Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 20:55
Trump : bombardements et leçons diplomatiques

Chacun est censé savoir que Donald Trump a depuis longtemps chaussé des lunettes mercantilistes et embrassé un corpus idéologique mal défini. Personne n'ignore non plus qu'il est devenu grand clerc dans l'art du grand-guignolesque et de l'inattendu, les deux ayant d'ailleurs chez lui souvent partie liée. Rien pourtant dans la signalétique trumpienne ne laissait présager le carillon diplomatique à l'oeuvre depuis plusieurs jours. Il faut dire que le simple fait d'entraver les retournements d'alliance attendus et d'obtenir un satisfecit des Européens, fût-il mesuré, tenait il y a peu encore du rêve éveillé.

 

« Nous avons fait des progrès spectaculaires dans notre relation avec la Chine », déclarait le président Trump à la suite de la visite officielle de Xi Jinping, son homologue chinois. Pour saisir la pleine mesure de ces paroles lénifiantes, il faut se remémorer les mots durs et vindicatifs tenus à l'encontre de l'empire du Milieu durant la campagne électorale, quand le candidat républicain affirmait sans mésaise ni début de preuve que le « concept de réchauffement climatique » avait été « inventé par et pour les Chinois dans le but de rendre l'industrie américaine non compétitive ». On aurait pu se réjouir du revirement diplomatique si, dans le même temps, Donald Trump ne s'était pas dit prêt à se passer de la Chine pour « résoudre le problème » nord-coréen, ce qui suppose apparemment l'envoi d'un porte-avions nucléaire vers la péninsule, sans doute pour communiquer plus précisément ses intentions à Kim Jong-un.

 

Cette affaire sino-américaine n'est toutefois qu'un détail au regard de l'intervention aérienne réalisée par le Pentagone en Syrie. Pas moins de cinquante-neuf missiles Tomahawk furent lancés contre la base d'Al-Shayrat, en réponse à l'attaque chimique perpétrée (supposément par le régime de Bachar el-Assad) dans la ville de Khan Cheikhoun. L'offensive américaine n'a pas seulement froissé la Russie de Vladimir Poutine, elle a aussi réduit à néant le slogan « America First » et la doctrine isolationniste jacksonienne revendiquée par Donald Trump, selon laquelle il est nécessaire de se recentrer sur la sécurité et la prospérité des Américains. Les plus attentifs noteront que lorsque le nouveau président parvient enfin à fédérer les républicains et à tourner le dos à Barack Obama, il le fait au détriment de ses propres arguments de campagne...

 

Trop souvent occupée à se déchirer, l'Europe a cette fois applaudi en choeur les menées belliqueuses de Donald Trump, malgré la précipitation et une contradiction certaine avec les règles présidant aux affaires internationales. Les pays du vieux continent apprécieront aussi la revalorisation progressive de l'OTAN, pourtant longtemps mise à mal par le nouveau locataire de la Maison-Blanche. La ratification du protocole d'adhésion du Monténégro ne manquera pas de heurter un peu plus les Russes, qui abhorrent depuis toujours cette organisation qu'ils estiment dirigée contre eux. Quoi qu'il en soit, l'isolationnisme américain avait au moins la vertu de fournir des armes affûtées aux partisans d'une défense commune européenne. Il y a fort à parier que l'agitation actuelle de Washington sonne à cet égard comme un retour à la case départ.

 

 

Lire aussi :

Trump : une première semaine désastreuse

Trump : en finir avec le déni

USA-Russie : les relents de la guerre froide

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Édito International
commenter cet article
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 14:01
« Perfect Blue » : la douleur des sentiments

Jean Renoir déclarait à propos du cinéma qu'il « consiste à s'approcher de la vérité des hommes, et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes ». On pourrait prolonger sa pensée en arguant qu'il s'agit certes de concevoir une « part de gâteau » à la Hitchcock ou de « sculpter l'espace » tel que le décrit David Cronenberg, mais aussi de sonder les tréfonds de l'être, d'extirper des fosses communes tous les attributs humains, parfois d'apparence insignifiante, qui y demeurent engloutis. Perfect Blue semble s'accrocher à cette conception du septième art comme un moustique à son lampadaire. Il instaure un récit tapissé de doubles fonds et de sous-entendus et préfère au jaillissement incontrôlé d'images une étude de caractère subtile, d'une profondeur abyssale.

 

Les plus crédules entreront dans le film de Satoshi Kon comme dans une confiserie, appâtés par des images de chanteuses acidulées aux chorégraphies réglées comme du papier à musique. La rupture de ton n'en est finalement que plus cruelle. Car tout se passe comme si la moindre oscillation rapprochait un peu plus Mima, la jeune héroïne, d'un enfer terrestre caractérisé par la folie et la perdition. Après avoir pris congé de la chanson, jugée trop « éphémère », elle choisit d'embrasser une carrière d'actrice aux exigences encore insoupçonnées. La transition, douloureuse, s'accompagne des doutes et écueils de circonstance. Bientôt assaillie de visions cauchemardesques, puis hantée par le désarroi, Mima se trouve en outre harcelée par un fan dérangé et mêlée à une série de crimes atroces. Entre exploration introspective et scènes macabres, Perfect Blue engage alors une étourdissante mise en abîme psychologique, doublée d'un discours sur le cinéma qui n'est pas sans rappeler, parmi tant d'autres, le Snake Eyes d'Abel Ferrara, réalisé quelques années plus tôt.

 

Sous ses dehors d'animé pour adultes, Perfect Blue suit la voie des thrillers sensoriels et psychologiques de Brian De Palma ou Roman Polanski. Le cerveau humain y est retors, scruté dans ses recoins les plus sombres, incapable de prévenir ou décrypter ses propres fêlures. Après avoir tourné une scène de viol à lourde charge émotionnelle, Mima va progressivement s'isoler, jusqu'à sombrer dans une paranoïa orchestrée en orfèvre, à coups de fausses pistes et de vraies failles. Alors qu'elle campe une tueuse en série au cinéma, elle voit ses proches disparaître dans des meurtres sadiques, ce qui éveille chez elle un sentiment diffus de culpabilité et des soupçons de schizophrénie. Où se situe la frontière intangible entre la fiction et la réalité ? Jusqu'à quel point sa reconversion professionnelle l'a-t-elle « souillée » ? Ce thème du dédoublement, de la dualité identitaire, éminemment hitchcockien, va se conjuguer à ce qui ressemble fort au giallo de Dario Argento, le tout exposé à la lumière d'allusions multiples – reflets, jeux de miroir, rêves, hallucinations, boucles temporelles, indistinction grandissante entre le réel et le virtuel (en ce y compris l'Internet embryonnaire).

 

C'est par ces éléments moteurs, essentiellement d'ordre psychologique, que Perfect Blue donne véritablement sa pleine mesure. Cérébral, inquiétant, teinté de désespoir et parfois onirique, le film de Satoshi Kon épingle la société du spectacle, le vedettariat et tout ce qui constitue traditionnellement leur bras armé : l'aliénation médiatique, l'autonomie des fantasmes, l'otakisme et ses fans hystériques, les agents névrosés... Mima n'est finalement qu'un énième pavé jeté dans la mare : en se confondant tour à tour avec un meurtrier, un fan déçu ou un ersatz d'elle-même, elle appuie une juxtaposition de points de vue qui brouille le récit autant qu'elle éclaire les torsions de réalité, induites par une psyché fragile et par les éruptions brutales du monde du divertissement. « J’aime bien me connecter sur ton site, j’ai l’impression d’être relié à ton existence », voilà peut-être la phrase-clef de Perfect Blue, celle qui dévoile le mieux la mécanique artificielle qui semble continuellement chercher à se brancher sur un réel de plus en plus trouble.

 

 

Lire aussi :

« La Valse des pantins » : spectacle et illusions

« Blade Runner » : « Wake up, time to die »

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 19:34
Comment François Fillon parasite l'élection présidentielle

En France, l'élection présidentielle tient traditionnellement lieu de climax politique. Elle enregistre des chiffres de participation en nette hausse par rapport aux scrutins locaux, elle passionne les citoyens même les plus défiants et mobilise, comme nulle autre, la presse et les intellectuels. Pourtant, à moins de deux mois du premier tour, les confrontations projet contre projet persistent à s'effacer derrière des considérations connexes et souvent mineures, dont l'affaire Fillon n'est pas la moindre. Le PenelopeGate, qui porte en son sein tous les soupçons d'emploi fictif entourant l'épouse du candidat LR, se veut aujourd'hui doublement pénalisant pour la démocratie française : d'abord parce qu'il interdit un débat serein sur les grandes questions censées affecter l'avenir du pays ; ensuite parce qu'il fait le jeu du Front national, dont les propres scandales sont passés sous silence et qui peut en outre servir sur un plateau (d'argent évidemment) ses discours populistes contre les élites corrompues. Après avoir eu droit aux manoeuvres empesées de Benoît Hamon pour repousser dans son giron Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, les Français doivent maintenant endurer tous les entrelacements du PenelopeGate. Un jour, on s'amuse à répertorier les anciennes déclarations de vertu de François Fillon, qui se retournent désormais contre lui. Une autre fois, on évoque un éventuel retour d'Alain Juppé, le candidat défait des primaires, sans même s'interroger sur le programme qui lui permettrait de mener campagne. Celui adoubé par plus de quatre millions d'électeurs de droite et du centre ou celui, plus modéré et protecteur, en lequel il croit vraiment ? Ensuite, égrenées comme un feuilleton par voie de presse, on découvre les basses intrigues de Christian Estrosi, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, lesquelles font suite à une série de défections laissant penser que, cette fois, c'est le navire qui quitte le rat, et non l'inverse comme le veut l'adage. Enfin, on observe, las, cette manifestation du Trocadéro « contre les juges et les médias », si déterminante qu'elle éclipse même le programme – enfin éventé – d'Emmanuel Macron, pourtant rarement boudé par les journalistes, comme aime à le rappeler Acrimed. Cette négation de la confrontation politique laisse une drôle d'impression, amère et sans doute durable : celle d'un microcosme en consanguinité avec les « affaires », pour qui les idées et les réformes comptent si peu qu'elles disparaissent sous le linceul de l'ambition personnelle ou de prébendes injustifiées.

 

 

Lire aussi :

Les législatives, témoins du mariage des droites ?

Présidentielle : le FN brouille les cartes

Fillon, la droite libérale et conservatrice

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Édito Politique
commenter cet article
17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 07:59
« La Valse des pantins » : spectacle et illusions

D'un côté Rupert Pupkin, aspirant comédien pathétique et névrosé, à la lisière de la schizophrénie. De l'autre Jerry Langford, animateur star de la télévision, aussi avenant en public que misanthrope en privé. Martin Scorsese s'appuie sur ces deux individualités, conçues en miroir, pour satiriser le monde du spectacle, et a fortiori la télévision, présentés comme domaines exclusifs d'une nouvelle forme de folie, pas si éloignée du fameux quart d'heure de gloire warholien. Car c'est bien là que réside l'essence de La Valse des pantins : la soif pathologique de célébrité et sa production de fantasmes à jet continu, parfaitement restitués par la cave maternelle que Rupert Pupkin, l'autoproclamé nouveau « Roi de la comédie », investit et transforme en plateau de télévision, mannequins et faux public à l'appui.

 

Comme souvent chez Martin Scorsese, la mécanique filmique est précise, alerte, parfaitement huilée. La caractérisation de Pupkin n'échappe pas à cette règle. Il n'est d'abord qu'une groupie anonyme attendant sagement d'apercevoir son idole à la sortie d'un enregistrement. Il se présente ensuite comme un comédien talentueux, alors qu'il n'est en fait qu'un illustre inconnu dont on écorche volontiers le nom, un artiste du dimanche aspirant naïvement, mais obstinément, aux feux de la rampe. Il devient ensuite de plus en plus insistant auprès de Jerry Langford, dont il s'imagine être devenu l'ami, avant de s'inviter chez lui en compagnie de la femme qu'il courtise. Si l'obsession de Pupkin semble aller crescendo, il en va de même pour ses effets collatéraux. Sous les traits les plus affligeants d'un excellent Robert De Niro, notre « Roi de la comédie », tellement convaincu de son génie, va prendre en otage le célèbre animateur, dans le seul but de passer – enfin – à la télévision.

 

Scorsese le démontre avec appétence : le spectacle des talk-shows, ou la figure du « people », c'est un néant qui se voit collectivement pris pour objet de vénération. L'hystérie des foules ne repose sur rien d'autre qu'un théâtre plus ou moins ordonné de l'illusion. Dans La Valse des pantins, la télévision a colonisé l'esprit de Rupert Pupkin à un point tel qu'il se prend à rêver d'un mariage en direct et qu'il feint piteusement la gloire dans sa cave, assis face à des stars en carton. En ce sens, le film tient davantage du drame que de la comédie, même si les ressorts comiques y sont légion – « Hitler aussi ! », « Je ne compterai plus jamais sur personne » ou la lecture forcée, lors de la prise d'otage, de pancartes hautement rudimentaires. Le ridicule et la détresse collent tellement à la peau de Pupkin qu'il en deviendrait presque touchant, comme si l'accumulation de ses tares et de ses torts lui conféraient ce supplément d'âme dont la télévision, telle que l'entend Scorsese, semble tristement dépourvue. Ironie du sort, le cinéaste américain conclut son oeuvre en laissant penser que son antihéros, après un court séjour en prison, parvient enfin à cette célébrité qu'il a si âprement convoitée. Une ultime démonstration, s'il le fallait, que l'espace médiatique se satisfait du bourdonnement (buzz) et de la frénésie au détriment de la réflexion et du talent.

 

 

Lire aussi :

Les fantômes du chaos

« Blade Runner » : « Wake up, time to die »

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 09:07
« Batman : The Killing Joke » : mauvais farceur, impitoyable tueur

« Toi, tu nous fais très peur, mais lui il nous terrifie. » Ces mots sont ceux de la pègre de Gotham, avec laquelle le Chevalier noir lutte pied à pied depuis toujours. Ils renvoient au caractère dual de The Killing Joke : un justicier masqué scrupuleux opposé à un tueur fou au sourire carnassier. Deux entités contraires réunies à la faveur d'un combat éternel. Batman a beau le regretter, les faits sont là, incontestables : lui et le Joker se connaissent peu, mais se haïssent tant.

 

Adapté d’un best-seller, cet animé sombre et anxiogène mêle deux niveaux de réalité entre lesquels tout l'ADN du Joker circule : on devine, par des flashbacks exposés en montage alterné, que la peine et l'humiliation donnent corps à la haine, que l'humour de bas étage promeut une folie inexpiable. Les images de Sam Liu ne sont pas seulement désespérées ; elles portent en elles la terreur séminale du pire ennemi de Batman, celui qui échoua lamentablement dans une carrière de comique, celui qui perdit sa famille dans un banal accident domestique, celui qui désormais cherche à répandre la tragédie de seuil en seuil, comme si elle s'imposait comme une seconde nature.

 

On a parfois décrit la première partie de The Killing Joke comme un poids mort, une sorte de prologue boursouflé et dénué d'intérêt. C'est pourtant là que se posent les principaux jalons dramatiques du récit : le Chevalier noir s'y entiche de Batgirl, qui n'est autre que Barbara Gordon, la fille adoptive du célèbre commissaire. Tout au long des vingt premières minutes, la jeune femme, dans un même mouvement, va s'échiner à s'affranchir du joug de Batman tout en l'impressionnant, jusqu'à ce que le Joker et ses sbires la rendent paraplégique, point de bascule donnant sa pleine mesure dans le second acte.

 

Batman et le Joker seraient-ils simplement deux hommes déterminés à ronger le même os ? Pris dans une double contrainte – la nécessité de venger Barbara et la volonté d'arrondir les angles avec le Joker –, le Chevalier noir va finalement chercher à pactiser avec son adversaire, accréditant une allégation déjà ancienne, celle du double maléfique, qui s'appréhende d'autant plus facilement que les deux personnages semblent pareillement hantés par un passé douloureux. Le final de The Killing Joke, très réussi, laisse cependant la pax en suspens, dans un parc d'attractions aux allures de foire aux monstres, tellement fidèle aux représentations inquiétantes qu'enferme la figure, excessive et furieuse, du Joker.

 

 

Lire aussi :

« La Cible » : le point de bascule

« Pulp Fiction » : vol au-dessus du septième art

« Blade Runner » : « Wake up, time to die »

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 21:41
« Shameless US » : l'American way of life vu d'en bas

Il y a d'abord ce Chicago du pauvre, crasseux et cafardeux, qui semble se dérober à toute dignité, fût-elle la plus élémentaire. Il y a ensuite cette famille dysfonctionnelle, vivotant dans l'indigence, sous l'autorité d'une grande soeur écrasée par les épreuves et les responsabilités. Il y a enfin Frank, père de famille démissionnaire et honni, alcoolique notoire doublé d'un salopard de la pire espèce. Développé par les scénaristes Paul Abbott et John Wells, Shameless US pourrait se réclamer de la tragicomédie en ce sens qu'il badine à la fois avec le drame et l'absurde, sans autre prétention que celle de narrer les innombrables déboires de plusieurs générations de Gallagher, plèbe catholique d'origine irlandaise, fidèle aux espaces insalubres comme aux taches de vomissures.

 

Showtime avait déjà fait une première incursion dans les milieux populaires d'origine irlandaise avec l'indispensable Brotherhood, où la politique et la criminalité étaient appelées à faire couple presque malgré elles, sous l'égide de deux frères aux trajectoires opposées. Mais le ton de Shameless US est autre : plus choral, plus bigarré aussi, avec des enjeux aussi variés que l'addiction, la pauvreté, la sexualité, l'identité, la maladie ou la criminalité, le tout sur fond de transition permanente – civile, sociale ou générationnelle. Les enfants Gallagher, aussi tenaces que les croûtes mal soignées de Frank, affrontent tour à tour le froid, la faim, les troubles psychiques ou les grossesses plus ou moins désirées, tout en faisant front aux pires emmerdes, qu'elles relèvent de services sociaux sourcilleux ou d'une justice peu accommodante.

 

Si les trames narratives se démultiplient, il en va de même pour les protagonistes. La tirade acrimonieuse de Frank lors du mariage de Fiona (saison 6) ne suffit même pas à rendre compte de l'inépuisable vivier. Il fustige Lip, l'intello alcoolique, Ian, l'homo bipolaire, Fiona, la mère de substitution aux choix douteux, Debbie, l'adolescente-maman, et Carl, le jeune délinquant qui se rêve afro-américain, mais il oublie tous ceux qui peuplent Shameless dans l'ombre des Gallagher : Veronica et Kevin, tenanciers de bar formant un ménage à trois avec une prostituée russe sans-papiers ; Mickey, piètre maquereau et homosexuel longtemps refoulé ; Sheila, agoraphobe aux nombreuses déviances sexuelles, et sa fille Karen, dont les moeurs ont toujours été très légères ; Sammi, la fille cachée sordide et névrosée ; ou le dual Steve/Jimmy, ancien compagnon de Fiona aussi mystérieux que mythomane.

 

Bien qu'il lui arrive de côtoyer l'outrance, la caractérisation des personnages sert ingénieusement le contre-récit patiemment construit : le « rêve américain » se vit dans Shameless à coups d'aides sociales usurpées, de bordel miteux géré au-dessus d'un bar, de fraude à l'assurance ou à l'immigration, de vol de drogue ou de voitures, de mensonges éhontés, de trahisons familiales et de manoeuvres sournoises. La désillusion sillonne le show comme un serpent de mer : c'est le dénominateur commun, le mètre étalon, la mesure de toute chose. Les arches s'agencent, les intrigues se poursuivent, mais l'horizon des losers et des miséreux ne s'éclaircit jamais. Il reste sombre comme la tombe.

 

Parfois redondant dans ses prétentions de cauchemar inexpiable, Shameless US reste néanmoins chimiquement pur et bigrement addictif. Il se renouvelle progressivement, par le temps – Carl et Debbie affrontent à leur tour des épreuves motrices – et par l'espace – Lip s'exile à la fac, Fiona trouve du travail, Ian déserte quelque temps, Frank continue de jouer les baroudeurs. Enfin, l'évocation du show n'aurait été complète sans mentionner sa sincérité, qui doit beaucoup aux comédiens (William H. Macy, Emmy Rossum, Jeremy Allen White...), et la qualité remarquable de ses dialogues, souvent lucides et percutants, quand ils ne sont pas simplement trempés dans le cyanure.

 

 

Lire aussi :

Une histoire des séries télévisées

HBO : itinéraire d’une révolution

"Breaking Bad" : la grande mue

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
commenter cet article
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 12:06
Trump : une première semaine désastreuse

En tant que candidat-bouffon, il démocratisa le concept de post-vérité et multiplia les coups d'éclat, que beaucoup espéraient sans lendemain. En tant que président en phase de transition, il fit acte de népotisme et constitua une équipe de milliardaires vite qualifiée, de son propre chef, de « cabinet ayant, de loin, le QI le plus élevé de l'Histoire ». Aujourd'hui investi, Donald Trump poursuit sur la même dynamique et produit chaque jour son lot d'incertitudes et de polémiques, écornant toujours plus l'aura de la magistrature suprême américaine. Après avoir taxé les journalistes de tous les maux – « menteurs », « manipulateurs », « corrompus », « partisans » – , il s'efforça de contraindre au silence les agences publiques, dont la désormais méprisée EPA, et fit disparaître du site de la Maison-Blanche toute mention à l'écologie, la santé ou les droits des LGBT. Le curseur est à droite, la raison, ou ce qu'il en reste, très à l'ouest.

 

Trump paraphe aujourd'hui des documents et décrets en cascade. Ses positions de président, fidèles à celles du candidat, se révèlent souvent déplorables et à contresens de l'Histoire : remise en cause complète du droit à l'avortement ; retrait précipité du traité commercial transpacifique, au bénéfice exclusif de la Chine ; suspension de l'immigration moyen-orientale motivée par des arguments sécuritaires... La situation aurait été moins cocasse sans un premier incident diplomatique avec le Mexique, gaiement ponctué par l'annulation d'une visite officielle. Enrique Peña Nieto refuse de payer pour son mur frontalier ? Qu'importe, Donald Trump envisage d'instaurer des barrières tarifaires en vue de récolter des taxes qui financeront son projet-phare. Et Paul Krugman, Nobel d'économie, de lui rappeler sur Twitter, son réseau social favori, les principes fondamentaux qui président au commerce international : le protectionnisme occasionne souvent des mesures de rétorsion, lesquelles ne manqueront pas de mettre à mal l'économie américaine.

 

Conservateur et défenseur d'une Amérique repliée sur elle-même, chef d'État dépourvu du moindre sens de la mesure, l'ancien magnat de l'immobilier court aujourd'hui, après une seule semaine de mandat, le risque d'exploser en plein vol. Il méprise ouvertement ses partenaires européens et file le parfait amour avec la Grande-Bretagne isolationniste de Theresa May et Nigel Farage. Il effrange les grands principes de la diplomatie internationale, quitte à envisager la renégociation du statut de la Chine unique. Il entrelarde sa doctrine protectionniste de desseins économiques de toute obédience. « Des enfants gâtés qui jouent avec un pistolet chargé », voilà à quoi pourrait s'apparenter l'administration Trump, selon les propres termes de M. Krugman. Mais combien de temps encore vont durer les pitreries du président républicain ? Le soft power américain, déjà en berne, risque de payer le lourd tribut de ce mandat. Et les grands enjeux d'un monde multipolaire en crise(s) pourraient alors se trancher dans le dos de Washington, sous l'égide de la Russie, de la Chine et peut-être demain de l'Iran.

 

 

Lire aussi :

Les législatives, témoins du mariage des droites ?

Présidentielle : le FN brouille les cartes

À droite, les vieux démons ont la peau dure

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans International Édito
commenter cet article
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 18:34
Le Plus : « Anomalisa » / Le Moins : « Dernier train pour Busan » (#59)

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Anomalisa (2015). S'il est un film qui porte la désillusion en bandoulière, c'est forcément celui-ci. Parce qu'il ne cesse de scander l'inassouvissement, notamment familial et amoureux, mais aussi parce qu'il exploite ses partis pris figuratifs pour témoigner de l'insistante uniformité des hommes. Les visages s'apparentent à des masques dénués de charme, les voix se mêlent et se confondent étrangement, les postures semblent las, presque dévitalisées. Avec talent, les réalisateurs Charlie Kaufman et Duke Johnson façonnent un monde déshumanisé duquel seule se distingue l'accidentée Lisa : commune, peu sûre d'elle, elle parvient néanmoins à électriser Michael, l'expert en relation client faisant figure d'antihéros, copie quasi caricaturale du père de famille quinquagénaire parfaitement désenchanté, l’âme en peine et le coeur en suspens. Anomalisa opte logiquement pour des procédés sensitifs quand il s'agit de singulariser son héroïne : sa voix paraît déifiée, à contre-courant de l'homogénéité grisante qui s'exprime partout, dans les avions comme dans les hôtels. La rencontre des deux protagonistes, la vedette d'entreprise et la jeune femme disgracieuse, n'est en fait qu'une énième occasion de moquer les pantins charnels que nous sommes : maladresses, fragilités et inconfort permettent à Charlie Kaufman de poursuivre son travail d’explorateur du genre humain, dans un monde tristement colonisé par le syndrome de Fregoli (ingénieusement, c'est le nom que porte l'hôtel du film). Pour ceux qui en douteraient encore, on est en présence d'une animation strictement réservée aux adultes : il en va ainsi du long cunnilingus immortalisé en stop motion comme de l'escale dans un sex-shop ou de cette nudité exposée avec largesse et sans ménagement, mais aussi du désespoir inexpiable et permanent qui fait la saveur aigre d'Anomalisa. Les cyniques et les farceurs diront, peut-être à raison, que la décalque est rigoureusement fidèle au modèle. (8/10)

 

Le Moins : Dernier train pour Busan (2016). Souvenez-vous : en 2013, Marc Forster nous gratifiait, dans un World War Z décevant, d’une scène où des zombies survoltés déciment un avion entier. Yeon Sang-ho applique ici le même principe, mais déporte cette fois l’intrigue en Corée, dans un TGV parcourant un pays en pleine apocalypse. Les similitudes entre les deux oeuvres ne s’arrêtent pas là, toutes deux s'accommodant d'un même genre, le blockbuster horrifique, et faisant la part belle aux morts-vivants. La bonne réception de Dernier train pour Busan n’en est finalement que plus surprenante. Il ne s'agit évidemment pas de taire ses tentatives les plus louables : gestion habile de l'espace ; caméra circulaire dans une toilette, avec jeu de miroir ; plans saisissants, dont celui d'une fillette immobile pendant que des masses zombifiées se ruent derrière elle ; tableaux apocalyptiques spectaculaires et souvent soignés ; réalisation nerveuse et quelquefois ambitieuse... Mais ces caractéristiques dissimulent mal bon nombre de clichés, d'incohérences et de faiblesses conceptuelles : une femme enceinte parvenant à rattraper à la course un train en marche ; le regard culpabilisant d’une petite fille envers son père, lequel se veut naturellement en quête de rédemption ; des jeunes gens gorgés d’altruisme et de vertus ; un grand patron cynique, absolument insensible aux autres et prêt à sacrifier n'importe qui pour son propre salut ; des processus de zombification dont la durée peut sensiblement varier selon l’importance des personnages et/ou les besoins de l’intrigue… Difficile de ne pas croire que s’il s’était agi d’un film américain, la critique aurait été autrement plus sévère. Elle aurait certainement moqué ces valeurs familiales péniblement véhiculées. Elle aurait sans doute trouvé sommaire le traitement des différents caractères. Elle aurait peut-être pointé du doigt les limites d’un scénario filiforme dont la première préoccupation semble être sa fonctionnalité. Elle aurait surtout déploré une certaine paresse d'écriture et un déficit évident d'inventivité. (4/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : « Frankenweenie » / Le Moins : « Paul » (#58)

Le Plus : « Café Society » / Le Moins : « The Neon Demon » (#57)

Le Plus : « The Player » / Le Moins : « Jason Bourne » (#56)

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 21:59
Le Plus : « Frankenweenie » / Le Moins : « Paul » (#58)

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Frankenweenie (2012). Avec les fidèles Danny Elfman à la musique et Rick Heinrichs aux décors, Frankenweenie s'annonçait comme le prolongement naturel d'une filmographie déjà dense, caractérisée par une esthétique gothique et des prédispositions oniriques. Si Tim Burton ne rompt pas avec ses habituels dispositifs figuratifs, il rend aussi quelques hommages appuyés, à Jurassic Park, aux Gremlins, à Godzilla ou à Frankenstein, tout en s'adonnant à une forme pudique d'autocitation, notamment en renvoyant à la banlieue proprette d'Edward aux mains d’argent, au moulin inquiétant de Sleepy Hollow et même à Batman, le blockbuster qui porta sa carrière de cinéaste sur les fonts baptismaux. L'entreprise serait toutefois demeurée inachevée sans cette galerie de monstres produisant du fantasme à jet continu. Une momie, un loup-garou, un mort-vivant, un dinosaure : c'est tout l'imaginaire d'une certaine littérature fantastique qui se voit convié dans ce qui s'apparente étrangement à l'Halloween Town de L'Étrange Noël de monsieur Jack. Mais croire que Frankenweenie s'arrête au stade de la référence serait une grave erreur : le film brille par une animation en volume de grande qualité, parvient à renouer avec la saveur et l'authenticité des premiers Burton et se trouve peuplé de personnages hauts en couleurs, parfaitement caractérisés, du scientifique un peu fou à ces enfants étranges, bossus, édentés, obèses, sinistres ou fantasques. L'ensemble, rondement mené, sonne comme un vibrant hommage au cinéma fantastique et d'horreur, finissant en grabuge et apothéose, dans une sorte d'apocalypse rappelant avec fracas les limites du scientisme. Entretemps, de vie à trépas, tout aura été mis en place pour sonder l'amitié touchante et indéfectible liant un enfant à son chien, véritable ligne cardinale de cet agréable et vertueux Frankenweenie. (8/10)

 

Le Moins : Paul (2011). Deux nerds, le Comic-Con, un extra-terrestre dépravé, une longue et animée traversée des États-Unis. Paul se situe quelque part entre le road-movie, la comédie et le film de science-fiction, dans un savant mélange de genres dont sont désormais coutumiers les acteurs Simon Pegg et Nick Frost, ici à l'affiche mais également au scénario. Le fameux duo comique de la trilogie Cornetto use une nouvelle fois de la veine parodique pour amuser un public qu'il sait sensible aux références : Mac et moi, E.T. L'extra-terrestre ou X-Files sont tour à tour invoqués entre deux running gags (l'homosexualité supposée des personnages ou l'invisibilité ponctuelle de l'extra-terrestre, par exemple). Le réalisateur Greg Mottola, dont on ignore à quel point l'emprise fut phagocytée par l'écrasant binôme britannique, a beau convier des personnalités aussi attachantes ou connotées que Jason Bateman ou Sigourney Weaver, sa comédie manque néanmoins de souffle et de rires, de relief comme d'idées, même si son propos sur la religion ou l'acceptation des différences peut certainement porter dans des sociétés occidentales de plus en plus xénophobes et repliées sur le concept d'identité. Reste alors un pop-corn movie de bon teint, transcendé par quelques fulgurances malheureusement orphelines. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : « Café Society » / Le Moins : « The Neon Demon » (#57)

Le Plus : « The Player » / Le Moins : « Jason Bourne » (#56)

Le Plus : "Alien, le huitième passager" / Le Moins : "Interstellar" (#55)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article
9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 18:43
Le Plus : « Café Society » / Le Moins : « The Neon Demon » (#57)

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Café Society (2016). C'est un regard bien connu, à la fois tendre et caustique, que Woody Allen pose sur le Hollywood des années 1930. L'histoire qu'il narre est celle de Bobby, un jeune juif new-yorkais à l'avenir encore incertain, réservé, désoeuvré et parfois exaspéré par sa famille. Il débarque à Los Angeles avec l'espoir secret d'user des relations de son oncle, célèbre agent de stars, pour se faire une place désirable sous le soleil californien. La trappe allénienne, si typique, se referme sur lui au moment où il tombe sous le charme de l'assistante de son oncle, sans savoir qu'elle fait également office de maîtresse... Scénariste et réalisateur, Woody Allen s'appuie avec légèreté sur ce triangle amoureux peu commode ; il le sonde dans l'éveil et l'espoir autant que dans le doute et le renoncement, expérimentant des tonalités tantôt douces, tantôt amères. Contrairement à ce que l'on aurait pu craindre, Café Society est plus qu'un énième bégaiement du cinéma allénien. On y retrouve certes les quiproquos, penchants psychanalytiques et tirades fusantes ayant fait la renommée de l'inusable Woody, mais on y entrevoit surtout quelque chose de délicieusement rafraîchissant : une famille dépareillée des plus improbables, une séquence hilarante impliquant une néo-prostituée, une conversation inspirée sur la religion, une romance attachante et habilement scénarisée entre Jesse Eisenberg et Kristen Stewart... De quoi rendre cette comédie annuelle presque indispensable. (7/10)

 

Le Moins : The Neon Demon (2016). Les couleurs flatteuses, les séquences en apesanteur, les expressions formelles, la violence (plus ou moins) contenue : tout tend à nous rappeler qu'on est ici chez Nicolas Winding Refn. Le milieu de la mode tel que portraituré par le cinéaste danois paraît impitoyable, aigre, cannibale – au sens propre comme au figuré. The Neon Demon commence presque normalement, avec son lot de plans contemplatifs parfaitement composés, puis dérive lentement vers tout ce que le mannequinat compte de jalousie, de suffisance et de perdition. Très vite, les souffrances propres au milieu – chirurgie esthétique, désir de jeunesse éternelle, pression dévorante, pouvoir de nuisance du regard d'autrui – se trouvent immanquablement immortalisées à travers plusieurs séquences mémorables, mais dont l'utilité peut parfois prêter à discussion : acte de nécrophilie lesbien, cannibalisme, tentative de viol... Si la critique sociétale porte et fait parfaitement sens, corroborée par la langueur d'une ville déshumanisée, on peut néanmoins reprocher à Nicolas Winding Refn de succomber à la surenchère et au grotesque, jusqu'à y patauger au terme d'un épilogue décevant. Une critique qui n'enlève cependant rien à la qualité plastique de The Neon Demon, à ses dialogues souvent percutants et cruels, ni à la justesse du jeu d'Elle Fanning, tour à tour gamine dévoyée et femme déterminée, ange de candeur et démon de vanité. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : « The Player » / Le Moins : « Jason Bourne » (#56)

Le Plus : "Alien, le huitième passager" / Le Moins : "Interstellar" (#55)

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
commenter cet article

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche