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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 19:00

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a entamé un flirt décomplexé avec le Front national de Marine Le Pen. Surfant sur la vague frontiste, il a cherché à recycler des thèmes chers à l’extrême droite, à des fins électorales. Le contrecoup de cette posture de campagne a été double : la parole lepéniste s’est libérée et crédibilisée.

 

Aujourd’hui, alors que la bataille des élections législatives bat son plein, l’UMP a arrêté sa ligne officielle : ne jamais prendre parti ni pour le PS, ni pour le FN. La signature de l’acte de décès du front républicain ?  Et, pour enfoncer le clou, Nadine Morano, ancienne ministre, emblème du sarkozysme, accorde une interview à l’hebdomadaire Minute, bien connu des milieux d’extrême droite. Un numéro de charme à l’adresse des électeurs de Marine Le Pen, au cours duquel elle évoque notamment des « valeurs communes ». D’autres s’en inspirent déjà.

 

La stratégie de l’UMP s’avère d’une simplicité enfantine : elle consiste à se rapprocher progressivement du FN, en adoptant la politique des petits pas. Et, pour ce faire, tous les procédés peuvent être mis en œuvre. On affirme que l’extrême droite tire sa légitimité du vote populaire et qu’elle mérite par conséquent toute l’attention qui lui est portée. On se sert de sa légalité républicaine pour la gratifier d’une respectabilité intéressée. Et, surtout, on multiplie dangereusement les amalgames, feignant de confondre Front national et Front de gauche – ce qui relève de la faute politique. Cela permet bien sûr à la droite de gouvernement de justifier la décision du « ni-ni ».

 

Ainsi, l’UMP évite de mécontenter des sympathisants largement favorables à l’entente des droites. Elle apaise les tensions entre ses membres, qui s’écharpent régulièrement sur la question des alliances. Elle tente par ailleurs de mettre à mal le PS. Car faire barrage à la gauche prime désormais les intérêts de la République. Enfin, elle flatte clairement des électeurs frontistes qui pourraient un jour venir gonfler ses rangs. Et, pendant que les basses manœuvres pullulent, le mur républicain continue de se fissurer. Prenez garde : un flirt imprudent annonce parfois un mariage compliqué.

 

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 11:56

Cela ne fait pas l’ombre d’un doute : l’éloge médiatique est le salaire brut du rappeur net. Une prime généreusement accordée aux artistes fréquentables, ceux qui étalent leur culture, qui emploient des instruments réels ou qui sensibilisent leur public aux grands enjeux sociétaux. La manière dont les journalistes jaugent les MC’s, les qualifiant souvent hâtivement, a de quoi laisser perplexe. Car, souvent, ces derniers s’arrogent le droit de distribuer les bons points et les bonnets d’âne, condamnant sans procès des catégories entières de rappeurs au blâme éternel.

 

On connaît la chanson par cœur, mais ses couplets demeurent pourtant obscurs. Les rappeurs Abd Al Malik, Youssoupha, Hamé ou Rocé seraient des artistes accomplis dont la finesse des écrits et la qualité des analyses méritent le salut médiatique. Un avis largement partagé – ce n’est pas la question –, mais qui met en lumière des grilles de lecture hautement contestables. Car, régulièrement, les journalistes s’adonnent à une division artificielle et orchestrée du rap, devenu un courant musical où le noble et le vulgaire se côtoient sans forcément se reconnaître, où la valse des étiquettes pourrait sans mal rappeler les pires années inflationnistes. Dans cette nouvelle lutte des classes, arbitrée par une presse tristement paresseuse, les seigneurs et les sans-grade se distinguent par leur diplôme, leur humanisme, leur savoir ou leurs instrumentaux. En d’autres termes, un Salif ne vaut pas un Grand Corps Malade, un TSR Crew ne peut pas rivaliser avec un Hocus Pocus. On ne mélange pas les torchons et les serviettes. On amalgame les genres musicaux ?  On fait preuve de facilité, voire de simplisme ?  Peu importe !  La presse généraliste se fourvoie et les journalistes spécialisés ne brillent que par leur silence gêné. Aujourd’hui, les rédacteurs et les reporters en charge des sujets culturels entendent interviewer les artistes comme s’il s’agissait d’hommes politiques. Ceux qui acceptent de se poser en intellectuels précaires se font applaudir – ils élèvent le débat –, tandis que les autres, taxés au mieux de vulgaires délinquants langagiers, sont accusés de faire l’apologie de la violence ou de véhiculer des clichés misogynes et des valeurs superficielles. On exagère à peine. Quant aux rappeurs-musiciens, entités bicéphales extrêmement appréciées par les chroniqueurs fondamentalistes, ils auraient l’extraordinaire mérite de jongler avec l’audace et l’académisme.

 

Appréhender la démarche du journaliste constitue un exercice relativement aisé. L’utilité sociale du rap, ce « CNN du ghetto », tant mise en avant par la presse, relève de l’alibi médiatique, une facilité à laquelle beaucoup ont adhéré. Et la plupart des rédactions cherchent à apporter du crédit à l’artiste qui se conforme aux moules idéalisés et qui renforce ce fantasme de vocation sociale. Les MC’s diplômés, engagés ou politiquement corrects justifient l’attention des caméras et rassurent des journalistes incertains en leur offrant des paradigmes biaisés, voire faussés. Mais, en réalité, beaucoup ne parviennent simplement pas à décrypter des codes musicaux qui leur échappent et préfèrent donc se réfugier dans la critique creuse, qui se contente de valoriser les discours policés, les formules allégoriques, les couplets politisés et les beats joués par de vrais musiciens. Pourtant, le rap rayonne par ses ambiguïtés et ses subdivisions. La somme de ses artistes, hétéroclites, témoigne de sa vitalité. Les rappeurs nouvellement milliardaires, émergeant des quartiers les plus dévastés, crèvent l’écran en tuant la nuance, s’achètent une popularité avec des liasses d’excès. Car ce courant musical, pour se faire entendre, doit frapper fort. Les textes bruts constituent sa matière première et la rue demeure son berceau.

 

Nous l’avons vu, la visibilité médiatique ne s’offre qu’à certains rappeurs, minutieusement sélectionnés par des journalistes souvent négligents. Or, aucun diplôme ne prédispose aux carrières en dents de scie, qui passent de la musique à la gestion de label, de la ligne vestimentaire à l’industrie du luxe. Et l’intérêt que l’on porte aux uns ne devrait pas nous empêcher d’apprécier à leur juste valeur les autres. Car, au fond, ce sont des frères jumeaux qui évoluent dans des milieux différents. Ce qui les lie ?  L’amour d’une culture urbaine, l’audace, la créativité et la verve. Soyons clairs : ceux qui ont besoin de faire l’inventaire des MC’s « conscients » pour légitimer le rap ne comprennent rien à ce mouvement – qui refuse d’ailleurs toute hiérarchisation. Ceux qui désapprouvent le sampling ou les synthétiseurs pèchent par excès d’académisme et étouffent dans l’œuf toute tentative d’émancipation culturelle. Alors, acceptez cette évidence : pour peindre le rap, il faut composer avec son panel de couleurs.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Musique
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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 16:52

Denis Demonpion, rédacteur en chef au Nouvel Observateur, coauteur de l’ouvrage Le dernier tabou, révélations sur la santé des présidents, revient sur les investigations qu’il a menées et y apporte quelques éléments nouveaux. L’occasion de livrer son point de vue et d’étayer ses écrits.

 

 

On imagine que vous avez eu quelques surprises durant votre enquête…

 

J’ignore si l’on peut parler de surprises, mais le fait est que la somme des mensonges des présidents, pour tout ce qui regarde leur santé, est stupéfiante. Que ce soit à propos du cancer de François Mitterrand, de la dissimulation orchestrée de Jacques Chirac au moment de son accident vasculaire cérébral ou de la façon dont Nicolas Sarkozy a omis, malgré les serments de campagne, de tenir parole sur son état de santé, au premier incident, survenu dès octobre 2007.

 

 

Selon vous, où devrait s’arrêter le secret médical quant à la santé d’un chef d’État ?  La transparence devrait-elle être totale ?

 

Mon coauteur, Laurent Léger, et moi-même ne plaidons pas pour une transparence totale, qui conduirait par exemple à connaître le taux de cholestérol du chef de l’État, comme c’est le cas aux États-Unis. En revanche, il serait bon que, quand un problème sérieux survient, l’opinion soit informée au plus près de ce qui se passe, ceci sur la base d’examens réalisés par un collège de médecins. La publication de bulletins de santé mensongers relève de la forfaiture.

 

 

La législation française ne prévoit pas le pouvoir vacant – sauf en cas de décès. Plaidez-vous pour un système à l’américaine, avec une procédure d’empêchement pouvant évincer les présidents inaptes ?

 

Sans tomber dans l’excès ou aller jusqu’à une refonte de la constitution qui instaurerait un vice-président sur le modèle américain, il faudrait tout de même prévoir un dispositif selon lequel le président de la République serait régulièrement soumis à des examens médicaux par des médecins reconnus. Des juristes de droit constitutionnel et de grands professeurs de médecine se sont penchés sur la question, allant même jusqu’à élaborer un avant-projet de loi resté lettre morte, ni Jacques Chirac, ni Nicolas Sarkozy n’en ayant voulu.

 

 

Comment expliquez-vous que ceux qui se battent pour une réforme des lois françaises en la matière ne parviennent pas à se faire entendre ?

 

On constate qu’au moment des campagnes électorales, les candidats prêtent tous les serments de la terre et font toutes les promesses que les Français veulent entendre, mais qu’une fois dans la place, la politique consiste en un « circulez, il n’y a rien à voir ! ».

 

 

Vous affirmez, dans votre ouvrage, que Nicolas Sarkozy prend des médicaments. Pourriez-vous expliciter ?

 

En effet, nous révélons dans notre ouvrage que l’ancien président, sujet à des coups de mou, était un adepte de médicaments non homologués par les autorités sanitaires. Ces produits ne sont pas illégaux, mais on ne les trouve tout simplement pas sur le marché. En revanche, on peut se les procurer en Hollande, aux États-Unis et dans d’autres pays. C’est le type de produits dont sont friands les sportifs.

 

 

L’accident vasculaire cérébral de Jacques Chirac est passé sous silence. Pis, ses proches exercent des pressions sur les médecins et cherchent à influencer le contenu des communiqués. Du jamais-vu ?

 

Du jamais-vu en effet. Nous racontons comment Bernadette Chirac et leur fille Claude ont pesé de toute leur autorité auprès des médecins militaires de l’hôpital du Val-de-Grâce pour que les communiqués soient les plus lénifiants possibles. Ce n’est d’ailleurs que quatorze heures après l’hospitalisation du chef de l’État qu’une information, parcellaire, a été diffusée. Ce qui est encore plus invraisemblable, c’est que ni le Premier ministre, Dominique de Villepin, ni le ministre de l’Intérieur n’étaient au courant.

 

 

On comprend que les confidences de Valéry Giscard d’Estaing à un thérapeute auraient pu mettre à mal certains intérêts de la République. Mais peut-on réellement entraver ces séances ?

 

Le cas de Valéry Giscard d’Estaing, le plus jeune président élu de la cinquième République – il avait 48 ans –, est un peu à part. Car, s’il a été le dépositaire de secrets d’État relatifs à la santé du chef du Soviet suprême Léonid Brejnev et du chancelier allemand Helmut Schmidt, il n’a pour sa part pas connu de gros ennuis de santé. Certes, il a suivi une psychanalyse, mais c’était pour se mettre au clair avec sa conscience quand il lui fallait prendre des décisions d’importance.

 

 

Dans les dernières pages du livre, vous racontez justement la réaction de VGE face à un Brejnev déclinant. La preuve que la santé peut devenir un facteur déterminant dans le jeu géopolitique ?

 

La santé est un facteur déterminant du jeu géopolitique, en effet. On raconte d’ailleurs comment, lorsque Georges Pompidou voyageait, les services secrets étrangers étaient sur les dents pour essayer de procéder à des prélèvements, notamment d’urine, afin de savoir de quoi il souffrait exactement. Dans le cas de François Mitterrand, des précautions insignes étaient prises pour éviter justement toute fuite. Son médecin personnel ne laissait rien traîner, ni compresses, ni emballages de médicaments, rien de rien.


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Published by Jonathan Fanara - dans Culture
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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 15:37

L’hôtel de Matignon, qui suscite des convoitises souvent insatiables, voit arriver un germanophone laconique à sa porte. Jean-Marc Ayrault, un fidèle de François Hollande, prend la tête du gouvernement. Un poste qui contraste avec sa discrétion naturelle et qui vient récompenser les longues années consacrées à un travail pour le moins ingrat : la présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Une mission difficile, relevant parfois de l’équilibrisme, mais que sa prédisposition aux compromis pourrait faciliter.

 

Le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, doit se faire violence. En face de lui, des photographes lui donnent leurs consignes et l’initient aux sourires forcés. Figé, l’ancien professeur d’allemand, authentique germanophile, fait preuve de sobriété et laisse deviner une certaine timidité. Car ce fils d’ouvrier, marié et père de deux filles, n’est pas un remarquable communicant : il mène une vie bien rangée, à l’abri des objectifs, et préfère les dossiers complexes aux postures artificielles. On lui reconnaît d’ailleurs une prudence de Sioux.

 

Comme François Hollande, il n’a jamais occupé de ministère. Mais sa longévité en tant que chef de groupe à l’Assemblée nationale, de 1997 à 2012, lui confère une légitimité indéniable. Sera-ce suffisant pour tenir tête à Laurent Fabius, Manuel Valls ou Arnaud Montebourg ?  Sans compter que Martine Aubry, de l’extérieur, pourrait interférer dans les grandes décisions. L’intéressé rétorquerait qu’il a été étroitement associé aux principaux projets du gouvernement Jospin, entre 1997 et 2002, cherchant ainsi à asseoir sa crédibilité. Et, en bon patron des députés socialistes, il a su calmer les tensions et préserver l’unité du groupe, même dans les moments les plus délicats : la défaite de Lionel Jospin en 2002, la division sur l’Europe en 2005 ou encore le congrès de Reims en 2008.

 

Jean-Marc Ayrault s’est construit politiquement au travers d’une double influence : le catholicisme social, au Mouvement rural de jeunesse chrétienne, et Jean Poperen, son mentor de gauche. Son parcours débute réellement en 1977, quand il s’empare de la mairie de Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Il deviendra par la suite maire de Nantes en 1989 et siège comme député depuis 1986. Dans sa ville, il engage une politique volontariste, mettant en œuvre des mesures culturelles audacieuses et participant à la réhabilitation des friches industrielles. Ses adversaires de gauche lui reprochent son attachement à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il a notamment dû faire face à des grèves de la faim. Mais, fin stratège, Jean-Marc Ayrault a intégré très tôt dans son équipe des adjoints écologistes, une manière de faire taire les contestataires.

 

Conseiller spécial de François Hollande pendant la campagne présidentielle, il hérite - assez logiquement - de Matignon, au grand dam de Martine Aubry. Ce mandat tant convoité, il l’obtient malgré sa condamnation en 1997 pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public. Il écope alors de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 30 000 francs. Et fait l'objet d'une réhabilitation en 2007.

 

Ayrault, l’option raisonnable ?

 

Les principaux atouts de Jean-Marc Ayrault ?  Germanophone, il devrait plaire à des Allemands fortement soucieux de leurs intérêts et effrayés par les vicissitudes françaises. Il possède d’ailleurs ses entrées dans les deux grands partis d’outre-Rhin. En outre, il sait se montrer consensuel ou faire preuve de fermeté selon le contexte. Proche de François Hollande, les deux hommes s’accordent mutuellement une grande confiance. Cela permettra certainement de fluidifier le processus décisionnel et la bonne exécution des solutions adoptées au sommet de l’État.

 

Par ailleurs, le nouveau Premier ministre apaise les clivages partisans et connaît par cœur les rouages de la République. Les députés socialistes, dont il a longtemps été le chef de file, devraient le gratifier d’une fidélité indiscutable. Son tempérament réservé tranche nettement avec le sarkozysme, ce qui n’est pas pour déplaire à la gauche. Enfin, n’étant issu ni des élites d’État, ni de la bourgeoisie parisienne, il devrait s’attirer la sympathie des provinciaux. 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 19:42

Méconnue avant l’élection présidentielle, Najat Vallaud-Belkacem se pose aujourd’hui en véritable symbole de la diversité au sein du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Et c’est également elle, benjamine d’une équipe peu expérimentée, qui hérite du porte-parolat, lame à double tranchant. Car, si elle bénéficiera indéniablement d’une exposition médiatique décuplée, elle devra surtout encaisser les attaques des snipers de la droite. Nommée par ailleurs ministre des Droits des femmes, elle tentera d’oxygéner un portefeuille au périmètre incertain et à la viabilité vacillante.

 

Après la victoire de François Hollande aux primaires socialistes, Najat Vallaud-Belkacem, ancienne porte-parole de Ségolène Royal, a réussi à se faire un nom sur la scène politique hexagonale. Désignée pour relayer la communication du candidat du PS durant la campagne présidentielle, avec Delphine Batho, Bruno Le Roux et Bernard Cazeneuve, elle a rapidement pris le dessus sur ses homologues, polarisant toutes les attentions. L’émergence d’un phénomène ?

 

Née au Maroc, Najat Vallaud-Belkacem arrive en France grâce au regroupement familial. Son père, immigré économique, travaille alors comme ouvrier dans le bâtiment. La jeune femme, qui grandit dans la banlieue d'Amiens, est naturalisée à l’âge de 18 ans. Depuis, elle possède la double nationalité. Licenciée de droit et diplômée de Sciences Po, elle ne tarde pas à devenir assistante parlementaire de la députée socialiste Béatrice Marre. Mais son envol politique réside ailleurs : c’est Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui la repère et la recrute comme conseillère sur les politiques de proximité et de démocratie participative. Elle y mène notamment des actions pour combattre les discriminations, promouvoir les droits des citoyens et l'accès au logement ou à l'emploi. En 2004, elle est élue pour la première fois, en tant que conseillère régionale, et obtient alors la charge des affaires culturelles. Et devient – déjà – la benjamine du Conseil régional de Rhône-Alpes.

 

Lors de la campagne présidentielle de 2007, elle se révèle encore davantage, en intégrant le porte-parolat de Ségolène Royal avec Arnaud Montebourg et Vincent Peillon. Mais elle sera battue, dans la foulée, aux élections législatives par Dominique Perben, à Lyon, tout en récoltant plus de 43% des voix. L'année suivante, elle est élue conseillère générale du Rhône et conseillère municipale à Lyon. Adjointe aux grands événements, à la vie associative et à la jeunesse, la jeune femme s’impose définitivement dans le paysage politique lyonnais. Un an plus tard, nommée secrétaire nationale en charge des questions de société au PS, elle fait partie des porte-étendards des trentenaires et cherche à réformer des doctrines parfois ankylosées.

Nouvelle dimension

Véritable étoile montante du PS, Najat Vallaud-Belkacem continue irrémédiablement de prendre du galon. La campagne électorale qui vient de s’achever l’a placée sous les feux de la rampe. Son dynamisme, ses talents de communication et sa jeunesse constituent des atouts avérés. Mais, en tant que jeune politicienne d’origine étrangère, benjamine et porte-parole du gouvernement, elle apparaît immanquablement comme un symbole fort. Et, par conséquent, les critiques devraient pleuvoir et s’abattre sur elle à la moindre occasion. Les Français en ont d’ailleurs eu un avant-goût quand elle a renoncé à se présenter dans le Rhône pour les législatives, dans une circonscription fortement ancrée à droite. Ses adversaires n’ont pas manqué de souligner son prétendu manque de courage politique. Mais un challenge bien plus intéressant attend Najat Vallaud-Belkacem. Il lui faudra donner du coffre et du sens au ministère des Droits des femmes, alors qu’il empiète sur les compétences d’autres portefeuilles plus clinquants. Une mission ardue pour un poste hautement symbolique.

Elle doit par ailleurs désormais affirmer sa personnalité et tisser son image publique. Et les surprises risquent d’abonder. « Sarkozy est un mélange de Berlusconi et de Poutine », avait-elle un jour osé, répondant peut-être indirectement à ceux qui la trouvaient trop tendre. Car la nouvelle porte-parole du gouvernement a du caractère. Elle refuse par exemple le statut de symbole, lui préférant celui de produit de la méritocratie française. Mais elle restera, malgré elle, une entité bicéphale : la « hollandette », icône de la diversité, de la parité et de la jeunesse, et la militante, habile politique, diplômée à plusieurs reprises et fine communicatrice. En représentant simultanément différentes minorités, Najat Vallaud-Belkacem devra accepter certaines étiquettes, parfois réductrices. Mais rien ne l’empêchera de les combiner à d’autres, plus consistantes et valorisantes. Celle qui a embrassé une carrière politique suite aux événements de 2002, qui défend activement la « pluralité visible » et une « égalité des opportunités », semble en effet promise à un bel avenir.

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 20:08

Chose rare, un ouvrage, coécrit par deux journalistes, Denis Demonpion et Laurent Léger, fait état des mutismes entourant la santé des élites françaises. En effet, Le dernier tabou, révélations sur la santé des présidents aborde sans détour un sujet longtemps oublié des grands débats publics. Et parvient habilement à le mettre en relief, tant historiquement que politiquement. Une réflexion ingénieuse sur certaines pratiques du pouvoir et sur l’usage trop fréquent du voile de la contre-vérité.

 

Entre les petits secrets de Polichinelle et les grands mensonges d’État, la santé des présidents et, plus généralement, des hommes politiques a toujours été entourée de mystère. À l’heure où la vie privée des gouvernants, jetée en pâture à une certaine presse, nourrit les mises en scène les plus outrancières, ces derniers continuent de cacher aux citoyens des informations fondamentales sur leur état médical. Un étonnant paradoxe, répondant à des enjeux de communication. En réalité, la santé de nos élus tend à se poser en tabou absolu et constitue, à bien des égards, un frein à la transparence revendiquée par les peuples. Car celui qui se présente aux suffrages doit se montrer infaillible, étranger à toute faiblesse. Une idée très répandue en France.

 

Dans leur ouvrage, Denis Demonpion et Laurent Léger lèvent le voile sur les petits secrets des présidents français. Mais ils ne s’arrêtent pas là : ils mettent également en lumière des événements cachés et des procédures obscures. Des histoires largement ignorées, des usages méconnus. Nicolas Sarkozy, pourtant défenseur d’une totale transparence, et après avoir promis la vérité sur son état de santé, passe sous silence ses pépins physiques. François Mitterrand fait mieux : il cache aux Français le cancer qui le ronge et l’empêche de présider sereinement, diagnostiqué dès le début de son premier mandat. Quant à Jacques Chirac, il minimise l’importance de son accident vasculaire cérébral ; ses proches cherchent à masquer ses problèmes médicaux, n’hésitant jamais à prendre leurs distances avec la réalité. Enfin, Georges Pompidou fait passer sa leucémie pour une vulgaire grippe.

 

Informant leurs lecteurs quant aux grands secrets d’État, traitant des dispositifs sanitaires en œuvre sous les différents présidents de la République ou témoignant des spécificités du Val-de-Grâce, un hôpital militaire français habitué à soigner les pointures politiques, les deux journalistes illustrent avec talent les enjeux inhérents aux questions sanitaires. Au fil des pages, on découvre que les médecins – civils, militaires ou traitants – se livrent à une bataille sans merci pour prendre en charge le président, que François Mitterrand publiait des bulletins de santé mensongers et adoptait des remèdes alternatifs farfelus ou encore que des chefs d’État étrangers, parfois d’implacables dictateurs, bénéficient de soins gratuits au Val-de-Grâce, entamant ainsi le modeste budget du Service de santé des armées et celui du Quai d’Orsay.

 

En outre, les auteurs démontrent que la santé peut se mêler au jeu géopolitique. Et reviennent notamment sur les propos d’Hugo Chávez, imputant aux États-Unis la responsabilité des cancers touchant certains dirigeants d’Amérique latine. Ils évoquent aussi, avec justesse, les problèmes liés au pouvoir vacant, que la législation française ne prévoit pas – sauf en cas de décès. Une maladie grave, des troubles mentaux ou des défaillances physiques sévères pourraient entraver la bonne marche des affaires de l’État et bloquer les rouages de la République française. Alors, comment pallier les lacunes constitutionnelles ?  Que prévoir pour remplacer le président déclinant ou inapte ?  L’exemple d’Édouard Balladur est avancé par les deux journalistes. Officieusement président faisant fonction à deux reprises, il a tenu les rênes du pays sous Georges Pompidou et François Mitterrand, tous deux étant alors gravement malades. Un rôle que ne prévoyait pas le droit et qui, entre les mains d’une personnalité instable ou malintentionnée, pourrait s’avérer dangereux, voire franchement explosif.

 

Au final, on retiendra de cet ouvrage la réflexion pertinente et documentée des deux auteurs, qui se prêtent habilement au jeu de l’analyse citoyenne. Un document éclairant, consacré à des questions passionnantes et qui a le mérite d’ouvrir le débat.

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 21:31

François Hollande entame son mandat présidentiel par une mesure hautement symbolique : une diminution de 30% du salaire de tous les membres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Le chef de l’État et son Premier ministre ne dérogeront pas à la règle. Soyons clairs : l’adoption de ce décret lors du premier Conseil des ministres ne revêt aucune vertu budgétaire. Au mieux, il s’agirait d’économies de bouts de chandelle. L’essentiel est ailleurs : alors que la France traverse des crises redoutables, le nouveau président veut se montrer exemplaire et solidaire des citoyens. Message envoyé : chacun doit consentir à des efforts, quel que soit son rang. Mais ce geste, qui tranche avec le sarkozysme, suppose quelques effets indésirables. La baisse – radicale – du salaire des ministres pourrait entraîner à terme le désintérêt des grands talents pour les carrières politiques, éprouvantes et mal rémunérées. La comparaison avec le privé demeure, à ce titre, édifiante. La notoriété et l’aura de l’élu ne pourront pas éternellement tenir tête au compte d’épargne du PDG. Il existe par ailleurs un risque indéniable de corruption lorsque celui qui détient le pouvoir ne jouit pas d’un traitement adapté. En d’autres termes, le politicien mal payé pourrait être le premier à contourner les règles de la morale. Alors, bien que le symbole soit beau, ses vices cachés n’en sont pas moins réels. Et, en dépit des fantasmes de largesses démesurées de certains pourfendeurs, il convient de rappeler que la bonne marche des affaires publiques a un prix : celui du professionnel qui s’investit. Enfin, pour la petite histoire, notons que ce premier Conseil des ministres a aussi entériné la solidarité gouvernementale, impulsé la réduction de la taille des cabinets et l’allégement de leur dotation, permis la signature d’une charte de déontologie et mis en exergue la parité ou le non-cumul des mandats. Des mesures emblématiques, visant à encourager la moralisation de la vie politique.

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 21:07

Alors que la Ve République a attribué au président français des pouvoirs considérables, faisant de lui un véritable monarque élu, la victoire de François Hollande vient couronner la « normalité » et le consensus, des caractéristiques rarement dévolues aux pensionnaires de l’Élysée. Politicien modéré et relativement austère, étranger aux luttes claniques, le candidat socialiste a brisé l’image entretenue depuis toujours par les présidentiables français. Son succès électoral distille indéniablement quelques savoureuses leçons.

 

Ici, il n’était pas question d’une victoire cousue de fil blanc. D’ailleurs, lorsqu’il déclare officiellement sa candidature, François Hollande n’a pas les faveurs des sondages. Ces derniers lui préfèrent Dominique Strauss-Kahn et d’autres socialistes plus renommés, mieux positionnés, davantage expérimentés. En outre, par la pauvreté de ses réseaux et son modeste rayonnement national, le député de Corrèze tranche nettement avec les favoris du moment. Et avec les anciens présidents. En effet, contrairement à eux, François Hollande n’est pas à la tête d’une religion. Pas même d’un courant ou d’une chapelle. Tout juste a-t-il fondé sa petite secte de fidèles : Stéphane Le Foll, Jean-Marc Ayrault, Bruno Le Roux, André Vallini, Michel Sapin, Faouzi Lamdaoui ou Jean-Yves Le Drian. Mais, en dépit de cette solitude politique, François Hollande a su forger sa victoire à force de persévérance et d’abnégation. Car cet homme rationnel et posé a toujours cru en lui et en son destin. Et il démontre aujourd’hui que l’on peut présider la France sans pour autant faire l’unanimité dans son propre parti. L’art de soutenir la gageure.

 

Par ailleurs, François Hollande a érigé sa prétendue normalité en argument électoral, exploitant le charisme et le volontarisme – pourtant des qualités présidentielles – de Nicolas Sarkozy pour mieux se poser en rassembleur consensuel. Alors que le monarque républicain faisait traditionnellement montre d’une verve désarmante, le socialiste a creusé son sillon en usant de nuances et de prudence. Il est parvenu à placer le président-candidat devant ses excès, transformant ainsi sa platitude assumée en vertu absolue. Du jamais-vu en matière de communication politique en France. Un aggiornamento électoral.

 

L’histoire de François Hollande, c’est aussi celle d’une traversée du désert et d’un long désamour. En abandonnant le poste de Premier secrétaire du PS, aujourd’hui entre les mains de Martine Aubry, l’ancien maire de Tulle a perdu une fonction à dimension existentielle. Parallèlement à ce vide politique, il devait faire face à la défiance, parfois redoutable, des apparatchiks socialistes. Et, pour couronner le tout, il lui a fallu digérer une défaite forcément personnelle : en 2007, Ségolène Royal, alors sa compagne, endosse le costume du candidat désigné par le PS et lui grille ainsi la politesse, mettant à mal ses plans de carrière. Mais, quelques années plus tard, François Hollande revient sur le devant de la scène, fortement amaigri et affichant la volonté farouche de se crédibiliser aux yeux des Français. « Monsieur petites blagues » (Sarkozy et l’UMP), le « nul » (Sarkozy), le « capitaine de pédalo » (Mélenchon), la « gauche molle » (Aubry), le « Flanby » (Montebourg) : tout cela se trouve désormais derrière lui. Le socialiste a su se faire violence, changer pour finalement l’emporter.

 

La modération au sommet de l’État

 

Affublé de tous les sobriquets, brocardé par la presse internationale, François Hollande a réussi à déjouer tous les pronostics et à imposer sa griffe : la modération. Avec des méthodes teintées de prudence, il dispute à Nicolas Sarkozy la présidence de la République, tirant ironiquement profit des dissonances qui l’opposent aux anciens chefs d’État. Si Manuel Valls, Pierre Moscovici et d’autres conseillers ont tâté le terrain et préparé minutieusement la bataille à l’aide de slogans, de petites phrases, de positionnements stratégiques et de chiffres gonflés à l’hélium, adoptant ainsi des pratiques bien connues des campagnes électorales, François Hollande a tout de même habilement évité les écueils et les postures outrancières. Maintenant son cap, refusant les envolées lyriques, restant ferme face à Jean-Luc Mélenchon, le nouveau président a mené une campagne rectiligne et toujours mesurée – aidé certes par des sondages dithyrambiques et un rejet massif du sarkozysme.

 

Au-delà des considérations purement politiques, on reconnaîtra à François Hollande un mérite : sa faculté à apaiser le pouvoir, à affaiblir les clivages creux. Une attitude qui désobéit aux coutumes de la Ve République et qui pourrait faire école. Quant aux principaux enseignements livrés par le combat présidentiel, ils touchent directement aux attributs des candidats : on peut remporter l’élection mère sans tenir les rênes d’un courant de pensée et sans flirter avec la démagogie ou les postures excessives.

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 16:03

Le premier tour de l’élection présidentielle française a livré ses verdicts. Et ils peuvent parfois sembler inattendus. François Hollande arrive en tête, pointant à presque 29 %. Il devance légèrement Nicolas Sarkozy, qui réalise une contre-performance unique dans l’histoire de la Ve République. C’est en effet la première fois qu’un président sortant ne parvient pas à s’imposer à l’issue du premier tour. Mais c’est incontestablement une victoire à la Pyrrhus pour le Parti socialiste. Car, derrière l’ogre rose, déferle une vague noire. Marine Le Pen, la candidate frontiste, récolte plus de 17 % des voix. Mieux que son père en 2002, quand il avait sorti prématurément Lionel Jospin. Pratiquement aussi bien que François Bayrou en 2007, quand il faisait triomphalement figure de troisième homme. Derrière, le phénomène Jean-Luc Mélenchon s’écrase à 11 %, très loin des résultats annoncés par les sondages. Une double déception, puisque le Front de gauche rate le podium et ne parvient pas à dégonfler le score de Marine Le Pen. Une autre désillusion : celle du MoDem, stagnant à 9 %. Parmi les grandes tendances, on notera que la gauche, dans son ensemble, avoisine les 44 %. Et tous, sauf Nathalie Arthaud, ont appelé à voter, au moins indirectement, pour le candidat du PS. Mais les intentions de François Bayrou demeurent pour l’instant énigmatiques. Et le report des voix frontistes paraît difficilement quantifiable, comme en témoignent les prévisions foncièrement divergentes des grands instituts, passant parfois du simple au triple. Enfin, l’abstention tant redoutée a été grandement surévaluée.

 

Plusieurs leçons à tirer de ces événements. 1) La droite républicaine a enfanté et alimenté la montée du FN, en surfant sur ses thèmes de prédilection, en les crédibilisant. Ainsi, le débat nauséabond sur la viande halal, les postures anti-européennes ou encore les discours aux relents xénophobes auront porté aux nues la parole lepéniste. 2) Marine Le Pen, après avoir chuté dans les sondages, a su habiller d’un cache-misère son programme économique, totalement irréaliste et farfelu, pour mieux se consacrer aux sujets sécuritaires ou sociétaux. Les ignominies de son père, amalgamant notamment Nicolas Sarkozy aux nazis, ne l’ont même pas freinée. Elle se pose indéniablement en grand vainqueur de ce premier tour. 3) Le PS n’a pas encore gagné : l’imprévisible report des voix du FN et du MoDem pourrait engendrer quelques surprises. Par contre, les élections législatives ne devraient pas lui échapper. 4) L’UMP, condamnée à se reconstruire sous peine d’imploser, devra faire face à un FN conquérant qui rêve de lui voler la vedette. 5) Les sondeurs ont gravement failli. Ils ont surestimé le vote en faveur du FdG et méprisé la menace frontiste. Une nouvelle fois, ils se montrent coupables de prévisions trompeuses. 6) Échec cuisant de Patrick Buisson, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, transfuge de l’extrême droite. Sa stratégie électorale, en éliminant les nuances, a laissé les modérés sur le bord du chemin et a permis au FN de se refaire une santé. 7) L’UMP agitait inlassablement un chiffon rouge : François Hollande serait l’otage de Jean-Luc Mélenchon en cas de victoire. Les urnes y apportent un démenti cinglant. Et laissent supposer que Nicolas Sarkozy, lui, en revanche, sera bien tributaire du vote frontiste. 8) Nicolas Sarkozy, dont l’impopularité s’avère historique, a dû affronter plusieurs crises de grande ampleur durant son mandat. Il serait par ailleurs impliqué dans de sombres affaires financières, qui agitent le microcosme politico-médiatique. Dans ces conditions, son score se veut honorable. 9) François Bayrou, commentateur lucide et avisé de la scène politique, dont les prémonitions s’avèrent souvent exactes, ne parvient décidément pas à se positionner et à constituer une force viable, capable de remporter une élection.

 

Aujourd’hui, la France hérite d’un micmac politique abscons. Les plus modestes - chômeurs, retraités, ouvriers, employés ou fonctionnaires - se sentent abandonnés par les dirigeants issus des grands partis traditionnels. Et se tournent par conséquent vers les formations marginales, extrémistes, dont la parole se libère. Cette France dont le FN constitue la nécrose, qui souffre d’une sclérose de la pensée, pour qui le racisme se banalise, a immanquablement besoin de pédagogie, mais plus encore d’attention. C’est par ce biais qu’il faut lutter contre la lepénisation des esprits. En outre, l’abstention est ici un argument irrecevable. La vérité, c’est que le FN a gagné l’adhésion assumée de plusieurs millions de Français. Depuis 2007, son score a pratiquement doublé. Une redistribution complète des cartes qui complexifie et déstabilise le jeu politique. Empruntons à la bourse l’un de ses concepts : il s’agit d’une bulle électorale que seul un excellent gouvernement pourra dégonfler. Et ce ne sont pas les caciques de l’UMP, Rachida Dati, Xavier Bertrand, Alain Juppé ou Jean-François Copé, en s’improvisant entremetteurs, qui réussiront à convaincre les électeurs de revenir dans le giron des partis démocratiques. Ce flirt éhonté, en direct, constitue une mise à sac de la République. Hier soir, certains d’entre eux ont évoqué des frontières hermétiques pour l’Europe, fustigé des éventuelles hausses d’impôts, refusé sans ambages le vote des étrangers aux élections locales ou encore stigmatisé les immigrés. Une belle leçon d’opportunisme politique. Combien de temps encore les électeurs accepteront-ils que la droite lorgne l’extrême droite, transigeant avec les principes les plus élémentaires de la démocratie ?  Combien de temps avant qu’ils ne privilégient l’original à la copie ?

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito
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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 19:36

On le sait : au pays des promesses, le sondage est roi. Baromètre autoproclamé de l’opinion publique, il définit les postures, oriente les idées, favorise certaines tendances. Au point d’apparaître comme un acteur incontournable de la politique française. Et le phénomène ne s’arrête pas aux frontières hexagonales : il touche toutes les grandes démocraties du monde. Mais ne faut-il pas craindre le rôle prédominant que s’arroge cet instrument de mesure ?  Est-il d’ailleurs efficace au point de lui accorder tant de crédit ?  Quid de ses effets ?

 

Le portrait qu’on lui brosse traditionnellement se veut pour le moins flatteur. Infaillible, scientifiquement approuvé, révélateur d’opinions plus ou moins secrètes, le sondage moderniserait en plus la démocratie, en la rendant plus participative et réactive. Une vision tronquée d’un instrument dont les vertus demeurent largement fantasmées. Car, si l’utilité des enquêtes d’opinion n’est plus à démontrer, on passe généralement sous silence leurs effets indésirables et leurs prévisions potentiellement trompeuses.

 

En 1995, alors que la campagne électorale bat son plein, les sondages indiquent une adhésion massive des Français à la candidature d’Édouard Balladur. Quelques semaines plus tard, devancé par Jacques Chirac et Lionel Jospin, il doit se faire une raison. Les sondeurs étaient dans le faux. L’opinion, naturellement muable, s’est retournée. En outre, les urnes démentent également les rapports de force pressentis entre les deux autres candidats. En 2002, c’est Lionel Jospin qui doit payer les pots cassés : malgré des sondages favorables, Jean-Marie Le Pen prend le dessus sur lui et accède au second tour. Le candidat du FN, sous-estimé par les enquêteurs, coiffe le socialiste au poteau. Les prévisionnistes, aveuglés par leurs méthodes prétendument infaillibles, n’ont pas vu venir la vague frontiste. Cette faillite des pronostiqueurs politiques, incapables de prévoir un événement de cette envergure, questionne le citoyen quant aux techniques et usages en vigueur dans les grands instituts.

 

Nous l’avons vu, l’histoire récente témoigne de certaines lacunes inhérentes au mode de fonctionnement des sondages. Ces derniers s’apparentent à une photographie de l’opinion, mesurée à un moment bien précis. Les faits succédant à l’enquête influent inévitablement sur l’appréciation des sondés. Et, par conséquent, ils altèrent, voire annulent, la validité des résultats préexistants. Prenons l’exemple de Nicolas Sarkozy. Trois événements majeurs, au moins, ont modifié la perception de sa candidature et influencé les sondages : la déclaration officielle, le meeting de Villepinte et la multiplication de ses interventions télévisées. La même remarque s’impose pour François Hollande avec l’arrestation de DSK, les primaires socialistes ou encore le meeting du Bourget.

 

Par ailleurs, les sondages peuvent impulser ou réprimer une tendance. Les prévisions favorables au Parti socialiste pourraient par exemple occasionner la démobilisation de ses sympathisants. Les sondeurs, en donnant l’impression que l’élection est déjà jouée, peuvent parfois pousser les vainqueurs prématurés à s’endormir sur leurs lauriers. On peut également regretter que le succès croissant des enquêtes d’opinion tend à prendre le pas sur les programmes politiques, pourtant nourriciers des projets futurs. En effet, la classe politique, quand elle ne commande pas les sondages, les commente à tort et à travers. Pis, les stratégies électorales, le positionnement des candidats, la place des sujets ou encore l’agenda sont désormais partiellement définis par les résultats des sondages.

 

Les caractéristiques techniques de l’enquête menée sont d’une importance capitale. De nombreux facteurs peuvent influer sur les résultats finaux et doivent être pris en compte lors des analyses succédant à leur publication : le panel sélectionné et sa représentativité, la marge d’erreur, le mode de questionnement (téléphone, formulaire, tête-à-tête, Internet, etc.), le lieu et l’instant (sortie des urnes, micro-trottoir, etc.), la formulation de la question (ordre des mots, négation, syntaxe, vocabulaire choisi, éventuelle allégorie, biais involontaire, etc.) ou encore la teneur des réponses prédéfinies. Par ailleurs, on sait que les instituts adoptent un coefficient multiplicateur quand il s’agit par exemple de déterminer le vote extrémiste. Car les partisans du FN, pour ne citer qu’eux, avancent souvent masqués. Un système résolument complexe dont le caractère scientifique semble contestable. Difficile en effet d’évaluer avec exactitude l’ampleur d’un vote clandestin. D’autant plus que le casting compte énormément : depuis l’avènement de Marine Le Pen, la parole frontiste semble se libérer, ce qui implique une révision dudit coefficient. Alors, entre les erreurs d’échantillonnage, de couverture, de mesure, d’entrevue et les nombreux biais, allant des conditions météorologiques à la taille du panel en passant par les réponses cumulables ou ambiguës, les enquêtes souffrent indéniablement de vices techniques rendant leur fiabilité titubante.

 

Vous l’aurez compris, il ne faut pas prendre les sondages pour argent comptant. Il est nécessaire de les relativiser et de les confronter aux réalités politiques. Par nature, ils se montrent éphémères, rapidement anachroniques. Il convient également de se méfier de leurs éventuels effets secondaires : impact sur l’opinion, prophéties autoréalisatrices, (dé)mobilisation des sympathisants... En somme, un outil certes précieux, mais pas exempt de défauts. Un instrument de mesure que l’on confond trop souvent avec une boule de cristal.

 

 

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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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