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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 11:25
Sans valeurs, l'Europe dévalorisée

Certains événements se distinguent comme des grains de poivre dans une salière. Ceux de Charlottesville, en Virginie, ne font pas seulement froid dans le dos, ils témoignent d'une histoire récente trop souvent marquée par le racisme et la xénophobie, eux-mêmes incubateurs de toutes les fractures qui traversent actuellement les sociétés occidentales, entre autochtones et allochtones, mais aussi entre mouvements radicaux de gauche et de droite. Aux États-Unis, des manifestants issus du Ku Klux Klan et de mouvances néonazies se sont violemment opposés au retrait d'une statue du général Robert Lee, un héros de guerre sudiste, cadre des armées confédérées durant la guerre de Sécession. L'Espagne et la France, pour ne citer que ces deux exemples, ont eux aussi à supporter ces polémiques historiques extrêmement vives, où l'on s'écharpe volontiers au sujet de la colonisation, du franquisme ou du vichysme. Et si Washington doit composer avec les déclarations intempestives, irréfléchies et indignes du président Donald Trump – qui renvoie dos à dos activistes de gauche et néonazis –, Paris, Londres, Rome ou Amsterdam ont quant à eux maille à partir avec la marée montante du populisme de droite, qui redéfinit touche par touche les valeurs autour desquelles s'est constituée l'Union européenne.

 

C'est à ce moment de l'histoire qu'il convient de rappeler que l'Europe s'est montrée incapable d'absorber un afflux de réfugiés représentant à peine 0,2% de sa population, quand le fragile et multiconfessionnel Liban a crû dans le même temps de 25% en raison de l'accueil de nombreux Syriens fuyant la guerre civile et la dictature de Bachar el-Assad. Pis, l'UE a négocié un accord avec la Turquie autoritaire d'Erdoğan lui permettant de bouter la question migratoire hors de ses frontières, dans un pays où le droit d'asile est tout sauf constitutionnellement garanti. Suivant l'exemple d'une politique délirante, en délicatesse puis en contradiction avec les valeurs qu'elle a toujours défendues, l'extrême droite y est elle aussi allée de sa petite initiative personnelle : Génération identitaire a affrété un navire qui patrouille en Méditerranée et cherche à court-circuiter les ONG y venant en aide aux migrants. Derrière cette problématique migratoire se cachent, comme souvent, d'importants enjeux électoraux. C'est à qui maniera le mieux les alibis, devenus inexpugnables, du malthusianisme économique* et du terrorisme islamique, le tout à la lumière d'un conservatisme judéo-chrétien qu'on avait trop tôt enterré. Et puisque tous les amalgames semblent aujourd'hui permis, le paradoxe jadis épinglé par le sociologue américain Charles Anderson, selon lequel des enfants plus diplômés ne parviennent pas nécessairement à accéder à un statut social plus élevé que leurs parents, alimente lui aussi, plus que de raison, une rancoeur injustifiée à l'encontre de l'étranger, tenu responsable à la fois du chômage, de la modération salariale, des déficits publics et du trou de la sécurité sociale.

 

La double pensée très orwellienne des nationalistes, patriotes, néonazis, xénophobes et comparses est au mieux édifiante. Reprenant malgré eux à leur compte ce que l'ethnologue Claude Lévi-Strauss a si justement décrit (« rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit »), ils ont beau jeu de qualifier de « supérieure » leur « civilisation », ce en raison des Lumières, de la démocratie, de la prééminence du droit sur l'arbitraire et enfin des valeurs occidentales d'humanité, mais rejettent en bloc ce bel ensemble dès lors qu'il s'agit d'en faire la démonstration en faveur des plus faibles, c'est-à-dire des réfugiés et des misérables. Versant volontiers dans les trois figures rhétoriques de la dénégation établies par le sociologue Stanley Cohen, les radicaux et extrémistes de droite alternent, partout sur le vieux continent, le déni littéral (« Le racisme a disparu, mais... »), le déni interprétatif (« Il y a bien une animosité vis-à-vis des étrangers, mais c'est uniquement pour des raisons économiques. ») et le déni d'implication (« Il existe très certainement des personnes racistes, mais ce n'est pas mon cas. »). De Stanley Cohen, on retiendra par ailleurs la notion de panique morale, très utile en ces temps de repli identitaire. Elle s'applique quand un événement, une personne ou un groupe social est perçu comme une menace pour les intérêts ou les valeurs d'une société donnée. Voilà qui entre étrangement en résonance avec certains discours faisant état d'une incompatibilité présupposée entre les valeurs occidentales – ou européennes – et une certaine religion désormais diabolisée.

 

Les antiracistes de tout bord argueront à raison que les adversaires de l'immigration se trompent de cible. Aveuglés par la haine et quelques idées préconçues solidement ancrées, ils en oublieraient presque le néolibéralisme générateur de détresse sociale, l'évasion fiscale qui appauvrit tragiquement l'État-providence ou les concentrations de richesse de plus en plus insupportables telles que définies par l'économiste français Thomas Piketty. Ils pourraient aussi leur rappeler que depuis le 11 septembre 2001, sur 85 attaques terroristes recensées aux États-Unis, 62 furent le fait de suprémacistes blancs – et non de terroristes djihadistes comme on aime à le scander. Ou leur apprendre qu'historiquement, ce sont les industriels qui ont organisé l'immigration en France, pour asseoir le développement économique du pays, et ce au moyen d'une Société générale de l'immigration, organisme patronal créé dans les années 1920. Qui sait, une anecdote pourrait peut-être les inciter à réfléchir : à la fin des années 1930, une partie de ceux qui fuyaient la guerre civile espagnole finirent, suite aux réformes d'Édouard Daladier, dans des camps dits « de concentration », pour des motifs fallacieux d'ordre public. Ces frères hispaniques, de républicanisme à défaut d'être de sang, mourront parfois de maladie ou d'épuisement. Et ces mêmes installations, aussi rudimentaires que déshonorantes, serviront ensuite à ostraciser la « vermine » juive durant la Seconde guerre mondiale, avec le résultat que l'on sait.

 

* Le malthusianisme économique, de l'économiste et prêtre anglican Thomas Malthus, soutient notamment que le travail est une valeur finie, non évolutive, que les travailleurs se partagent entre eux. En 1990, l'économiste canadien David Card a réfuté cette théorie en étudiant l'impact (neutre ou légèrement positif) de l'arrivée d'environ 90 000 Cubains à Miami, concluant à l'absence de tout effet négatif sur le salaire et les postes pourvus par les Américains (que ce soit en nombre ou en qualité).

 

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 20:55
Trump : bombardements et leçons diplomatiques

Chacun est censé savoir que Donald Trump a depuis longtemps chaussé des lunettes mercantilistes et embrassé un corpus idéologique mal défini. Personne n'ignore non plus qu'il est devenu grand clerc dans l'art du grand-guignolesque et de l'inattendu, les deux ayant d'ailleurs chez lui souvent partie liée. Rien pourtant dans la signalétique trumpienne ne laissait présager le carillon diplomatique à l'oeuvre depuis plusieurs jours. Il faut dire que le simple fait d'entraver les retournements d'alliance attendus et d'obtenir un satisfecit des Européens, fût-il mesuré, tenait il y a peu encore du rêve éveillé.

 

« Nous avons fait des progrès spectaculaires dans notre relation avec la Chine », déclarait le président Trump à la suite de la visite officielle de Xi Jinping, son homologue chinois. Pour saisir la pleine mesure de ces paroles lénifiantes, il faut se remémorer les mots durs et vindicatifs tenus à l'encontre de l'empire du Milieu durant la campagne électorale, quand le candidat républicain affirmait sans mésaise ni début de preuve que le « concept de réchauffement climatique » avait été « inventé par et pour les Chinois dans le but de rendre l'industrie américaine non compétitive ». On aurait pu se réjouir du revirement diplomatique si, dans le même temps, Donald Trump ne s'était pas dit prêt à se passer de la Chine pour « résoudre le problème » nord-coréen, ce qui suppose apparemment l'envoi d'un porte-avions nucléaire vers la péninsule, sans doute pour communiquer plus précisément ses intentions à Kim Jong-un.

 

Cette affaire sino-américaine n'est toutefois qu'un détail au regard de l'intervention aérienne réalisée par le Pentagone en Syrie. Pas moins de cinquante-neuf missiles Tomahawk furent lancés contre la base d'Al-Shayrat, en réponse à l'attaque chimique perpétrée (supposément par le régime de Bachar el-Assad) dans la ville de Khan Cheikhoun. L'offensive américaine n'a pas seulement froissé la Russie de Vladimir Poutine, elle a aussi réduit à néant le slogan « America First » et la doctrine isolationniste jacksonienne revendiquée par Donald Trump, selon laquelle il est nécessaire de se recentrer sur la sécurité et la prospérité des Américains. Les plus attentifs noteront que lorsque le nouveau président parvient enfin à fédérer les républicains et à tourner le dos à Barack Obama, il le fait au détriment de ses propres arguments de campagne...

 

Trop souvent occupée à se déchirer, l'Europe a cette fois applaudi en choeur les menées belliqueuses de Donald Trump, malgré la précipitation et une contradiction certaine avec les règles présidant aux affaires internationales. Les pays du vieux continent apprécieront aussi la revalorisation progressive de l'OTAN, pourtant longtemps mise à mal par le nouveau locataire de la Maison-Blanche. La ratification du protocole d'adhésion du Monténégro ne manquera pas de heurter un peu plus les Russes, qui abhorrent depuis toujours cette organisation qu'ils estiment dirigée contre eux. Quoi qu'il en soit, l'isolationnisme américain avait au moins la vertu de fournir des armes affûtées aux partisans d'une défense commune européenne. Il y a fort à parier que l'agitation actuelle de Washington sonne à cet égard comme un retour à la case départ.

 

 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 19:34
Comment François Fillon parasite l'élection présidentielle

En France, l'élection présidentielle tient traditionnellement lieu de climax politique. Elle enregistre des chiffres de participation en nette hausse par rapport aux scrutins locaux, elle passionne les citoyens même les plus défiants et mobilise, comme nulle autre, la presse et les intellectuels. Pourtant, à moins de deux mois du premier tour, les confrontations projet contre projet persistent à s'effacer derrière des considérations connexes et souvent mineures, dont l'affaire Fillon n'est pas la moindre. Le PenelopeGate, qui porte en son sein tous les soupçons d'emploi fictif entourant l'épouse du candidat LR, se veut aujourd'hui doublement pénalisant pour la démocratie française : d'abord parce qu'il interdit un débat serein sur les grandes questions censées affecter l'avenir du pays ; ensuite parce qu'il fait le jeu du Front national, dont les propres scandales sont passés sous silence et qui peut en outre servir sur un plateau (d'argent évidemment) ses discours populistes contre les élites corrompues. Après avoir eu droit aux manoeuvres empesées de Benoît Hamon pour repousser dans son giron Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, les Français doivent maintenant endurer tous les entrelacements du PenelopeGate. Un jour, on s'amuse à répertorier les anciennes déclarations de vertu de François Fillon, qui se retournent désormais contre lui. Une autre fois, on évoque un éventuel retour d'Alain Juppé, le candidat défait des primaires, sans même s'interroger sur le programme qui lui permettrait de mener campagne. Celui adoubé par plus de quatre millions d'électeurs de droite et du centre ou celui, plus modéré et protecteur, en lequel il croit vraiment ? Ensuite, égrenées comme un feuilleton par voie de presse, on découvre les basses intrigues de Christian Estrosi, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, lesquelles font suite à une série de défections laissant penser que, cette fois, c'est le navire qui quitte le rat, et non l'inverse comme le veut l'adage. Enfin, on observe, las, cette manifestation du Trocadéro « contre les juges et les médias », si déterminante qu'elle éclipse même le programme – enfin éventé – d'Emmanuel Macron, pourtant rarement boudé par les journalistes, comme aime à le rappeler Acrimed. Cette négation de la confrontation politique laisse une drôle d'impression, amère et sans doute durable : celle d'un microcosme en consanguinité avec les « affaires », pour qui les idées et les réformes comptent si peu qu'elles disparaissent sous le linceul de l'ambition personnelle ou de prébendes injustifiées.

 

 

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 12:06
Trump : une première semaine désastreuse

En tant que candidat-bouffon, il démocratisa le concept de post-vérité et multiplia les coups d'éclat, que beaucoup espéraient sans lendemain. En tant que président en phase de transition, il fit acte de népotisme et constitua une équipe de milliardaires vite qualifiée, de son propre chef, de « cabinet ayant, de loin, le QI le plus élevé de l'Histoire ». Aujourd'hui investi, Donald Trump poursuit sur la même dynamique et produit chaque jour son lot d'incertitudes et de polémiques, écornant toujours plus l'aura de la magistrature suprême américaine. Après avoir taxé les journalistes de tous les maux – « menteurs », « manipulateurs », « corrompus », « partisans » – , il s'efforça de contraindre au silence les agences publiques, dont la désormais méprisée EPA, et fit disparaître du site de la Maison-Blanche toute mention à l'écologie, la santé ou les droits des LGBT. Le curseur est à droite, la raison, ou ce qu'il en reste, très à l'ouest.

 

Trump paraphe aujourd'hui des documents et décrets en cascade. Ses positions de président, fidèles à celles du candidat, se révèlent souvent déplorables et à contresens de l'Histoire : remise en cause complète du droit à l'avortement ; retrait précipité du traité commercial transpacifique, au bénéfice exclusif de la Chine ; suspension de l'immigration moyen-orientale motivée par des arguments sécuritaires... La situation aurait été moins cocasse sans un premier incident diplomatique avec le Mexique, gaiement ponctué par l'annulation d'une visite officielle. Enrique Peña Nieto refuse de payer pour son mur frontalier ? Qu'importe, Donald Trump envisage d'instaurer des barrières tarifaires en vue de récolter des taxes qui financeront son projet-phare. Et Paul Krugman, Nobel d'économie, de lui rappeler sur Twitter, son réseau social favori, les principes fondamentaux qui président au commerce international : le protectionnisme occasionne souvent des mesures de rétorsion, lesquelles ne manqueront pas de mettre à mal l'économie américaine.

 

Conservateur et défenseur d'une Amérique repliée sur elle-même, chef d'État dépourvu du moindre sens de la mesure, l'ancien magnat de l'immobilier court aujourd'hui, après une seule semaine de mandat, le risque d'exploser en plein vol. Il méprise ouvertement ses partenaires européens et file le parfait amour avec la Grande-Bretagne isolationniste de Theresa May et Nigel Farage. Il effrange les grands principes de la diplomatie internationale, quitte à envisager la renégociation du statut de la Chine unique. Il entrelarde sa doctrine protectionniste de desseins économiques de toute obédience. « Des enfants gâtés qui jouent avec un pistolet chargé », voilà à quoi pourrait s'apparenter l'administration Trump, selon les propres termes de M. Krugman. Mais combien de temps encore vont durer les pitreries du président républicain ? Le soft power américain, déjà en berne, risque de payer le lourd tribut de ce mandat. Et les grands enjeux d'un monde multipolaire en crise(s) pourraient alors se trancher dans le dos de Washington, sous l'égide de la Russie, de la Chine et peut-être demain de l'Iran.

 

 

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 20:41
Fillon, la droite libérale et conservatrice

Combien d'électeurs de gauche ont-ils pris le parti de se payer la tête de Nicolas Sarkozy pour deux euros ? Combien parmi eux ont voté pour le troisième homme désigné par les sondages, François Fillon, dans l'espoir de bouter l'ancien président honni hors de la primaire de la droite et du centre ? Que représentent-ils parmi les 44% de votants ayant déjoué les pronostics en accordant leur suffrage à l'ancien Premier ministre ? L'évaluation est complexe, très hypothétique, mais une chose est sûre : si Fillon devient en mai prochain le troisième François à occuper la magistrature suprême, ces milliers d'électeurs opportunistes risquent fort de s'en mordre les doigts. D'abord parce que le député de Paris, bénéficiant notamment de l'appui de la Manif pour Tous, affiche des positions profondément conservatrices sur les grandes questions de société. Ensuite parce qu'il ne propose rien de moins que le programme économique le plus dur et libéral en lice dans cette primaire. Il demeure à cet égard utile de passer en revue ses ambitions présidentielles : allocations de chômage dégressives et plafonnées pour favoriser le retour à l'emploi ; suppression des contrats aidés afin d'éviter d'éventuels effets d'aubaine ; limitation de la revalorisation annuelle du smic, par crainte de renchérir le coût du travail ; retour aux 39 heures dans la fonction publique et suppression corollaire de 500 000 postes de fonctionnaires ; rétablissement du jour de carence abrogé en 2014 ; fin de la durée légale du temps de travail dans le secteur privé ; promotion des accords d'entreprise ; suppression d'un jour férié ; mise en place d'un contrat de travail avec modalités de rupture prédéfinies ; recul de l'âge du départ à la retraite, désormais fixé à 65 ans ; harmonisation des régimes de pension privés, publics et spéciaux ; abrogation éventuelle de l'ISF ; relèvement de la TVA... Peu importe apparemment que 300 000 jeunes bénéficient des emplois aidés, que la pauvreté continue de toucher une personne sur sept, que les policiers, militaires, médecins, chercheurs et enseignants soient le ciment de la société, que les contrats de travail à modalités de rupture reviennent in fine à faciliter les licenciements, qu'un impôt proportionnel acquitté par tous, sans distinction de revenus, soit renforcé au détriment d'une taxe ciblant les plus riches. Ce programme, décrit par la plupart des commentateurs comme « radical » et « ultralibéral », préfigure des changements systémiques et paramétriques douloureux pour les plus faibles et avantageux pour les nantis et les entreprises. Il est vrai que Nicolas Sarkozy n'augurait rien de bon, mais François Fillon, son ancien « collaborateur », est-il vraiment plus socialo-compatible ? Il est permis d'en douter.

 

 

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 20:05
Trump : en finir avec le déni

Il est des leçons qu'on oublie trop vite. Après les sentencieux « Trump ne passera jamais », voici désormais les insolites « Trump va se recentrer ». Une énième manifestation de déni qui se heurte pourtant à la dure réalité. Le fantasque et velléitaire prochain président des États-Unis n'a encore rien accompli qui puisse rassurer. Au contraire. Faisant acte de népotisme, il a nommé ses proches – fils, fille, gendre – dans son équipe de transition, avant d'offrir des postes-clés à des personnalités pour le moins sulfureuses : le raciste Jeff Sessions se voit propulsé au rang de procureur général ; Stephen Bannon, l'ancien directeur de campagne de Donald Trump, idéologue controversé et président exécutif du site d'extrême droite Breitbart News, est promu conseiller politique à la Maison-Blanche ; Mike Pompeo, connu en tant que partisan de Guantanamo et de l'espionnage à grande échelle, atterrit à la tête de la CIA ; enfin, le russophile et xénophobe Michael Flynn se voit auréolé du titre éminent de conseiller à la sécurité nationale. Si les signaux se maintiennent au rouge, certains commentateurs continuent néanmoins de croire aux mirages. Ils se consolent comme ils le peuvent, avec l'énergie du désespoir : le mur construit à la frontière mexicaine ne devrait finalement être qu'une simple barrière ; les objectifs d'expulsions seraient revus à la baisse et ne concerneraient plus que « deux ou trois millions de criminels » ; l'Affordable Care Act, appellation officielle de l'Obamacare, pourrait voir son abrogation pure et simple remplacée par quelques amendements. Se contenter de ces accommodements marginaux revient pourtant à adouber la politique du pire. Et à omettre un peu vite que Donald Trump, premier milliardaire « anti-système », dispose des pleins pouvoirs, demeure un climato-sceptique invétéré, divise dangereusement la nation, ne jure que par la dette et la planche à billets, bref qu'il navigue à vue dans une mer agitée. Croire que le costume présidentiel peut redéfinir en profondeur l'homme qui le porte, aussi névrosé et mégalomane soit-il, s'apparente à une « suspension consentie de l'incrédulité », selon l'expression chère au poète britannique Samuel Taylor Coleridge. Mais puisque tout ceci n'a malheureusement rien de fictionnel, il est urgent d'en finir avec un déni qui a déjà tant coûté à la démocratie.

 

 

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 21:40
Primaire à droite : le crépuscule des idées

Sarkozy nerveux, Juppé prudent, Copé offensif, Poisson déterminé, Fillon convaincant... Vingt-quatre heures après le premier débat télévisé organisé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre, la plupart des journalistes et commentateurs politiques en sont toujours à broder sur l'accessoire tout en négligeant l'essentiel : les idées, le projet, la vision. Sur ce terrain, le rébarbatif l'a souvent emporté et les surprises, quand il y en eut, ont été disséminées avec une grande parcimonie. On pourrait gloser des heures durant sur cette éventuelle et nébuleuse rétention préventive des fichés S, une mesure à la géométrie mal définie et à la légalité des plus douteuses. De la même manière, on pourrait cancaner devant tant de postures conservatrices, tant de désintérêt pour les inégalités sociales et si peu d'audace dans les actions envisagées. Ainsi, pour déconcertant que ce soit, les différents candidats entendent venir à bout du chômage... en réduisant drastiquement le nombre de fonctionnaires, en sonnant le glas des 35 heures et des contrats aidés ou en défiscalisant les heures supplémentaires. À ces mesures éminemment contre-productives se juxtaposerait une politique de l'offre qui ne cesse pourtant de se disqualifier partout en Europe, en fragilisant l'État-providence et les travailleurs tout en maintenant l'activité dans une condition léthargique. Le poids de la fonction publique dans le PIB, le volontarisme indispensable à l'insertion des moins qualifiés, les vertus caractérisant le partage du temps de travail, l'hypothétique stagnation séculaire : autant d'objets de réflexion qui passent, peut-être par commodité, sous les radars de la droite. Il ne sera pas plus question d'un revenu universel, d'une taxe Sismondi ou d'une « job rotation » à la danoise, mais plutôt d'une hausse de la TVA, impôt proportionnel comptant parmi les plus injustes, de l'abrogation de l'ISF, qui ne touche pourtant que les plus aisés, ou d'une privatisation plus ou moins ordonnée de Pôle Emploi, comme si changer le statut d'un établissement public allait suffire à (re)mettre quelque trois millions de chômeurs au travail. Un débat de cet acabit, n'est-ce pas finalement un clou de plus porté au cercueil France ?

 

 

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 16:24
Brexit : l'UE en cours de redéfinition

En 2013, après moult tergiversations, le Premier ministre David Cameron fait acte d'électoralisme en promettant l'organisation d'un référendum sur l'appartenance de son pays à l'Union européenne. L'ancien conseiller politique de Margaret Thatcher a-t-il alors conscience de jouer avec un feu dont l'ardeur risque d'enflammer l'opinion ? Trois années plus tard, l'ancien maire conservateur de Londres Boris Johnson, le leader populiste de l'Ukip Nigel Farage, les tabloïds eurosceptiques – dont ceux appartenant à l'inénarrable Rupert Murdoch –, ainsi qu'une poignée de ministres tories, dont certains parmi les plus influents, rivalisent de fourberie pour faire avancer la cause du Brexit, un retrait plus ou moins ordonné des institutions européennes. Là où devraient présider la rationalité et le bon sens, leurs discours se fondent en grande partie sur des présupposés idéologiques.

 

D'après ces eurosceptiques, l'UE ne serait faite que de bric et de broc, partagée entre une technocratie toute-puissante et une bureaucratie dévorante. « BoJo » martèlera ad nauseam l'absurdité consistant à légiférer sur la taille ou la courbure des bananes, comme si l'Union et son idéal se résumaient à quelques euromythes à la peau dure. Pendant que les partisans du remain cherchaient, avec plus ou moins de conviction, à réconcilier le peuple britannique avec l'idée européenne, le camp du Brexit, débarrassé de toute inhibition morale, brandissait des arguments fallacieux, voire profondément mensongers. Il en est ainsi des 350 millions de livres que la Grande-Bretagne verserait chaque semaine à Bruxelles, somme rondelette qui ne tient évidemment aucun compte du rabais historique négocié par Thatcher ni des subventions accordées par Bruxelles pour les agriculteurs, les régions ou les investissements britanniques. Mais que peut vraiment la raison contre l'émotion ?

 

Dans ses colonnes, le tabloïd conservateur The Daily Mail se perd en fantasmes et raisonnements spécieux : « Nous méritons plus que d’être traités comme la simple province d’une bureaucratie paneuropéenne corrompue, non-élue et antidémocratique […] Nous avons donné au monde la démocratie parlementaire, la révolution industrielle, la Magna Carta, les droits humains et le libre échange. Donc nous arrêtons de nous plier à des juges et des commissaires qui ne nous rendent aucun compte. » Tout est là : le mépris et les stéréotypes à l'endroit des eurocrates et des institutions communautaires, la glorification d'un passé idéalisé et à jamais révolu, l'idée perfide d'une subordination absolue à Bruxelles, alors que les Britanniques n'ont jamais cessé de s'arc-bouter à des positions de refus et de négocier des accords spécifiques les maintenant dans l'angle mort de l'intégration. On ne saurait en réalité mieux résumer la campagne du Brexit.

 

Les électeurs britanniques ayant finalement opté à 51,9% pour une sortie de l'Union, l'heure est au(x) bilan(s). L'Europe se voit dépossédée d'un vaste et précieux réseau d'ambassadeurs et privée d'un important contributeur net (environ 10% du budget communautaire, soit quelque douze milliards d'euros). Le PIB de l'UE chute, avec effet immédiat, de plus de 15%, tandis que toute velléité de défense commune apparaît comme étouffée dans l'oeuf... Et chacun de se draper dans sa vertu outragée, de se questionner égoïstement sur l'impact du Brexit sur sa propre économie, de prophétiser ou non la déconstruction ou l'éclatement des institutions européennes... D'aucuns pointent même un risque de contagion, comme si le « grand large » britannique, pour reprendre une expression chère à Churchill, allait se muer en agent corrosif d'un fédéralisme encore inachevé.

 

Mais ne revient-il pas avant tout à la Grande-Bretagne de se préparer à des lendemains qui déchantent, potentiellement fâcheux et désillusionnés ? Son régime de sublimation permanente semble déjà prendre fin. Quelques heures à peine après le référendum, les mensonges éhontés de Nigel Farage faisaient les choux gras de la presse européenne. L'argument financier en faveur du Brexit « a été une erreur ». Curieusement, il sous-tendait pourtant toute la campagne. C'est précisément ce genre de gymnastique intellectuelle qui a creusé le caveau profond dans lequel un pays entier pourrait sombrer. Pensez donc aux 3,3 millions d'emplois qui seraient directement liés au commerce avec l'Europe, si l'on en croit le Parlement britannique. Observez l'Irlande, dont certaines franges aspirent à nouveau à la réunification. Sondez l'Écosse, europhile, qui rêve elle aussi d'y aller de sa petite campagne référendaire, préférant dans une large mesure le continent à l'île. Quid alors des acteurs de la City qui opéraient jusque-là pour les vingt-huit, chambres de compensation en tête ? Quid des investissements étrangers, parfois essentiellement motivés par l'appartenance à l'UE ? Et que dire enfin des quelque 290 milliards d'exportations destinées à l'Union – représentant tout de même 48% des exportations totales ?

 

La sociologie du scrutin fait par ailleurs la démonstration d'une Grande-Bretagne très divisée : Londres, les milieux d'affaires, la jeunesse britannique, certains syndicats et l'Écosse furent animés d'un fort sentiment pro-européen, tandis que l'Angleterre, les milieux ruraux ou peu éduqués et les plus âgés choisissaient en masse la voie du retrait. Quand bien même la Grande-Bretagne, pleine ou résiduelle, parviendrait-elle à négocier des accords à la carte avec les institutions communautaires, elle se trouverait dans une position ingrate qui n'est pas sans rappeler celle de la Norvège : une contribution financière élevée avec pour corollaire une absence totale de pouvoir décisionnaire. Tout ça au nom d'une indépendance que personne n'a jamais songé à lui contester... Plutôt que de tordre le cou un peu hâtivement à l'idée européenne, il eût été judicieux d'étudier plus avant les rapports du Trésor britannique ou de l'OCDE, assez peu engageants quant aux trajectoires économiques (croissance, chômage, déficits, stabilité) post-Brexit. « Un saut dans l'inconnu » : la formule a été reprise en boucle par la presse européenne, alors même que la livre se voyait considérablement dépréciée et que les marchés financiers frisaient l'hystérie. De quoi alimenter un peu plus le « Bregret » et les pétitions appelant à un nouveau vote.

 

L'europhile pourra toutefois trouver quelques motifs de satisfaction. Depuis 1973, les Britanniques s'adonnaient à un double jeu où le dedans et le dehors en venaient souvent à se confondre. Aux référendums d'appartenance (1975, 2016) se juxtaposaient les doléances budgétaires qui firent la renommée du Thatchérisme, les innombrables clauses d'exemption (opt-out), le « statut spécial », le refus catégorique de la monnaie unique et de l'Europe politique. Les fédéralistes qui tentaient malgré tout d'avancer vers une plus grande intégration avaient pieds et poings liés, car taxés tantôt de dirigisme, tantôt de colbertisme, souvent par des ultralibéraux oubliant un peu vite l'état de leur économie avant de rejoindre les cénacles bruxellois. Pour les Britanniques, l'Union n'a jamais été qu'un vaste marché de libre-échange dépourvu de chair politique. Avec le Brexit, le bloc libéral européen, composé notamment des Pays-Bas et de la République tchèque, voit son pouvoir de nuisance considérablement diminuer. C'est peut-être l'occasion d'enfin rebattre les cartes, de s'orienter vers cette Europe sociale et démocratique à laquelle tant d'Européens croient et aspirent... Un idéal daté mais toujours inaccompli, qu'il est urgent de sortir du formol.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito Économie International
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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 08:44

C'est d'une voix vibrante que Manuel Valls, Nathalie Kosciusko-Morizet et Marine Le Pen ont exprimé des doléances semblables, en des termes presque identiques. Selon eux, étudier les phénomènes incubateurs du djihadisme tiendrait en quelque sorte de la forfaiture. Du PS au FN, encore affectés par les attentats de Paris, on a cru bon de délégitimer par anticipation la parole des chercheurs en sciences sociales, ceux qui précisément s'emploient à identifier les déterminismes pouvant aboutir au terrorisme. Les explications objectives, ils n'en ont cure. Ils préfèrent ventriloquer, rétorquer que la société n'est en aucun cas responsable des drames et des radicalisations, ce que personne n'a jamais songé à contester. Ils craignent que la recherche ne finisse par exonérer l'individu de ses actes, de ses crimes, de ses abominations, comme si elle avait vocation à empiéter sur le terrain judiciaire et pénal. Comme si expliquer revenait in fine à excuser. Ils se trompent, leurrent leurs partisans et défendent, de surcroît, une position des plus hasardeuses. Parce que se prémunir face aux risques nécessite impérativement d'être en mesure de les appréhender, donc de s'en donner les moyens. Et c'est justement là que la science doit faire son oeuvre. Encore récemment sur France Culture, le journaliste Brice Couturier cherchait à confondre les sociologues en usant de sophismes désormais amplement rebattus : pourquoi alléguer tel ou tel déterminisme alors même que rien ne peut disculper les terroristes ? Sous ses dehors rationnels, l'interrogation sonne pourtant comme un non-sens. Car il ne s'agit aucunement de transférer la faute – morale, criminelle, politique – d'une structure – l'individu – à une superstructure – la société –, mais bien de mettre en lumière des processus, sociaux ou psychiques, de nature à favoriser les phénomènes d'endoctrinement et de radicalisation. Pour tenter de les prévenir et de les combattre. Qui osera prétendre que c'est accessoire, stupide ou inutile ?

 

 

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 21:44

Chemin faisant, le dossier hellénique aura ravivé les plaies les plus tuméfiées d'une Europe en voie de désunion. Depuis 2010, le déficit démocratique le dispute à l'aveuglement austéritaire, tandis qu'un peuple tout entier essuie un flot ininterrompu de mesures vexatoires et se voit plongé dans un sinistre dénuement – chômage à 26 %, revenus des ménages amputés de plus de 30 %, pensions rabotées à hauteur de 40 %, pauvreté en hausse exponentielle, productivité en berne, taux de dépression, de suicide et de mortalité infantile portés à leur zénith. Jetés en pâture par des chefs d'État et des journalistes n'y voyant souvent qu'assistés, fainéants et profiteurs, les Grecs paient aujourd'hui le lourd tribut d'une administration défaillante, réputée corrompue, clientéliste et incapable de lever l'impôt, coupable d'avoir truqué ses comptes avec la complicité intéressée de Goldman Sachs – et celle, plus discrète, d'une Union soudain prise de cécité car trop ravie de s'élargir ad nauseam. À l'endroit du berceau de la démocratie, on ne compte plus les déclarations au ton sermonneur, les clichés à la lisière du racisme, les contre-vérités culpabilisantes. La troïka (FMI, Commission européenne, BCE) reste scotchée à Athènes comme une moule à son rocher ; refusant toute politique expansionniste, elle prétend lutter contre la récession par des mesures récessives, amenuiser la dette en asphyxiant l'économie, réformer l'État en privatisant, congédiant les fonctionnaires et détruisant la sécurité sociale. C'est un peu comme si Friedrich Hayek, le chantre du libéralisme, l'emportait sur John Maynard Keynes par K.O. et sans combattre. Il n'y a pourtant guère que l'extrême gauche, les altermondialistes, les atterrés, Le Monde Diplomatique, Alternatives économiques et quelques économistes parmi lesquels Thomas Piketty, Jean Gadrey, Joseph Stiglitz ou Paul Krugman pour s'émouvoir devant l'inanité d'une austérité contre-productive et humainement désastreuse. Le SPD allemand applaudit des deux mains, de concert avec Nicolas Sarkozy, Mariano Rajoy, Jeroen Dijsselbloem, Toomas Hendrik Ilves, Bernard-Henri Lévy ou Robert Fico. Tous ces gens se moquent de facto du référendum grec comme de leur première culotte ; ils perçoivent le troisième plan d'aide et le reprofilage de la dette, accouchés dans la douleur et au mépris de la démocratie hellène, comme un élan d'extrême générosité. D'Allemagne, de Slovaquie, d'Estonie, du Portugal ou d'Espagne, on vole au secours d'un unique avatar commun : la rigueur budgétaire, manifestement portée à bout de bras même en cas de vertige existentiel. Dans ces pays comme dans d'autres, on oublie un peu vite que les revendications d'Aléxis Tsípras se trouvent plus que jamais adoubées par ses administrés, que le parti Syriza, présenté comme radical et obstiné, tremble sur ses assises à force de compromission, que les efforts jusque-là consentis par la Grèce restent sans commune mesure, qu'Athènes souffre d'une monnaie forte peu en phase avec ses fondamentaux économiques et d'un ratio dette/PIB qui s'envole à mesure que les richesses créées s'amenuisent sous le coup de l'austérité. Combien de temps encore les « institutions » resteront-elles sourdes au malheur du peuple grec ? Convient-il de poursuivre des objectifs d'excédent budgétaire intenables pour espérer, naïvement, étioler une dette insoutenable ? Doit-on rappeler aux Européens la jurisprudence héritée de l'histoire en matière de défaut, de restructuration et d'effacement de dette ? Le CADTM s'y emploie quotidiennement, mais prêche dans un désert idéologique. Après tout, l'Argentine, l'Allemagne, Cuba, le Mexique, le Venezuela, le Costa Rica, la Pologne ou, plus récemment, l'Équateur y sont tous allés de leurs petits arrangements, souvent à raison, quand il s'agissait de solder leurs comptes. Ni l'ordolibéralisme né de la division allemande ni le chantage exercé par une certaine extrême droite (les Vrais Finlandais en porte-étendard) ne peuvent résoudre à eux seuls l'équation grecque, en ignorant les braillants sanglots du quidam voué à l'indigence. Ce serait faire place nette aux eurosceptiques de toutes sortes, aux pourfendeurs de l'union des peuples, et à Aube dorée, parti néonazi parmi les pires du vieux continent, habitué aux ratonnades comme aux vomissures langagières. On se dit finalement que l'économiste belge Bruno Colmant a peut-être trouvé la formule juste : la Grèce semble être le canari de la zone euro, l'oiseau que l'on jette froidement dans la fosse minière pour s'assurer qu'il ne s'en échappe pas des émanations de méthane.

 

 

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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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