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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 05:41

Depuis le triplement des frais de scolarité décrété par le gouvernement Cameron, les étudiants britanniques du supérieur éprouvent les pires difficultés à joindre les deux bouts.

 

David Cameron est homme à afficher ses convictions. Succombant d’emblée aux sirènes de l’austérité, il pilote depuis sa prise de fonction un plan de rigueur aussi brutal que contre-productif. Aussi, à mesure que s’installe la récession, les victimes de sa politique sortent de l’anonymat. Parmi elles, on recense les quelque 350 000 jeunes Britanniques qui se frottent actuellement aux mesures mises en place par sa coalition gouvernementale en matière de frais de scolarité. Contraints de s’endetter pour étudier, ils hypothèquent leur avenir au moment même où ils s’échinent à le préparer au mieux.

 

En effet, depuis l’année dernière, les étudiants ont la charge de l’ensemble des frais induits par leurs études supérieures. Cela s’étend des droits d’inscription aux dépenses courantes. Le Times donne à cet égard un ordre de grandeur à tout le moins éloquent : les universités occasionneraient en moyenne des coûts de 9000 livres, soit 10 501 euros. Une somme qui s’explique largement par le triplement des frais de scolarité décidé par les troupes de David Cameron.

 

À ceux qui se réfugient volontiers derrière le paravent des prêts consentis par l’État, rappelons d’entrée de jeu que le plafond de 5500 livres (6418 euros) est bien loin de couvrir les montants cumulés du loyer, des transports, de la nourriture et des fournitures. Sans compter qu’avec les rigoureuses modalités de remboursement, les candidats emprunteurs risquent fort de se retrouver pieds et poings liés. L’argument du crédit public se révèle par conséquent aussi spécieux que la démocratisation des meilleures écoles est illusoire.

 

Un cursus universitaire qui se solde par une dette de 50 000 euros

 

Les chiffres avancés par le Times ont de quoi faire froid dans le dos. Cette année, les étudiants de premier cycle devraient quitter l’université lestés d’un engagement dépassant les 43 500 livres, soit environ 50 700 euros qu’il leur faudra rembourser à l’État. Cerise sur le gâteau : des dettes privées, parfois colossales, viennent encore se greffer à cette note déjà – bien trop – salée.

 

Aussi, les apprenants ne pouvant se reposer sur les largesses de parents fortunés se verront certes nantis d’un enseignement de qualité, mais crouleront avant tout sous un passif inédit jusqu’alors. Ceux qui auront la chance de décrocher un poste en adéquation avec leur formation devront par conséquent consentir à vivre avec des revenus sévèrement ponctionnés, remboursement des emprunts oblige. Les autres, ceux dont le cursus a été interrompu prématurément ou dont le salaire s’avère insuffisant, n’auront plus qu’à espérer s’en tirer avec les moyens du bord. Un péril financier bien réel, mais qui demeure cependant largement sous-estimé tant par les étudiants que par leur famille. Un pari d’autant plus risqué que, sous les effets conjugués de la récession et de l’inflation des diplômes, le précieux sésame universitaire n’est plus un gage de prospérité.

 

Le prix du savoir

 

Les nouveaux emprunts octroyés par les autorités britanniques s’étendent sur 30 ans. Les intérêts réels commencent à être perçus au moment même où le crédit est émis. Les taux se maintiennent dans un premier temps à un niveau de 3 % au-dessus de l’inflation, applicable tout au long du cursus universitaire. Ainsi, l’étudiant moyen aura déjà cumulé 3000 livres d’intérêts (3503 euros) quand il obtiendra son diplôme. Par la suite, le taux rejoint strictement l’inflation et se contente d’évoluer parallèlement à elle jusqu’à ce que la personne concernée touche plus de 21 000 livres par an. À ce moment-là, la dette reprend sa hausse en termes réels et doit commencer à être remboursée. Dans les faits, cela correspond souvent précisément à l’instant où les bénéficiaires des crédits publics entendent acheter un logement et fonder une famille. Une concomitance propre à décourager les jeunes Britanniques, alors même que Londres a un besoin manifeste de travailleurs hautement qualifiés.

 

 

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 05:09

Alors que les déclinistes ne savent plus à quel chiffon rouge se vouer, blâmant sans relâche l’Europe, l’analyse factuelle apporte un éclairage inattendu sur l’état de santé du vieux continent. Si la crise de la dette polarise toutes les attentions, l’Union ne peut en aucun cas s’y résumer. Au contraire, elle a plus que jamais de belles cartes à jouer. Explications.

 

La crise de l’euro ne cesse de mettre à mal le vieux continent. Placés sous la coupe de marchés financiers irascibles, et ne jurant plus que par une rigueur hautement contre-productive, chefs d’État et de gouvernement foncent droit dans le mur budgétaire. L’extrême fragilité des Méridionaux, couplée à une activité économique morose, prédispose l’Europe aux débâcles en tout genre. Et la construction communautaire, en raison de ses innombrables – et innommables – imperfections, se montre au mieux inapte à sauver les meubles, au pire foncièrement autodestructrice. L’entité continentale imaginée par les pères fondateurs a désormais tout du canard boiteux irrécupérable : la faiblesse, le discrédit, le manque de courage, l’absence de vision, l’obsession du court-termisme. Voilà, grossièrement résumé, le discours qui prévaut actuellement dans les milieux autorisés. Décliné à l’infini, il a (presque) valeur de dogme. L’analyse factuelle suppose pourtant de nuancer ce portrait hâtif et caricatural, voire de le réfuter purement et simplement. Mieux, elle tourne définitivement le dos aux sophismes et contre-vérités tenant lieu de certitudes inébranlables. Ainsi, les élucubrations sans fin des déclinistes et autres eurosceptiques ne supportent pas une seconde l’épreuve des faits. Car, malgré la crise de la dette, l’Europe conserve de beaux restes et fait sans conteste figure de superpuissance qui s’ignore.

 

Non seulement l’intégration communautaire a stabilisé et pacifié la région, mais elle a également contribué, notamment via les Fonds structurels, au développement des États membres qui accusaient un retard patent, à l’instar de la Grèce, de l’Espagne, de l’Irlande ou du Portugal. Aujourd’hui, l’Union, prise dans son ensemble, constitue la première économie mondiale et le deuxième budget de défense derrière les États-Unis. Sa force de frappe diplomatique, sans égale ou presque, repose sur un vaste réseau d’ambassadeurs, connecté à la planète entière. Comptant plus de 66 000 soldats déployés à travers le monde et des effectifs comparables à ceux de Washington, l’Europe peut en outre s’enorgueillir d’équipements de pointe et de dépenses militaires cumulées représentant environ 20 % du total absolu – contre 4 % seulement pour la Russie. Autrement dit, ses armées ont largement de quoi taper dans l’œil : elles s’avèrent à la fois modernes, puissantes et bien entraînées. Les nombreuses installations basées à l’étranger se veulent quant à elles autant de points stratégiques de coordination et d’action, indispensables à qui entend peser dans un paradigme multipolaire. N’oublions pas non plus que la France et la Grande-Bretagne disposent de l’arme nucléaire et siègent au Conseil de sécurité de l’ONU, organe de décision de première importance s’il en est. Et, comme en témoignent les épisodes libyen, malien, géorgien ou kosovar, certains États membres n’hésitent pas à intervenir pour remettre de l’ordre sur la scène internationale. Enfin, plus généralement, le vieux continent présente un PIB par habitant en termes de pouvoir d’achat presque quatre fois plus élevé que la Chine. Quant à son rayonnement culturel et scientifique, il n’a rien, ou si peu, à envier aux États-Unis et au Japon.

 

L’Europe et le paradigme multipolaire

 

La boutique européenne voit poindre une menace de taille : un déclin relatif, mais inexorable. Alors que le vieux continent a mené la danse pendant plus de quatre siècles, il a dû se faire une raison et, en toute logique, passer le relais aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Une région minée par les conflits, en pleine phase de reconstruction, ne pouvait en effet raisonnablement prétendre au titre de chef de file d’une communauté internationale plus que jamais en quête de repères.

 

Aujourd’hui, alors que s’impose le paradigme multipolaire, la Chine, le Brésil, l’Inde et la Russie s’affirment toujours plus. Le fossé entre pays émergents et riches s’amenuise à vue d’œil. Depuis 1945, le rattrapage ne cesse d’ailleurs de s’accélérer, tant et si bien que d’aucuns évoquent désormais la toute-puissance des BRICS, présentés à mots couverts comme les nouveaux maîtres des relations économiques et géopolitiques. Pourtant, les interconnexions, voire les interdépendances, appellent à la retenue : jamais auparavant, les nations n’avaient été autant liées entre elles, ce qui suppose – au moins – un partage des fruits de la croissance. Car là où des crises systémiques peuvent frapper, il existe forcément des profits à mutualiser. La logique de la socialisation vaut évidemment dans les deux sens. Et, à ce jeu-là, l’Europe s’en tire avec les honneurs.

 

L’Europe, juste une mauvaise passe ?

 

Si l’Union valse depuis plusieurs années au rythme des crises, les États membres présentent néanmoins un endettement moyen inférieur à celui du Japon, du Canada, de l’Égypte, de Singapour ou des États-Unis. Et bien que plusieurs poids lourds européens – France et Italie en tête – accusent un déficit structurel alarmant, il reste que les traités et dispositifs récemment ratifiés visent justement à encadrer et prévenir tout dérapage jugé excessif. Un garde-fou communautaire dont peu de pays en dehors de l’Union peuvent réellement se prévaloir. Et si l’on en croit le FMI, les États-Unis connaîtront un déficit public trois fois plus élevé que le vieux continent en 2013. De quoi définitivement faire taire les mauvaises langues. D’autant plus que les économies européennes figurent, encore et toujours, parmi les plus concurrentielles du monde. À cet égard, il est intéressant de constater que la zone euro représente 15,6 % du total des exportations, contre seulement 8,3 % pour les États-Unis et 4,6 % pour le Japon. Pas mal pour un canard boiteux, non ?

 

Alors, comment expliquer cette défiance durable des investisseurs ?  Il convient d’abord de préciser que tous les pays européens ne sont pas, en la matière, logés à la même enseigne : l’Allemagne et la France, par exemple, bénéficient de taux d’intérêt dérisoires, les plus bas jamais enregistrés. Ensuite, il faut tenir compte de l’absence de gouvernement économique, quand d’aucuns réclament une instance décisionnelle aux pouvoirs coercitifs. L’intégration politique demeurant le parent pauvre de la construction communautaire, les marchés ont tendance à faire des pays périphériques les ambassadeurs macroéconomiques du continent. Des baromètres par défaut en quelque sorte, qui se situent pourtant à mille lieues des tendances relayées par les principaux agrégats. Car la fracture entre le Nord et le Sud divise l’Europe en deux zones aux fondamentaux disparates. À moins de mélanger les torchons et les serviettes, les performances des uns ne peuvent en aucun cas être assimilées à celles des autres.

 

Ultime preuve de sa vitalité, l’Europe se pose en interlocuteur de choix sur le continent asiatique. Elle constitue le premier partenaire commercial de la Chine, le deuxième de l’Inde et de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), le troisième du Japon et le quatrième de l’Indonésie. Des interconnexions à tout le moins capitales alors même que l’Asie affiche une croissance effrénée (insolente ?) et tire l’économie mondiale vers le haut.

 

Déficit démocratique

 

S’inscrire en faux contre l’euroscepticisme est une chose ; pratiquer la politique de l’autruche en est une autre. C’est pourquoi il convient parfois de faire cause commune avec les opposants à l’UE en vue de pointer du doigt certains dysfonctionnements manifestes. À ce titre, la question de la légitimité de certaines institutions, Eurogroupe en tête, revient sur la place publique à intervalles réguliers. Et ne manque pas d’en appeler d’autres.

 

Les gouvernements nationaux, qui résultent du suffrage direct, nomment les membres de la Commission, avant que le Parlement ne se prononce pour avaliser ou recaler les candidatures. Jusqu’à présent, l’édifice communautaire a toujours carburé à l’intergouvernementalisme, une mauvaise habitude vieille comme la CECA, qui paralyse toute démocratisation de l’Europe. Un modus operandi qui permet surtout aux États de conserver jalousement leurs prérogatives décisionnelles. Pis, le Parlement, seule instance directement élue par les peuples, doit se contenter d’un rôle déconsidéré. Non seulement l’initiative législative lui échappe, mais, en outre, nombre de matières ne relèvent pas de sa compétence. Ces champs d’action n’impliquent donc pas la procédure de codécision si chère aux démocrates et aux parlementaristes. Signe probant de cette toute-puissance des nations : depuis le début de la crise de la dette, les eurodéputés, marginalisés, n’ont jamais eu voix au chapitre, se laissant même déborder par… le Bundestag !  On comprend dès lors d’autant mieux pourquoi l’Union voit son image s’écorner.

 

Déjà considérée comme non représentative, l’Europe est en plus accusée de faire sortir un nombre croissant de matières de la sphère politique nationale, réduisant par là le pouvoir des gouvernements en place. Cela a le don d’envenimer les débats et de faire hurler nationalistes, souverainistes ou encore protectionnistes. Plus grave : les peuples finissent par craindre une confiscation de la marche de leurs affaires publiques. Ils sont toujours plus nombreux à estimer que les scrutins nationaux permettent de changer de gouvernement, mais pas de politique – définie et encadrée, selon eux, par la seule UE. Il y a là, au minimum, un vice de communication de la part des institutions communautaires. Car si la maison commune a les murs qui penchent et les vitres brisées, elle a néanmoins offert un toit et des sanitaires à ses hôtes. En d’autres termes, il ne faudrait surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Qui peut d’ailleurs dire à quoi ressemblerait la Hongrie de Viktor Orbán sans les prescriptions européennes ?  Et quid du développement économique de l’Espagne, de l’Estonie ou de l’Irlande ?

 

Démographie : il est encore temps d’agir

 

D’après les chiffres fournis par le Bureau européen des statistiques, la population de l’UE devrait passer de 504 millions aujourd’hui à 525 millions en 2035, avant de légèrement fléchir pour s’établir finalement à 517 millions en 2060. À titre de comparaison, les États-Unis frôleraient quant à eux les 400 millions d’habitants à l’horizon 2050.

 

Le hic, c’est que la population européenne vieillit inexorablement. Cette année, la quantité de personnes en âge de travailler commencera à se réduire. De 308 millions aujourd’hui, on se situera en toute logique aux alentours des 265 millions en 2060. Résultat : le ratio de dépendance des plus âgés – le nombre des plus de 65 ans rapporté au total des personnes en âge de travailler – s’envolera littéralement, de 28 % en 2010 à 58 % en 2060. De quoi clouer par la peur plus d’un démographe.

 

Mais ne prenons pas des vessies pour des lanternes. La quasi-totalité des grandes puissances doit faire face au vieillissement de sa population et cherche à en limiter les dégâts. À cet égard, la Chine et le Japon s’avèrent particulièrement touchés, tandis que l’Europe s’en tire plutôt à bon compte. La Grande-Bretagne présente d’ailleurs des perspectives équivalentes à celles des États-Unis, le bon élève en la matière. Mais il n’empêche qu’un tel phénomène démographique constitue une réelle menace pour l’équilibre des budgets affectés aux dépenses de retraite. Et, pour apporter une réponse politique opérante à ce défi, les pays membres de l’UE vont devoir s’activer sans tarder.

 

Ainsi, une immigration dûment considérée permettrait non seulement de lutter contre le recul numérique, mais aussi d’impacter positivement la (désormais fameuse) pyramide des âges. Et quoi de mieux, pour sauver les systèmes de retraite européens, qu’une hausse modérée des cotisations doublée d’un allongement des carrières ?  Des mesures à compléter, au besoin, par une politique volontariste en matière de natalité (allocations majorées, progression de l’offre de places en crèche, promotion de l’horaire flottant, facilités diverses, etc.). Ne croyez surtout pas les marchands de sable : si l’enjeu démographique est assurément de taille, il est encore temps d’agir. D’autant plus que les prévisions européennes s’avèrent bien moins alarmantes qu’ailleurs.

 

 

Lire aussi :

UE : l’austérité, un épouvantail contre-productif

Dijsselbloem, l’encombrant compromis franco-allemand

Chômage : l’Europe en quête de remèdes – LSV #5

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 05:40

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© Mayk

 

Berlin s’en frotte les mains. Et ses entrepreneurs ont le sourire aux lèvres. Pour la seule année 2012, la première économie de la zone euro a absorbé plus d’un million d’immigrés, soit un record absolu depuis 1995. La plupart d’entre eux viennent de Pologne (176 000), de Roumanie (116 000) et de Bulgarie (59 000). L’Europe centrale et orientale se taille ainsi la part du lion et se pose en principale pourvoyeuse de main-d’œuvre étrangère. Mais les pays méridionaux, gravement impactés par la crise, ne sont pas en reste. Au contraire. L’Espagne (50 000), l’Italie (42 000), la Grèce (34 000) et le Portugal (12 000) connaissent un sursaut migratoire aussi soudain que spectaculaire. La ministre allemande du Travail, Ursula von der Leyen (CDU), n’a pas tardé à commenter ces chiffres : « Cet afflux est une chance énorme, car cette nouvelle vague d’immigrés est plus jeune et mieux formée. »

 

Selon l’Office fédéral de la statistique, l’immigration teutonne enregistre une croissance de 13 % par rapport à l’année 2011. Un bond important, mais néanmoins insuffisant au regard des dizaines de milliers de postes toujours vacants, notamment dans le secteur des soins. C’est la raison pour laquelle un nouveau règlement sur l’emploi, visant à ouvrir le marché du travail aux étrangers, entrera prochainement en vigueur. Cette réforme a pour but de stimuler une immigration « spécialisée », hautement qualifiée. À souligner : il y a là, incontestablement, de quoi tordre le cou à tous les lieux communs faisant des étrangers d’authentiques boucs émissaires socioéconomiques.

 

L’État stratège

 

L’Allemagne a de la suite dans les idées. Plutôt que de subir l’immigration, elle l’orchestre. Alors que sa démographie décline, que sa pyramide des âges vacille et que son industrie présente un besoin urgent de main-d’œuvre, elle joue à fond la carte des flux migratoires, qui tiennent désormais lieu d’aubaine. À l’opposé : les pays d’origine, où l’exil de masse occasionne des contrecoups aussi perceptibles qu’irréparables. Car l’archétype du travailleur émigré, c’est avant tout le jeune diplômé dont les perspectives s’amenuisent à vue d’œil. Des hommes et des femmes qui, après avoir bénéficié d’une éducation généreusement subventionnée, prennent la poudre d’escampette sans demander leur reste. Une perte sèche pour des États déjà fragilisés par la crise, au moment même où ils espèrent récolter le fruit de leur labeur, où ils attendent un retour sur investissement utile à la collectivité.

 

Un parcours semé d’embûches

 

Pour attirer les travailleurs étrangers, Berlin ne lésine pas sur les moyens. La Bundesagentur für Arbeit – l’Agence fédérale allemande pour l’emploi – publie des centaines de milliers d’offres sur son site Internet, accessible en plusieurs langues. Elle prospecte activement au-delà de ses frontières et organise même des bourses au travail délocalisées. Cela dans un souci manifeste d’efficience et de fluidité. Mais tout n’est pas rose pour autant. Ainsi, les postulants doivent parfois faire preuve d’abnégation. Car, en plus de la maîtrise de la langue, indispensable à tout emploi qualifié, ils se voient souvent contraints de se plier à de nouveaux usages professionnels, inconnus jusque-là, ou presque. Pis encore : ils peinent parfois à faire reconnaître leurs diplômes et doivent à l’occasion composer avec des barrières administratives fastidieuses, touchant surtout les moins qualifiés d’entre eux. Enfin, l’Allemagne regorge essentiellement d’emplois précaires, à temps partiel, peu en phase avec les compétences des jeunes immigrés européens. C’est dire si l’eldorado a ses limites…

 

 

Lire aussi :

Trois mesures pour… lutter contre le chômage (#1)

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 05:39

Mais quelle mouche a bien pu piquer Jeroen Dijsselbloem ?  Incapable de pacifier le dossier chypriote, le nouveau président de l’Eurogroupe s’est en plus fourvoyé dans des déclarations à l’emporte-pièce, au mieux intempestives, propres à mettre le feu à des marchés financiers déjà inflexibles avec la zone euro. Et si l’expérimenté Jean-Claude Juncker peinait à rassurer les investisseurs, son jeune successeur met franchement les pieds dans le plat… quand il ne se les prend pas dans le tapis.

 

La bourde originelle du ministre hollandais des Finances remonte au premier plan de sauvetage de Chypre. Maladroit, mal préparé, il va jusqu’à oublier de justifier les mesures préconisées, permettant ainsi à Nicosie, qui se refuse alors à taxer lourdement les grosses fortunes, de se défausser sur l’Eurogroupe. Terne, froid, le chef de file de la zone euro fait figure de piètre communicant et polarise – déjà – les critiques. Torpillé par l’opinion publique, accusé (à tort) de mettre à mal la garantie bancaire, il laisse les rumeurs se propager, ne réagissant que tardivement. Mais le mal est fait : un vent de panique souffle à nouveau sur l’Europe, déjà fragilisée par des crises à répétition.

 

Quelques jours plus tard, Jeroen Dijsselbloem  remet le couvert. Il laisse entendre que le plan d’aide chypriote, d’abord présenté comme exceptionnel, pourrait finalement faire école et servir de modèle pour les sauvetages à venir. Une nouvelle gaffe qui vient brouiller la communication des instances européennes. Résultat : les bourses dévissent et les marchés s’affolent. On évoque alors à demi-mot une erreur de casting. Il faut dire que lorsque le gardien de l’euro, censé apaiser les investisseurs, se perd en propos contradictoires et avoue chercher à sanctionner les banques, mais aussi leurs actionnaires, leurs créanciers et leurs déposants, cela fait assurément tache.

 

Pis encore : désormais, l’Eurogroupe semble marginalisé, tenu pour responsable des attaques qui viennent écorner l’image de l’Union. Et l’encombrant Dijsselbloem met en saillie une certaine Europe, adepte de compromis médiocres et incapable de s’élever au-dessus des intérêts partisans. Car ce proche de Diederik Samsom, le leader travailliste hollandais, a décroché le portefeuille des Finances un peu par hasard, récompensé pour sa fidélité à tout crin. Mieux : l’héritage de la présidence de l’Eurogroupe a été acté à la suite d’un vulgaire arrangement franco-allemand. Paris cherchant à nommer un homme de gauche et Berlin réclamant un argentier issu du club – toujours plus  sélectif – des « triple A », les candidats éligibles se comptaient sur les doigts d’une patte d’autruche. C’est finalement le fébrile Dijsselbloem qui sera désigné par des faiseurs de roi pour le coup peu inspirés. Une décision arbitraire que la raison ne peut définitivement pas justifier.

 

Et qu’on se le dise : la démocratie n’a ici pas voix au chapitre. Le Parlement européen, seule institution directement élue par les peuples, n’a aucun droit de regard sur l’action de l’Eurogroupe, qui ne tire sa légitimité que des différentes consultations nationales. Censurer la politique des ministres des Finances de la zone euro s’avère dès lors inconcevable. Allons même plus loin : aucun des hommes forts de la monnaie unique n’émane du processus démocratique. Pas plus Jeroen Dijsselbloem que Mario Draghi, Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso ou Olli Rehn. Une régression indigne ?  Certainement. Mais l’Europe n’en a cure, trop préoccupée qu’elle est par la corde raide sur laquelle elle marche continuellement.


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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 18:48

La crise de la dette n’en finit pas de malmener le vieux continent. Alors que les plans de rigueur se multiplient, les remèdes prescrits par les institutions internationales ont plongé le malade dans un profond coma économique. Et ils s’offrent en prime le luxe d’indigner un peu plus des Européens déjà à bout de nerfs.

 

C’est par un traité multilatéral instaurant la CECA, au début des années 1950, que le vieux continent entrevoit l’apaisement tant attendu. Après plusieurs guerres dévastatrices, dont deux mondiales, la France et l’Allemagne, talonnées par le Benelux et l’Italie, décident de contracter un mariage de raison. Ce sont les premiers balbutiements d’une union plus générale, qui finira par regrouper 27 pays européens – en attendant l’arrivée prochaine de la Croatie. Cette intégration, essentiellement économique, symbolisée par la monnaie unique, a permis de mettre un terme aux conflits armés et de réunir à intervalles réguliers des chefs d’État et de gouvernement qui, auparavant, se regardaient en chiens de faïence. Et, malgré quelques failles – un certain déficit démocratique doublé d’une vision politique atrophiée –, la boutique a toujours été globalement bien tenue.

 

Cette Union qui vacille

 

Problème : aujourd’hui, la maison brûle. Et les pompiers traditionnels – BCE, Eurogroupe, Commission, Conseil – peinent à éteindre un feu qui se propage dangereusement. Ces dernières années, l’Europe n’est plus perçue qu’à travers le prisme de l’austérité, une conception tronquée qui porte considérablement préjudice à son image et, pis encore, à ses fondements historiques. Résultat : les peuples se défient désormais majoritairement des institutions communautaires, suspectées de faire le jeu de la finance internationale et de l’ultralibéralisme. Et en toute opacité qui plus est. C’est ainsi que les plans de rigueur se succèdent et que l’Union paraît comme aveuglée par ses objectifs de réduction de dette.

 

Un peu partout, on encadre les salaires, on réforme les retraites, on amenuise les prestations sociales, on taille dans les dépenses publiques, on diminue le nombre de fonctionnaires, on privatise, on augmente les impôts. Avec, pour contrecoup direct, la souffrance des plus modestes et une récession qui s’installe dans la durée. Mais ce n‘est pas tout : la libéralisation des services publics et l’ouverture des marchés ont marqué de leur empreinte les deux dernières décennies. Cela, officiellement, pour des raisons de compétitivité, de réduction des coûts et de libre concurrence. Or, les Européens n’ont retenu que les dysfonctionnements, le chômage et l’inflation des prix – largement fantasmée pour le coup.

 

Tuer le malade pour soigner la maladie

 

Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer cette politique économique jugée contre-productive. L’histoire corrobore d’ailleurs leur grille de lecture. Dès les années 1920, John Maynard Keynes, avocat de l’interventionnisme régulateur, préconise l’action des pouvoirs publics en vue de relayer les acteurs privés lorsque l’emploi, la consommation et l’investissement sont en berne. De quoi combattre le chômage et relancer l’économie. Mais les décisions récemment adoptées par les autorités européennes ne s’inscrivent nullement dans cette logique. Au contraire.

 

Pourtant, s’il est vrai que le service de la dette détruit de facto une bonne partie des richesses créées par nos économies, si l’on ne peut nier que le vieux continent doit vivre selon ses moyens – et non au-dessus –, raisonner uniquement en termes d’ajustement budgétaire s’avérerait au mieux fâcheux. Cela revient en effet souvent à valider la menace récessionniste, voire à enclencher un cercle vicieux déflationniste, dû à la thésaurisation et à la contraction de la demande.

 

Sortir de l’impasse

 

Pour redorer son blason, l’Union européenne dispose en réalité de peu de solutions. Il lui faut en tout cas faire preuve de pédagogie et enrayer cette machine infernale essentiellement faite de rigueur et de détresse. Si les réformes structurelles relèvent sans conteste du bon sens, leur application brutale étouffe en revanche l’économie et tue dans l’œuf tout espoir de relance. Car gérer ses finances en bon père de famille ne signifie pas priver ses enfants de repas, mais bien épargner durant les périodes fastes pour ensuite pouvoir faire face aux dépenses imprévues. Van Rompuy, Dijsselbloem, Barroso, Merkel et consorts ne doivent pas l’oublier, sous peine de rebuter un peu plus les citoyens européens.


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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 20:18

Dernier théâtre des manipulations monétaires, le Japon pourrait être à l’origine d’une nouvelle « guerre des changes » aux conséquences potentiellement funestes pour l’économie mondiale. Explications.

 

Quand Guido Mantega, le ministre brésilien des Finances, juge son économie plombée par un real trop fort, il emploie une formule rapidement relayée par la presse spécialisée : la fameuse « guerre des changes ». C’était en 2010, à l’époque où la Chine et les États-Unis se regardaient en chiens de faïence et s’échangeaient toutes sortes de sobriquets. Les Américains accusaient alors le yuan, grandement sous-évalué, de tous leurs maux. Aujourd’hui, c’est au tour de Shinzo Abe, le nouvel homme fort du Japon, de manipuler les marchés monétaires, occasionnant ainsi les protestations unanimes du reste du monde.

 

En réalité, ces petits arrangements économiques durent depuis des siècles. Les États ont toujours recouru à la dévaluation en vue d’accroître leur compétitivité. Ce procédé présente pourtant un double inconvénient : il met à mal les fragiles équilibres mondiaux et déforce en filigrane les pays étrangers. Car baisser la valeur de sa monnaie relance automatiquement les exportations nationales, devenues moins chères et plus concurrentielles. Ces dévaluations compétitives peuvent par ailleurs engendrer un cercle vicieux si d’autres nations se prêtent au même jeu, ce qui conduira à terme à une instabilité internationale et à un contexte hyperinflationniste. Une situation cauchemardesque que les historiens ne connaissent que trop bien.

 

Dévaluation monétaire : quelles conséquences économiques ?

 

Si une monnaie faible favorise incontestablement les exportations, elle renchérit en revanche les importations, ce qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. L’industrie nationale ne peut quant à elle qu’applaudir, puisque qu’elle bénéficie sans conteste de l’envolée des prix des produits achetés à l’étranger. La dévaluation compétitive dope en effet les entreprises domestiques, encourageant tant la croissance que la consommation et l’emploi. Mieux : au final, ce sont les recettes publiques qui en tirent un avantage certain.

 

La dévalorisation monétaire relance par contre le débat sur le protectionnisme, âprement combattu par les organisations internationales, et notamment l’OMC. Elle dégrade par ailleurs, dans un premier temps, la balance commerciale, puisque le prix des importations augmente subitement. Ensuite, les effets de volume se manifestent et la hausse des exportations vient corriger les déséquilibres, qui s’estompent progressivement, pour finalement renverser la vapeur.

 

Comment fâcher ses partenaires

 

Résumons : quand un pays pratique la dévaluation compétitive, il renforce donc son économie au détriment de l’emploi ailleurs dans le monde. Cette décision, forcément unilatérale – et lourde de conséquences –, relève ainsi d’un égoïsme politique à courte vue. Pis encore : si les manipulations monétaires se multiplient, la « guerre des devises » peut mener à de graves déséquilibres commerciaux. Dans ce cas de figure, les quelques effets salutaires s’effacent pour laisser place à des contrecoups potentiellement destructeurs. Car la création monétaire nécessaire aux dévaluations successives entraîne inévitablement une hausse générale des prix, précipitant alors l’économie mondiale dans le gouffre inflationniste.

 

Certains pays n’hésitent pourtant pas à maintenir leur monnaie à un niveau artificiellement bas. C’est notamment le cas de la Chine, même si son yuan a récemment fait l’objet d’une modeste réévaluation. Singapour, Hong Kong ou la Suisse interviennent également pour protéger leur économie. Et il en va de même pour la plupart des pays producteurs de pétrole et de gaz – la Russie et l’Arabie saoudite faisant ici figure de chefs de file. Dernièrement, c’est le Japon qui a brutalement fait chuter son yen, déclenchant une nouvelle « guerre des monnaies » et exaspérant les fleurons internationaux. La volonté du gouvernement nippon est de mettre fin à vingt années de stagnation économique, de croissance molle et de déflation destructrice de richesse. La Corée du Sud et ses chaebols crient déjà au scandale, voyant poindre une concurrence déloyale, tandis que les vacanciers japonais risquent de se raréfier à Séoul en raison d’un taux de change désormais défavorable.

 

Et les États-Unis ?

 

Si les appréciations et les dépréciations relèvent de mécanismes automatiques, les réévaluations et les dévaluations résultent en revanche de la décision arbitraire des autorités compétentes. Les États-Unis, qui prônent l’équilibre naturel des marchés, ne sont pourtant pas en reste quand il s’agit de manipuler leur monnaie. Et, pour ne pas mettre à mal la suprématie du billet vert, Washington doit s’adonner à un véritable numéro d’équilibriste. Avec un impératif : prendre régulièrement le pouls des marchés pour rester dans les clous.

 

Comment fonctionne alors la machine états-unienne actuellement ?  La Réserve fédérale injecte des milliards de dollars dans l’économie (quantitative easing) et maintient des taux d’intérêts pratiquement nuls afin de soutenir l’investissement, la consommation et l’emploi. Mais il y a un hic : cela occasionne des bulles spéculatives et retarde toujours la question, pourtant cruciale, des déficits publics et de la dette – qui ne cesse de se creuser.

 

L’Union européenne impuissante

 

Si l’Union européenne se montre pacifique dans cette « guerre des changes », c’est plus par défaut que par altruisme. Car sa Banque centrale veille à respecter scrupuleusement ses missions, à savoir le contrôle des déficits publics, de la dette et de l’inflation. Pour la croissance, il vaut donc mieux en appeler au Dieu de la finance. Résultat : l’euro reste fort, notamment par rapport au dollar. Selon l’indice – controversé – Big Mac, il serait même surévalué de 11,7 %. Le cours de sa monnaie pénalise la zone euro, déjà embourbée dans une profonde crise industrielle et touchée par de drastiques mesures d’austérité. Cette course à la dévaluation pourrait encore aggraver la crise européenne, révélatrice de maux structurels, et reporter le redressement des principaux indicateurs économiques du continent.


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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 08:13

Alors que les Grecs se familiarisent chaque jour un peu plus avec la notion de crise – financière, économique, politique, sociale, etc. –, la zone euro continue de susciter la défiance des marchés. Les sommets se multiplient, mais Athènes se traîne dans l’ornière des déficits abyssaux. Ils devraient atteindre les 7 % au lieu des 5,4 % prévus initialement. Et, selon la Banque centrale grecque, la contraction du PIB, évaluée au départ à 5 %, pourrait finalement dépasser les 7 %. L’accumulation des plans de rigueur semble avoir eu pour seul effet d’assommer la consommation, d’aggraver les chiffres du chômage (23,1 % en mai) et de plomber, par ricochet, le budget national. Encouragé en cela par une troïka dogmatique (BCE, FMI et UE), les gouvernements grecs successifs ont cherché à amenuiser leurs dépenses, notamment en durcissant ou amputant les politiques sociales en œuvre. Conséquence logique, les finances publiques paient aujourd’hui les pots cassés : des rentrées fiscales en berne et une dépression économique.

 

Après cinq années de crise, la Grèce continue donc de rythmer l’agenda européen et de diviser ses partenaires. En témoignent les tonalités divergentes adoptées par Paris et Berlin. En réalité, deux camps se distinguent nettement : il y a ceux qui veulent se montrer compréhensifs envers Athènes, acceptant certains compromis, et ceux qui restent fermes coûte que coûte, tant pour les délais que pour les objectifs de réduction de dette. Une dualité déconcertante, souvent cacophonique et malheureusement limpide quant à l’hétérogénéité inhérente à l’Union – et particulièrement au club de la monnaie unique. Parmi les États les moins indulgents, on retrouve sans surprise l’Allemagne, peu encline à solliciter une nouvelle fois ses contribuables pour sauver un pays jugé fraudeur, ou la Finlande, qui avoue à demi-mot se préparer aux pires scénarios. Les dirigeants teutons et finnois s’attachent surtout à conserver leur précieux triple A et à se préserver en vue des prochaines élections, lesquelles s’annoncent pour le moins difficiles. Résumons : les calculs purement politiciens priment les intérêts de la zone euro et de ses entités périphériques. Voilà qui ne devrait pas rassurer les bailleurs de fonds !

 

C’est dans ce contexte brumeux qu’il faut appréhender les dernières informations émanant de Francfort : la Banque centrale européenne envisagerait d’intervenir directement sur les marchés afin de maintenir les taux d’intérêt des pays en difficulté à des niveaux acceptables. Pour ce faire, elle définirait un spread de crédit à ne pas dépasser. Mais le volontariste Mario Draghi doit faire face à une opposition farouche et organisée, au sein de laquelle la Bundesbank et la chancelière Merkel occupent une place de choix. Prônant des réformes structurelles rapides, voire brutales, refusant tout interventionnisme de la BCE, notamment le fameux rachat d’obligations souveraines, ils incarnent incontestablement la ligne dure de la zone euro. Rappelons que le gouvernement grec, qui aspire ouvertement à davantage de souplesse, cherche à obtenir un sursis de deux années pour atteindre l’équilibre budgétaire – soit 2016 au lieu de 2014 –, un rééchelonnement potentiellement très coûteux, estimé entre 20 et 60 milliards d’euros par les experts. Athènes souhaite en outre repousser à 2020 (contre 2016 actuellement) le début du remboursement du premier prêt de l’UE et du FMI, s’élevant à 110 milliards d’euros. Des options rapidement écartées par les pays les plus fermes.

 

Guidée par des intérêts particuliers, l’Europe se désolidarise peu à peu de la Grèce, désormais présentée comme un malade presque condamné qui risque de contaminer tout le sud du continent. Beaucoup négligent les efforts consentis par le peuple grec, contraint de composer avec les exigences d’une troïka intraitable. Pourtant, les journaux abondent de témoignages alarmants : les suicides se multiplient, les licenciements frappent des milliers de travailleurs, les cris de désespoir pullulent. On y évoque même des Grecs qui vont jusqu’à contracter volontairement de graves maladies, notamment le VIH, afin de bénéficier des aides sociales. Mais, nonobstant ces drames humains, on pousse Athènes à maintenir la cadence. Sous peine de représailles économiques. Alors, les privatisations se poursuivent, les biens publics inondent le marché, les allocations de chômage, les retraites et les autres prestations sociales diminuent comme une peau de chagrin. Sans parler des dépenses de santé, rabotées, et des salaires du service public, considérablement rognés. Avec des statistiques toujours plus inquiétantes, mettant à mal les remèdes prescrits par les marchés, Antonis Samaras se trouve dans une position pour le moins inconfortable. D’autant plus qu’il subit de plein fouet la pression d’une gauche radicale agressive et d’un peuple désemparé. Mais ses options paraissent bien maigres : trahir les promesses faites à la troïka obligerait ses émissaires à émettre un avis négatif, ce qui reviendrait à faire une croix sur un prêt indispensable, que les responsables helléniques, manquant cruellement de liquidités, veulent à tout prix débloquer. La voie de la banqueroute en somme. Et les déclarations communes de François Hollande et Angela Merkel renforcent le sentiment que les Grecs n’ont qu’une seule issue possible : l’austérité. Car, sans apporter la preuve d’une viabilité budgétaire durable, point de salut.

 

Si des voix s’élèvent pour dénoncer le calvaire imposé à la Grèce – Gerhard Schröder ou Daniel Cohn-Bendit, par exemple –, les prochaines échéances promettent bien du fil à retordre. En effet, la décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui doit bientôt se prononcer sur la légalité du Mécanisme européen de stabilité, et le résultat des élections qui se tiendront le même jour aux Pays-Bas pourraient engendrer un branle-bas inattendu. Et peut-être inextricable. Quoi qu’il en soit, Athènes n’est pas au bout de ses peines. Quant aux Européens, ils avancent en ordre dispersé. Difficile effectivement de concilier les positions de Jean-Claude Juncker, Martin Schulz, Wolfgang Schäuble, François Hollande, Mario Monti et Jyrki Katainen.

 


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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 08:11

Malgré des discours rassurants débités à intervalles réguliers, les marchés gardent les yeux rivés sur l’Europe et sa monnaie unique. Ils attaquent les pays fragiles, frénétiquement et inlassablement, pariant sur leur mort prochaine. Déficits publics et dettes font figure de cancers incurables, les taux d’intérêt prohibitifs étant les métastases ; les médecins boursiers administrent des remèdes basés sur la réduction des dépenses et la hausse des recettes. Un traitement de rigueur, voire d’austérité. La maladie budgétaire a déjà coûté la vie à plusieurs gouvernements européens. Inquiétant ?

 

Silvio Berlusconi et George Papandréou ont récemment dû abandonner leur poste, confiant la gouvernance de leur pays à des technocrates particulièrement appréciés par les marchés financiers. L’arrivée au pouvoir de Lucas Papademos et de Mario Monti, respectivement en Grèce et en Italie, n’est pas le fruit du hasard : elle a été favorisée par la pression des investisseurs internationaux et des agences de notation. Une pièce en plusieurs actes. Dans un premier temps, les marchés ont parié sur la faillite de la Grèce et sur l’affaiblissement durable de l’Italie, faisant grimper les taux d’intérêt des obligations de ces pays périphériques. Ensuite, nonobstant les plans de rigueur et les mesures douloureuses adoptées, ils ont maintenu leurs attaques déstabilisatrices, provoquant la chute de deux gouvernements démocratiquement élus. En dépit de politiques économiques douteuses, voire contre-productives, il demeure étonnant que la finance puisse dicter ses volontés de la sorte et mettre à mal ceux qui représentent le peuple. Pour, au final, installer aux manettes des techniciens financiers, des anciens de Goldman Sachs, la banque qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, à trouver indûment une place dans la zone euro. Un comble. Ainsi, Mario Draghi, nouveau directeur de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, nouveau Premier ministre grec, et Mario Monti, nouveau président du Conseil italien, possèdent tous des liens étroits avec la célèbre banque d’affaires américaine. De quoi susciter les suspicions et laisser pantois les plus rationnels.

 

Par ailleurs, les récentes élections anticipées au Portugal et en Espagne, autres pays périphériques inquiétés par les marchés financiers, ont été le résultat de la défiance des investisseurs internationaux. Cela s’est traduit par la victoire des libéraux, traditionnellement davantage favorables au capitalisme et à la finance que leurs adversaires socialistes. On notera l’ironie de cette situation, puisque les chantres des thèses ayant mené à la crise se trouvent récompensés par leurs électeurs. En réalité, José Socrates et José Luis Zapatero ont payé pour des dysfonctionnements structurels, pour des troubles endémiques qui ne relèvent pas directement de leur responsabilité. Mais les marchés réclamaient un changement politique immédiat. Et, quand le spread évolue dangereusement, quand le poids de la charge de la dette explose, les États tendent l’oreille pour mieux percevoir les volontés du marché, devenues de véritables exigences indiscutables.

 

Aujourd’hui, c’est sur la Belgique que les attentions se portent. Sous la pression des marchés, après la dégradation de sa note, le pays a brusquement connu de grandes avancées concernant la formation d’un gouvernement fédéral. Les négociateurs, ceux qui s’écharpaient depuis de longs mois, ont subitement trouvé des solutions à leurs désaccords, mettant de l’eau dans leur vin et arrêtant de jeter de l’huile sur le feu. Un soupir des marchés financiers aura donc suffi à réveiller le Landerneau politique et à effrayer les plus téméraires. Alors que les Belges, eux, clamaient leur désarroi depuis longtemps. En vain. Cela révèle l’inquiétante influence des marchés, qui bénéficient d’un pouvoir grandissant, et la faible portée des aspirations citoyennes dans les nations empêtrées dans des endettements massifs et soumises aux caprices de leurs bailleurs de fonds. En outre, dans le même ordre d’idées, l’intégration européenne est relancée : on discute maintenant de mesures coercitives, de droit de regard européen sur les budgets nationaux. Les frissons boursiers peuvent donc également révolutionner les habitudes de l’Union.

 

Les hommes politiques doivent se faire une raison. Malgré leur irascibilité et leurs lubies, les marchés financiers voient leur pouvoir grandir chaque jour. À tel point qu’ils peuvent désormais influer sur le cours de l’histoire. Un diktat technique. C’est ainsi que les pays les plus exposés, de par leurs dettes, verront leur marge de manœuvre se réduire et leur autonomie être remise en cause. Une régression politique, une aliénation économique.

 

 

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 16:19

La situation. Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs européens font entendre leur voix, crient leur colère et leur désarroi, tentant de faire valoir leurs intérêts. Les uns se plaignent de vendre à perte, tandis que les autres pointent du doigt les politiques menées par l’Union européenne. La crise du lait est au cœur des débats. Certaines manifestations virent à l’émeute. Les insultes et les violences prolifèrent. Le dialogue entre les exploitants agricoles et les représentants semble rompu. Les producteurs et les industriels se regardent désormais en chiens de faïence. Le gouvernement français a désigné deux médiateurs en vue de désamorcer la polémique. Ils doivent faciliter les discussions entre la production et l’industrie pour fixer les prix du lait à court terme et permettre l’installation d’un cadre de négociations plus général. Quoi qu’il en soit, pour l’heure, les grandes surfaces continuent d’être prises pour cible et rien ne semble atténuer l’ire des agriculteurs.

 

Les faits et les revendications. Le prix du lait a chuté, en France, de 30% en un an. Les répercussions au niveau du consommateur s’avèrent ténues, alors que les marges des intermédiaires et des grandes surfaces, elles, progressent régulièrement. Le lait est passé d’un peu plus de 29 centimes le litre en 1998 à un peu moins de 29 centimes en 2007. Pendant ce temps, le prix de vente a augmenté de 12%. Les industriels et les distributeurs absorbent les bénéfices, tandis que le revenu des producteurs s’amenuise. Aujourd’hui, les éleveurs réclament 300 euros pour mille litres, contre 210 actuellement.

 

Le contexte mondial. En 2007, la flambée du prix du lait a dopé la production mondiale, mais la crise économique a freiné la demande. La consommation asiatique s’est effondrée de 30% et le scandale de la mélamine (Chine) n’a rien arrangé. Aujourd’hui, les cours mondiaux des produits industriels (beurre et poudre de lait) demeurent dérisoires et les stocks tiennent la forme. Les besoins des pays émergents et la spéculation frénétique ont pesé sur la hausse des prix, mais, comme pour le pétrole, les marchés se sont retournés.

 

Une concurrence féroce. Les entreprises françaises peinent à suivre le rythme de la concurrence européenne, plus réactive à la baisse. En outre, les transformateurs et les producteurs mettent en cause la loi de modernisation économique, qui permettrait à la grande distribution de tirer les prix vers le bas. Il est également à noter que les distributeurs se livrent à une compétition acharnée, laquelle met à mal les producteurs. En effet, la meilleure façon de baisser les prix de vente reste de rogner le prix d’achat.

 

Les quotas de production. Dans cette crise, un élément se trouve au centre des attentions : les quotas de production (plafonds autorisés). La France plaide pour leur maintien, alors que la Commission européenne s’y oppose. Cette dernière estime que la baisse des prix n’est pas liée au système des quotas, voué à disparaître en 2015. Mariann Fischer Boel, commissaire à l’Agriculture, souligne que, malgré leur hausse, la production n’augmente pas. La crise économique mondiale serait responsable des problèmes touchant au lait. Pourtant, des milliers de producteurs laitiers européens agitent le chiffon rouge de la perte financière et jettent l’opprobre sur les quotas.

 

En France. Le lait représente 60 000 emplois en France. Aujourd’hui, le chômage les guette. Les ministres de l’Agriculture européens ne parviennent pas à accorder leurs violons. Faute de trouver un compromis pour réguler la production du lait à l’échelle des 27, ils permettent à la dérégulation de poursuivre sa route. Michel Barnier, ministre français de l’Agriculture et candidat aux élections européennes, communique beaucoup, met en exergue ses positions, mais ne possède pas le pouvoir de changer la donne. Il tente simplement de flatter 60 000 électeurs potentiels. Ce même Michel Barnier se réjouissait, en novembre 2008, d’un accord trouvé afin de déréguler le marché du lait. Pendant cinq années, les quotas de production seraient relevés de 1%. Ils disparaîtraient totalement en 2015. Ensuite, le lait fluctuerait librement, selon la loi de l’offre et de la demande.

 

La politique agricole commune (PAC). La PAC vise à offrir aux agriculteurs un niveau de vie raisonnable, grâce à des aides diverses. Elle doit également garantir la qualité des denrées alimentaires et la justesse des prix. Son action préserve le patrimoine rural et s’adapte à l’évolution des besoins de la société. La PAC veille donc à la sécurité alimentaire, à la sauvegarde de l’environnement ou encore à l’utilisation rationnelle de l’argent public. Voilà pour la théorie.

 

Quid de la pratique ?  Depuis la réforme de la politique agricole commune, en 2003, les prix sont déterminés par le marché. Des aides directes, versées par le budget communautaire, complètent le revenu des éleveurs. Il existe deux marchés : le national pour les produits frais (lait, beurre, fromage) et l’international pour d’autres produits (poudre de lait). On trouve deux demandes : celle d’une poignée d’industriels (produits transformés) et celle des distributeurs (lait liquide). L’offre, quant à elle, repose sur 100 000 éleveurs regroupés en quelques centaines de coopératives. Le marché régule très mal. La demande s’adapte au prix, alors que l’offre reste constamment en décalage. Lorsque les prix augmentent, les éleveurs temporisent avant d’ajuster la production. Ils veulent s’assurer que la situation est durable avant d’agir. Et quand les prix baissent, les producteurs souffrent encore davantage. Le chômage économique ne s’applique pas aux vaches !  Lorsque le marché devient défavorable, les éleveurs ne peuvent plus vivre de leur production et l’aide européenne s’avère capitale. Une dépendance financière s’installe. En outre, la Commission doit multiplier les aides à l’exportation pour éliminer les surplus, ce qui ampute le budget de la PAC. Deux pistes ont vu le jour au fil des discussions : répartir les aides avec plus de justesse et soutenir les revenus des éleveurs par le budget national. Par conséquent, les grandes cultures perdraient des appuis financiers au profit des petites exploitations et on assisterait à un cofinancement généralisé de la PAC, communautaire et national. Pour des raisons budgétaires, cette dernière possibilité froisse les pays où l’agriculture est très développée. En tout cas, le retour à la PAC administrée et aux quotas paraît illusoire. Les pays qui, comme la France, ont opté pour un modèle de petites exploitations, réparties sur tout le territoire, doivent compenser un certain coût. Les dépenses relatives à l’équipement sont les mêmes qu’ailleurs en Europe, mais la production est moins importante. Par contre, certains États parviennent à tirer leur épingle du jeu. Ainsi, la réactivité des éleveurs allemands est meilleure, car les prix s’adaptent instantanément au marché. Le prix du lait, national, dépend de celui de la poudre de lait, international. Il n’y a donc aucun décalage.

 

Des pistes de réflexion. De nouveaux modes de commercialisation et de négociation pourraient apparaître. Les ventes directes, assurées par des camions de distribution, permettraient, en se généralisant, de régler des situations locales épineuses. Quant aux prix, la contractualisation pourrait remplacer les quotas. Mais il faudrait alors que les éleveurs étoffent leur voix, car les négociations déséquilibrées pullulent.

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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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