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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:35

Véritable condensé de l’œuvre de David Fincher, Millénium multiplie les clins d’œil patents et les références masquées. Avec cette adaptation du best-seller de Stieg Larsson, journaliste et écrivain suédois, le réalisateur culte américain filme la terreur d’une famille désaxée et se joue de l’humanité des personnages principaux. Un énième chef-d’œuvre, imprégné de secrets malsains et porté par des acteurs impeccables.

 

Henrik Vanger, un puissant industriel suédois, décide d’engager le journaliste d’investigation Mikael Blomkvist pour percer un mystère qui le tourmente depuis de longues années. Harriet, sa nièce, a soudainement disparu, sans laisser le moindre indice. Impressionné par son habileté, et après avoir soigneusement décortiqué son passé, l’homme d’affaires parvient à s’attacher les services de Blomkvist, empêtré alors dans un scandale judiciaire. Plus tard, Lisbeth Salander, pupille de la Nation, le rejoint. Jeune femme rebelle, mais néanmoins enquêtrice exceptionnelle, c’est elle qui a fouillé son histoire personnelle pour le compte de Vanger. Ces deux personnalités opposées vont progressivement se rapprocher et tisser des liens étroits. Sans le savoir, ils plongent ensemble au centre des pires méfaits, où la haine, la barbarie et le meurtre se disputent la palme de l’horreur.

 


David Fincher, autoréférence et virtuosité

 

Avec Millénium, les inconditionnels de Fincher peuvent se délecter à décrypter les autoréférences, puisque l’on retrouve dans cette ingénieuse recette tous les ingrédients qui ont fait le succès du réalisateur : les symboles bibliques et la cruauté de Seven, l’investigation de Zodiac, l’opacité des personnages de The Social Network, la violence de Fight Club ou encore certains effets visuels de Panic Room. Et une évidence s’impose : David Fincher est l’un des meilleurs ambassadeurs du thriller américain. D’ailleurs, l’adaptation d’un best-seller aux innombrables dérivés avait tout d’un exercice périlleux, surtout au regard de l’enthousiasme suscité par ce projet. Mais celui que l’on compare volontiers au génial Stanley Kubrick n’a pas mordu la poussière. Au contraire. Il parvient sublimement à transformer l’essai et livre un long métrage résolument personnel, foncièrement nerveux, indéniablement viscéral, troublant et audacieux. Le casting n’est pas étranger à cette remarquable réussite : la taiseuse Rooney Mara, métamorphosée dans ce rôle de composition, habite littéralement son personnage, une orpheline ombrageuse et désabusée, une punk introvertie et acérée. Quant à Daniel Craig, s’il ne détonne pas, il incarne avec charisme Mikael Blomkvist. Du sur mesure.

 

Que retenir de Millénium ?  Un voyage au cœur des ténèbres, la radiographie d’une Suède nazie et corrompue, personnifiée par une famille incestueuse, recluse et autarcique, transpirant le vice, la jalousie et le désenchantement. L’histoire des Vanger, tombeau de la sensibilité, vitrine des êtres déshumanisés ?  En creusant, en craquant le vernis, les deux enquêteurs déterrent les cadavres et lèvent le voile sur l’horreur qui entoure ces riches entrepreneurs, dont la forme lustrée peine à dissimuler le fond scélérat. L’intrigue se veut ténébreuse et haletante ; sa couleur demeure sombre et angoissante. Par ailleurs, et c’est l’une des clés du scénario, on s’aperçoit que Mikael et Lisbeth, en s’engageant dans cette affaire, cherchent avant tout à se reconstruire, socialement, sentimentalement, voire professionnellement. Une recherche de vérités historiques, mais une quête bien personnelle.

 


Un sans-faute technique

 

Niels Arden Oplev ?  David Fincher affirme ne rien savoir de son œuvre. Après tout, pourquoi pas ?  Adapter un roman-fleuve constitue déjà une entreprise ardue. Alors, se lancer en plus dans le remake d’un film suédo-danois inspiré dudit bouquin… Soit. Plutôt que d’amorcer des débats stériles, étudions l’habillage technique de Millénium, lequel se définit par quelques grandes lignes directrices.

 

Le premier obstacle à la bonne marche du projet reposait sur l’écriture. La reconstitution de ce puzzle narratif complexe constituait un défi de taille, capable de décourager les auteurs les plus enthousiastes. Mais, pour donner vie au texte, l’ajuster et le magnifier, David Fincher pouvait compter sur un scénariste brillant, Steven Zaillian, une des plumes les plus convoitées d’Hollywood, présent notamment sur les tournages de La Liste de Schindler, American Gangster ou encore Gangs of New York. Cet écueil contourné, le réalisateur américain pouvait s’adonner pleinement à son art. Après une introduction bluffante, faisant la démonstration de qualités techniques certaines, Fincher opte pour le bousculement de caméra et l’alternance entre des séquences courtes et longues. Il fait preuve de rigueur dans la mise en scène et de fluidité dans le montage. Et la direction des acteurs, élément cardinal pour Millénium, ne souffre d’aucune lacune. En réalité, on assiste au déroulement d’un récit binaire, tranquille avec Daniel Craig et nerveux avec Rooney Mara. Des comédiens crédibles, des prestations parfois hallucinantes. Et, pour clôturer ce tour d’horizon, il faut s’attarder sur la lumière et, plus généralement, sur la plastique mise en œuvre. On connaît les exigences de Fincher en la matière, énormes et indiscutables. Pour la photographie de Millénium, il est épaulé par Jeff Cronenweth, un chef opérateur talentueux influencé par le cinéma d’Ingmar Bergman. Un homme avec lequel il apprécie travailler, cette collaboration succédant à d’autres. Tourné en Suède, où la lumière tranche avec celle des États-Unis, le film affiche une mise en scène soignée, toujours maîtrisée, et des plans souvent magnifiques. Le cadrage et la plastique font montre d’une précision chirurgicale.

 

David Fincher, cinéaste aux multiples casquettes, peut ajouter une nouvelle perle à une filmographie qui en compte déjà beaucoup. Il impose définitivement sa griffe dans cette œuvre notable et offre au public l’une des plus belles héroïnes depuis Le Silence des agneaux. Un thriller noir, percutant, héritier du meilleur cinéma et candidat naturel au panthéon du genre.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:33

Clint Eastwood revient sur le devant de la scène avec un biopic transcendant les genres, mélangeant habilement les éléments historiques et les considérations psychologiques. Une œuvre sidérante qui met en lumière le destin d’un homme ambivalent et qui rejette toute concession. Une réussite remarquable, nourrie par la vision de son réalisateur et le talent de son comédien principal.

 

J. Edgar Hoover est l’une des figures les plus marquantes et sulfureuses de l’histoire récente des États-Unis. Fondateur du FBI, directeur inamovible, il a modernisé les techniques d’investigation, notamment en leur attribuant un caractère scientifique. Combattant opiniâtre, il ciblait les ennemis de la patrie et s’attachait à tuer dans l’œuf toute menace potentielle. Les dirigeants politiques le craignaient, mais le respectaient peu. Mais Hoover savait faire preuve d’éloquence et user de son charisme pour infléchir les positions officielles et obtenir les moyens nécessaires à la concrétisation de ses projets. Un fin stratège, capable de lutter à la fois contre les communistes et contre ses opposants. L’indétrônable chef du FBI était surtout une personnalité controversée et bicéphale. Car, pour ne pas entamer sa crédibilité et écorner son aura, l’histoire passait sous silence certaines vérités particulièrement gênantes.

 

Ses parents exercent une influence considérable sur lui. La santé mentale fragile de son père le condamne à une peur irrationnelle de l’hérédité. Quant à sa mère, manipulatrice et castratrice, elle l’encourage sournoisement à surmonter son bégaiement, à nier son homosexualité, à se sacrifier pour sa carrière. J. Edgar Hoover pouvait par ailleurs se montrer obsessionnel ou irascible et afficher un racisme décomplexé. Il entretenait des relations parfois tendues avec les présidents américains et a refusé à plusieurs reprises des postes ministériels afin de maintenir son assise sur le FBI. Bon nombre de rumeurs circulent à son propos : son désintérêt pour la question mafieuse s’expliquerait par des menaces formulées au sujet de photographies compromettantes ; en dépit d’informations univoques, il n’aurait rien fait pour entraver l’assassinat de John F. Kennedy ; l’absence de dossiers secrets et personnels après sa mort relèverait d’une vaste entreprise préméditée de dissimulation.

 

 

Un retour en grâce

 

Avec J. Edgar, Clint Eastwood devait définitivement faire oublier Au-delà, une œuvre mineure accueillie avec une froideur inhabituelle par la critique. Pari réussi, puisque cette rencontre au sommet entre deux légendes d’Hollywood accouche d’un biopic complexe, narrativement très élaboré et techniquement hyper-maîtrisé. Le film raconte Hoover avec pertinence, dans ses succès et dans ses excès. L’action et les affres de ce leader aux traits lucifériens rappellent immanquablement les mœurs américaines de l’époque. Car, parallèlement au portrait dessiné, c’est une nation que l’on passe au peigne fin.

 

La réussite de J. Edgar repose également sur son acteur principal, Leonardo DiCaprio, auteur d’une prestation étincelante. Il a partagé son temps entre le maquillage, époustouflant, et le tournage, où il séduit par sa crédibilité et sa présence. Il pousse la comparaison jusqu’à son paroxysme, imitant les spécificités physiques du patron du FBI et copiant son débit vocal.

 

Grâce à l’histoire d’un homme, incarnation de l’ordre et de la lutte contre le communisme, Clint Eastwood étudie les États-Unis, capture le climat ambiant et dépeint les craintes collectives. Au fil des séquences, Hoover se pose en réinventeur de la police politique et semble s’enfoncer dans la psychorigidité. Il apparaît patriote, malade, mégalomane, antipathique, visionnaire. Un puzzle confus. En réalité, le réalisateur américain magnifie le scénario de Dustin Lance Black en filmant un amour paradoxal et tourmenté, en signant une œuvre fascinante habillée de coins ténébreux. Le ressort psychologique colore la narration historique : celui qui s’adonne à l’archivage acharné peine à s’affirmer et méprise ses propres sentiments. L’homosexualité, l’illégalité, l’amoralité, l’opportunisme, la mère omniprésente : ces éléments semblent indissociables de J. Edgar Hoover. Ses perspectives relationnelles s’amenuisent à mesure que sa carrière prend de l’ampleur. La pauvreté de son horizon sentimental a de quoi déconcerter.

 

Le récit distille savamment des souvenirs fragmentés et reconstitue progressivement l’image d’un homme toujours ambitieux, souvent indigeste. En travaillant la chronologie des faits, en soignant ses plans, en multipliant les bonds mémoriels, Clint Eastwood façonne une œuvre résolument complexe et psychologiquement alarmante. Une incursion dans les méandres d’un esprit déviant qui tenait la boutique américaine d’une main de fer.

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:06

Premier constat : avec Take Shelter, Jeff Nichols inscrit définitivement son nom sur la liste des grands espoirs du cinéma américain. Il signe un second film fascinant, irrésistible mindfuck, imprégné de maturité et de justesse. Dans la noble lignée de Melancholia, de Lars von Trier, Take Shelter contemple la fin du monde, réelle ou imagée, et y puise de quoi délivrer un message lumineux. Photographie de l’esprit torturé d’un ouvrier ordinaire, le scénario met en scène un père de famille attentionné à l’équilibre fragile, également fils désenchanté, terrifié à l’idée d’avoir peut-être hérité de la schizophrénie de sa mère. Cet homme désorienté, tourmenté par des cauchemars peuplés de tempêtes et de pluies huilées, hésitent entre deux diagnostics : l'hallucination ou la prémonition. L'œuvre propose également une réflexion sur l'amour, le handicap et les concessions familiales. Des sujets certes convenus, mais ragaillardis sous le scalpel de Jeff Nichols, chirurgien des images et radiologue du quotidien. Quant à la distribution, les deux acteurs principaux, Jessica Chastain et Michael Shannon, nous gratifient d'une prestation remarquable et forment à l'écran un couple hétérogène et complexe.

 

Take Shelter, véritable drame psychologique, constitue surtout une critique acerbe de l'Amérique. Les craintes irrationnelles y foisonnent et s’y épanouissent. L’évocation limpide d’une nation traumatisée par les attentats du 11 septembre. La tempête redoutée et l'abri tant convoité symbolisent les démons intérieurs des classes moyennes, à l'heure de la désindustrialisation, de la crise économique et des délocalisations. Des vents mondialisés, un bunker nationaliste ?  Une vision poétique du protectionnisme. En outre, le récit se nourrit des difficultés quotidiennes des familles américaines : la maladie, les assurances, le chômage, l’argent, la vie parentale, la socialisation… Des questions politiquement sensibles, qui apportent à l’œuvre une densité considérable et qui côtoient une technique exigeante. Un film inclassable, vétilleux, qui confirme l’immense talent de Jeff Nichols.

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 09:19

Claude Guéant peut ajouter une nouvelle polémique à son illustre collection. Une nouvelle fois, l’ancien secrétaire général de l’Élysée stigmatise les étrangers, usant d’amalgames trompeurs et capitalisant sur une xénophobie nauséabonde dont il fait régulièrement la promotion. Le sulfureux ministre de l’Intérieur, ambassadeur improvisé des thèses frontistes, contribue ainsi à l’abaissement du débat démocratique et déstabilise la République française en ébranlant ses valeurs fondatrices. Par ailleurs, en sacrifiant sa fonction pour se poser en vulgaire rabatteur de voix, il encourage activement la dépolitisation citoyenne et éveille les pires soupçons à l’égard d’une classe dirigeante déjà fragilisée par une profonde crise de crédibilité.

 

Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, Claude Guéant n’hésite pas à déverser des jugements hâtifs dès que des journalistes daignent lui tendre un micro. Il se montre également loquace dans les cercles fermés, quand la parole peut se libérer de toute contrainte. Ses cibles notoires ?  Les Roumains, les Comoriens et les musulmans. Mais son œuvre ne s’arrête pas là : il légitime la hiérarchisation des civilisations et impute aux allochtones la grande majorité des échecs scolaires. En réalité, alors que son devoir ministériel suppose l’adoption d’une attitude fédératrice, Claude Guéant s’attache à diviser les Français et à discriminer une bonne partie d’entre eux. Ces dérapages incessants s’opposent à l’essence même du rôle que prétend jouer ce proche de Nicolas Sarkozy.

 

Parachuté à l’Intérieur, il a accompli un triste exploit : déshonorer la fonction en quelques mois et l’associer à des débats indigestes. En multipliant les petites phrases et en s’adonnant à la sociologie de comptoir, le ministre arbore une posture fâcheuse et contre-productive, nourricière manifeste des haines les plus primaires. Bénéficiant du soutien infaillible du président, Claude Guéant continue malgré tout d’occuper le terrain traditionnellement dévolu au FN. Et, en marge des considérations purement politiciennes, c’est une France en perdition que l’on jette en pâture. Ce pilonnage en règle des fondements de la République, exclusivement à des fins électorales, relève d’erreurs historiques : saccager les conventions politiques, repousser les frontières de l’inacceptable, succomber à la tentation des extrémismes.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito
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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 20:33

Personnalité de premier plan sous Clinton, Newt Gingrich a longtemps incarné l’opposition républicaine au Congrès. Il s’est ensuite progressivement écarté de la scène publique pour mieux se consacrer à ses activités de lobbyiste. Mais, aujourd’hui, alors que la campagne des primaires bat son plein aux États-Unis, il se repositionne sous le feu des projecteurs. Celui qui affrontera peut-être Barack Obama à la prochaine élection présidentielle reste cependant méconnu en Europe. Qui est-il vraiment ?

 

Vie privée. Le parcours personnel de Newt Gingrich mérite sans conteste une attention particulière. Le mariage de ses parents périclite après seulement quelques jours. Son père, un mécanicien habitué des bars, brutalise une fois de trop sa mère, ouvrière dans l’armement. Newt cherchera à rétablir le contact avec son géniteur jusqu’à l’adolescence. Son beau-père, le colonel Robert Gingrich, se montre parfois rude avec lui. Plutôt compliquée pour l’époque, sa vie familiale n’est pas un long fleuve tranquille. Au cours des années suivantes, Newt Gingrich connaît trois mariages et expérimente plusieurs religions. Une instabilité qui tranche nettement avec les habitudes républicaines. D’ailleurs, parmi ses compagnons de route, beaucoup lui reprochent encore sa relation avec Callista, son épouse actuelle. Dans les années 1990, alors qu’elle est son assistante parlementaire, ils entretiennent une liaison extra-conjugale. Pourtant, en tant que président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich réclamera la tête de Clinton pour son histoire avec Monica Lewinsky. Hypocrite ?  Par ailleurs, il a également longtemps trompé sa première femme, Jackie, la mère de ses deux filles, avec Marianne, sa seconde épouse. Notons qu’il lui aurait demandé le divorce peu après son opération contre le cancer.

 

Curriculum vitae. Historien de formation, Newt Gingrich devient élu de Géorgie en 1978. Ambitieux, il rêve de mettre un terme à l’hégémonie des démocrates au Congrès. Très critique, souvent excessif dans ses propos, il les accuse notamment de corruption. Il signe sa plus belle victoire politique en 1995, mettant la main sur la présidence de la Chambre des représentants et concrétisant ainsi des ambitions devenues presque obsessionnelles. Cela occasionnera des années de guerre budgétaire, le vote de lois pénales controversées, une réforme bâclée de l’assistance sociale et une chasse à l’homme romanesque au moment de l’affaire Lewinsky. Mais le penseur de la révolution conservatrice se trouve bientôt au centre d’un scandale : il écope d’une lourde amende (300 000 dollars) pour manquement à l’éthique après avoir violé la loi sur le financement des campagnes. L’échec des républicains aux législatives suivantes le cloue définitivement au pilori. Abandonné par son propre camp, il doit démissionner en 1998, quittant son poste de Speaker. Newt Gingrich devient alors homme d’affaires, bâtissant un véritable empire financier. Il crée un centre de réflexion sur la santé et une société de communication, participe à des conférences contre des cachets astronomiques, écrit de nombreux ouvrages. Mais c’est surtout en tant que lobbyiste qu’il se fait remarquer : il exploite sans vergogne ses connexions à Washington pour le compte de compagnies pétrolières et pour l’industrie de la santé. Grâce à ces différentes activités, il gagnera plus de 100 millions de dollars en quelques années. Aujourd’hui, détesté par la moitié de son parti, stigmatisé par les centristes, il vise à occuper les plus hautes fonctions.

 

Idées politiques. Newt Gingrich pourrait personnifier la controverse. Parmi ses idées notables figurent l’assouplissement de la loi sur le travail des enfants, une baisse drastique des impôts pour les plus riches, la réduction de l’aide sociale ou encore le retour en force des valeurs chrétiennes. Il souhaite par ailleurs que les États-Unis se retirent de toutes les organisations internationales, hostiles selon lui aux intérêts américains. Au cœur de ses discours hyperboliques peuvent se perdre des accusations contre l’école laïque ou l’armée chinoise, voire des critiques racistes adressées aux Palestiniens, « un peuple inventé » et bien sûr « terroriste ». Au cours de sa carrière politique, il a changé d’avis sur de nombreuses questions, notamment le réchauffement climatique, l’intervention militaire en Libye ou l’assurance santé obligatoire. Grand amateur de contradictions, il taxe Freddie Mac d’incompétence, lui imputant la responsabilité de la récente bulle immobilière, alors qu’il y a été employé et grassement rémunéré. Aux yeux de Newt Gingrich, il existe un « fascisme homosexuel et athée » qui « veut imposer sa volonté » par « la violence » ou « le harcèlement ». Une belle leçon pour ceux qui aimeraient comprendre comment se servir des peurs collectives. Et les manifestants du mouvement Occupy Wall Street ?  Des hippies à qui il conseille de « prendre un bain et chercher du boulot ». Enfin, rappelons que Newt Gingrich a proposé en 1994 le « Contrat pour l’Amérique », qui prévoyait d’amenuiser les pouvoirs de l’État, d’imposer un équilibre budgétaire, de supprimer la plupart des hausses d’impôts, de combattre les prestations sociales ou encore d’augmenter le budget de la Défense.

 

Une personnalité singulière. Nouvelle coqueluche de la droite conservatrice, Newt Gingrich capitalise énormément sur le mécontentement des Américains et sur la popularité du Tea Party. Il symbolise l’opposition frontale à la politique de Barack Obama, qu’il accuse de vouloir transformer les États-Unis en une vulgaire copie du socialisme à l’européenne. Habile tacticien, il se victimise régulièrement, pointant du doigt une presse partiale et s’attirant ainsi la sympathie des électeurs. On le dit égocentrique, mégalomane, pessimiste, paranoïaque et caractériel. Un cocktail explosif. Newt Gingrich se compare volontiers au général de Gaulle ou à Ronald Reagan et estime avoir créé 11 millions d’emplois quand il était Speaker. Il ne doute de rien et se pose en homme providentiel. Mais l’opinion pourrait vite se lasser de son autosatisfaction, de ses casseroles et de ses jugements à l’emporte-pièce, notamment concernant les minorités ethniques, en particulier les Noirs. Ayant récemment déclaré que « la communauté africaine-américaine devait exiger des feuilles de salaire, pas des aides sociales », Newt Gingrich semble vouloir flatter l’électorat sudiste. Un pari risqué dans un pays de moins en moins WASP, de plus en plus multiculturel.

 

Contre Obama. Entre le libéral modéré Mitt Romney et le conservateur populiste Newt Gingrich, l’équipe de campagne de Barack Obama a déjà fait son choix. Elle se frotte les mains à l’idée que l’ancien Speaker puisse gagner les primaires républicaines, même si son adversaire mormon fait figure de grand favori. En cas de confrontation avec Gingrich, aujourd’hui, Obama sortirait largement vainqueur. Tous les sondages l’indiquent. Et, cerise sur le gâteau, le président démocrate pourrait allégrement exploiter les innombrables casseroles de son rival. En outre, Romney semble mieux armé, dispose d’une organisation de qualité et de fonds financiers démesurés. Son profil, davantage consensuel, pourrait plaire aux centristes et aux déçus d’Obama. Quoi qu’il en soit, les mauvaises publicités réciproques écornent déjà l’image des deux hommes forts du Parti républicain. Par ailleurs, s’il émerge des primaires, Newt Gingrich semble déjà connaître l’angle d’attaque à adopter pour rejoindre la Maison-Blanche : le président fricoterait avec l’extrême gauche et s’en inspirerait largement dans ses choix politiques. Une stratégie d’un autre siècle, celui de la guerre froide. Une stratégie fastidieuse et usée jusqu’à la corde.

 

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Published by Jonathan Fanara - dans International
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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 09:27

Alors que l’élection présidentielle française se profile à l’horizon, les différents candidats en lice ont entamé une drôle de campagne. Officiellement, Nicolas Sarkozy n’est pas encore dans la course, mais personne ne doute de ses intentions. Après des primaires tapageuses, François Hollande, lui, se trouve au creux de la vague. Confronté à une légère baisse de régime, il semble mal digérer l’émiettement de l’intérêt médiatique. À défaut de le convaincre, les autres candidats cherchent à séduire l’électorat. Peu de mesures détaillées ou chiffrées, mais des discours superficiels dans lesquels se nichent des convictions usées, des idées simplistes. Finalement, à quelques mois du climax politique hexagonal, on assiste à une campagne frileuse, à des luttes de façade, chacun refusant de prendre le moindre risque et se limitant, ou presque, à commenter les sondages et à faire l’inventaire des dogmes de son parti. Osons une interrogation : les Français ne méritent-ils pas un débat décent ?

 

Il est difficile de déterminer avec précision la date du lancement de la campagne électorale. Peut-être était-ce le jour de l’investiture du candidat socialiste, François Hollande ?  L’UMP connaissait enfin son principal adversaire, celui qu’elle devrait combattre sur tous les terrains. Depuis lors, tous se sont regroupés derrière Nicolas Sarkozy, louant les mérites de son action et son infatigable volontarisme. Pourtant, officiellement, le président en exercice n’a pas pipé mot. Il n’est pas encore le candidat du plus grand parti français de droite. Un positionnement un tantinet hypocrite, puisque ses amis font déjà campagne pour lui et que personne ne doute de ses ambitions. D’ailleurs, dans ses discours, les accents électoralistes pullulent. Et le récent sommet de crise constitue une belle entreprise de communication politique : Nicolas Sarkozy se montre ouvert à la discussion syndicale et tend à démontrer qu’il reste crédible sur les questions sociales. Mais, en refusant de se porter candidat, il esquive les débats houleux, évite de commenter son bilan et peut feindre de se soucier davantage du sort des Français que de sa carrière. Au sein de la majorité, on s’évertue à afficher une entente cordiale : même Jean-François Copé et François Fillon se prêtent au jeu. Claude Guéant, quant à lui, souffle le chaud et le froid, instrumentalisant les populations étrangères, notamment musulmanes, à des fins manifestement démagogiques. L’UMP multiplie les attaques, s’oppose aux candidats déclarés, mais les grandes manœuvres se limitent pour l’instant aux critiques systématiques. Comprenez : on verra plus tard pour les idées.

 

Le Parti socialiste a tout pour remporter la bataille : un président affaibli et déstabilisé par des crises à répétition, des adversaires esseulés, fragiles ou pratiquement inaudibles, une conjoncture favorable et un certain soutien de l’opinion. Mais la cacophonie habituelle a déjà fait quelques dégâts. Concernant les mesures prônées par François Hollande pour l’Éducation nationale, l’aile gauche du PS a exprimé son mécontentement en jouant sa propre musique. Faut-il créer les 60000 postes promis ou procéder par redéploiement ?  La question a secoué le microcosme socialiste. Finalement, pour remettre de l’ordre dans la maison rose, Hollande a dû intervenir et recadrer les dissidents. Martine Aubry a, quant à elle, désavoué publiquement les fautifs, dont Benoît Hamon, son ami et porte-parole du parti. Une incartade malvenue. Une passe d’armes entre deux sensibilités du PS qui revendiquent deux conceptions divergentes du socialisme moderne. Car la désignation de François Hollande, un modéré susceptible d’appâter les centristes, a irrité les plus dogmatiques. Et, dans cette drôle de campagne, le député de Corrèze a attendu le meeting du Bourget pour dévoiler les grandes lignes de son projet. Une présentation tardive, guidée et animée par le désir de ne pas froisser certaines catégories d’électeurs, de ne pas cliver trop tôt. Une stratégie pusillanime afin de contourner les risques superflus et de surfer sur les sondages favorables. En outre, les compagnons d’armes du candidat socialiste ont compris que détailler précisément le programme gouvernemental reviendrait à fournir à leurs adversaires des arguments redoutables et à s’exposer aux attaques. Pour l’heure, le PS vise prioritairement à préserver ses intérêts et à creuser le sillon de son favori, qui se trouve sur une pente savonneuse depuis la fin des primaires, résultat inévitable d’une perte de visibilité médiatique.

 

 

 

Dans l’ombre des favoris

 

On la savait coutumière du fait : Marine Le Pen polémique une nouvelle fois au sujet des parrainages. Elle juge ce système antidémocratique. Cet épisode, certes anecdotique, révèle la nature des méthodes frontistes. Les discours agressifs succèdent aux idées simplistes qui, elles, puisent leur force dans les grandes peurs collectives. Le FN se nourrit des craintes populaires, manie habilement les hyperboles, exploite la misère et l'ignorance. On connaît la chanson, mais le disque semble rayé. Le fameux bouclier patriotique peut largement en témoigner. En dépit de propositions irresponsables, voire carrément irréalisables, Marine Le Pen se tient en embuscade, espérant rééditer l’exploit de son père. En 2002, il avait coiffé sur le poteau Lionel Jospin.

 

François Bayrou, le troisième homme de 2007, recommence à faire parler de lui. Il aura indéniablement, dans les semaines qui viennent, un rôle important à jouer. Candidat sérieux et expérimenté, il entame sa troisième campagne présidentielle. Par conséquent, il connaît les écueils à éviter et pourrait surprendre par sa roublardise. Personnalité dont les réflexions s’avèrent souvent pertinentes, Bayrou se pose régulièrement en homme de propositions. Depuis le début des hostilités, il se montre taiseux et jauge ses adversaires, conscient de son isolement et de la faiblesse du MoDem. S’il se prolongeait, son silence relatif pourrait mettre à mal le débat démocratique.

 

De son côté, Eva Joly mène un début de campagne pour le moins compliqué. Peu soutenue par la famille verte, elle formule des propositions qui ne suscitent pas beaucoup d’enthousiasme. L’écologie politique mériterait pourtant plus d’attention. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il semble marcher sur les pas de Georges Marchais. Son charisme et sa verve électrisent les foules, mais ses partisans continuent de former un cercle restreint. Enfin, pour résumer grossièrement, les autres candidats sont pratiquement inaudibles.

 

 

 

Une campagne décevante

 

La campagne s’est déjà montrée virulente, mais elle demeure incroyablement creuse. Les prétendants au trône présidentiel annoncent peu de propositions concrètes et semblent vouloir se dérober. Le chiffrage, les modalités d’application des mesures prônées ou encore le calendrier restent imprécis. Mais pourquoi les candidats cherchent-ils à se soustraire à leurs obligations ?  En réalité, tous craignent de froisser les Français en évoquant des projets douloureux et la poursuite des plans de rigueur. Car nier l’évidence des sacrifices futurs reviendrait à mentir ouvertement. Par ailleurs, les équipes de campagne savent que le premier à se dévoiler devient immédiatement une cible à abattre. Et les présidentiables ne se recrutent pas parmi les kamikazes. Aujourd’hui, une chose paraît certaine : la France attend des idées novatrices, des projets porteurs d’espoir et une confrontation argumentée. C’est doublement important, car cela permettra à la fois de rehausser les valeurs démocratiques et d’étouffer l’apolitisme rampant.

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:51

Face au septième art, la télévision a souvent fait pâle figure. Longtemps méprisées par les critiques, tardivement prises au sérieux, les séries ont mis du temps avant de récolter la reconnaissance qu’elles méritaient. Mais, aujourd’hui, elles possèdent leurs propres icônes et leurs réseaux de passionnés. Au fil des années, les œuvres cultes se sont multipliées, des personnalités talentueuses se sont affirmées et des réalités sociétales ont été étudiées. La fiction télévisée arbore surtout une dynamique narrative et des normes techniques qui lui sont spécifiques, se distinguant ainsi du cinéma.

 

Au début des années 1950, un nouveau genre artistique émerge : les séries télévisées. Dans un premier temps, elles sont diffusées en direct, car la télévision ne permet pas, contrairement à la radio, une transmission des programmes en différé. Dès la fin des années 1940, New York et Chicago font figure de premiers berceaux du petit écran. Capitales de la radio et du théâtre, ces grandes villes bénéficient d’un avantage naturel : les propriétaires des stations de radio investissent dans la télévision et contrôlent les chaînes. Ils se contentent d’ailleurs souvent de transférer et d’adapter les programmes radiophoniques, qui apparaissent sous une nouvelle forme à la télévision. Ce qui connaît le succès sur un médium doit forcément prospérer sur l’autre. Au cours des années 1950, la consommation des ménages augmente sensiblement. L’arrivée des téléviseurs dans les foyers s’accélère. Très vite, l’Amérique entière se trouve connectée aux mêmes chaînes. C’est l’âge d’or de la télé : ses premières plumes se révèlent, les genres télévisuels et fictionnels se dessinent et les expérimentations fleurissent.

 

Plus tard, sous l’impulsion de Lucille Ball, productrice et principale comédienne de I Love Lucy, les séries commencent à s’installer à Hollywood, se servant des décors inutilisés et diminuant ainsi les coûts de production. Le cinéma et la télévision s’associent, chacun y trouvant son compte. Tournée en public avec trois caméras simultanées, l’émission I Love Lucy fait la part belle à l’improvisation et offre, grâce aux réactions des spectateurs, un dynamisme inédit. Le montage d’images filmées sous trois angles permet la mise en exergue du jeu des comédiens. Depuis lors, la plupart des sitcoms sont réalisées dans des conditions similaires. Par ailleurs, Alfred Hitchcock débarque sur le petit écran avec une réputation déjà bien assise. La télé se paie donc un réalisateur de premier plan. À la même époque, le western cartonne et Steve McQueen se fait les dents avec Au nom de la loi. Il deviendra, par la suite, une star internationale. Apparaissent, à la fin des années 1950, le mythique Zorro et La Quatrième Dimension, une série fantastique ayant glané de multiples récompenses et mis à l’honneur l’écriture. Cette dernière consacre définitivement le rôle de l’auteur : Rod Serling y cumule les fonctions de scénariste et de producteur en faisant montre d’un pouvoir décisionnel inoxydable. Il est à noter que trois grands networks, ABC, NBC et CBS, se partagent le marché télévisuel. Cette situation perdurera jusque dans les années 1990. Enfin, le différé se démocratise à partir de 1957. Il est désormais possible de répéter et d’enregistrer, ce qui modifie considérablement les méthodes de travail en vigueur.

 

Les années 1960 mettent en scène des espions très populaires. Mission : Impossible milite pour la valorisation de l’image des Noirs, tandis que Les Mystères de l’Ouest dévoile de fortes connotations homosexuelles, notamment par le biais des costumes et des postures. Les séries prouvent (déjà) qu’elles peuvent être en avance sur leur temps. Durant ces années, en France, peu de fictions télévisées sont achetées, malgré la qualité générale et la pertinence des critiques sociales véhiculées. Celles qui sont programmées ne sont d’ailleurs que partiellement doublées et diffusées sans aucune logique. Le mouvement se prolongera. Produites alors principalement en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les séries doivent, dès la fin des années 1970, essuyer une pluie de critiques et de propos méprisants. En proie aux attaques, elles apparaissent comme un art mineur, relevant uniquement du divertissement et ne pouvant concurrencer le cinéma. Une réputation illégitime dont elles auront du mal à se défaire.

 

Entre 1970 et 1980, le drapeau de la créativité est en berne, notamment en raison des problèmes économiques que connaissent les trois grands networks, qui dominent encore le paysage télévisuel. Les chaînes locales affiliées gagnent en autonomie. Ce sont les années Columbo ou Starsky et Hutch. Les séries policières ont le vent en poupe. Dallas et L’homme qui valait trois milliards se font également une place au soleil. Mais la France délaisse des œuvres de grande qualité et snobe l’essentiel des productions novatrices. MASH, qui met astucieusement en lumière la réalité des guerres, en fait partie.

 

L’essor du câble et du magnétoscope bouleverse les habitudes du petit écran au début des années 1980. Le monopole des chaînes historiques se trouve menacé par une atomisation du marché. En outre, une grève frappe le monde télévisuel : les acteurs réclament des royalties sur les ventes de cassettes et les diffusions sur le câble. La surprise vient de NBC : Grant Tinker, ancien patron de MTM, une société de production très novatrice, prend les rênes du network. Il va révolutionner la fiction télévisée. Hill Street Blues, L.A. Law, St Elsewhere et Miami Vice (de Michael Mann) voient le jour et impressionnent. Steven Bochco, rénovateur attitré, procure alors de grands succès à NBC, qui était en perte de vitesse.

 

Au début des années 1990, Les Simpson font leur apparition. Série indétrônable, satirique et insolente, elle habite toujours nos écrans actuellement. Les chaînes câblées produisent une montagne d’œuvres, HBO pointant, par sa vision et sa créativité, à la première place. La vulgarité et la nudité, des tabous absolus au sein des networks traditionnels, s’installent durablement dans les fictions émanant du câble. C’est l’heure des Buffy, Dream On !, Law and Order, NYPD Blue, Urgences, Oz, Ally McBeal, Friends ou encore Sex and the City. Aaron Sorkin livre son génial The West Wing (avec Martin Sheen) et David Lynch, talentueux réalisateur de cinéma, offre au public son indéfinissable Twin Peaks, véritable ovni du petit écran. Chris Carter n’est pas en reste : X-Files constitue un énorme succès, devenant une réelle institution télévisuelle et gagnant une place de choix dans la culture populaire.

 

Dans les années 2000, 24 heures, Les Soprano, Lost, Six Feet Under et d’autres séries de grande qualité envahissent les foyers, notamment via le câble ou le satellite. Grâce à elles, la téléfiction n’a plus rien à envier à la bande dessinée, la littérature, le cinéma, la sculpture ou encore la peinture. Aujourd’hui, chaque année apporte son lot de nouveautés en tout genre. Les showrunners font la part belle à l’audace et à la créativité. Showtime, HBO, Fox et AMC dominent désormais de la tête et des épaules la concurrence. Enfin, l’incroyable subtilité et la complexité narrative des nouvelles séries, face à la relative dichotomie des anciennes productions, est clairement à souligner.

 

 


Des personnalités à gogo

 

Quand Alan Ball, scénariste fraîchement oscarisé, livre Six Feet Under, il donne un sérieux coup de fouet au monde des fictions télévisées. La série piétine les tabous – la mort, l’homosexualité, les valeurs familiales – et arbore une qualité littéraire d’un très haut niveau. Alan Ball succède ainsi à d’autres personnalités cinématographiques s’étant réfugié dans l’univers du petit écran. David Lynch, réalisateur de films improbables, a créé Twin Peaks, tandis que Forest Whitaker et Glenn Close ont pavoisé dans The Shield. Quentin Tarantino, réalisateur littéralement adulé par la profession, s’offre quant à lui des épisodes d’Urgences et des Experts. Et les Sheen, Martin et Charlie, ont fait le bonheur de leur série. D’autres ont effectué le chemin inverse : Bruce Willis avec la série Clair de Lune, George Clooney avec Urgences ou encore Johnny Depp avec 21 Jump Street. La télévision a révélé au public d’immenses vedettes. Et nous avons déjà parlé des cas Hitchcock et McQueen. En outre, des acteurs comme Jason Bateman, Jennifer Aniston ou Kiefer Sutherland doivent beaucoup aux séries qui les ont employés. Le cinéma et les fictions télévisées se nourrissent aujourd’hui mutuellement. Aaron Sorkin et J.J. Abrams peuvent en témoigner.

 

Mais les séries possèdent aussi leurs propres stars. Aaron Spelling en fait indéniablement partie. Développant et exploitant les concepts les plus lucratifs, souvent pour ABC, il a contribué aux entreprises suivantes : Starsky et Hutch, Drôles de dames, La croisière s’amuse, Dynastie ou encore Beverly Hills et Melrose Place. Par ailleurs, on ne peut négliger l’équipe des Soprano, avec notamment David Chase, Terence Winter (Boardwalk Empire) et Matthew Weiner (Mad Men). D’autant plus que Michael Imperioli et Edie Falco retrouveront des rôles à la mesure de leur talent. Le groupe de The Shield peut également impressionner : Shawn Ryan a créé par la suite The Chicago Code, tandis que Kurt Sutter et Glen Mazzara ont respectivement œuvré pour Sons of Anarchy et The Walking Dead. De véritables viviers de talents. On citera aussi X-Files, puisque les acteurs principaux se recycleront avec un certain succès (David Duchovny dans Californication, Annabeth Gish dans Brotherhood ou encore Mitch Pileggi dans Sons of Anarchy), alors que Vince Gilligan fera de Breaking Bad un véritable phénomène (avec Aaron Paul et Bryan Cranston, tous deux acteurs dans X-Files). Enfin, comment ne pas évoquer David Simon et Tom Fontana, créateurs de The Wire et Oz ?  Le génie de leurs productions fait d’eux des maîtres du genre.

 

 

 

Les techniques et la substance

 

Bien des choses différencient le cinéma et les séries télévisées. Le premier repose en grande partie sur le réalisateur, véritable chef d’orchestre et penseur du projet. Les secondes accordent davantage d’importance aux scénaristes, aux esprits créatifs. Le format utilisé explique ces divergences : la durée des séries exige un travail rédactionnel complexe et minutieux. Les auteurs doivent sans cesse surprendre et déverser des trouvailles scénaristiques. Au royaume des cliffhangers, le créatif s’avère indispensable. Le cinéma, en revanche, est le fruit des réalisateurs, qui cherchent à magnifier chaque plan, qui étudient assidument le cadrage et qui s’évertuent à exceller dans les techniques filmiques employées. Cependant, il va de soi que les auteurs ont également leur mot à dire.

 

Il existe d’autres différences majeures. Avec les téléfictions, un rendez-vous journalier ou hebdomadaire associe le public et l’œuvre. Les personnages, quant à eux, jouissent d’une profondeur psychologique et d’une complexité inconnues jusque-là. La longueur des œuvres offre la possibilité aux créateurs de confronter les personnages à de multiples situations, permettant l’analyse de comportements adaptés à différents cas de figure. Le continuum proposé par les fictions télévisées cimente les relations qui unissent la production et son public.

 

En ce qui concerne l’aspect économique, les séries sonnent partiellement le glas du diktat financier des producteurs. L’influence des aficionados, de l’image conférée par la série ou encore des aspirations publicitaires prime parfois. Par contre, les courbes d’audience tiennent souvent le haut du pavé. Combien de séries annulées faute d’audimat ?  Par ailleurs, la télévision offre aux créateurs une vaste liberté, permettant de grandes innovations et la levée de nombreux tabous. Car, avec le câble et le satellite, la réalité économique se veut différente. Conséquence logique des moyens de financement alternatifs adoptés par ces nouvelles chaînes. Cela contribue à la pleine utilisation des qualités des auteurs. Notons que, souvent, l’achat de la série par le network ne couvre pas la totalité des coûts de production. Après l’expiration du contrat d’exclusivité, il faut donc vendre le programme à d’autres diffuseurs, en syndication, c’est-à-dire par paquets d’épisodes. Et, ensuite, on peut s’attaquer aux marchés étrangers.

 

Aujourd’hui, les séries font pleinement partie de la culture populaire. Elles l’influencent d’ailleurs grandement. Dans une affaire remontant à l’année 2000, il a été dit que le gouvernement Clinton avait organisé une campagne anti-drogue au travers d’épisodes télévisés. Après un accord conclu entre le gouvernement et les chaînes, celles-ci doivent céder des espaces à des prix réduits pour la campagne. Mais la demande d’écrans publicitaires explose et les networks rechignent alors à honorer leurs engagements. Une nouvelle entente est nouée : un système de points est mis en place et doit permettre au gouvernement, ayant payé pour des temps d’antenne qui lui sont refusés, d’opérer des modifications sur les scénarios. Plus de cent épisodes seraient concernés par cette affaire proprement hallucinante.

 

Enfin, sur un plan purement technique, le succès de MTV a considérablement influencé les séries télévisées, à commencer par Miami Vice : les costumes, le rythme, les couleurs, la bande-son, le montage et les accessoires en subissent les effets. En règle générale, les séries multiplient les gros plans et laissent davantage d’espace aux dialogues. Elles sont rythmées par les écrans publicitaires, avec des regains de tension avant les coupures et des phases scénaristiques, des actes d’une dizaine de minutes. Par ailleurs, il existe souvent différents niveaux d’intrigues. Dans X-Files, l’intrigue A (l’affaire en cours) était démêlée à la fin de l’épisode, tandis que l’intrigue B, plus générale, tenait sur une saison ou sur l‘ensemble de la série (la conspiration, par exemple). Il s’agit donc d’une écriture multidimensionnelle, formant des arcs narratifs qui s’entrecroisent et s’entretiennent mutuellement. Enfin, on remarque, au travers de nombreuses œuvres, la capacité des scénaristes à se moquer des barrières temporelles, jonglant littéralement avec la chronologie, ou à transformer un détail insignifiant en moteur de la trame principale.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 08:11

Malgré des discours rassurants débités à intervalles réguliers, les marchés gardent les yeux rivés sur l’Europe et sa monnaie unique. Ils attaquent les pays fragiles, frénétiquement et inlassablement, pariant sur leur mort prochaine. Déficits publics et dettes font figure de cancers incurables, les taux d’intérêt prohibitifs étant les métastases ; les médecins boursiers administrent des remèdes basés sur la réduction des dépenses et la hausse des recettes. Un traitement de rigueur, voire d’austérité. La maladie budgétaire a déjà coûté la vie à plusieurs gouvernements européens. Inquiétant ?

 

Silvio Berlusconi et George Papandréou ont récemment dû abandonner leur poste, confiant la gouvernance de leur pays à des technocrates particulièrement appréciés par les marchés financiers. L’arrivée au pouvoir de Lucas Papademos et de Mario Monti, respectivement en Grèce et en Italie, n’est pas le fruit du hasard : elle a été favorisée par la pression des investisseurs internationaux et des agences de notation. Une pièce en plusieurs actes. Dans un premier temps, les marchés ont parié sur la faillite de la Grèce et sur l’affaiblissement durable de l’Italie, faisant grimper les taux d’intérêt des obligations de ces pays périphériques. Ensuite, nonobstant les plans de rigueur et les mesures douloureuses adoptées, ils ont maintenu leurs attaques déstabilisatrices, provoquant la chute de deux gouvernements démocratiquement élus. En dépit de politiques économiques douteuses, voire contre-productives, il demeure étonnant que la finance puisse dicter ses volontés de la sorte et mettre à mal ceux qui représentent le peuple. Pour, au final, installer aux manettes des techniciens financiers, des anciens de Goldman Sachs, la banque qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, à trouver indûment une place dans la zone euro. Un comble. Ainsi, Mario Draghi, nouveau directeur de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, nouveau Premier ministre grec, et Mario Monti, nouveau président du Conseil italien, possèdent tous des liens étroits avec la célèbre banque d’affaires américaine. De quoi susciter les suspicions et laisser pantois les plus rationnels.

 

Par ailleurs, les récentes élections anticipées au Portugal et en Espagne, autres pays périphériques inquiétés par les marchés financiers, ont été le résultat de la défiance des investisseurs internationaux. Cela s’est traduit par la victoire des libéraux, traditionnellement davantage favorables au capitalisme et à la finance que leurs adversaires socialistes. On notera l’ironie de cette situation, puisque les chantres des thèses ayant mené à la crise se trouvent récompensés par leurs électeurs. En réalité, José Socrates et José Luis Zapatero ont payé pour des dysfonctionnements structurels, pour des troubles endémiques qui ne relèvent pas directement de leur responsabilité. Mais les marchés réclamaient un changement politique immédiat. Et, quand le spread évolue dangereusement, quand le poids de la charge de la dette explose, les États tendent l’oreille pour mieux percevoir les volontés du marché, devenues de véritables exigences indiscutables.

 

Aujourd’hui, c’est sur la Belgique que les attentions se portent. Sous la pression des marchés, après la dégradation de sa note, le pays a brusquement connu de grandes avancées concernant la formation d’un gouvernement fédéral. Les négociateurs, ceux qui s’écharpaient depuis de longs mois, ont subitement trouvé des solutions à leurs désaccords, mettant de l’eau dans leur vin et arrêtant de jeter de l’huile sur le feu. Un soupir des marchés financiers aura donc suffi à réveiller le Landerneau politique et à effrayer les plus téméraires. Alors que les Belges, eux, clamaient leur désarroi depuis longtemps. En vain. Cela révèle l’inquiétante influence des marchés, qui bénéficient d’un pouvoir grandissant, et la faible portée des aspirations citoyennes dans les nations empêtrées dans des endettements massifs et soumises aux caprices de leurs bailleurs de fonds. En outre, dans le même ordre d’idées, l’intégration européenne est relancée : on discute maintenant de mesures coercitives, de droit de regard européen sur les budgets nationaux. Les frissons boursiers peuvent donc également révolutionner les habitudes de l’Union.

 

Les hommes politiques doivent se faire une raison. Malgré leur irascibilité et leurs lubies, les marchés financiers voient leur pouvoir grandir chaque jour. À tel point qu’ils peuvent désormais influer sur le cours de l’histoire. Un diktat technique. C’est ainsi que les pays les plus exposés, de par leurs dettes, verront leur marge de manœuvre se réduire et leur autonomie être remise en cause. Une régression politique, une aliénation économique.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Économie
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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 18:20

Il y a un an, les électeurs belges se rendaient aux urnes pour élire un nouveau gouvernement fédéral. Après d’âpres négociations, des réussites ténues et des échecs cuisants, nos représentants n’ont pas avancé d’un iota depuis les élections législatives. Quelles leçons tirer de ces mésaventures nationales ?  Quel regard portent les investisseurs et la presse étrangère sur notre démocratie ?  Quid des dysfonctionnements inhérents à notre système et de l’avenir du pays ?

Les journaux télévisés abondent tous dans le même sens : l’immobilisme de la classe politique belge quant à la conclusion d’un accord au niveau fédéral porte atteinte à l’image de Bruxelles dans le monde. Les citoyens, eux, commencent à se lasser des turpitudes des uns et de l’irresponsabilité des autres. Les caciques des grands partis apparaissent désormais comme lâches, provocateurs ou carrément incompétents. Aux yeux de nombreux Belges, les formations participant aux négociations cherchent prioritairement à satisfaire des intérêts particuliers, et ce, au détriment de l’intérêt public. En d’autres termes, le communautaire mène la danse, dans les mentalités et dans les faits. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les missions royales se multiplient (vainement), alors que le gouvernement d’Yves Leterme, en affaires courantes, voit ses pouvoirs s’élargir progressivement. Un déni de démocratie ?  Une nécessité ?  Un peu des deux.

Pendant que nos politiciens travaillent à la mise en place d’une majorité fédérale, la presse étrangère étudie et commente assidûment le spectacle belge. Nos institutions, passées au crible, font l’objet de critiques à peine voilées, tandis que l’émergence de la N-VA, parti nationaliste très populaire en Flandre, donne des sueurs froides aux élus concernés par des indépendantismes régionaux. Nos partenaires européens se questionnent au sujet de l’avenir de notre pays, n’hésitant plus à mettre en exergue les enjeux du séparatisme. Par ailleurs, les théories prophétiques ressurgissent : l’Europe devrait, à terme, se muer en une communauté de régions. En effet, partout, les mouvements autonomistes s’affirment avec force et détermination : Espagne, Belgique, Italie ou encore Royaume-Uni. Il est cependant à noter que l’Allemagne et la France échappent à la règle. Cette évolution s’inscrit pourtant en totale contradiction avec l’esprit originel de l’union imaginée par les membres fondateurs ; les peuples devaient se rapprocher et œuvrer pour des causes communes en vue notamment de prévenir les conflits.

La sphère économique attire également les attentions. Les investisseurs semblent, pour l’instant, se contenter de l’action des gouvernements régionaux. Le travail des entités fédérées s’avère aujourd’hui capital, ces dernières palliant les lacunes d’un pouvoir fédéral défaillant. Mais le calme des marchés est toujours relatif : des réactions tardives, des divisions perpétuelles ou des négociations avortées pourraient réveiller les investisseurs internationaux et contribuer à une grave débâcle financière. Les agences de notation se font de plus en plus menaçantes, en dépit d’indicateurs dans le vert et de fondamentaux solides. Par conséquent, la Belgique devra prouver son sérieux aux grands acteurs économiques et veiller à ne pas abuser de la patience de ses bailleurs de fonds.

Dans ce quasi-chaos politique, une certitude émerge : il sera très difficile de former un gouvernement sans la N-VA. Les partis flamands rejettent majoritairement cette idée. Personne ne veut décevoir son électorat ; les revendications flamingantes ont donc le vent en poupe et, dans les esprits, Bart De Wever et ses acolytes les symbolisent parfaitement. Dès lors, il serait stratégiquement malvenu, voire dangereux, de se priver des services du héraut de la cause flamande. Cela dit, arrêter une position commune et un compromis acceptable pour tous avec les nationalistes semble pour le moins complexe, tant les divergences de vues s’avèrent profondes. En outre, les attaques sournoises dirigées à l’encontre des francophones n’arrangent rien. Certains, au Nord du pays, cultivent l’art de faire feu de tout bois. Et, dans les deux camps, chaque journée apporte son lot de commentaires méprisants, de reproches abrupts, de stéréotypes et de contre-vérités. En réalité, au fil des rencontres, bilatérales ou multilatérales, les espoirs se dissipent et de nouvelles pommes de discorde se font jour.

Revoter paraît inconcevable : les sondages indiquent un refus net des électeurs et, de plus, les vacances approchent à grands pas. Finalement, quelles perspectives pour la Belgique ?  On pourrait prolonger le gouvernement d’Yves Leterme, en lui octroyant des pouvoirs plus larges, en lui attribuant un mandat légitimé par la crise que traverse le pays. Le CD&V, qui détient de nombreux postes-clés actuellement, trouve l’offre alléchante. Au regard des dernières élections, une nouvelle équipe fédérale signifierait pour lui la perte de plusieurs ministères très convoités. La N-VA, qui aspire ouvertement à l’indépendance flamande, sait que cela ébranlerait irrémédiablement l’unité nationale. Mais, ce faisant, que restera-t-il de la démocratie belge ?  La nostalgie ? 

En tout cas, les responsables politiques devront indéniablement, pour préserver le peuple et le suffrage, mettre de l’eau dans leur vin et avancer formellement vers un accord. Aujourd’hui, les deux grands vainqueurs, PS et N-VA, doivent impérativement identifier leurs partenaires pour la formation d’une nouvelle majorité. On ne bougera pas d’un pouce sans cela. La famille socialiste, la plus grande du pays, veut rester unie. Certains souhaitent que les libéraux entrent dans la danse. Il faudra trancher la question rapidement. Laisser les susceptibilités au vestiaire sera indispensable pour s’accorder sur l’institutionnel, le communautaire et le socio-économique. Et, pour chasser cet accord fantôme, pour mettre en œuvre un compromis digne de ce nom, tous vont devoir adopter des méthodes de travail communes, des valeurs de base similaires. Il en va peut-être de la survie de la Belgique telle que nous la connaissons.

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 14:39

En Wallonie comme à Bruxelles, Ecolo double son score de 2004, tandis que le Parti socialiste sauve les meubles. Le MR, qui souhaitait brûler la politesse au PS et devenir le premier parti francophone, pointe à la deuxième place. Un camouflet. Le cdH, malgré sa quatrième position, garde le sourire et se félicite des résultats.

 

Les scrutins régional et européen ont livré leur verdict. Le premier constat concerne les sondages, très éloignés de la réalité des urnes. Ils ont sans conteste influencé le vote des électeurs et, par voie de conséquence, faussé la donne. On peut légitimement penser qu’ils ont favorisé l’essor des écologistes et contribué à la mobilisation de l’électorat socialiste. De toute évidence, ils pèchent par manque de justesse et de pertinence.

 

Les déclarations tonitruantes foisonnent. Nombre d’observateurs saluent la victoire d’Ecolo. Les réformateurs draguent Jean-Michel Javaux et répètent inlassablement que le parti écologiste détient les clés du pouvoir. Pourtant, en Wallonie, c’est bel et bien le Parti socialiste qui arrive en tête et garde la main. Même son de cloche pour les élections européennes. La performance des écologistes doit être soulignée, certes, mais le triomphalisme ambiant tranche nettement avec les faits tangibles. Si Ecolo double ses scores, c’est avant tout parce qu’ils étaient faibles. D’ailleurs, il est à noter que le parti ne remporte pratiquement aucun canton. Bien sûr, il a gagné en crédibilité et concurrence désormais les familles politiques traditionnelles. Il s’agit, à cet égard, d’une belle réussite. Mais il convient de rappeler que la cause verte a le vent en poupe et que le film Home, réalisé par Yann Arthus-Bertrand, n’a certainement pas renversé la vapeur. En France, la polémique enfle. La très récente diffusion du long métrage aurait avantagé les listes écologistes.

 

Quoi qu’il en soit, le PS devrait selon toute vraisemblance prendre les rênes des négociations et dominer le jeu politique. La Région wallonne et la Communauté française ne lui échapperont sans doute pas. Le recul enregistré est partiellement à mettre sur le compte des scores historiques de 2004.

 

Du côté du MR, on se gargarise du succès à Bruxelles et on tente de masquer sa déception. Les libéraux visaient à remplacer les socialistes sur l’échiquier wallon. Il n’en est rien. En outre, l’Olivier (une alliance PS, Ecolo et cdH) semble se dessiner dans les deux Régions, ce qui exclurait donc le MR. La Jamaïcaine (MR, Ecolo et cdH) s’éloigne. 

 

Quant au cdH, il se maintient, en dépit de prévisions apocalyptiques. Le FN, lui, se trouve sous le seuil parlementaire de 5% dans les deux Régions et disparaît totalement du paysage politique.
       
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Published by Jonathan Fanara - dans Politique
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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