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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 16:28

Méconnu avant la révolution télévisuelle de la fin des années 1990, initiée par HBO, Bryan Cranston a ensuite été érigé en icône du comique pour son rôle dans la série à succès Malcolm. L’acteur américain a alors marqué peu à peu le monde du petit écran de son empreinte. Portrait d’un talent hors pair aux choix de carrière toujours avisés.

 

Pour un comédien, c’est le grand écart. Au début des années 2000, Bryan Cranston voit sa carrière décoller : il campe avec talent le personnage du père de famille étourdi dans Malcolm, une sitcom ultra-populaire diffusée durant sept saisons sur le réseau FOX. Il se fait rapidement un nom, glane ses premières récompenses et suscite alors l’intérêt de l’industrie du cinéma. Une fois le rideau tiré, il prend le temps de souffler, avant de rebondir – et de quelle manière ! – avec Breaking Bad, une téléfiction dramatique produite par AMC et créée par l’excellent Vince Gilligan, ancien scénariste et producteur de X-Files. Bien entouré (Anna Gunn, Aaron Paul), Bryan Cranston interprète un professeur de chimie cancéreux qui, pour mettre sa famille à l’abri du besoin, décide de se lancer dans le commerce de méthamphétamine. Au fil des épisodes, le prof un peu fadasse se professionnalise et entame une inquiétante descente aux enfers. Brillamment mis en scène, sombre, percutant, Breaking Bad a tout de la consécration tant attendue : les retombées, les aficionados, le succès critique. Entre Hal (Malcolm) et Walter (Breaking Bad), le contraste se veut saisissant : les deux pères de famille évoluent dans des univers foncièrement différents. Pour le comédien, il s’agit presque d’une volte-face. Alors que la sitcom se moquait ouvertement d’insignifiants tracas familiaux de la classe moyenne, la série de Vince Gilligan, bien plus profonde, dépeint son désespoir, repoussant toujours plus loin ses limites morales. Pour légitimer le cancer de son personnage, Bryan Cranston accepte toutes les transformations physiques. Méticuleux, charismatique, il crève littéralement l’écran, jouant tour à tour le doute, la peur, la colère ou la folie.

 

Des collaborations de choix

 

Il faut reconnaître au moins un mérite à Bryan Cranston : son habileté à s’illustrer dans des rôles pour le moins convoités. Car sa carrière sur le petit écran ne s’arrête pas aux monuments que sont Malcolm et Breaking Bad. L’acteur américain a connu d’autres séries télévisées emblématiques. Il a ainsi tourné dans X-Files, Seinfeld, 30 Rock ou encore How I Met Your Mother. Excusez du peu !  Moins reluisant, mais néanmoins porteur, il a également travaillé pour Alerte à Malibu, Flash, Supercopter ou encore CHiPs. Ce parcours est révélateur : Bryan Cranston a traversé les époques, les genres et les réseaux. Par ailleurs, son implication a parfois dépassé le simple cadre de la comédie : il a notamment réalisé des épisodes de Breaking Bad et Modern Family.

 

Au cinéma, petit à petit, l’acteur semble creuser son sillon. Souvent cantonné aux rôles de second plan, il a toutefois travaillé sous la direction de cinéastes renommés : Tony Kaye (Detachment), Steven Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan), Nicolas Winding Refn (Drive), Steven Soderbergh (Contagion), Tom Hanks (Il n’est jamais trop tard) ou encore Jonathan Dayton et Valerie Faris (Little Miss Sunshine). Il a par ailleurs prêté sa voix pour le film Madagascar 3. Pas abonné aux grands rôles, certes, mais sa filmographie n’en reste pas moins impressionnante. Car Bryan Cranston sait se positionner en vue de tourner avec les meilleurs.

 

Ininterrompue depuis le début des années 2000, son ascension plaide largement en sa faveur. Confortablement installé dans le fauteuil de la star de téléfictions, il a désormais les moyens d’en découdre dans la catégorie supérieure. Avec son jeu implacable, qu’il sait décliner à l’infini, l’acteur américain pourrait tenir sans mal le rôle principal dans un long métrage. Et la logique voudrait que le cinéma lui offre cette possibilité, lui qui a démontré toute l’étendue de son talent… sur le petit écran.


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Published by Jonathan Fanara - dans Culture
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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 19:34

Je peux déterminer avec précision les origines de mon intérêt pour la culture sud-coréenne. C’est Pascal Dayez-Burgeon, par ses écrits, qui m’a véritablement initié à elle. Cet ancien diplomate, par ailleurs agrégé d’histoire, est un familier de la péninsule : il y a été en poste de 2001 à 2006. Dans Les Coréens, il dépeint avec talent une nation dynamique, créative, sensible à la préservation des liens familiaux, attachée aux valeurs du travail et de l’apprentissage. Il y évoque un développement fulgurant, une technologie en progression constante et des villes ultramodernes – Séoul étant en outre l’une des mégapoles les plus peuplées du monde. Pourtant, rien ne prédestinait le pays à l’essor économique qu’il connaît depuis les années 1980. Ravagé par la guerre, menacé par la famine, étouffé par un pouvoir autoritaire, il a longtemps fait partie des miséreux de ce monde. Mais, en optant pour la transition démocratique, à partir de 1987, et le libéralisme, il s’est structurellement réformé, trustant même désormais les premières places de tous les classements internationaux. Un pied de nez à l’Histoire. Et l’insolente réussite des chaebols, ces géants nationaux parmi lesquels LG, Samsung ou Hyundai se distinguent, témoigne d’un savoir-faire indéniable et d’une volonté farouche d’aller de l’avant. Dans nos économies mondialisées hautement concurrentielles, Séoul, toujours redoutable, aspire à se tailler la part du lion. Et semble s’en approcher.

 

Si mon intérêt pour l’art coréen, et le cinéma plus particulièrement, peut s’apparenter à une passion tardive, j’ai par contre toujours été fasciné par l’histoire de la péninsule. Les rapports orageux qu’entretiennent le Nord et le Sud, séparés par la frontière la plus militarisée du monde, font depuis plusieurs décennies partie des grands enjeux géopolitiques. La dictature communiste dynastique du Nord tranche nettement avec le régime adopté par son voisin du Sud, ouvert et bouillonnant d’idées. Par ailleurs, la colonisation japonaise au début du XXe siècle s’est révélée lourde de conséquences : elle nourrit encore aujourd’hui une rancœur féroce des colonisés envers leurs anciens bourreaux. Les crises entourant les îles Dokdo, que Japonais et Sud-Coréens se disputent inlassablement, ou les polémiques au sujet des « femmes de réconfort » en témoignent largement. Enfin, la guerre de Corée (1950-1953) a dramatiquement mis en exergue les jeux d’influence qui opposaient le monde libre et le bloc communiste durant la Guerre froide. Elle a surtout eu des répercussions colossales sur l’évolution économique, démographique et diplomatique des deux jeunes nations coréennes.

 

Hallyu : quand la culture sud-coréenne crée l’engouement

 

En Corée, les auteurs Ko Un et Hwang Sok-yong sont, à juste titre, considérés comme des héros nationaux. Et leur faible rayonnement mondial indigne bon nombre de leurs compatriotes. Si certains veulent y voir le signe d’une nation complexée, cela résulte plus probablement d’une insatiable volonté de briller à l’étranger.

 

En réalité, les artistes sud-coréens sont loin de faire pâle figure face aux standards internationaux. Partout, le public découvre avec délectation leur travail, singulier, prolifique, souvent outrancier, parfois grave. Et l’industrie cinématographique nationale pourrait parfaitement symboliser ce nouvel engouement. Quantitativement dominée par Bollywood (Inde) ou Nollywood (Nigéria), la péninsule se trouve en revanche régulièrement au coude à coude avec Hollywood en ce qui concerne la qualité des œuvres produites. N’ayant plus rien à envier aux Européens, la Corée du Sud se hisse désormais au niveau du Japon, de la Chine ou de l’Indonésie, les leaders asiatiques du secteur. Et accroît, en conséquence, son influence culturelle en Extrême-Orient. Mais pas seulement, puisque ses réalisateurs accumulent les récompenses dans les grands festivals et élargissent progressivement leur public. Ainsi, une chose paraît certaine : la hallyu – la vague culturelle sud-coréenne – n’a pas fini de faire parler d’elle.

 

Pour contourner la censure : la créativité

 

En 2003, alors que le public occidental se familiarise chaque jour un peu plus avec le cinéma sud-coréen, Old Boy tient le haut du pavé. L’œuvre de Park Chan-wook renvoie en filigrane aux pires années de la dictature militaire. Par l’isolement forcé de son personnage principal, le réalisateur évoque indirectement l’époque où la péninsule était coupée du monde, une période noire s’étendant du début des années 1960 à la fin de la décennie 1980. Une métaphore à peine voilée du régime établi par le général Park Chung-hee.

 

Avec ce pouvoir autoritaire nouvellement installé, se révélant parfois presque paranoïaque, les cinéastes sud-coréens subissent de plein fouet une censure implacable. Encouragés par le gouvernement pour leur influence sur la société, les films de propagande ont alors pignon sur rue. Et les réalisateurs peinent à traiter les sujets considérés comme sensibles par les autorités ; ils doivent par conséquent se contenter de thèmes « officiellement acceptables ». L’anticommunisme, le rejet de la Corée du Nord ou encore l’apologie de la dictature de Park Chung-hee se trouvent sous le feu des projecteurs. Lee Man-hee, grand cinéaste des années 1960, sera même arrêté pour avoir offert au public des soldats du Nord un peu trop humains.

 

Mais, en dépit de ces considérations politiques, les cinéastes sud-coréens parviendront à contourner les obstacles et créer des œuvres fortes. Car la censure décuple paradoxalement leur créativité : ils doivent faire preuve d’ingéniosité afin de passer outre les consignes draconiennes d’un régime souvent aux abois, qui cherche à définir précisément les thématiques abordées et à calibrer strictement les messages véhiculés. Le film Iodo (1977), de Kim Ki-young, peut en témoigner. Alors que le pouvoir militaire amorce une industrialisation forcée du pays, Kim Ki-young inverse la tendance : il décide de porter son regard sur une île peuplée exclusivement de femmes, dont le quotidien dépend essentiellement de pratiques ancestrales. Traditions contre modernité. Quant à Night Journey (1977), drame érotique sans scènes de nu, il fait partie de ces films subversifs échappant à la vigilance des censeurs. Kim Soo-yong y met en scène une employée de banque vivant avec son patron. Le couple doit taire son amour pour éviter les commérages, tandis que l’héroïne doute quant à ses choix d’avenir. L’évocation limpide d’une Corée frustrée, incertaine, meurtrie par un régime autoritaire.

 

La dictature se montrait sévère à propos des contenus à caractère sexuel. Elle pouvait également exercer des pressions au moment de l’écriture ou du montage de films jugés trop sombres ou simplement contraires à ses intérêts. Les scènes coupées, les dialogues amputés et les séquences remodelées étaient alors monnaie courante. L’industrie cinématographique, que le pouvoir voulait à tout prix bâillonner, devait avant tout servir à soigner l’image de la péninsule. Pour éluder cette censure omniprésente, chaque cinéaste disposait de méthodes bien spécifiques. Yu Hyun-mok, qui réalisait essentiellement des films pour les autorités, allait au-delà des consignes officielles en introduisant par exemple des Nord-Coréens « humanisés ». Rainy Days, son long métrage sorti en 1979, le prouve amplement. S’intéressant à la guerre de Corée, le film se clôture par la réconciliation symbolique d’une famille divisée – grâce aux femmes. Régulièrement mises en scène dans les fictions de l’époque, ces dernières font souvent l’objet d’un traitement privilégié, permettant une critique indirecte du gouvernement. Ainsi, leurs sentiments reflètent l’état d’esprit d’une nation déprimée. Leurs doutes font écho à ceux de la société coréenne dans son ensemble.

 

Dans les faits, cette créativité, renforcée par la nécessité de combattre les nombreux tabous de la dictature, a contribué à l’émergence d’une élite nationale dans toutes les disciplines artistiques. Et la hallyu a progressivement pris le pas sur la culture américaine, pourtant prédominante depuis les années 1960.

 

La démocratie libère le cinéma sud-coréen

 

Il faudra attendre 1993 et la consécration de la démocratie pour que l’industrie cinématographique se libère de ses carcans. Cette année-là, Kim Young-sam décroche la présidence, succédant à Roh Tae-woo. Sous son mandat, la lutte anticorruption prend une ampleur considérable et l’on assiste à une tertiarisation soutenue de l’économie. Quant aux cinéastes, ils peuvent enfin se prévaloir d’une réelle indépendance artistique.

 

Les réalisateurs en profitent pour revenir sur les plaies encore béantes de la nation coréenne. Ils n’hésitent pas à aborder des sujets sensibles, trop longtemps passés sous silence. C’est ainsi que le très prolifique Im Kwon-taek, plus de cent films au compteur, critique l’occidentalisation brutale de la Corée dans La Chanteuse de pansori (1993). Dans Peppermint Candy (2000), Lee Chang-dong met quant à lui en scène la détresse d’un policier qui a réprimé les manifestations pro-démocratiques de Gwangju*. Un peu plus tard, Im Sang-soo propose The President’s Last Bang (2005), un drame politique narrant les dernières heures de Park Chung-hee. Le film provoquera une véritable polémique en Corée. Notons que bien d’autres œuvres engagées pourraient venir compléter le tableau.

 

Screen quotas, un moteur pour « Hallyu Wood »

 

Depuis 1993, la péninsule applique une politique volontariste pour encourager son industrie cinématographique : les screen quotas. Ceux-ci obligent dans un premier temps les salles de cinéma à projeter des œuvres nationales pendant au moins 146 jours par an. Favorisant les productions locales, les screen quotas ont néanmoins vu leur influence décroître depuis 2006 : suite à des accords commerciaux conclus avec les États-Unis, la Corée du Sud a diminué de moitié ses ambitions – pour finalement limiter les contraintes à 73 jours par an. Aux yeux de certains cinéastes, cette amputation drastique rend la mesure inopérante.

 

Quoi qu’il en soit, grâce aux screen quotas, la péninsule peut se targuer de posséder une industrie florissante, dynamique, exportant de plus en plus d’œuvres. Sans les effets salutaires de cette politique ambitieuse, nombre de films coréens n’auraient pas pu voir le jour, faute de financements. Car les quotas de diffusion réduisent les risques courus par les producteurs, puisqu’ils facilitent la rencontre entre l’œuvre et le public. Sans cela, les réalisateurs auraient sans doute dû réprimer leur audace et leur créativité pour se cantonner aux films « commerciaux », fédérateurs, voire consensuels, académiques et cousus de fil blanc.

 

La péninsule à l’assaut du monde ?

 

En étudiant le cinéma sud-coréen, je dois avouer avoir été frappé par le haut degré d’expertise des techniciens de l’image, chefs opérateurs en tête. La photographie des œuvres issues de la péninsule se révèle souvent irréprochable. Il y a là, indéniablement, un travail minutieux autour de la composition des plans, des effets visuels inhérents à la lumière et du cadrage.

 

D’autre part, la manière dont l’industrie cinématographique s’est réinventée me paraît pour le moins intéressante. Après avoir traversé de nombreuses crises, elle façonne ses propres codes, transgressant parfois ceux des autres, pour mieux se démarquer. Aujourd’hui, la Corée du Sud regorge de réalisateurs clairement identifiables, suscitant l’enthousiasme du public dans les grands festivals. Si l’on s’en tient à la seule cinéphilie, elle semble prendre le dessus sur le Japon et la Chine.

 

Depuis l’avènement de la démocratie, la production de films explose littéralement. En avoisinant les 150 œuvres par an, pour un marché de 48 millions d’habitants et de 150 millions de spectateurs annuels, la péninsule ne cesse d’impressionner. En outre, les longs métrages locaux ont longtemps représenté plus de 50 % des entrées.

 

Depuis plusieurs années, le cinéma d’auteur sud-coréen séduit l’Occident. Avec des réalisateurs comme Lee Chang-dong, Hong Sang-soo ou Im Sang-soo, il ne manque pas de talents. Le contemplatif Kim Ki-duk se consacre quant à lui essentiellement à l’image, ses décors et sa mise en scène, offrant même quelques films presque muets. Il a par ailleurs renoué avec l’art du repérage dans le très poétique Printemps, été, automne, hiver… et printemps.

 

Le cinéma sud-coréen déborde de vitalité. Rarement dans l’histoire du septième art, on aura assisté à l’émergence d’autant de talents en si peu de temps. À n’en pas douter, une génération dorée commence à éclore. Et, parallèlement, l’industrie apprend à s’organiser : la KAFA (Korean Academy of Film Arts) constitue un inépuisable vivier, alors que le festival de Pusan, créé durant les années 1990, se pose en vitrine du cinéma national. Enfin, la Kofic, le CNC coréen, soutient financièrement et administrativement les projets les plus prometteurs.

 

Ceux qu’il faut garder à l’œil

 

Comment nier que l’avenir du septième art se joue, au moins partiellement, en Corée du Sud ?  Pourquoi fermer les yeux sur cette génération dorée, audacieuse et pleinement décomplexée, qui multiplie les chefs-d’œuvre ?  Même s’il me semble impossible de faire l’inventaire de tous les cinéastes à suivre – bien trop nombreux –, je peux m’avancer sur quelques noms, que chacun devrait s’efforcer de retenir.

 

Commençons par l’auteur de la trilogie de la vengeance, Park Chan-wook. Il s’affirme de plus en plus comme le Tarantino sud-coréen. L’esprit de ses productions renvoie clairement au metteur en scène de Kill Bill et Pulp Fiction. Ses films décalés – Je suis un cyborg ou Thirst – font état de sa griffe très singulière. Esthétiquement soignée, sa filmographie fait la part belle aux métaphores voilées et à une créativité visuelle débridée. Pour les cinéphiles sensibles à sa démarche, il fait figure de véritable institution. Comme lui, Bong Joon-ho, réalisateur et scénariste issu de la prestigieuse KAFA, sait exploiter habilement différents filons. Passant du thriller noir (Memories of Murder) au film fantastique (The Host), il développe des œuvres de grande qualité, souvent agrémentées d’un humour feutré qui ne parasite jamais le récit. Il fait indéniablement partie des meilleurs techniciens du pays et apprécie porter un regard ironique sur le monde. Depuis les 13 millions de spectateurs de The Host, il jouit d’une énorme popularité en Corée, tout en conservant un point de vue d’auteur, comme en témoigne le poignant Mother, où il s’attache à travailler sur la figure de la mère. Moins médiatique, mais tout aussi efficace, Lee Chang-dong multiplie les réussites : après Oasis et Secret Sunshine, le réalisateur de Peppermint Candy a mis en scène le superbe Poetry, un drame social bouleversant. Ancien romancier, proche de l’opposant historique Kim Dae-jung, il a été ministre de la Culture durant quelques mois. Revenant à ses amours cinématographiques, il remporte ensuite plusieurs prix à Cannes.

 

Dans un registre différent, on trouve Hong Sang-soo, qui se distingue par un style bien identifié. Ses personnages, ancrés dans la réalité, subissent des trahisons diverses, évoluent dans des univers guidés par l’amour, la haine ou la honte. Observateur avisé de la société sud-coréenne, le cinéaste dépeint des situations issues de la vie quotidienne, vécues par des individus souvent teintés d’absurdité et friands du spiritueux local, le soju. Matins calmes à Séoul pourrait symboliser sa filmographie : on y retrouve sa patte artistique et ses principaux ingrédients filmiques. Alors que Hong Sang-soo revisite la vie des Coréens, Im Sang-soo – encore un ancien élève de la KAFA – s’adonne quant à lui aux œuvres historiques. Cet ancien assistant d’Im Kwon-taek réalise ainsi The President’s Last Bang ou encore Le Vieux Jardin, reflet dramatique des manifestations de 1980 et de leurs conséquences indirectes, des contrecoups que subiront bon nombre de Coréens.

 

En réalité, dans un pays où les réalisateurs rayonnent davantage que les comédiens, l’industrie du cinéma regorge de talents plus ou moins connus. Pas étonnant dès lors que les œuvres nationales laminent la concurrence : hormis les États-Unis, les nations étrangères n’ont pas voix au chapitre. Au mieux, le Japon et la Chine récoltent quelques misérables parts de marché. Les Européens, eux, restent globalement inaudibles. Cela ne tient aucunement à une quelconque forme d’égocentrisme ou de patriotisme culturel. Le meilleur facteur explicatif pourrait d’ailleurs se nommer Kim Ki-duk, maître de l’image parfaitement autodidacte, enchaînant les prouesses visuelles et narratives, aidé en cela par ses talents de scénariste. Car, c’est un fait, la Corée salue le talent de ses créateurs méritants en investissant en masse les salles de cinéma. Ajoutez à cela la politique des screen quotas et vous obtiendrez la clef du succès des productions de la péninsule. À mes yeux, Kim Ki-duk figure en tout cas parmi les meilleurs réalisateurs du monde. Le dramatique et engagé Samaria, le bluffant Locataires ou encore le superbe Printemps, été, automne, hiver… et printemps constituent autant de films remarquablement mis en scène. En dépit d’une carrière inégale – The Coast Guard ou Bad Guy n’ont pas l’aura des œuvres précitées –, le public averti scrute avec curiosité chacun de ses projets. Et, parmi les techniciens les plus brillants du pays, on peut également compter l’incomparable Kim Jee-woon. Ses films ont secoué le microcosme de la cinéphilie à plus d’une reprise. Citons les violents, mais néanmoins jubilatoires, A Bittersweet Life et J’ai rencontré le Diable. L’horrifique Deux sœurs détourne quant à lui un conte populaire pour mieux servir ses intérêts narratifs.

 

Plus généralement, je reste très attentif au parcours du jeune Na Hong-jin, dont les deux premiers films, The Chaser et The Murderer, figurent parmi les morceaux de choix du cinéma sud-coréen. L’action s’y avère percutante et haletante. Quant à Hwang Dong-hyuk, il signe selon moi l’un des plus grands drames sud-coréens, le saisissant Silenced, qui retrace l’histoire (vraie) d’enfants abusés au sein d’une école pour élèves sourds. Photographie impeccable, atmosphère oppressante, couleurs travaillées, le résultat se révèle captivant. Mais la comédie n’est pas en reste : My Sassy Girl, de Kwak Jae-yong, mélange habilement l’absurde et le réel, dessinant avec ironie la naissance d’une histoire d’amour. Sa fausse préquelle, Windstruck, du même réalisateur, s’avère moins efficace, mais toutefois réussie. Ma femme est un gangster, de Lim Jin-gyu, et sa suite, signée Jeong Heung-sun, parviennent également à faire mouche en dépit de faiblesses certaines. Le douteux Finding Mr. Destiny, de Jang Yu-jung, rappelle les ratés de la comédie occidentale, sans pour autant entamer le crédit de la scène comique sud-coréenne. Dans un genre tout à fait différent, Kang Je-gyu propose un Frères de sang dont la densité thématique touche autant aux séquelles psychologiques des guerres qu’à leurs effets néfastes sur les liens humains. Il s’agit en outre d’une belle réflexion sur l’armée coréenne des années 1950. Le touchant Jiburo nous questionne quant à lui sur les attaches familiales et sur les conflits générationnels. Lee Jung-hyang déroule tranquillement son récit, imposant peu à peu ses enjeux. Enfin, il me faut également évoquer Champion, de Kwak Kyung-taek, l’histoire vraie d’un boxeur coréen ambitieux et adulé qui perdra la vie sur le ring. Le scénario met en exergue une carrière faite de sacrifices et d’illusions. Parmi les longs métrages à retenir, il y a également Fantasmes, de Jang Sun-woo, qui s’attache à observer les déviances sexuelles, ou Le Roi et le Clown, de Lee Jun-ik, œuvre inénarrable traitant de la Corée du 16ème siècle. Concernant les thrillers, Princess Aurora tire son épingle du jeu par une narration rythmée, animée par l’idée de vengeance – décidemment surexploitée par les cinéastes sud-coréens – et une image remarquable. Pang Eun-jin n’a rien à envier à Kim Hyeong-jun, qui signe No Mercy, l’histoire d’un médecin légiste participant à l’enquête visant à résoudre un meurtre et mis sous pression par le tueur en personne, qui tient sa fille en otage. On citera également le décalé Save the Green Planet !, de Jeong Jun-hwan, 2009 : Lost Memories, de Lee Si-myung, ou encore le conte horrifique Hansel et Gretel, de Yim Pil-sung, un autre grand technicien de l’image. Mais surtout, vous l’aurez compris, les médiocres Arahan, The Legend of Evil Lake, The Last Day, Duelist, Volcano High ou encore D-War ne doivent pas occulter l’immense richesse d’un cinéma encore méconnu par le grand public occidental.

 

Conclusion

 

Après l’essor économique amorcé sous Park Chung-hee, et tenant compte de la capacité de résilience de la Corée du Sud, notamment lors de la crise asiatique de 1997, Jim O’Neill verrait d’un bon œil l’intégration de la péninsule dans les BRICS – concept que l’économiste de Goldman Sachs a lui-même inventé. Nous n’y sommes pas encore, alors que l’on peut déjà consacrer le cinéma sud-coréen, l’un des plus prolifiques et audacieux du monde. Et s’il fallait réunir les émergents du septième art dans un même collectif, je parierais sur le leadership de la péninsule. Une sorte de Chine culturelle, en somme. Et, comme Pékin, Séoul pourrait un jour faire valoir son dynamisme et ses nombreux talents pour concurrencer la superpuissance américaine. Ce jour-là, « Hallyu Wood » détrônera peut-être Hollywood.

 

 

* Rappelons que ce soulèvement populaire, essentiellement syndical et étudiant, s’est soldé par des centaines de morts – les chiffres divergent fortement selon les sources. L’ambition initiale du mouvement consistait à dénoncer les excès du régime dictatorial de Chun Doo-hwan, mis en place après l’assassinat de Park Chung-hee en 1979, perpétré par Kim Chae-kyu, son ami de longue date, alors directeur du service central de renseignements (KCIA). Entre-temps, Choi Kyu-ha, ancien Premier ministre, prend très brièvement la tête du pays, avant d’être renversé par un coup d’état militaire.


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Published by Jonathan Fanara - dans Carte blanche Cinéma
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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 07:45

Il faut se rendre à l’évidence : les récentes déconvenues de Patrick Buisson n'ont pas marqué les esprits à l’UMP. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy préconisait les discours décomplexés, fortement marqués à droite, et aspirait ouvertement à capitaliser sur la popularité du Front national. Mais il aura surtout rebuté les plus modérés et crédibilisé la parole lepéniste. Loin de phagocyter l’extrême droite, il a par contre mis les centristes sur la touche et facilité ainsi la victoire socialiste.

 

Aujourd’hui, alors que François Fillon et Jean-François Copé se disputent la présidence de l’UMP, ce dernier, actuel secrétaire général du parti, a provoqué un micro-cataclysme en dénonçant le développement d’un « racisme anti-Blancs », qui serait propre à certains quartiers. De quoi valider la ligne adoptée par le FN. Ce qui devait passer pour une démarche innocente, visant à briser un tabou, constitue en réalité une entreprise de communication politique : il s’agit d’occuper l’agenda médiatique, de renvoyer François Fillon à son image de candidat timoré, adepte de l’eau tiède, et de charmer les militants les plus radicaux – qui éliront le prochain président de l’UMP.

 

Cette droitisation ponctuelle, hautement intéressée, n'est pas neuve. La tentation de récolter sur les terres du FN se concrétise parfois par des dérapages verbaux ou des postures tendancieuses. Mais, en ouvrant la brèche, Copé s’est fourvoyé. Il oblige ses soutiens à durcir le ton et, in fine, déplace le curseur idéologique du parti. Jusqu’à brouiller son message ?

 

En agitant ce chiffon rouge, le secrétaire général de l’UMP fait donc fausse route. Difficilement contestables sur le fond, ses déclarations comportent en revanche certains dangers. Et non des moindres. Elles tendent à minimiser la gravité des autres formes de racisme, pourtant au moins aussi brutales, plus visibles, et souvent inextricables pour les victimes. Car, gardons-le à l’esprit, les Blancs restent majoritaires, politiquement surreprésentés, dépositaires de l’autorité publique et du pouvoir économique. Le racisme influe rarement sur leur liberté, leur carrière ou leur sécurité. Ils ne souffrent pas de discrimination à l’embauche ou au logement. Ils ne craignent pas de voir leurs droits s’évaporer au gré des résultats électoraux. Plus grave encore, ces propos contribuent à diviser les Français, que leur auteur entend pourtant un jour rassembler et représenter.

 

En se rapprochant de l’extrême droite à des fins électorales, Jean-François Copé renoue avec une vieille tradition. Et, s’il prétend mettre à mal un tabou, il fait surtout montre d’une grande maladresse, usant de facilités langagières en vue de glaner quelques voix hésitantes. Une stratégie pour le moins discutable.


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Published by Jonathan Fanara - dans Édito
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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 12:01

Avec ses inspirations cinématographiques et ses sonorités composites, I don’t want to be an emperor est parvenu à agiter le microcosme du trip-hop, révélant à tous la griffe de son concepteur, le talentueux Hugo Kant. Sous ce pseudonyme se cache en réalité Quentin Le Roux, un compositeur français, arrangeur et musicien multi-instrumentiste. Vous ne le connaissez pas encore ?  La suite devrait vous éclairer.

 

 

Itinéraire et influences

 

Pourriez-vous retracer brièvement votre parcours musical ? 

J'ai un parcours assez traditionnel. J'ai commencé par faire du piano classique et du solfège au conservatoire d'Avignon, dès l’enfance. Adolescent, j'y ai joué aussi, durant trois années, de la guitare classique, avant d’aller étudier le piano jazz à l'IMFP de Salon de Provence. Je me suis mis à jouer autre chose que du classique assez tôt, au collège, avec des amis musiciens, avec qui je partageais des goûts musicaux similaires. On a créé un groupe de jazz-rock et tourné pendant une dizaine d'années. Ensuite, tout en montant un studio d'enregistrement avec mon frère, j'ai intégré diverses formations, aux styles très différents : chanson, fanfare, salsa, electro latino, ciné-concert, etc., apportant par moments mes compétences d'arrangeur-compositeur selon les projets.

 

Vos morceaux s’inspirent beaucoup du cinéma. Faut-il y voir l’ombre d’un cinéphile ?

J'aime beaucoup regarder des films, mais je ne suis pas pour autant ce que l'on peut appeler un cinéphile. J'oublie trop vite le nom des réalisateurs ou des comédiens !  Par contre, c'est vrai que ma musique, essentiellement instrumentale, est souvent basée sur une atmosphère qui peut se prêter à l'image. D’ailleurs, l'incorporation d'extraits sonores issus de films est un moyen de souligner certaines ambiances…


Quelles sont vos principales influences artistiques ?

J'ai écouté beaucoup de styles musicaux différents. De la musique classique au jazz, du rock durant l'adolescence, avec des groupes comme les Beatles, The Doors, Magma, Gong, King Crimson, Jefferson Airplane, Jimmy Smith, Brian Auger… Je jouais beaucoup d'orgue à l'époque, influencé par l’acid jazz, un mélange de jazz et de funk, avec pas mal d'improvisation. Au début des années 2000, un ami m'a fait découvrir des artistes tels qu’Amon Tobin ou Kruder & Dorfmeister, mais ce n'est que récemment que j'ai commencé à écouter plus de trip-hop ou de downtempo. Ce que je recherche surtout, au-delà du style musical à proprement parler, c'est le mélange entre les sons traditionnels des instruments et les moyens de production actuels.


Que vous évoquent les comparaisons – Wax Tailor ou Ninja Tune, par exemple – que l’on a pu dresser à votre égard ?

Je suis vraiment flatté par ces comparaisons !  J'aime la musique que fait Wax Tailor. Le label Ninja Tune aussi, avec Amon Tobin, Bonobo ou The Cinematic Orchestra, qui sont vraiment des références pour moi. Avant la sortie de l'album, je ne savais pas trop à quoi m'attendre au niveau des critiques : il y a un tel mélange de styles sur le disque…

 

  

I don’t want to be an emperor

 

En schématisant, comment présenteriez-vous votre méthode de travail ?

Je me laisse porter par l'inspiration du moment. J'enregistre un élément, que ce soit une basse, une guitare ou un instrument que j'ai à ma disposition, puis je construis le reste à partir de cette base, le son et le mixage étant des facteurs primordiaux dans le processus de composition. J'aime les sonorités qui font appel à l'imaginaire, qui campent tout de suite une ambiance.

 

Vous êtes un musicien multi-instrumentiste. Mais, entre le piano, la flûte, le synthétiseur ou encore la basse, où prenez-vous le plus de plaisir ?

Tous les instruments sont un plaisir !  Chacun a sa petite particularité qui le rend unique. Durant mon parcours, je suis toujours passé d'un instrument à l'autre, l'apprenant en autodidacte et prenant du plaisir à le maîtriser. Je dois dire que j'adore le rythme, donc la batterie et les percussions. Mais, n'étant pas un pur batteur, ce n'est pas l'instrument que je joue le plus.


Les échantillons vocaux sont légion sur votre disque. Les employez-vous pour leur propos ou comme un élément musical à part entière ?

C'est d’abord comme élément musical. Mais j'apprécie aussi faire passer par ce biais un message. Je cautionne tout à fait le propos de « Thou shalt not kill » ou encore le discours de Chaplin.

 

Charlie Chaplin sur un disque de trip-hop, c’est une démarche forcément intéressante. Reprendre le discours du Dictateur, et rendre hommage à un cinéaste de cette trempe, c’était quelque chose qui vous tenait à cœur ?

C'est l’un des morceaux les plus anciens de l'album. Je voulais absolument qu'il en fasse partie. À la base, ce n'était pas forcément délibéré, mais il se trouve que ce discours collait parfaitement à la version instrumentale que j'avais à l'époque. Le hasard fait souvent bien les choses !  Son propos humaniste et optimiste me correspond bien. Et l’évolution émotive et rythmique du discours amplifie celle de la musique.

 

Comment s’est déroulé le mixage de l’album ?

Le plus gros du mixage a été réalisé au fur et à mesure de la composition de l'album. Généralement, je compose et fais le mixage progressivement, quand les différentes parties se rajoutent les unes aux autres. J'aime avoir rapidement un bon rendu sonore ; ça m'aide dans le choix des arrangements. Quand tout a été fini, j'ai quand même passé un peu de temps au studio des Sirènes, à Marseille, pour finaliser le mixage, opérer quelques corrections en fonction des écoutes du studio.

 

Si vous ne deviez retenir qu’un unique morceau, ce serait… 

Pas facile !  À mon avis, ce serait « This old tune ». C'est l’un des morceaux du disque qui marche le mieux et c'est vrai qu'une fois lancé, c'est dur de lâcher prise !


I don’t want to be an emperor a permis à de nombreuses personnes de (re)découvrir votre travail. Quelle suite imaginez-vous à votre carrière de musicien-compositeur ?

Continuer à travailler. C'est la première fois que je finalise un projet personnel et je compte bien ne pas m'arrêter là !  C'est un défi qui est toujours à renouveler : essayer de faire encore mieux, s'étonner soi-même et garder le plaisir de faire les choses.

 

 

Musique et industrie

 

On parle souvent, sur la scène électronique, de la french touch. Mythe ou réalité ?

Il y a certainement un peu de vrai. Bien que maintenant, avec Internet, on baigne dans une culture que l'on peut considérer comme mondiale, il subsiste toutefois des différences d'esthétique selon les endroits. Ce n'est pas vrai que pour la France. On pourrait également parler d'english touch, d'icelandic touch


Avec la révolution numérique et l’avènement du home studio, on peut désormais réaliser un disque de qualité irréprochable sans passer par les circuits professionnels classiques. Est-ce que cela a définitivement libéré les artistes des carcans de l’industrie ?

Oui, bien sûr. C’est vrai au niveau de l'enregistrement et de la production, mais aussi pour la diffusion. C'est la combinaison des deux qui engendre la mutation de l'industrie que nous voyons à l'heure actuelle. Le musicien est devenu maître de sa carrière ; il n'a plus à devoir plaire à quelques décideurs avant de soumettre son travail à l'appréciation du public. C'est un grand pas en avant. Cela permet aussi aux artistes de prendre plus de risques, de rester plus proches de leurs valeurs artistiques, tout en étant assurés d'une diffusion minimale, par les réseaux sociaux, les radios Internet, etc. La création, la diffusion, la communication ou encore la production restent des travaux à part entière, mais les outils sont désormais à la portée de tous. L’industrie se démocratise.


Avec des ventes en berne et un modèle économique déclinant, comment voyez-vous l’avenir du secteur du disque ?

Plutôt positivement. Les ventes sont en baisse, mais pas forcément pour tout le monde. Il y a plus de musique sur le marché aujourd'hui, plus de façons de la distribuer et de l’acquérir, donc, forcément, la répartition se fait différemment. Les gros labels n'ont plus le monopole de la distribution. Cela permet à plus d'artistes de tenter leur chance. C'est maintenant au public de décider. Les outils promotionnels, gratuits ou payants, sont à la disposition de tous. Et, au fur et à mesure, le monde d'Internet s'organise pour rémunérer les ayants droit… 


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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 08:13

Alors que les Grecs se familiarisent chaque jour un peu plus avec la notion de crise – financière, économique, politique, sociale, etc. –, la zone euro continue de susciter la défiance des marchés. Les sommets se multiplient, mais Athènes se traîne dans l’ornière des déficits abyssaux. Ils devraient atteindre les 7 % au lieu des 5,4 % prévus initialement. Et, selon la Banque centrale grecque, la contraction du PIB, évaluée au départ à 5 %, pourrait finalement dépasser les 7 %. L’accumulation des plans de rigueur semble avoir eu pour seul effet d’assommer la consommation, d’aggraver les chiffres du chômage (23,1 % en mai) et de plomber, par ricochet, le budget national. Encouragé en cela par une troïka dogmatique (BCE, FMI et UE), les gouvernements grecs successifs ont cherché à amenuiser leurs dépenses, notamment en durcissant ou amputant les politiques sociales en œuvre. Conséquence logique, les finances publiques paient aujourd’hui les pots cassés : des rentrées fiscales en berne et une dépression économique.

 

Après cinq années de crise, la Grèce continue donc de rythmer l’agenda européen et de diviser ses partenaires. En témoignent les tonalités divergentes adoptées par Paris et Berlin. En réalité, deux camps se distinguent nettement : il y a ceux qui veulent se montrer compréhensifs envers Athènes, acceptant certains compromis, et ceux qui restent fermes coûte que coûte, tant pour les délais que pour les objectifs de réduction de dette. Une dualité déconcertante, souvent cacophonique et malheureusement limpide quant à l’hétérogénéité inhérente à l’Union – et particulièrement au club de la monnaie unique. Parmi les États les moins indulgents, on retrouve sans surprise l’Allemagne, peu encline à solliciter une nouvelle fois ses contribuables pour sauver un pays jugé fraudeur, ou la Finlande, qui avoue à demi-mot se préparer aux pires scénarios. Les dirigeants teutons et finnois s’attachent surtout à conserver leur précieux triple A et à se préserver en vue des prochaines élections, lesquelles s’annoncent pour le moins difficiles. Résumons : les calculs purement politiciens priment les intérêts de la zone euro et de ses entités périphériques. Voilà qui ne devrait pas rassurer les bailleurs de fonds !

 

C’est dans ce contexte brumeux qu’il faut appréhender les dernières informations émanant de Francfort : la Banque centrale européenne envisagerait d’intervenir directement sur les marchés afin de maintenir les taux d’intérêt des pays en difficulté à des niveaux acceptables. Pour ce faire, elle définirait un spread de crédit à ne pas dépasser. Mais le volontariste Mario Draghi doit faire face à une opposition farouche et organisée, au sein de laquelle la Bundesbank et la chancelière Merkel occupent une place de choix. Prônant des réformes structurelles rapides, voire brutales, refusant tout interventionnisme de la BCE, notamment le fameux rachat d’obligations souveraines, ils incarnent incontestablement la ligne dure de la zone euro. Rappelons que le gouvernement grec, qui aspire ouvertement à davantage de souplesse, cherche à obtenir un sursis de deux années pour atteindre l’équilibre budgétaire – soit 2016 au lieu de 2014 –, un rééchelonnement potentiellement très coûteux, estimé entre 20 et 60 milliards d’euros par les experts. Athènes souhaite en outre repousser à 2020 (contre 2016 actuellement) le début du remboursement du premier prêt de l’UE et du FMI, s’élevant à 110 milliards d’euros. Des options rapidement écartées par les pays les plus fermes.

 

Guidée par des intérêts particuliers, l’Europe se désolidarise peu à peu de la Grèce, désormais présentée comme un malade presque condamné qui risque de contaminer tout le sud du continent. Beaucoup négligent les efforts consentis par le peuple grec, contraint de composer avec les exigences d’une troïka intraitable. Pourtant, les journaux abondent de témoignages alarmants : les suicides se multiplient, les licenciements frappent des milliers de travailleurs, les cris de désespoir pullulent. On y évoque même des Grecs qui vont jusqu’à contracter volontairement de graves maladies, notamment le VIH, afin de bénéficier des aides sociales. Mais, nonobstant ces drames humains, on pousse Athènes à maintenir la cadence. Sous peine de représailles économiques. Alors, les privatisations se poursuivent, les biens publics inondent le marché, les allocations de chômage, les retraites et les autres prestations sociales diminuent comme une peau de chagrin. Sans parler des dépenses de santé, rabotées, et des salaires du service public, considérablement rognés. Avec des statistiques toujours plus inquiétantes, mettant à mal les remèdes prescrits par les marchés, Antonis Samaras se trouve dans une position pour le moins inconfortable. D’autant plus qu’il subit de plein fouet la pression d’une gauche radicale agressive et d’un peuple désemparé. Mais ses options paraissent bien maigres : trahir les promesses faites à la troïka obligerait ses émissaires à émettre un avis négatif, ce qui reviendrait à faire une croix sur un prêt indispensable, que les responsables helléniques, manquant cruellement de liquidités, veulent à tout prix débloquer. La voie de la banqueroute en somme. Et les déclarations communes de François Hollande et Angela Merkel renforcent le sentiment que les Grecs n’ont qu’une seule issue possible : l’austérité. Car, sans apporter la preuve d’une viabilité budgétaire durable, point de salut.

 

Si des voix s’élèvent pour dénoncer le calvaire imposé à la Grèce – Gerhard Schröder ou Daniel Cohn-Bendit, par exemple –, les prochaines échéances promettent bien du fil à retordre. En effet, la décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui doit bientôt se prononcer sur la légalité du Mécanisme européen de stabilité, et le résultat des élections qui se tiendront le même jour aux Pays-Bas pourraient engendrer un branle-bas inattendu. Et peut-être inextricable. Quoi qu’il en soit, Athènes n’est pas au bout de ses peines. Quant aux Européens, ils avancent en ordre dispersé. Difficile effectivement de concilier les positions de Jean-Claude Juncker, Martin Schulz, Wolfgang Schäuble, François Hollande, Mario Monti et Jyrki Katainen.

 


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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 18:44

Depuis plusieurs semaines, Barack Obama et Mitt Romney se trouvent soumis aux exigences de la campagne présidentielle. Aux traditionnels swing states s’ajoutent des facteurs électoraux déterminants : le vote compartimenté – racial, religieux, sexuel, socioéconomique, etc. –, la mobilisation partisane et les levées de fonds, qui permettent de financer les déplacements et les espaces publicitaires nécessaires aux candidats. Une certitude : la magistrature suprême passera par leur maîtrise.

 

Si les derniers sondages accordent leur faveur à Barack Obama, son équipe de campagne ne crie pas pour autant victoire. Une nouvelle crise – géopolitique, économique ou sociale – pourrait venir brouiller les cartes, voire les redistribuer. En outre, malgré de mauvais signaux envoyés par les républicains, les électeurs indépendants se gardent de se prononcer clairement, entretenant le mystère sur leurs intentions de vote. La course à la Maison-Blanche réserve sans doute encore bon nombre de surprises. Et, pour l’emporter en novembre, les deux camps devront tenir compte de plusieurs éléments capitaux.

 

L’argent, nerf de la guerre

 

Républicains et démocrates se livrent à une bataille financière sans merci. À la fin de chaque mois, les commentaires vont bon train quant aux levées de fonds des deux candidats. Et, à ce petit jeu, Mitt Romney vient de renverser la vapeur : il prend désormais le dessus sur Barack Obama, pourtant considéré comme un excellent récolteur de fonds. Le parti de l’âne cherche notamment à puiser dans le portefeuille des stars d’Hollywood et à multiplier les petites donations, tandis que le parti de l’éléphant se tourne volontiers vers Wall Street et les hommes d’affaires (Sheldon Adelson en est un bel exemple). Les numéros de charme foisonnent, chacun espérant tirer le meilleur de ses interlocuteurs en vue de financer une campagne qui s’annonce rude. Car, entre l’organisation – le personnel, la logistique, le matériel ou les déplacements – et la promotion pure – les espaces publicitaires essentiellement –, la note risque d’être très salée.

 

Enfin, les « super-PAC », ces comités d’action politique faussement indépendants, opaques et aux réserves quasi illimitées, répandent des millions de dollars et, surtout, alimentent de vastes campagnes de dénigrement. Véritables machines de guerre au service des candidats, ils ont notamment permis à des républicains très marqués à droite de se maintenir dans les primaires, en dépit de résultats médiocres et grâce à la générosité d’une poignée de riches mécènes peu avisés, contribuant ainsi à fausser le débat, voire à le radicaliser.

 

Une campagne segmentée, un vote compartimenté

 

Pour mieux appréhender l’importance du vote religieux, il faut s’intéresser aux récentes déclarations de Mitt Romney lors de son voyage au Proche-Orient. Flattant les nationalistes israéliens, stigmatisant sans ambages – et maladroitement – les Palestiniens, il s’est minutieusement positionné, cherchant à appâter notamment les juifs, les catholiques et les évangélistes américains. Le républicain, mormon, devrait en outre récolter massivement les votes de ses coreligionnaires. Aux États-Unis, le culte et la politique demeurent intimement liés. Et, par ses convictions, Mitt Romney suscite la sympathie de nombreux électeurs dans certains États-clefs : l’Utah, mais surtout le Nevada et le Colorado – deux territoires très disputés.

 

En réalité, les deux candidats tentent de convaincre différents électorats, tous plus ou moins cloisonnés selon leurs spécificités. Ce vote communautaire et/ou sociologique s’ancre surtout chez les juifs, les musulmans, les chrétiens, les Noirs, les Latinos, les nantis, les modestes ou encore les homosexuels, mais également, dans une moindre mesure, chez les Blancs, les femmes, les jeunes, les ruraux et les urbains. Une situation d’autant plus complexe que certains profils se croisent et se complètent. Dans un registre similaire, les électeurs indépendants nourrissent également les convoitises : les déçus de Barack Obama semblent en effet au centre des attentions républicaines. Cette nécessité de s’adresser individuellement – ou presque – à chaque Américain donne lieu à une campagne extrêmement segmentée, où se multiplient les quêtes d’intérêts particuliers sans que puisse se dessiner clairement un projet d’intérêt général. Et ces messages particuliers, soigneusement calibrés, exigent des candidats de l’habileté et de la psychologie, car leur fonction principale consiste à séduire les uns sans pour autant froisser ou irriter les autres. Un véritable numéro d’équilibriste.

 

Pour l’heure, Barack Obama mène la danse notamment chez les femmes, les Noirs, les Latinos, les catégories défavorisées, les homosexuels et les juifs. Plus ou moins largement. Sa main tendue à la communauté gay – il s’est déclaré personnellement favorable à leur mariage – et aux Hispaniques – le sursis accordé à des milliers d’enfants d’immigrés illégaux – a fait mouche. Des gestes manifestement intéressés, mais qui, au final, pourraient se révéler très profitables pour le président en exercice. Mitt Romney, quant à lui, cherche à accroître son influence sur les ruraux, les riches, les conservateurs et les chrétiens. Des électeurs traditionnellement acquis aux républicains. Mais sa réputation d’homme d’affaires pragmatique se trouve mise à mal par un parti régulièrement accusé de sectarisme. Défavorable à l’avortement, hésitante quant à la contraception, la droite américaine agace – et inquiète – bon nombre de femmes. Ses positions concernant les aides sociales ou l’immigration contribuent également à rebuter les modérés.

 

Swing states

 

Aux États-Unis, les swing states constituent souvent la clef du scrutin présidentiel. La liste de ces États, qui basculent d’un camp à l’autre suivant les élections, a évolué au cours de l’histoire. Aujourd’hui, sur les cinquante États que compte l’Amérique, trente-six semblent promis à l’une des familles politiques – par leur histoire, leur sociologie ou leurs habitudes de vote. Et, sur les quatorze restant, six penchent relativement pour l’un des deux partis. Il ne reste par conséquent que huit États particulièrement disputés : la Virginie, le Colorado, l’Ohio, l’Iowa, la Floride, le Wisconsin, le Nevada et le New Hampshire. Et, parmi eux, la Floride fait incontestablement figure de morceau de choix. Une victoire là-bas pourrait en effet se révéler décisive.

 

Les républicains devraient l’emporter au sud et au centre du pays, alors que les démocrates partent favoris sur les côtes très peuplées de l’Ouest et du Nord-Est. Mais ce sont les États indécis qui polarisent toutes les attentions. Le système électoral américain offre à ces swing states un poids démesuré. D’ailleurs, la campagne s’y déroulera principalement. Les territoires acquis, eux, ne font pas l’objet de batailles acharnées. Comprenez : les électeurs ne sont pas tous logés à la même enseigne.

 

Colistier : Paul Ryan, l’option payante ?

 

Si l’on en croit la presse, Mitt Romney s’est longtemps intéressé à trois personnalités en vue de compléter le ticket présidentiel : Marco Rubio, Rob Portman et Tim Pawlenty. Chacun d’entre eux, par ses caractéristiques, lui permettait de séduire des catégories précieuses d’électeurs. Mais, finalement, le choix du candidat s’est porté sur Paul Ryan, un élu aux allures de gendre idéal qui devrait conforter sa base conservatrice. Homme politique de carrière, déjà investi avant ses trente ans, redoutable orateur et président de la puissante commission du Budget à la Chambre des représentants, il vient renforcer un profil économique minutieusement façonné et apporter son savoir-faire en matière de communication – là où le bât blesse souvent. Paul Ryan jouit d’une influence considérable au sein du Parti républicain et s’est fait un nom en proposant une réforme budgétaire radicale, prévoyant notamment des coupes franches dans les programmes sociaux et une refonte de Medicare, le système d’assurance santé des seniors. À cela, il convient de joindre un double bémol : il devrait éloigner les centristes et ne possède pas la moindre expérience notable en politique étrangère. Alors, on peut légitimement se poser la question : Paul Ryan, en bon colistier, parviendra-t-il à pallier les failles de Mitt Romney et à susciter une large adhésion ?

 

Une campagne exigeante

 

Barack Obama se trouve devant un défi de taille. Malgré des sondages flatteurs, il reste sous la menace permanente d’une déconvenue. Car, en face, il y a une machine bien huilée : Mitt Romney lève régulièrement plus de fonds que lui et dispose en outre d’une organisation efficace. Par ailleurs, il devra affiner sa stratégie pour mieux briser son image de « président déportateur », notamment en Floride, et redevenir le champion des minorités qu’il était encore récemment. Mais, entre l’aile gauche du Parti démocrate, qui se méfie de lui, et des républicains coriaces, prompts à la critique, sa liberté de manœuvre semble ténue. Pour obtenir sa reconduction, Barack Obama devra surtout répondre habilement aux diktats de la campagne, tout en espérant que l’opinion ne se retourne pas. Il pourra en tout cas exploiter les innombrables bourdes de son adversaire. Un avantage non négligeable.

 


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Published by Jonathan Fanara - dans International
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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 15:11

Alors que la bataille fait rage en Syrie, opposant les insurgés et les forces loyalistes, c’est tout le Moyen-Orient qui se dirige vers une réforme profonde des paradigmes actuellement en vigueur. Observateurs et experts internationaux s’accordent en effet à dire que de nouveaux rapports de force vont s’établir prochainement, redistribuant les cartes dans une partie du monde toujours instable, jamais apaisée. Et les faits viennent étayer leurs arguments.

 

Depuis plusieurs semaines, en raison de décisions politiques inconciliables, le ton monte entre la Turquie et l’Iran, deux géants qui se positionnent stratégiquement, qui montrent leurs muscles, pour mieux régner sur la région. Pendant ce temps, la Russie, alliée indéfectible du régime de Bachar al-Assad, s’adonne à un jeu pour le moins obscur. Ses intérêts – militaires ou économiques – ne semblent pas liés à la survie du pouvoir syrien en place. Pourquoi alors entraver les démarches initiées à l’ONU ?  Le souvenir, forcément désagréable, des opérations effectuées en Libye ?  La Chine, elle, reste peu investie dans la région ; le prédateur asiatique lorgne l’Afrique subsaharienne, mais demeure en retrait au Moyen-Orient. Pour l’instant. Quant à l’Arabie saoudite, elle ne se contente pas de financer les rebelles syriens, notamment l’ASL : elle exporte en plus ses prédicateurs musulmans radicaux, cherchant ainsi à influer sur l’idéologie des révoltés.

 

Véritable poudrière, le Moyen-Orient peut acter la chute d’un régime despotique ou sanguinaire sans pour autant promouvoir l’avènement de la démocratie ou de l’État de droit. Une fois le conflit syrien achevé, la région tentera de se relever, clôturant – enfin –  une sombre page de son histoire, entamée en 2003 avec la destitution de Saddam Hussein. Mais, entre les changements démographiques déstabilisants – notamment défavorables à Israël –, les luttes de pouvoir entre franges musulmanes – chiites, sunnites, radicaux, modérés, etc. – et les tiraillements tribaux, l’apaisement peut paraître illusoire. En outre, les alliances vont probablement se faire et se défaire au gré des événements. Et, à ce titre, une intégration, même partielle, de la Turquie au sein de l’Union européenne révolutionnerait le paysage géopolitique régional. L’influence croissante des islamistes, le renchérissement du coût des ressources naturelles ou encore l’identité du prochain locataire de la Maison-Blanche auront également des conséquences directes sur la destinée du Moyen-Orient. Enfin, le poids financier de certaines nations – le Qatar et les Émirats arabes unis étant peut-être les plus emblématiques – constituera un élément essentiel, notamment en ce qui concerne le soft power. Un concept de plus en plus prisé.

 

C’est indéniable, le conflit syrien met en exergue les bouleversements géopolitiques futurs, lesquels se dessinent en marge de batailles mortifères et de postures affirmées. Des ententes de circonstance se nouent, tandis que, parallèlement, des désaccords considérables éclatent au grand jour. Cette crise, par les indices qu’elle sème, servira à instituer de nouvelles grilles de lecture, davantage en adéquation avec l’influence, le pouvoir et les motivations des différents acteurs régionaux – et de leurs alliés. En attendant, chacun semble aspirer à s’imposer comme le nouveau chef du Moyen-Orient. Avec les moyens du bord.


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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 18:20

Après l’inégale tétralogie des années 1990, signée Tim Burton et Joel Schumacher, Christopher Nolan s’empare des aventures de l’homme chauve-souris. Il immerge alors son récit dans un climat anxiogène et lui confère une densité remarquable, inscrite dans une actualité brûlante. Batman Begins (2005) et The Dark Knight (2008) révolutionnent les codes du film de super-héros. Deux volets monumentaux, ténébreux et secoués par les grands enjeux sociétaux. Avec The Dark Knight Rises, le réalisateur britannique propose aujourd’hui l’épilogue d’une trilogie tourmentée, feuilletonesque et viscéralement noire.

 

C’est à la fin des années 1930 que Bob Kane et Bill Finger, respectivement dessinateur et écrivain, créent le personnage de Batman. Les aventures de l’homme chauve-souris feront ensuite l’objet de multiples déclinaisons, passant de la BD au cinéma, des dessins animés aux jeux vidéo. Super-héros sans pouvoirs surnaturels, Batman se distingue de ses pairs par des recoins foncièrement obscurs (au sens propre comme au figuré), une atmosphère lourde et la dénonciation systématique de la corruption – généralisée à Gotham City, la ville fictive du chevalier noir.

 

Un justicier masqué à Hollywood

 

Le premier film mettant en scène Batman remonte à l’année 1989. C’est Michael Keaton qui campe le personnage de Bruce Wayne, tandis que Jack Nicholson et Kim Basinger interprètent respectivement le Joker et Vicki Vale. La réalisation est confiée à Tim Burton, qui vient d’achever le remarquable Beetlejuice. Connu pour ses facultés narratives – jamais démenties depuis – et pour son habileté à façonner des univers singuliers, le réalisateur et scénariste américain se pose avec Batman en conteur impérial, jamais impérieux. Doté d’une esthétique gothique renvoyant au New York des années 1970 et 1980, ce premier volet jouit d’une réalisation subtile, mariant savamment les considérations visuelles à la nécessité d’imposer le microcosme de Batman, un monde particulier où règne l’obscurité et au sein duquel le bien et le mal se livrent une guerre sans merci. Jack Nicholson habite littéralement son personnage et domine sans mal un casting pourtant solide. Le Joker, un homme de main prenant peu à peu le dessus sur sa hiérarchie mafieuse, cherche rapidement à défier l’homme chauve-souris, un justicier incorruptible, son antithèse absolue. Les deux protagonistes se disputent l’âme de Gotham City, alors qu’un passif personnel les oppose en filigrane. Mais le long métrage est surtout l’occasion de découvrir une ville en proie à une pègre insatiable et d’appréhender l’émergence de Batman, un juge moral doublé d’un vengeur redoutable. Un garde-fou indispensable, un régulateur social, guidé par des plaies enfantines jamais cicatrisées.

 

Burton remet le couvert

 

Après ce premier coup de maître, Tim Burton se lance dans la réalisation d’un second volet : Batman, le défi sort en 1992. La distribution reste savoureuse. Michael Keaton conserve le rôle-titre, tandis que le génial Danny DeVito incarne Oswald Cobblepot (le fameux Pingouin). Michelle Pfeiffer (Selina Kyle, Catwoman) et Christopher Walken complètent le tableau. Une fois encore, la finesse de la réalisation galvanise le récit, lui offre une impulsion lumineuse, aidée il est vrai par les personnages de Pingouin et de Catwoman, magistralement interprétés par des acteurs survoltés. Ce nouvel épisode des aventures de l’homme chauve-souris soulève des questions sociales – l’abandon, la famille, la citoyenneté – sans pour autant négliger l’essence de Gotham City – la violence, les luttes de pouvoir, la détérioration sociétale ou encore l’avidité. Sans doute légèrement inférieur à son prédécesseur, Batman, le défi parvient tout de même à installer un univers uniforme, cohérent et alimenté par les pires instincts humains. Il est question de l’égotisme des hommes, de leur besoin de domination, de leur jusqu’au-boutisme mal placé, écrasant, surabondant. Mais la trame se nourrit aussi de la relation complexe entretenue par Bruce Wayne et Selina Kyle, avec ou sans masque, et de son méchant difforme, névrosé (comme d’ailleurs Catwoman), élevé par les pingouins, évoluant dans les égouts de Gotham City. Quant au justicier, sa double identité semble lui causer quelques problèmes relationnels. De quoi interroger le spectateur sur la dualité humaine. Au final, Tim Burton livre la suite logique de Batman, habilement orchestrée et faisant montre d’une efficacité insolente, mais manquant peut-être d’un soupçon de génie.

 

Quand Joel Schumacher flingue Batman

 

L’homme chauve-souris dispose d’une armée d’aficionados. Et, à leurs yeux, Joel Schumacher a commis – au moins – deux crimes impardonnables au cours de sa carrière. Le premier, Batman Forever, date de 1995, alors que le second, Batman & Robin, a eu lieu en 1997. À vrai dire, la filmographie du réalisateur américain se veut parfaitement inégale. Elle contient des morceaux de choix et des pièces indigestes. Mais, en succédant à Tim Burton, le metteur en scène de Phone Game, Bad Company et 8 mm a réussi une prouesse remarquable : réduire le héros de Gotham City à un vulgaire bouffon, signant par la même occasion une faillite artistique cuisante et totale. Les stars ont beau défiler – Schwarzenegger, Clooney, O'Donnell, Thurman, Kilmer, Carrey, Lee Jones, Kidman, etc. –, le résultat n’en est pas moins désastreux, un naufrage généralisé qui s’étend sur deux films inhabités. On en vient à se demander à quoi servent ces navets si ce n’est à galvauder sordidement l’héritage de Tim Burton. À première vue, on pourrait même penser à une parodie de concours de mauvais créateurs, tant les décors et les costumes laissent à désirer. On imaginerait presque des films sans pilote ni scénaristes ou dialoguistes. Mais rien de tout cela ne vient justifier cette débâcle innommable. Les effets spéciaux ratés se comptent par dizaines. Batman et Robin s’adonnent à de grossières disputes (de couple ?) incompatibles avec l’esprit originel des aventures de l’homme chauve-souris, dont l’univers semble trahi à chaque scène. Les incohérences pullulent ; Joel Schumacher revisite Gotham City avec une désinvolture coupable – associée en plus à un humour pitoyable. Mais ce qui énerve le plus les passionnés, c’est que le réalisateur, en deux misérables films, discrédite durablement l’ensemble de la mythologie de Batman, le transformant d’ailleurs en un justicier décérébré, étourdi et tristement kitsch. En opérant de la sorte, il a déconcerté et déçu nombre de spectateurs. La parenthèse Schumacher est à jeter rapidement aux oubliettes.

 

La griffe Nolan : la saga de l’apocalypse

 

Batman Begins

 

Il aura fallu patienter dix longues années avant de pouvoir enfin tourner la page ouverte par Joel Schumacher. Nous sommes en 2005 et un réalisateur britannique très prometteur, Christopher Nolan, prend les commandes de Batman Begins, un blockbuster ambitieux, censé réconcilier l’homme chauve-souris et ses fans. Ce que l’on sait de lui ?  Il s’est imposé comme une valeur montante en à peine trois films, dont le cultissime Memento, une œuvre touffue faisant la part belle à l’écriture multidimensionnelle et aux bonds temporels. Dans Batman Begins, il suffit à Nolan de quelques scènes pour mettre en place un climat anxiogène, matière première d’un irrésistible film noir, se posant d’emblée comme l’exact contraire de Joel Schumacher. On ne lui donnera pas tort. Ce premier volet d’une nouvelle trilogie possède tous les attributs d’une œuvre adulte, réaliste, dense, brillante et nerveuse. Le spectateur n’en sort pas indemne : les codes du film de super-héros s’effondrent pour mieux se renouveler et l’étouffante noirceur de ce Gotham City dépoussiéré fait froid dans le dos. Le casting ne souffre d’aucune faiblesse. L’inexpressif Christian Bale trouve ici un rôle à sa mesure – et devient le meilleur Batman porté au cinéma. Michael Caine, Morgan Freeman et Liam Neeson déroulent tranquillement leur jeu, sans forcer leur talent. Gary Oldman et Katie Holmes rehaussent encore un peu l’affiche. Le scénario s’oriente rapidement vers la formation du chevalier noir au sein de la Ligue des ombres, un groupuscule aux contours sectaires dirigé par le mercenaire Ra’s Al Ghul. On s’intéresse également à l’enfance de Bruce Wayne, à ses blessures enfouies et à l’élément déclencheur de sa haine des malfrats. Sa dualité, handicapante sans jamais devenir schizophrénique, bénéficie (comme le reste) d’un traitement adapté, soigneusement calibré. En dépit des nécessités scénaristiques – la présentation des personnages, la genèse de l’équipement de Batman, la psychologie du héros, la lutte pour le salut de Gotham –, le rythme reste soutenu, d’une nervosité perceptible, avec des touches d’humour bonifiant le récit sans en parasiter la narration. L’écriture n’est jamais en reste : d’une densité considérable, elle pose les fondements d’un univers revisité, modernisé, empruntant autant au thriller paranoïaque qu’au cinéma noir. Que retenir ?  Christopher Nolan nous parle de justice, de corruption, d’émancipation, de chaos. Il marque son film de critiques à peine voilées touchant les systèmes policier et judiciaire, incapables de maintenir l’ordre, auxquels il oppose l’efficacité de son héros, un chevalier noir ambivalent, vengeur masqué et écorché vif. Visuellement bluffant, tirant le meilleur de chaque plan, Batman Begins peut en outre compter sur un script de grande qualité. Il vient superbement compléter l’œuvre de Tim Burton, dans un registre tout à fait différent. Une claque aussi monumentale qu’inattendue.

 

The Dark Knight

 

Pour beaucoup, The Dark Knight constitue le meilleur film de super-héros de tous les temps. On n’est pas loin de le penser. Sorti en 2008, le deuxième volet de la trilogie de Christopher Nolan immerge le spectateur au cœur du chaos, faisant de ses scènes l’écho du terrorisme. Le Joker, interprété par un Heath Ledger inégalable, fait figure d’apôtre de l’apocalypse, d’officier de la terreur. Il symbolise une œuvre tendue, ténébreuse, brutale. C’est en cherchant à éradiquer le crime que Batman vient se heurter à lui. S’appuyant sur Harvey Dent, procureur estimable, et Jim Gordon, remarquable lieutenant de police, l’homme chauve-souris aspire à démanteler les dernières associations de malfaiteurs sévissant à Gotham City. Mais le Joker ne l’entend pas de cette oreille : lui souhaite, au contraire, implanter les germes du mal en chaque habitant de la ville. Avec un casting pratiquement inchangé, Christopher Nolan parvient à donner une nouvelle dimension à son œuvre, signant indéniablement l’un des meilleurs films de l’histoire du cinéma. Les scènes mémorables se succèdent à la vitesse grand V : le braquage de clowns, la montagne de billets qui part en fumée, la naissance de Double-Face, la soirée interrompue par les hommes du Joker, la réunion de mafieux, la fuite de Batman, la guerre psychologique entre les deux ferrys… Les effets spéciaux et les séquences d’action impressionnent, tandis que les dialogues, magistralement écrits, apportent du coffre aux personnages. Une réalisation millimétrée se couple à un scénario extrêmement consistant pour, ensemble, former un film époustouflant, viscéral et déjà classique. The Dark Knight ne connaît aucun temps mort et distille sans accroc son récit. Il brille surtout par son habileté à interroger la capacité de résilience des hommes, leur loyauté, leur intégrité. Enfin, il fend l’armure de son héros pour le placer face à ses contradictions et le confronter à ses dilemmes moraux. Le tout accompagné par du Hans Zimmer.

 

The Dark Knight Rises

 

Après un The Dark Knight brillant de mille feux, l’attente entourant la sortie du dernier volet de la trilogie de Christopher Nolan s’avérait gigantesque. Indescriptible même. Le public, à la recherche du moindre indice, à l’affût de la moindre image, se perdait immanquablement en conjectures. Chacun, ou presque, y allait de son petit commentaire sur les forums et les sites spécialisés. Les journalistes culturels étaient sur les dents. Cette pression inédite a placé l’équipe du film dans une situation forcément inconfortable : comment combler ces attentes démesurées ?

 

Après une scène d’introduction épatante, présentant – déjà – Bane, véritable colosse enragé doté d’une musculature surhumaine, le réalisateur britannique entame un tour d’horizon des principaux protagonistes. On découvre alors un Bruce Wayne vieillissant – il a quitté Gotham City huit ans plus tôt –, boiteux et reclus comme un ermite. On nous présente ensuite l’acrobate Selina Kyle (Anne Hathaway, formidable), une voleuse de bijoux énigmatique et provocatrice. On retrouve enfin Jim Gordon, devenu commissaire, entretenant tant bien que mal la mémoire d’Harvey Dent, au prix de grands sacrifices moraux. Christopher Nolan installe ainsi progressivement les grandes lignes directrices de son film, dans une avalanche d’images savamment étudiées et à l’aide d’un montage fluide, sans faute de rythme.

 

Peu à peu, de nouveaux personnages viennent se greffer à l’édifice. Marion Cotillard et Joseph Gordon-Levitt entrent en piste. Et la distribution devient alors proprement hallucinante. Devant cette prose cinématographique, on attend patiemment le retour de Batman à Gotham City. C’est chose faite lorsque Bane s’apprête à y semer le chaos. Braquage à la bourse, instauration de tribunaux populaires, abolition des lois de l’ancien régime, prisons vidées, policiers ensevelis et piégés sous terre : Bane, le nihiliste au visage masqué par des tuyaux métalliques et à la voix surnaturelle, ne préconise pas la terreur. Il la personnifie.

 

La ville de Gotham City se trouve coupée du monde. La succession de scènes spectaculaires se poursuit. Et le récit se complexifie irrémédiablement, multipliant les flashbacks, les twists et les fausses pistes. D’une tension inédite, mettant en scène l’apocalypse, The Dark Knight Rises se moque presque de ses quelques incohérences. Il les écrase par sa force visuelle, la maîtrise de ses effets spéciaux, sa composition intelligemment étudiée et ses tableaux de guerre civile. Une puissance de feu rarement vue auparavant. Et filmée en IMAX.

 

Le Gotham de Christopher Nolan est une ville moderne, prospère, capitaliste. Mais elle s’effondre, au sens propre du terme, à cause des vilenies de criminels endurcis, offrant une représentation apocalyptique de l’époque actuelle et de ses crises à répétition. Une métaphore forte, visuellement à la fois majestueuse et effroyable. Par ailleurs, la densité thématique de The Dark Knight Rises se montre éloquente : étoffé, feuilletonesque, tissant sa toile au travers des temps et des espaces, suivant près d’une dizaine de personnages, le film ne dédaigne pas l’intellect. Les frères Nolan signent un scénario aux multiples ramifications et dont les sillons secondaires confèrent de la hauteur à l’ensemble.

 

Plus le récit progresse, plus les similitudes entre Bane et Batman s’affirment. Le premier est le double noir du second. Tous deux ont suivi la même formation et ont eu pour mentor un certain Ra’s Al Ghul. D’un réalisme glacial, illustrant toute la détresse du monde en quelques images, The Dark Knight Rises s’offre en plus le luxe d’un retournement final, faisant de Bane, le mercenaire sanguinaire, un vulgaire bouffon amoureux à la solde d’une femme à l’âme insondable. Et le film se clôture par un magnifique montage alterné, nous privant d’un héros pour mieux désigner son successeur, un potentiel Robin.

 

Christopher Nolan arrive parfaitement à jongler avec différentes considérations : ménager une éventuelle suite, faire du spectaculaire, ne pas trahir l’esprit des volets précédents, introduire de nouveaux personnages, boucler la boucle en revenant à Batman Begins. Et, en plus de cela, il sublime ses plans, travaille le découpage, électrise le montage – aidé sur ce dernier point par un Hans Zimmer inspiré. Et nous gratifie d’une fin d’une durée improbable. Si le film manque légèrement de psychologie – c’est indéniable –, il offre par contre un spectacle extraordinaire, unique et par conséquent mémorable. Du très grand cinéma.

 


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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 19:32

Hériter de l’Éducation nationale est tout sauf une sinécure. Vincent Peillon, spécialiste des matières scolaires, devra relever un défi de taille : amorcer les réformes tant attendues et dompter des syndicats souvent peu conciliants. Ce docteur en philosophie, ex-royaliste, veillera pour cela à soigner sa communication et à ménager les susceptibilités. Car, rue de Grenelle, le corporatisme fait loi et les chutes peuvent se révéler vertigineuses…

 

Vie privée. Né en 1960 d’une mère juive, directrice de recherche à l’Inserm, et d’un père communiste, banquier de profession, Vincent Peillon décide très tôt d’étudier la philosophie – il sera agrégé et docteur. Une matière qu’il enseignera ensuite à son tour. Son grand-père, le professeur Léon Blum, fut le promoteur de l'insulinothérapie en France. Sa grand-mère, Thérèse Lion, militante féministe, menait quant à elle une carrière d’avocate. Père de quatre enfants issus de deux unions, remarié à la journaliste Nathalie Bensahel, Vincent Peillon fait partie de ces nombreux politiques français fréquentant une femme originaire du monde médiatique. Enfin, rappelons qu’il a commencé à militer dans la mouvance trotskiste et qu’il a travaillé pour la Société des wagons-lits. Plus tard, il créera une entreprise d'importation de saumon fumé. Et deviendra brièvement directeur de recherche au CNRS, dans les années 2000.

 

Ascension politique. Au début des années 1990, Vincent Peillon intègre le cabinet d’Henri Emmanuelli. Il débute alors notamment par la rédaction de discours. Secrétaire du groupe des experts du Parti socialiste en 1993 et 1994, il entre rapidement au bureau national. Par la suite, il devient chargé de mission pour l’écriture des discours de campagne de Lionel Jospin et délégué du Premier secrétaire (de 1995 à 1997), puis député de la Somme dans la 3ème circonscription (1997) et porte-parole du PS (2000-2002), sous la mandature de François Hollande. Après la cuisante débâcle de 2002, il cherche à rénover un parti désormais en perdition ; il met en place le Nouveau Parti socialiste, avec Arnaud Montebourg et Julien Dray, deux enfants terribles de la gauche française. En 2004, il est élu député européen. Il devient ensuite membre de la Commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie. En 2009, il obtient un second mandat au Parlement européen. Il siège alors au sein des commissions parlementaires des Affaires étrangères et du Développement, ainsi que dans l’Assemblée Euro-Méditerranéenne et dans la délégation Maghreb. Durant la campagne présidentielle de 2007, il fut l’un des trois porte-parole de Ségolène Royal. Mais un divorce politique s’ensuivra : le lieutenant s’émancipe et le clash de Dijon acte définitivement la rupture. L’ancienne candidate s’était alors invitée à une rencontre que Vincent Peillon avait organisée entre membres du PS, d’EELV et du MoDem. Un hold-up médiatique peu apprécié par le principal intéressé. Par ailleurs, en 2005, il fait partie des personnalités socialistes qui s’opposent à la Constitution européenne, alors que François Hollande y est favorable. Enfin, pendant la campagne présidentielle de 2012, il hérite de la responsabilité des sujets relatifs à la jeunesse et à l’éducation.

 

Signes distinctifs. Vincent Peillon se distingue de ses collègues socialistes par sa main tendue au centre. Il préconise une entente avec le MoDem, une position renforcée par le soutien de François Bayrou au candidat du PS lors de la dernière présidentielle. Brillant débatteur, réputé calme et modéré, il peut compter sur une solide expertise quant aux questions scolaires et éducatives.

 

Un ministère à hauts risques. Même si Vincent Peillon connaît la boutique par cœur, il devra veiller à éviter les écueils. Car, rue de Grenelle, les échecs pullulent. Des syndicats irascibles, souvent conservateurs, scrutent les moindres faits et gestes du ministre. Les fautes de communication peuvent se révéler lourdes de conséquences. Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin, deux anciens titulaires du portefeuille, peuvent en témoigner. Et si François Hollande a désigné l’école comme priorité de son quinquennat, cela ne fait qu’ajouter un peu de pression supplémentaire sur les épaules de l’ancien député européen. Les réformes annoncées ne concernent pas seulement les 60 000 postes promis : il faut également réformer le métier d’enseignant, réinventer la formation dispensée, modifier le temps de travail et combattre le déclin scolaire. Un projet d’envergure, que la droite a repoussé à maintes reprises. Notons que Luc Chatel a laissé un cadeau empoisonné à Vincent Peillon : les rythmes scolaires. Le sujet se veut symbolique, car c’est Nicolas Sarkozy qui avait en son temps supprimé le samedi matin - mesure critiquée par les professeurs et les experts en chronobiologie. Et, très rapidement, le nouveau ministre se prend les pieds dans le tapis. Il promet le retour à la semaine de cinq jours dès 2013. Les syndicats dénoncent une absence de concertation. Jean-Marc Ayrault doit déjà le recadrer. Pourtant, Vincent Peillon maîtrise indéniablement son sujet, bénéficie d’un cap clairement défini et a déjà entamé des discussions sur de nombreux dossiers. Et, en outre, il s’entoure d’experts reconnus. Son directeur de cabinet, Pierre-Yves Duwoye, est l’ancien secrétaire général du ministère. Autant dire qu’il connaît la maison comme sa poche. Mais cette minutieuse préparation et ces collaborateurs expérimentés ne protègent pas le nouveau ministre de toutes les difficultés inhérentes à la fonction.

 

Les principaux défis. Vincent Peillon devra apprendre à travailler vite sans pour autant se précipiter. Il lui faudra préparer la rentrée avec 14 000 suppressions d’emplois déjà programmées par la droite. Par ailleurs, une création de 1000 postes devrait avoir lieu pour l’école primaire. Autre épine dans le pied du ministre : le rehaussement de la formation des maîtres. Les nouveaux enseignants devraient bénéficier dès la rentrée de cours théoriques (trois ou quatre heures par mois). Des écoles professionnelles pourraient voir le jour. Elles remplaceraient les IUFM, très critiqués par certains experts. Le calendrier et les statuts de ces nouveaux établissements restent cependant à définir. En outre, la nouvelle équipe souhaiterait féminiser et rajeunir des cadres désormais vieillissants. Et on prévoit également l’abrogation des décrets réformant l’évaluation des enseignants – ce qui suppose une remise en question complète de leur rôle et du financement. Mais il faudra pour cela composer avec l’administration nommée par la droite. Et, surtout, tenter de satisfaire les syndicats, qui espèrent la mise en place immédiate de certaines mesures, notamment l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire. Enfin, last but not least, les évaluations nationales vont certainement connaître de grands bouleversements. 

 


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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 19:00

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a entamé un flirt décomplexé avec le Front national de Marine Le Pen. Surfant sur la vague frontiste, il a cherché à recycler des thèmes chers à l’extrême droite, à des fins électorales. Le contrecoup de cette posture de campagne a été double : la parole lepéniste s’est libérée et crédibilisée.

 

Aujourd’hui, alors que la bataille des élections législatives bat son plein, l’UMP a arrêté sa ligne officielle : ne jamais prendre parti ni pour le PS, ni pour le FN. La signature de l’acte de décès du front républicain ?  Et, pour enfoncer le clou, Nadine Morano, ancienne ministre, emblème du sarkozysme, accorde une interview à l’hebdomadaire Minute, bien connu des milieux d’extrême droite. Un numéro de charme à l’adresse des électeurs de Marine Le Pen, au cours duquel elle évoque notamment des « valeurs communes ». D’autres s’en inspirent déjà.

 

La stratégie de l’UMP s’avère d’une simplicité enfantine : elle consiste à se rapprocher progressivement du FN, en adoptant la politique des petits pas. Et, pour ce faire, tous les procédés peuvent être mis en œuvre. On affirme que l’extrême droite tire sa légitimité du vote populaire et qu’elle mérite par conséquent toute l’attention qui lui est portée. On se sert de sa légalité républicaine pour la gratifier d’une respectabilité intéressée. Et, surtout, on multiplie dangereusement les amalgames, feignant de confondre Front national et Front de gauche – ce qui relève de la faute politique. Cela permet bien sûr à la droite de gouvernement de justifier la décision du « ni-ni ».

 

Ainsi, l’UMP évite de mécontenter des sympathisants largement favorables à l’entente des droites. Elle apaise les tensions entre ses membres, qui s’écharpent régulièrement sur la question des alliances. Elle tente par ailleurs de mettre à mal le PS. Car faire barrage à la gauche prime désormais les intérêts de la République. Enfin, elle flatte clairement des électeurs frontistes qui pourraient un jour venir gonfler ses rangs. Et, pendant que les basses manœuvres pullulent, le mur républicain continue de se fissurer. Prenez garde : un flirt imprudent annonce parfois un mariage compliqué.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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