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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 08:13

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : L’Homme sans passé (2002). Aki Kaurismäki est sans doute le principal point d’accès au cinéma finlandais. En capitaine chevronné, il ne craint jamais la navigation en eaux troubles et parvient toujours à mener sa barque à bon port. Avec L’Homme sans passé, il compose une fable sociale mâtinée de fantaisie, tour à tour bouleversante et absurde, déprimée et enchanteresse. Il y est question d’un malchanceux qui perd la mémoire à la suite d’une violente agression. Ésseulé, livré à lui-même, déchu de son identité, il voit les problèmes se multiplier et finit par se retrouver SDF, à la merci d’opportunistes sans scrupules. Et c’est précisément là que la magie opère : par un étonnant tour de passe-passe, le cinéaste finlandais transforme un drame humain en une renaissance salutaire, faisant d’un lieu commun cinématographique – l’amnésie totale – un prétexte aux fausses pistes et aux vraies surprises. Car cet « homme sans passé » va se créer un cercle d’amis, trouver l’amour et se reconstruire entièrement. La confrontation finale, puissante métaphore s’il en est, symbolise à elle seule ce cheminement inattendu. Il y a là, incontestablement, de quoi relativiser les échecs et se questionner quant aux véritables richesses à saisir. Oxygéné par un grotesque subtil, magnifié par un travail technique irréprochable, ce long métrage inclassable rend le système D… délicieux. (8/10)

 

Le Moins : 28 semaines plus tard (2007). Réalisé par l’incontournable Danny Boyle, le thriller horrifique 28 jours plus tard s’est taillé au fil des années une solide réputation. Techniquement exigeant, ce missile cinématographique offrait un avant-goût d’apocalypse et mettait en scène un univers à tout le moins asphyxiant. En se portant candidat pour un deuxième volet, très justement dénommé 28 semaines plus tard, le cinéaste espagnol Juan Carlos Fresnadillo se jetait donc quelque peu dans la gueule du loup. Ne pas décevoir les attentes, parfois démesurées : la tâche n’était certes pas insurmontable, mais en tout cas ardue. Et le contrat n’est qu’à moitié rempli. Si cette course-poursuite mortifère se révèle toujours haletante, on ne peut en revanche que déplorer ses glissements convenus et l’absence de réels enjeux dramatiques. Un gâchis, puisque sa densité considérable pouvait ouvrir bien des perspectives. 28 semaines plus tard mange non seulement à tous les râteliers – la dystopie, le huis clos, l’épouvante, le cinéma gore, le thriller militaire paranoïaque, le film noir –, mais il adopte en plus un ton nihiliste ensauvagé et prend pour cadre une société post-apocalyptique au mieux invivable. Mais, signe de paresse, cette œuvre effrénée et immodérée, à la réalisation plus que correcte, ne prend jamais la peine d’achever les chantiers entamés. Résultat : on effleure les thématiques à défaut de les creuser. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "No" / Le Moins : "Les Misérables" (#10)

Le Plus : "La Mort de Dante Lazarescu" / Le Moins : "Les Revenants" (#9)

Le Plus : "Rengaine" / Le Moins : "Plan 9 from Outer Space" (#8)


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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 09:29

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : No (2012). Disons-le d’emblée : plus qu’un film, No est une vertigineuse plongée au cœur du Chili du général Pinochet, un dictateur implacable, opportunément appuyé par certaines puissances occidentales, les États-Unis en tête. Marchant constamment dans les pas du meilleur cinéma historique, ce chef-d’œuvre signé Pablo Larraín peut se prévaloir d’une sagacité peu commune. Il fait foisonner les sujets de réflexion, attirant le regard, avec justesse, sur ces faits édifiants que l’esprit humain tend à gommer trop rapidement. Mieux encore, il jauge superbement la communication politique, devenue toute-puissante, progressivement mise en scène comme un personnage à part entière. Techniquement, Pablo Larraín opte pour des images uniformisées, cachetées VHS, permettant ainsi aux archives et aux séquences fictionnelles de se confondre. Conséquence directe : la photographie laisse quelque peu à désirer, les couleurs ternes rétrécissant considérablement le champ plastique exploitable. Mais cela n’affecte nullement un long métrage en tout point ingénieux. Le script, quant à lui, a tout du colosse imperturbable : si la campagne référendaire de l’opposition chilienne trace tranquillement une intrigue politique fascinante, elle sert également de prétexte au portrait d’une société profondément divisée, où l’intérêt individuel prime souvent le collectif. Nul doute en tout cas que les cinéphiles se souviendront de No comme de l’une des œuvres les plus abouties de l’année 2012, une authentique claque, magnifiée par la performance de Gael García Bernal, comédien impénétrable et hyper-talentueux. (9/10)

 

Le Moins : Les Misérables (2012). Que l’on se nomme Tom Hooper ou non, remettre le pied à l’étrier après un succès retentissant s’avère toujours complexe. Et lorsque ce succès n’est autre qu’un mastodonte quadruplement oscarisé (Le Discours d’un roi), la tâche se révèle encore plus ardue. Cerise sur le gâteau, Les Misérables, le successeur désigné, a tout de l’exercice casse-gueule : un concept propre à rebuter le public, des vedettes attendues au tournant et une inspiration littéraire adulée par les amoureux de lettres. Malgré cela, personne, ou presque, ne doutait du cinéaste britannique, jugé suffisamment virtuose pour mener à bien ce projet fou. Seulement voilà : il ne faut pas plus de dix minutes pour comprendre que les œufs sur lesquels il marche ont craqué. Car Tom Hooper se contente de faire des pirouettes avec sa caméra, s’adonnant volontiers au cadrage parkinsonien et au montage « clipesque », le tout en adoptant des plans serrés qui privent le public des somptueux décors. Résultat : toute notre attention se concentre sur un défilé de stars poussant maladroitement la chansonnette. Des prestations qui relèvent souvent du calvaire auditif. Et comme rien ne nous est épargné, cette réalisation tremblotante et sans idées dégouline de prétention. Au final, si Hugh Jackman et Anne Hathaway s’en tirent à bon compte et si quelques scènes époustouflantes laissent entrevoir ce que Les Misérables aurait pu être, il n’en reste pas moins qu’une bonne moitié de cette interminable bizarrerie est, au mieux, à jeter aux orties. (5/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "La Mort de Dante Lazarescu" / Le Moins : "Les Revenants" (#9)

Le Plus : "Rengaine" / Le Moins : "Plan 9 from Outer Space" (#8)

Le Plus : "À bord du Darjeeling Limited" / Le Moins : "Le Dernier Rempart" (#7)

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 16:24

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Et cette semaine…

 

Le Plus : La Mort de Dante Lazarescu (2005). Auréolé du Bayard d’Or à l’occasion du dernier FIFF de Namur, Radu Jude y a illustré toute la vitalité du cinéma roumain. Avant lui, des réalisateurs comme Tudor Giurgiu ou Cristian Mungiu avaient déjà marqué les esprits avec des productions de premier choix. Autre maître d’œuvre local : Cristi Puiu, à qui l’on doit notamment l’excellent conte social La Mort de Dante Lazarescu. Sa principale force ?  Filmer en temps réel, avec brio, les déboires d’un vieillard alcoolique livré à lui-même. Pris de céphalées et de douleurs abdominales, le vieux Dante découvre bien malgré lui les joies du système hospitalier. Mais tout cela n’est qu’un prétexte à l’analyse clinique de la Roumanie post-Ceausescu, à la radiographie de l’âme humaine dans toutes ses déclinaisons. D’une densité remarquable, ce joyau brut semble se moquer de la photographie comme d’une déclaration papale. Peut-être parce que son scénario se révèle assez malin et touffu pour nous tenir en haleine pendant les 150 minutes d’un voyage étonnant, nous plongeant au cœur d’une société affectée par la solitude, le manque de communication et le mépris. En quelques mots : un drame social parfois bouleversant, qui n’hésite jamais à étendre sa réflexion. (8/10)

 

Le Moins : Les Revenants (2004). Robin Campillo est un homme de métier. Compagnon de route de Laurent Cantet – le meilleur réalisateur français contemporain ? –, il prend en charge l’écriture de plusieurs de ses films et fait rapidement office de monteur attitré, œuvrant notamment sur l’imparable Entre les murs, primé à Cannes en 2008. Et il ne s’arrête pas là : il endosse la casquette de cinéaste en 2004, avec un ovni atmosphérique nommé Les Revenants. Ce long métrage inclassable, sans égal dans l’industrie hexagonale, s’acoquine à un genre, le fantastique minimaliste, trop rarement exploité. Alors que les morts reviennent à la vie partout dans le monde, Robin Campillo choisit de prendre une ville française pour cadre, étudiant les réactions induites par le retour inattendu de personnes récemment décédées. Au programme : une société contrainte de se réorganiser à la hâte, chapeautée par des mesures politiques incertaines, devant faire face à toutes sortes de contrecoups psychologiques. Le hic, c’est que la réalisation, bien que soignée, se montre désespérément atone. Il ne se passe rien, ou presque, dans ce coin de France où les gens paraissent comme apathiques, voire anesthésiés. Résultat : si la technique est bel et bien au rendez-vous, ce contemplatif Les Revenants tombe en revanche avec maladresse dans le piège des longueurs indésirables et des fautes de rythme. Car si l’on apprécie la tonalité générale, ainsi que quelques bonnes idées, on ne peut par contre que regretter l’absence de tout enjeu dramatique propre à secouer un cocotier finalement peu fructueux. (6/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Rengaine" / Le Moins : "Plan 9 from Outer Space" (#8)

Le Plus : "À bord du Darjeeling Limited" / Le Moins : "Le Dernier Rempart" (#7)

Le Plus : "The Man from Earth" / Le Moins : "Antichrist" (#6)


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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 07:46

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Et cette semaine…

 

Le Plus : Rengaine (2012). C’est peu dire que le drame social français peut compter sur des ambassadeurs de choix. Et aux côtés d’un Laurent Cantet, d’un Cyril Mennegun ou d’un Jacques Audiard figure désormais Rachid Djaïdani, réalisateur sans le sou mais néanmoins père d’un film coup de poing, le bouleversant Rengaine. Travail de fond titanesque, fruit d’un tournage interminable (neuf années), ce long métrage emprunte au documentaire sa grammaire et aligne les séquences filmées caméra sur épaule. Côté scénar, il pose son regard, toujours clinique, sur les clivages raciaux, prenant Paris pour cadre et la haine pour objet. Authentique fable moderne, portrait sociétal sans concessions, cette œuvre évoque avec pertinence le parcours d’un couple métissé rêvant de mariage, mais avançant sur le fil du rasoir et se heurtant à toutes sortes de jugements, voire de mises en garde. À la fois subtil et brutal, poignant et révoltant, Rengaine porte en tout cas bien son nom : il ne cesse de marteler son message, sans larmes ni poncifs. Au final, on regrettera juste une chose : la négation de l’esthétique. (8/10)

 

Le Moins : Plan 9 from Outer Space (1959). Ed Wood, vous connaissez ?  Mégalomane à l’ambition surdimensionnée, cet éternel incompris rêvait de conquérir le septième art en dépit d’une médiocrité incomparable. Hyper-déterminé, voire carrément obsessionnel, il se présentait volontiers comme le mal-aimé de l’industrie cinématographique. Plan 9 from Outer Space symbolise à merveille sa carrière, faite de longs métrages foireux et d’aspirations brisées. Devenue anthologique, cette succession de scènes insensées tourne rapidement en eau de boudin et voit chaque entreprise sombrer dans le n’importe quoi le plus total. Trois bouts de ficelle, des décors en carton-pâte et, surtout, une flopée de mauvaises idées : Plan 9 compte plus d’absurdités que toute la filmographie des Monty Python réunie. Du maquillage à la narration, des comédiens à la mise en scène, tout se révèle ridicule à souhait. Savoureux pour ses innombrables failles, ce film aura au moins le mérite de faire passer l’œuvre de Steven Seagal pour du premier choix. C’est dire si cela relève quelque part de la prouesse. (1/10)

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 08:28

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Et cette semaine…

 

Le Plus : À bord du Darjeeling Limited (2007). Sans forcément révolutionner la comédie anglo-saxonne, Wes Anderson a su y imposer sa griffe, singulière et distinguée. Devenu au fil du temps une véritable institution cinématographique, reconnue de tous, auréolée de succès remarquables – et remarqués –, le réalisateur n’a pas tardé à s’entourer d’une troupe de fidèles, parmi lesquels figure l’omniprésent Bill Murray, monstre sacré du septième art s’il en est. Chacun de ses films fait d’ailleurs couler l’encre, suscitant la curiosité tant de la critique que d’un public désormais fidélisé. Plutôt logique quand on sait que ses deux dernières productions, Fantastic Mr. Fox et Moonrise Kingdom, frôlent clairement la perfection – si tant est qu’elle existe et que l’on puisse en définir les attributs. À bord du Darjeeling Limited précède justement ces deux monuments dans la filmographie du metteur en scène. Il réunit un trio d’acteurs premium, composé des complices Jason Schwartzman, Owen Wilson et Adrien Brody, dans une quête familiale et identitaire burlesque, parfois mâtinée de mélancolie. Frappée d’une photographie très colorée, cette comédie, délocalisée en Inde, se bonifie avec des dialogues mordants et quelques touches salvatrices d’exotisme. Virtuose, Wes Anderson manie toujours la caméra avec autant d’aisance, se permettant même de solliciter la symétrie et d’appréhender chaque plan avec un souci manifeste du détail. Sa réalisation rythmée, son sens du loufoque et ses personnages attachants font le reste : ils confèrent au Darjeeling Limited une aura particulière, dont peu d’œuvres peuvent réellement se prévaloir. Du cinéma comique pour adultes, qui s’inscrit sans complexe parmi les plus belles réussites d’un créateur jamais en panne d’idées. (8/10)

 

Le Moins : Le Dernier Rempart (2013). Impossible d’évoquer le cinéma sud-coréen sans citer le nom de Kim Jee-woon, le réalisateur totalement décomplexé et hyper-talentueux des flamboyants J’ai rencontré le Diable et A Bittersweet Life. Alors, forcément, quand ce dernier décide de remettre en selle le sexagénaire Arnold Schwarzenegger, acteur ankylosé et gouverneur à la retraite, cela ne peut qu’éveiller notre intérêt. Pourtant, la bombe tant espérée s’apparente plutôt à un pétard mouillé. Le Dernier Rempart a d’ailleurs tout du film indéfendable, Kim Jee-woon ayant décidé de taire son audace pour mieux rentrer dans le rang hollywoodien. Résultat : le scénar est archi-convenu et la plupart des scènes se révèlent anémiques, voire gentillettes. Bien que le Sud-Coréen soit l’un des cinéastes les plus habiles de sa génération, on déplore l’absence de tout parti pris esthétique. Et il y a fort à parier que le public le moins avisé prendra ce créateur anesthésié – comateux ? – pour un manchot peu inspiré. Un gâchis au mieux regrettable. Car si l’ensemble tient la route et sort les griffes à l’occasion, il se situe tout de même trois crans en deçà du niveau habituellement affiché par le réalisateur. Pis encore : cette histoire de shérif pantouflard mettant à mal un gang mortifère portait en elle ses propres limites et ne pouvait dès lors s’élever qu’en pratiquant le hors piste, chose apparemment inconcevable ici. Papy Schwarzy ?  Jamais mauvais – ni brillant –, le « chêne autrichien » paraît inchangé et, surtout, increvable. Il s’essaie même à l’autodérision, assurant une prestation globale qui devrait en toute logique contenter ses nombreux fans. Mais cela ne suffira pas à sauver Le Dernier Rempart, qui se traîne trop souvent dans son ornière, devenue à certains égards foncièrement indigeste. Au final, cela reste de la série B pure race, menée tambour battant, mais par trop balisée. De quoi décevoir les amateurs d’un Kim Jee-woon habituellement bien plus à son avantage. (6/10)

 

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 09:18

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : The Man from Earth (2007). Au-delà de la « simple » musculation de méninges, The Man from Earth rappelle d’abord aux cinéphiles désenchantés que les producteurs, en dépit d’une toute-puissance jalousement défendue, n’auront jamais raison de ce cinéma iconoclaste qui refuse les sentiers battus, qui demeure capable d’épouser la réflexion pure et d’en faire son axe central. Si le terrain de jeu de Richard Schenkman se limite ici à l’essentiel – de la science-fiction minimaliste à huis clos –, le réalisateur démontre en revanche avec brio qu’il y règne en maître. Esthétiquement modeste, ce long métrage sorti de nulle part, guidé par la règle des trois unités, repose exclusivement sur une idée casse-gueule, mais à tout le moins admirablement exploitée. Pourtant, les raisons de douter étaient légion : un pilote inconnu, des mécaniciens de troisième rang, un circuit aux contours mal définis et des virages propres aux dérapages incontrôlés. Sans compter que le scénario a sans doute fait froncer plus d’un sourcil. Le cinéaste met en scène un professeur sur le départ qui révèle à ses collègues qu’il a traversé les époques, arborant pas moins de 14 000 ans au compteur. Tout au long du film, il cherchera à les convaincre de sa sincérité, alors que leur expertise respective devrait logiquement leur permettre de déceler la moindre incohérence dans son discours. Un pitch apparemment simpliste. Mais, à mesure que se déroule le récit, de multiples ramifications se font jour et Richard Schenkman s’aventure dans des voies tant inattendues que jubilatoires. Jamais cousu de fil blanc, The Man from Earth revisite l’Histoire, sème les pistes de réflexion et pose un regard pertinent sur les comportements humains. À la fois linéaire et interdisciplinaire, cet authentique trésor enfoui rebondit, toujours avec superbe, sur les révélations de John Oldman, un héros au patronyme pas tout à fait anodin. Les parcelles historiques narrées s’agencent parfaitement et finissent par s’apparenter aux pièces d’un puzzle complexe, revu et corrigé par l’auteur et scénariste Jerome Bixby, bigrement inspiré pour le coup. Au final, on applaudit des deux mains devant ce conte surréaliste qu’aucun protagoniste ne parviendra jamais à réfuter. (9/10)

 

Le Moins : Antichrist (2009). Lars von Trier est un type complexe. Un cinéaste de génie doublé d’un provocateur sulfureux. Antichrist, son inclassable thriller érotico-horrifique, donne à voir ces deux facettes indissociables, mariant notamment une construction plastique enchanteresse à la répugnance la plus absolue. Les premières minutes du film ont tout de l’exercice de style et s’avèrent parfaitement maîtrisées par le réalisateur danois, qui convie à la fois une photographie mirifique et un cadrage tatillon, le tout épaulé par des ralentis opportuns. Le hic, c’est que sa locomotive déraille ensuite à tout-va. Se servant de la psychologie comme d’un paravent, Lars von Trier s’adonne à tous les excès, laissant son œuvre sombrer dans des scènes sexuelles aussi explicites qu’absurdes, parasitées qui plus est par d’illusoires transgressions de genres. La femme, tour à tour castratrice, dérangée et mesquine, se voit renvoyée à quelques clichés réducteurs, tandis que les vilenies du couple (pourtant convaincant) Charlotte Gainsbourg-Willem Dafoe laissent franchement perplexe. Pire : Antichrist peine rapidement à invoquer l’alibi de l’histoire d’amour à reconstruire et dérive jusqu’à épouser les traits d’une créature hybride qui manque assurément de suite dans les idées. À mille lieues du sublime Melancholia, il finit par se noyer dans un océan d’horreur grotesque, hypertrophiée et malvenue. Sadisme, cruauté et vulgarité aboient alors à qui mieux mieux, tandis que la tension obscure promise prend la forme d’une terreur vaine. Fâcheux sur toute la ligne. (4/10)


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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 17:03

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Et cette semaine…

 

Le Plus : Hunger (2008). Quand il décide de délaisser l’art contemporain pour se consacrer au cinéma, Steve McQueen se doute forcément que beaucoup l’attendront au tournant. Mais, à ceux-là, il adresse un pied de nez remarqué en entamant sa carrière de cinéaste sur les chapeaux de roues, faisant de Hunger, son premier essai, une œuvre hyper-maîtrisée, dotée de surcroît d’une beauté plastique à couper le souffle. Rappelez-vous : l’ovni Shame, sorti en 2011, faisait la part belle à la sexualité débridée et observait sans réserve les désirs incontrôlés. Hunger, bien qu’il s’inscrive dans un registre tout à fait différent, se révèle au moins aussi explosif, et encore davantage subversif. Dépeignant froidement les conditions de détention des prisonniers politiques de l’IRA, revenant sans ambages sur leurs revendications, Steve McQueen témoigne surtout de leur désarroi, par le biais de plans-séquences minutieusement calibrés, souvent filmés au moyen d’une caméra fixe. Porté par l’impeccable Michael Fassbender – un futur géant du septième art –, Hunger étudie l’expression des corps, leurs limites, leurs séquelles. C’est ainsi que la grève de la faim orchestrée par les détenus prend une ampleur dramatique presque insoutenable. Ce long métrage, malgré un caractère taiseux assumé, en dit long sur les combats politiques qui ont agité la Grande-Bretagne dans les années 1980. Techniquement époustouflant, il se démarque par une photographie somptueuse, un cadrage millimétré et des séquences relevant sans conteste du travail d’orfèvre. Un coup de maître à la fois éprouvant et stimulant, qui place définitivement Steve McQueen parmi les grands espoirs du cinéma, aux côtés des excellents Jeff Nichols, Ben Affleck, Andrew Dominik ou encore Derek Cianfrance. (9/10)

 

Le Moins : Die Hard : Belle journée pour mourir (2013). Si la saga Die Hard a dans un premier temps révolutionné le film d’action, elle a fini par sombrer dans le n’importe quoi le plus absolu. En cela, elle se montre révélatrice de la fumisterie de toutes ces suites hollywoodiennes « bankables » totalement dépourvues d’idées porteuses. Le dernier volet en date, réalisé par le très rentre-dedans John Moore, laissait franchement présager le pire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il tient toutes ses promesses. D’une médiocrité comparable à celle d’un Max Payne – du même cinéaste ! –, il met l’humour à la diète, comme pour signifier qu’il se prend au sérieux, ce que tout spectateur doté d’une once de raison considérera en toute logique comme de la pure folie. Le vieillissant Bruce Willis, peu convaincant, doit composer avec un scénario creux où les incohérences pullulent, une sorte de florilège des intrigues les plus pathétiques jamais portées au cinéma. Ni son overdose de cascades gratuites, ni ses effets spéciaux numériques bas de gamme, pas plus que sa photographie bleuette indigeste, ne sauveront ce lamentable Die Hard de la déroute. De cette vulgaire série B bodybuildée, il ne restera finalement qu’une surabondance de clichés, un sentimentalisme triomphant et une dose éléphantesque d’inintelligence. (2/10)

 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 08:12

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Et cette semaine…

 

Le Plus : Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988). Quand le fantaisiste Robert Zemeckis (la saga Retour vers le futur, Flight, Forrest Gump) décide de mélanger prises de vue réelles et cinéma d’animation, cela donne l’inénarrable Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, une œuvre à la fois inclassable et pourtant résolument familière. Au programme : le monde enchanté des « toons », contraint de se frotter à celui des hommes, souvent malicieux et hypocrite. D’une qualité technique irréprochable, ce film survitaminé multiplie les trouvailles visuelles, ne se montre jamais avare de gags et parvient avec maestria à fédérer les générations. Refusant de sacrifier les traits d’esprit sur l’autel du burlesque, il s’attelle tant au fond qu’à la forme. Et si la recette de ce mets raffiné est largement connue – un univers habilement construit, tant crédible que jubilatoire –, peu de cinéastes se révèlent capables de cuisiner les images si brillamment. (8/10)

 

Le Moins : Délire Express (2008). Et si la comédie américaine se résumait désormais à lui ?  La question ne semble pas tout à fait hors de propos. D’autant plus que le très prolifique Judd Apatow – réalisateur, producteur et scénariste – accumule les succès avec une précision d’horloger. Mieux : le Frat Pack de Ben Stiller, Will Ferrell et Steve Carell ne demande qu’à lui emboîter le pas, tandis que des cinéastes comme Nicholas Stoller, Adam McKay ou Greg Mottola paraissent entièrement acquis à sa cause. Du coup, son illustre écurie ne cesse d’accueillir de nouveaux poulains. Et certains vont jusqu’à évoquer une certaine filiation avec… Woody Allen. Pourtant, l’omniprésent Apatow présente une filmographie parfaitement inégale, qui s’élève rarement à la hauteur d’un Edgar Wright (Shaun of the Dead, Scott Pilgrim) ou d’un Wes Anderson (Moonrise Kingdom, Fantastic Mr. Fox). Délire Express, une parodie de film d’action signée David Gordon Green, ne déroge pas à la règle. Manquant clairement de génie – malgré les dialogues bien ciselés de Seth Rogen et Evan Goldberg –, le film se contente de poncifs et entend endosser des habits bien trop larges pour lui. Fragile buddy movie, trop superficielle, cette production « apatowienne » a beau carburer à la marijuana, elle oublie de se défoncer et se contente de paresseux écrans de fumée. Une comédie tant hallucinée que confuse. Vite vu, vite oublié. (6/10)


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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 08:09

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Et cette semaine…

 

Le Plus : Happiness Therapy (2012). Quand l’amour est porté au cinéma, cela donne souvent lieu à des œuvres à l’eau de rose, aux glissements convenus ou au pathos indigeste. C’est donc en toute logique que le public sourcille quelque peu lorsque David O. Russell décide d’embrasser le genre, toujours plus casse-gueule que réellement enthousiasmant. Mais le réalisateur des implacables Fighter et Les Rois du désert ne se fourvoie pas. Au contraire. Galvanisé par un casting indiscutable – l’oscarisée Jennifer Lawrence et le trop rare Bradley Cooper –, Happiness Therapy se distingue nettement de ses pairs, se singularisant surtout par son cadre franchement saugrenu et ses traits d’humour habilement distillés. C’est ainsi que l’on braque l’objectif sur deux personnages parfaitement névrosés, injustement détraqués par les épreuves qu’ils traversent, mais qui, étonnamment, se bonifient mutuellement. Lancés dans une sorte d’apprentissage émotionnel, celui de la stabilité et du plaisir, ils vont progressivement regoûter à la vie. Avec subtilité, le long métrage parvient à échapper aux écueils de la comédie sentimentale : il diversifie les thématiques rencontrées – le décès, l’adultère, la famille, l’amour, la maladie, les préjugés – et refuse toute facilité narrative. Bénéficiant d’une solide direction d’acteurs – la renaissance de Robert De Niro en atteste largement –, Happiness Therapy se révèle en outre rythmé, amusant et adroitement photographié. On regrettera cependant que cette mécanique bien huilée, jamais lacrymale, dérape légèrement au dernier virage, épousant une conclusion par trop attendue. (8/10)

 

Le Moins : Lunes de fiel (1992). Aucun cinéphile ne peut l’ignorer : l’intérêt de Roman Polanski pour la gent féminine et les relations de couple s’est imposé au fil des années comme une évidence. Mais là où il excellait avec des réalisations comme Tess ou Le Couteau dans l’eau, il se prend ici clairement les pieds dans le tapis qualitatif. Déroulant un récit cyclothymique à double lecture, le cinéaste franco-polonais pose son regard – névrosé ? – sur la perversité, la jalousie, la manipulation ou encore la folie. Au travers de quatre personnages animés par des désirs incontrôlables, il se plaît à bousculer les conventions pour mieux inscrire son œuvre dans le cadre tragique des relations toxiques, au mieux hautement destructrices. Mais son Lunes de fiel, grossièrement photographié, aligne les fautes de rythme et présente quelques longueurs superflues. Et, encore plus fâcheux, il souffre considérablement de ses excès, comme anesthésié par ses propres outrances scénaristiques. C’est ainsi que les dialoguistes s’adonnent aux pires caricatures et que, faute de subtilité, l’insolite Polanski verse parfois dans un érotisme soft de mauvais goût. Le verdict est sans appel : tout juste à la hauteur d’un téléfilm ambitieux. (5/10)


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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 11:08

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : A History of Violence (2005). Maître à penser des estimés Scanners et La Mouche, le touche-à-tout David Cronenberg nous gratifie ici d’un énième tour de force. Au menu : apparences trompeuses, sentiments réprimés et crédulité de l’Amérique profonde. Et si le récit peut paraître par trop linéaire, c’est pour mieux enfermer le public dans l’entonnoir – jubilatoire – de la violence et de la dualité humaine. Aidé en cela par un script de qualité, le ténébreux réalisateur canadien s’attaque, à travers l’histoire d’un gangster repenti, aux thèmes du passé, qui finit toujours par nous rattraper, et du cocon familial, que l’on cherche à préserver à tout prix. Inclassable, lorgnant parfois le body count, A History of Violence peut en outre capitaliser sur un Viggo Mortensen des grands jours. Une certitude : on a rarement revisité la société américaine (ses héros, ses médias, ses valeurs) avec tant d’adresse. (9/10)

 

Le Moins : Gangster Squad (2013). Pour peu, le dernier film de Ruben Fleischer (à qui l’on doit notamment Zombieland) nous ferait presque penser à ces jeunes filles à la plastique parfaite, mais totalement dénuées d’intérêt. On tombe immédiatement amoureux de l’emballage, mais l’on prend ses jambes à son cou une fois la coquille vide démasquée. Avec son casting de rêve, son scénario gribouillé sur un coin de table et sa réalisation sans inspiration, Gangster Squad supporte en effet sans mal la comparaison. Les plus optimistes affirmeront sans doute que la photographie, la distribution et les nombreux traits d’humour suffisent à sauver les meubles. Admettons. Mais l’on nous promettait un imparable film noir, où des policiers incorruptibles traqueraient avec bravoure des mafieux sans pitié. Une œuvre salvatrice à inscrire d’urgence au panthéon du genre. Un peu médusés, on découvre finalement une sorte de Parrain du pauvre, un (trop) long métrage peu original, très bavard, désespérément convenu et parfois même involontairement parodique. Alors, forcément, la déception est au rendez-vous. (6/10)


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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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