fortuné qui, de surcroît, légifère comme bon lui semble.

 

La mainmise du Premier ministre atteint un tel degré qu’il se permet même de s’immiscer dans les moindres recoins médiatiques, se prononçant volontiers sur le sort à réserver aux éditorialistes, journalistes ou chroniqueurs un peu trop insolents. Qu’on se le dise : prendre des libertés excessives revient souvent à se mettre à dos l’AKP, parti majoritaire et – forçons le trait – organe de contrôle de la presse faisant fonction. C’est pourquoi l’autocensure règne aujourd’hui en maître absolu, s’emparant de tout sujet sensible et dictant sans ambages (ni scrupules) ses exigences rédactionnelles. Ceux qui osent délier la langue prétendent d’ailleurs que certains professionnels de l’information s’adressent directement à Erdogan, ou à ses proches conseillers, afin de prendre les ordres et baliser leur travail. C’est l’hégémonie du non-sens.

 

Comme le Premier ministre ne se refuse rien, il va jusqu’à réunir à Ankara les patrons de presse et leurs rédacteurs en chef afin de déterminer quelques lignes rouges à ne franchir sous aucun prétexte. De quoi parasiter un peu plus le bon fonctionnement d’un quatrième pouvoir devenu… impuissant. Au grand dam des démocrates, c’est encore Erdogan qui a le dernier mot concernant certaines hautes nominations. C’est dire si le gouvernement turc semble faire peu de cas de l’indépendance des journalistes. Et il y a pis encore : en coulisses, les manœuvres pullulent en vue d’écarter les plus bavards, regardants et impétueux. Pourquoi en effet ne pas remplacer les esprits trop critiques par des factotums inoffensifs, menés tant à la baguette que par le bout du nez ?  La couverture des événements de la place Taksim a d’ailleurs démontré à quel point la pensée journalistique se fossilisait et se sclérosait, comme paralysée par des intimidations maintes fois répétées.

 

Plus généralement, dans un contexte où la Turquie enregistre une hausse significative du nombre de journalistes emprisonnés, la liberté d'expression semble connaître un recul aussi soudain que spectaculaire. Même la série télévisée Le Siècle magnifique, qui dépeint sans fard les turpitudes de Soliman 1er, n’a pas échappé aux vitupérations de l’ancien maire d’Istanbul. « Je maudis et condamne les réalisateurs de ces séries et les propriétaires de cette chaîne de télévision », avait-il osé. Nul besoin d’avoir inventé l’eau chaude pour comprendre que le pouvoir islamo-conservateur turc s’évertue à bâillonner la presse, quitte à fragiliser la démocratie et à nourrir un peu plus les mouvements de contestation qui embrasent actuellement le pays.

 

 

Lire aussi :

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Révolution en Syrie : deux tableaux parallèles


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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 08:30

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Frenzy (1972). Si Alfred Hitchcock avait le chic pour sonder l’âme humaine, il se montrait surtout virtuose dans l’art de la mettre en scène au travers d’œuvres bâtardes, toujours à la croisée des genres. Il en va ainsi pour La Mort aux trousses, Psychose, Les Oiseaux ou encore La Corde, des monuments intemporels où la grammaire s’avère aussi intraitable que la photographie. Au même titre qu’un Orson Welles, avec qui il partage le génial Bernard Herrmann, le cinéaste britannique a su traîner son imposante carcasse jusqu’au sommet du septième art. Réalisateur prolifique, maître incontesté du suspense, il verra sa carrière (immense) se solder par quelques morceaux de choix, parmi lesquels figure l’incontournable Frenzy, une sorte de testament cinématographique catalysant toutes ses obsessions. Cet imperturbable thriller convie en effet à son banquet le tueur en série, le misogyne, le policier ou encore le faux coupable. Chargé de toute la mythologie hitchcockienne, de la nourriture aux escaliers, le long métrage, plutôt que de prendre l’intrigue à rebrousse-poil, cristallise les failles humaines dans un envoûtant faisceau narratif. C’est ainsi qu’il contemple avec attention des quidams pour mieux exhumer leur face cachée. Au programme : un ancien pilote de chasse reconverti en barman, bientôt licencié, sans le sou et accusé à tort de meurtre, tandis que le vrai coupable, grossiste en fruits et légumes doublé d’un manipulateur hors pair, se faufile, non sans mal, entre les mailles du filet judiciaire. Comme à son habitude, sans jamais se dévoyer, Hitchcock ennoblit la prise de vue et la photographie, deux attributs techniques d’une réalisation bien rythmée et sans fausse note. Aussi marionnettiste que virtuose, le penseur de Psychose nous mène à la baguette tout en évitant de se montrer péremptoire. Et ne néglige, bien sûr, ni les autoréférences, ni les caméos. Tourné à Londres, délaissant le fantastique (Les Oiseaux) et le politique (L’Étau), Frenzy condense la plupart des thématiques hitchcockiennes dans un sang-mêlé qui cartographie avec brio la communauté humaine. Le dernier classique d’une légende du grand écran. (8/10)

 

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Le Moins : L’Ombre d’un soupçon (1999). On ne compte plus les cinémas qui se désintègrent sous la férule d’un réalisateur perdant peu à peu la main. Quand Sydney Pollack, l’homme à qui l’on doit notamment le délicieux Tootsie, s’attelle à L’Ombre d’un soupçon, il lutte pied à pied avec un script fantoche, frôle l’inanité et badigeonne son film d’un sentimentalisme au mieux saumâtre. De quoi gonfler les rangs des auteurs déchus, ceux qui, une fois au sommet de leur art, ont sauté dans le vide sans parachute. Ils tournent d’abord à tout vent, avant de s’écraser lourdement sur des désillusions asphaltées. Manquant sérieusement d’épaisseur, notamment en raison d’un scénar con(venu) au possible, L’Ombre d’un soupçon, par ses billevesées et litanies, traîne la jambe et perd la face – voire la tête, c’est selon. Moins ambitieux qu’une endive, moins fantaisiste qu’une centrifugeuse en panne, ce drame ploie littéralement sous la morosité et l’académisme. Il faut dire que les deux veufs s’unissant pour débusquer les secrets de leurs conjoints disparus ont peu à nous offrir, si ce n’est un cinéma de pure forme qui semble prendre le Pirée pour un homme. Nul doute que si ce long métrage était un personnage de fiction, il aurait tout du factotum ânonnant dont la main tremble. Enfin, un mot sur le casting : Harrison Ford reste fidèle à lui-même – donc pas exceptionnel –, tandis que Kristin Scott Thomas s’accommode mal au rôle de députée quelque peu écervelée. Un conseil ?  Fuyez cet accident de parcours qui carbure à l’eau de rose. (3/10)

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 16:48
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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 05:40

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© Mayk

 

Berlin s’en frotte les mains. Et ses entrepreneurs ont le sourire aux lèvres. Pour la seule année 2012, la première économie de la zone euro a absorbé plus d’un million d’immigrés, soit un record absolu depuis 1995. La plupart d’entre eux viennent de Pologne (176 000), de Roumanie (116 000) et de Bulgarie (59 000). L’Europe centrale et orientale se taille ainsi la part du lion et se pose en principale pourvoyeuse de main-d’œuvre étrangère. Mais les pays méridionaux, gravement impactés par la crise, ne sont pas en reste. Au contraire. L’Espagne (50 000), l’Italie (42 000), la Grèce (34 000) et le Portugal (12 000) connaissent un sursaut migratoire aussi soudain que spectaculaire. La ministre allemande du Travail, Ursula von der Leyen (CDU), n’a pas tardé à commenter ces chiffres : « Cet afflux est une chance énorme, car cette nouvelle vague d’immigrés est plus jeune et mieux formée. »

 

Selon l’Office fédéral de la statistique, l’immigration teutonne enregistre une croissance de 13 % par rapport à l’année 2011. Un bond important, mais néanmoins insuffisant au regard des dizaines de milliers de postes toujours vacants, notamment dans le secteur des soins. C’est la raison pour laquelle un nouveau règlement sur l’emploi, visant à ouvrir le marché du travail aux étrangers, entrera prochainement en vigueur. Cette réforme a pour but de stimuler une immigration « spécialisée », hautement qualifiée. À souligner : il y a là, incontestablement, de quoi tordre le cou à tous les lieux communs faisant des étrangers d’authentiques boucs émissaires socioéconomiques.

 

L’État stratège

 

L’Allemagne a de la suite dans les idées. Plutôt que de subir l’immigration, elle l’orchestre. Alors que sa démographie décline, que sa pyramide des âges vacille et que son industrie présente un besoin urgent de main-d’œuvre, elle joue à fond la carte des flux migratoires, qui tiennent désormais lieu d’aubaine. À l’opposé : les pays d’origine, où l’exil de masse occasionne des contrecoups aussi perceptibles qu’irréparables. Car l’archétype du travailleur émigré, c’est avant tout le jeune diplômé dont les perspectives s’amenuisent à vue d’œil. Des hommes et des femmes qui, après avoir bénéficié d’une éducation généreusement subventionnée, prennent la poudre d’escampette sans demander leur reste. Une perte sèche pour des États déjà fragilisés par la crise, au moment même où ils espèrent récolter le fruit de leur labeur, où ils attendent un retour sur investissement utile à la collectivité.

 

Un parcours semé d’embûches

 

Pour attirer les travailleurs étrangers, Berlin ne lésine pas sur les moyens. La Bundesagentur für Arbeit – l’Agence fédérale allemande pour l’emploi – publie des centaines de milliers d’offres sur son site Internet, accessible en plusieurs langues. Elle prospecte activement au-delà de ses frontières et organise même des bourses au travail délocalisées. Cela dans un souci manifeste d’efficience et de fluidité. Mais tout n’est pas rose pour autant. Ainsi, les postulants doivent parfois faire preuve d’abnégation. Car, en plus de la maîtrise de la langue, indispensable à tout emploi qualifié, ils se voient souvent contraints de se plier à de nouveaux usages professionnels, inconnus jusque-là, ou presque. Pis encore : ils peinent parfois à faire reconnaître leurs diplômes et doivent à l’occasion composer avec des barrières administratives fastidieuses, touchant surtout les moins qualifiés d’entre eux. Enfin, l’Allemagne regorge essentiellement d’emplois précaires, à temps partiel, peu en phase avec les compétences des jeunes immigrés européens. C’est dire si l’eldorado a ses limites…

 

 

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 12:49

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Les Promesses de l'ombre (2007). Deux ans à peine après leur association de choc à l’occasion du monumental A History of Violence, David Cronenberg et Viggo Mortensen remettent le couvert avec un thriller mafieux bercé au bruit des simulacres, métaphoriquement intitulé Les Promesses de l’ombre. Ce film noir, toujours à la lisière de l’extrême, réconcilie le réalisateur canadien avec les codes classiques du septième art, tandis que les obsessions corporelles et technologiques font place au terre-à-terre le plus absolu. Non content de radiographier la pègre russe sévissant à Londres, David Cronenberg déroule avec maestria une intrigue à double lecture sur les filiations naturelle et spirituelle. Véritable fourre-tout thématique, dans lequel chacun pourra trouver son Graal, Les Promesses de l’ombre ne perd jamais la main et enjambe toutes les embûches sans coup férir. Mieux : il se permet même de régaler l’assistance avec des questions existentielles – l’identité, la justice, la famille – cuisinées à toutes les sauces. Filmé au cordeau, voire à l’épure, à la fois ténébreux et haletant, le long métrage arrête son regard, glacial, sur la violence, la bassesse et l’horreur. Du Cronenberg pur jus, coulant à larges flots, jusqu’à plus soif. Un diamant à l’état brut, porté par un géant parmi les géants, Viggo Mortensen, acteur total capable de se fondre avec une minutie d’orfèvre dans tous les registres. À côté de lui, Vincent Cassel et Naomi Watts passeraient presque pour des bleus. C’est dire… N’ayons pas peur des mots : Les Promesses de l’ombre tient tête aux classiques du genre et se pose sans mal en morceau de bravoure. Une mécanique infernale, menée d’une main de maître et imprégnée de références multiples. (8/10)

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Le Moins : Very Bad Trip 3 (2013). Todd Phillips est devenu, au fil des années, une figure incontournable de la comédie américaine. Aux commandes de Road Trip, Retour à la fac, Starsky & Hutch ou encore de la saga Very Bad Trip, il a réveillé, à l’instar d’un Judd Apatow, un genre qui tendait au mieux à s’endormir sur ses lauriers. Bien qu’imparfaite et inégale, sa filmographie concentre quelques pièces de choix valant – au moins – leur pesant d’or. Mais le retour sur les écrans des quatre potes les plus névrosés du cinéma vaut-il pour autant le déplacement ?  On peut en douter. Primo : avec Very Bad Trip, l’intérêt comique semble s’estomper à mesure que le budget s’accroît. Secundo : le scénar est archi-convenu – un ami endeuillé à réconforter – et les gags pédalent quelque peu dans la semoule, troquant manifestement l’inventivité contre la sécurité, donc l’académisme. Tertio : même Zach Galifianakis, héros tout désigné de ce nouveau volet, alterne le meilleur et le pire, se révélant au final moins piquant que sa crinière hirsute. Quarto : la réalisation, efficace à défaut de déborder d’imagination, ne sort jamais, ou si peu, des sentiers battus. Un peu comme si le bolide VBT avait pris trop de valeur, ou que son pilote était devenu trop précautionneux, pour s’adonner à la conduite à risque. Résultat : un Todd Phillips en mode mineur, qui oublie de passer la seconde, davantage préoccupé par ses rétroviseurs que par les nids-de-poule qui ornent sa route. (6/10)


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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 05:47

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Source : CourrierInternational.Com

 

 

Alors que la crise de la dette frappe durement les pays européens périphériques, induisant des plans de rigueur sans précédent, la pression fiscale s’y accroît à mesure que les revenus s’amenuisent. Battus de l’oiseau, certains, parmi les Grecs, les Espagnols ou encore les Portugais, se voient contraints de s’adonner aux comptes d’apothicaire afin de boucler leurs fins de mois. Illustration avec l’infographie présentée ci-dessus, qui revient sur les dépenses mensuelles d’un ménage italien moyen, lui aussi fortement impacté par l’adoption récente de mesures à tout le moins draconiennes.

 

Avec des revenus dépassant à peine les 2700 €, notre ménage doit satisfaire aux besoins communs de 2,4 personnes – affichant presque 45 ans, en moyenne. S’il emploie 2488 € par mois, dont 477 € pour les seules denrées alimentaires, il peut néanmoins se prévaloir d’une capacité d’épargne de 258 €, soit environ 10 % de ses revenus cumulés. Les frais de logement constituent le premier poste de dépenses avec une facture globale de 709,8 €. Derrière, on trouve le budget alloué aux transports (344,7 €) et aux services (244,3 €). Les combustibles et l’énergie coûtent chaque mois 117,8 €, une somme comparable, par exemple, à celle dévolue aux achats d’habillement (129 €). Un constat parmi les plus édifiants : l’éducation (22,8 €) et le tabac (20,9 €) occasionnent des charges pratiquement équivalentes !  Et pour achever ce tour d’horizon, reste alors les soins de santé (72,8 €), les communications (42,5 €), l’économie domestique (107,4 €) et les temps libres (72 €), une catégorie qui comprend notamment les produits culturels, les animaux, les jeux de grattage, les journaux, les livres et les plantes.

 

Étudiés plus attentivement, ces chiffres apportent un lot d’enseignements non négligeable. Ainsi, on remarque d’une part la prépondérance des dépenses incompressibles (logement, santé, transports, alimentaire) et, d’autre part, l’ampleur de certains postes pourtant traditionnellement jugés anecdotiques. Parmi eux, citons pêle-mêle : 129 € consacrés aux vêtements et chaussures, 82 € pour les repas et consommations hors domicile, 55,2 € dévolus aux voyages, 37 € alloués aux produits cosmétiques, 30,5 € de frais de coiffeur et de barbier, 28,9 € pour l’achat de fromage ou encore 85,1 € pour les seuls fruits et légumes (!). Soit autant de dépenses (largement) supérieures à celles liées à l’éducation ou à la culture. Ou quand l’huile d’olive importe davantage que les manuels scolaires, les livres et la presse…

 

 

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 20:33
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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 15:45

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : eXistenZ (1999). Créer de toutes pièces des univers singuliers, mettre en œuvre une mécanique narrative imparable, se jouer des fascinations humaines pour mieux porter son message. David Cronenberg est davantage qu’un simple film director : par son cinéma allégorique et sa vision constructive, il s’impose comme un auteur-virtuose de premier plan, toujours prêt à se jeter à corps perdu dans des projets casse-gueules. De Stereo (1969) à Cosmopolis (2012), le Canadien a alterné le meilleur et le pire, embrassant tous les genres sans jamais sacrifier son identité propre. Avec eXistenZ, véritable condensé de sa filmographie, sorti en 1999, il transpose à l’écran toutes ses obsessions : gadgets organiques, orifices déroutants, point de confluence du réel et du virtuel. « Connectez-vous et devenez Dieu » : et si cette citation, que l’on doit à l’un des personnages, résumait tout ce que Cronenberg entend dénoncer ?  Car il est ici avant tout question de quête identitaire, de négation du concret et de besoins émotionnels insatisfaits, des thématiques résolument modernes, déclinées au travers d’une nouvelle génération de jeux, directement connectés au système nerveux. eXistenZ finit d’ailleurs par confiner au miroir déformant, amplifiant névroses et mal de sensations, nous renvoyant froidement aux paradoxes du corps et de la technologie. Mieux : sans avoir l’air d’y toucher, par son propos, le cinéaste canadien expose une certaine vision de l’avenir, érigeant l’artificiel en antidote du déprimé. Et si son long métrage reste assurément arrimé à la science-fiction, il puise également dans le registre comique, comme en témoignent ses emprunts au burlesque et ses scènes équivoques. Mais, malgré ces quelques traits d’humour, eXistenZ demeure largement hermétique en raison de sa duplicité et de ses amphigourismes. Un brouillage – volontaire ? – qui ne manquera pas de laisser les non-initiés au bord du chemin. Confus, violent, drôle, ce film bicéphale (au moins) tourne rapidement à l’orgie scénaristique et ressuscite toutes les lubies de son maître d’œuvre. Un plaisir malheureusement tempéré par de vaines complications de lecture et une gadgétisation à l’excès. (7/10)

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Le Moins : Des hommes d’influence (1997). Barry Levinson a beau se faire rare, les cinéphiles ne l’oublient pas pour autant. Logique quand on sait qu’on lui doit des monuments de la trempe de Rain Man (1988) et de Sleepers (1996) – excusez du peu –, auxquels il convient encore d’ajouter des morceaux de choix comme Harcèlement (1994) ou Bugsy (1991). Et ce n’est pas tout : déjà réalisateur et scénariste confirmé, il se distingue également en tant que producteur avisé, notamment avec Oz, la mythique série de Tom Fontana, à la fois pionnière et inégalable. Dans Des hommes d’influence, ce cinéaste américain aux multiples casquettes bat en brèche la respectabilité du Landerneau politique et inscrit son propos à la lisière de la satire comique. Comme pour mieux porter son projet, le casting réunit deux monstres sacrés du septième art, à savoir Dustin Hoffman et Robert De Niro, campant respectivement un producteur de cinéma vaniteux, doublé d’un opportuniste peu scrupuleux, et un spin doctor ne reculant devant rien. Ces deux personnages hauts en couleur vont s’adonner aux pires manipulations politiques, n’hésitant pas à simuler une guerre pour détourner l’attention de l’opinion publique à la veille d’un scrutin crucial. L’objectif de la manœuvre ?  Passer sous silence un scandale sexuel impliquant leur candidat. Barry Levinson en profite pour dessiner une savoureuse galerie de personnages, tous plus improbables les uns que les autres. Et il décline par ailleurs, jusqu’à plus soif, les notions de mensonge et de storytelling, notamment via la genèse d’une flopée d’outils de communication – musique et images circonstancielles, mythe du héros, geste emblématique, etc. Le hic, c’est que cette caricature, même revendiquée, pèche par outrance et présente des vices de crédibilité. Cela sans compter que Des hommes d’influence manque assurément d’épaisseur et finit par tourner en rond, voire à vide. La faute à une écriture trop plate et à une mise en scène pas forcément plus pétillante. (6/10)

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Lire aussi :

Le Plus : "Funny Games" / Le Moins : "Funny Games U.S." (#15)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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