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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 05:46

C’est l’histoire d’une ministre, Cécile Duflot, qui enfile de gros sabots et pénètre dans un magasin de porcelaine. Ainsi présenté, le psychodrame qui se joue actuellement au gouvernement prêterait presque à sourire. Pourtant, l’heure est bel et bien aux mines défaites et aux manœuvres dilatoires. Car, quoi qu’en disent les porte-parole et communicants autoproclamés, le corps socialiste semble définitivement rejeter la greffe EELV. Il y a comme une sorte d’incompatibilité génétique entre un PS autosuffisant et des écologistes plus que jamais tenus en laisse, réduits aux réprobations stériles, non suivies d’effets.

 

La coalition au pouvoir est-elle pour autant au bord de la rupture ?  Personne ne peut l’affirmer avec certitude. D’abord parce que ce divorce maintes fois annoncé a tout d’une tarte à la crème médiatique. Ensuite, et surtout, parce qu’il ne faudrait pas sous-estimer le magnétisme d’un strapontin. Tout se tient : si les cadres d’EELV aboient depuis plus d’un an, ils n’ont encore jamais mordu. Les charges ont beau être violentes, la photo de classe n’en demeure pas moins inchangée, comme figée dans le temps. Bref, les coups de gueule passent, les ministres restent.

 

Oui, mais… Cette fois, Cécile Duflot a peut-être franchi le Rubicon. En invoquant un « pacte républicain » menacé par Manuel Valls, elle a sans conteste hypothéqué sa participation – et son soutien – au gouvernement. Comment en effet justifier sa présence dans l’exécutif, aux côtés de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, alors qu’ils ont clairement et sans réserve aucune validé la ligne défendue par leur ministre de l’Intérieur, celle-là même qui mettrait en péril la République ?  Par souci de cohérence – de crédibilité ? –, la ministre du Logement devrait tirer toutes les conséquences de sa sortie pour le moins intempestive.

 

« En 2013, une ministre, ça agit, ça ouvre sa gueule et ça ne démissionne pas », avait-elle récemment osé, réitérant ainsi son désir d’œuvrer à la bonne marche des affaires publiques en dépit des frictions et des divergences d’idées. En dégoupillant la grenade du « pacte républicain », l’ancienne secrétaire nationale d’EELV ne pourra décemment plus s’en tenir à ce piètre jeu d’équilibriste. Sous peine de se voir réduite à l’étiquette peu flatteuse d’opportuniste.

 

 

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 05:38

Rue de Solférino, les cadres socialistes font grise mine et se trouvent à nouveau dans l’embarras. Rien ne va plus pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault, plus esseulés que jamais. Les écologistes s’estiment abusés et font un pas de côté. Jean-Luc Mélenchon multiplie les coups de menton et les sobriquets peu flatteurs. Ségolène Royal se délecte à tirer dans le dos de ses petits camarades. Et l’UMP, non contente de se déchirer sur les déclarations de François Fillon, fait feu de tout bois. Un tableau édifiant, où Marine Le Pen apparaît, en filigrane, avec le sourire d’une Mona Lisa revigorée par des sondages prometteurs.

 

Mais l’intérieur du PS n’est pas non plus entouré de douceur et de prévenance. Les langues se délient, les griffes se font jour. Les uns se plaignent de la déconstruction du socle électoral, tandis que les autres en appellent à un virage à gauche. L’arbitre Harlem Désir en a même perdu son sifflet. Pis, dans la maison rose, certains termes ne cessent de résonner avec force : ras-le-bol fiscal, chômage, dette, Marseille, justice, insécurité, Syrie… Plutôt que d’en saisir la portée ou d’en chercher la source, d’aucuns ont opté pour les protections auditives. Une solution à courte vue.

 

De son côté, le FN se frotte les mains et se lèche les babines. Les frontistes n’en finissent pas de faire la nique au gouvernement socialiste. Au faîte de sa popularité, Marine Le Pen s’attend à un raz-de-marée à l’occasion des élections municipales et européennes prévues en 2014. Elle sait mieux que quiconque que tout faux pas des partis dits républicains se mue immédiatement en plaidoyer en faveur de l’extrême droite. Un peu comme si le Front National était au pot de son désormais fameux UMPS.

 

Comment, alors, sortir de l’impasse ?  La question taraude évidemment les socialistes. Sans solutions clefs en mains, ils naviguent à vue, perdus en eaux troubles. Nul doute que François Hollande devrait commencer par clarifier sa ligne. La France a un besoin urgent de pédagogie pour mieux appréhender sa marche. Il convient ensuite de dépassionner les différends internes et d’en finir avec les Arlésiennes auxquelles plus personne ne croit. Ce n’est qu’à ce prix que la majorité pourra neutraliser les incantations lepénistes, alors même que les communicants du FN sont au four et au moulin dans l’espoir d’une orgie électorale.

 

 

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 07:14

Avec la mise sur les rails de la sixième réforme de l’État belge, la N-VA se frotte, non sans mal, aux épines du rêve inachevé. Le parti nationaliste flamand, non content de ruer dans les brancards, déploie sans scrupules un argumentaire fallacieux à l’appui de ses thèses indépendantistes. Ainsi, on a vu Bart De Wever glisser avec allégresse sur le toboggan médiatique et pousser des cris d’orfraie afin de porter un coup de canif déstabilisateur au nouveau contrat communautaire, pourtant paraphé – et donc soutenu – par pas moins de huit partis. C’est en tout cas peu dire que le message de l’homme fort de la N-VA ne laisse planer aucun doute : jamais, il ne se hasardera à défendre une énième réforme constitutionnelle, prématurément jugée vaine, voire contre-productive. Pis, dans la foulée, il dégoupille la grenade de l’autodétermination et se met à vanter les vertus d’un reformatage de l’article 35, celui-là même qui délimite le mandat – donc le champ d’action – des entités fédérées. Une manière de concéder, à demi-mot, sa volonté de mettre au pas les francophones, ces prétendus assistés fainéants, dans une Belgique disloquée, désunie et sans substance.

 

Le discours est univoque au possible. Le bourgmestre d’Anvers « en a marre » de ces interminables négociations au terme desquelles les Flamands sortent « tondus » et « à genoux ». Pour les plus durs de la feuille, il va jusqu’à pointer du doigt la responsabilité indubitable des francophones, devenus le temps d’une déclaration les oiseaux de malheur du peuple néerlandophone. C’est tout juste si ces contre-vérités ne braquent pas un projecteur aveuglant sur les desseins inavoués de la N-VA : crier haro sur le Sud du pays et employer tous les paravents socioéconomiques imaginables pour mieux justifier le détricotage de l’État fédéral. Un scénario qui satisferait au moins deux arrière-pensées indépendantistes : faire de la Belgique une coquille vide et reconfigurer le périmètre d’action de la Région flamande en vue de promouvoir le self-government. Car Bart De Wever le clame désormais haut et fort : « Construisons quelque chose qui peut-être fonctionne au lieu de gaspiller sans fin du temps, de l'énergie et de l'argent pour réformer le bric-à-brac de l'État. »  Il faudrait délibérément faire la sourde oreille – ou l’autruche, c’est selon – pour ne pas y déceler le signe d’un autonomiste rêvant de tirer un trait sur un pays qu’il abhorre depuis toujours.

 

En fait, il y a largement de quoi s’y perdre. Car cette sixième réforme de l’État, réclamée de longue date par ses frères d’armes, aurait en toute logique dû rencontrer les aspirations les plus intimes de Bart De Wever. Mais, plutôt que de faire profil bas, l’Anversois s’agite sur tous les fronts et exige à cor et à cri davantage de moyens financiers pour absorber les nouveaux transferts de compétences, pourtant ardemment convoités – et revendiqués – par les siens. Paradoxe ?  Anguille sous roche ?  Il y a là en tout cas, dans le chef du héraut autoproclamé de la cause flamande, un double discours, voire une fraude intellectuelle, qui devrait rebuter tout électeur rationnel décemment informé. Ces sempiternelles contradictions, couplées aux incongruités de rigueur, prêtent d’autant plus à discussion que, dans le même temps, Jan Peumans y allait lui aussi de sa petite déclaration, affirmant sans détour que la Flandre est une région autonome reconnue à l’échelon international. Un rêve inachevé, vous disait-on.

 

 

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 06:30

Il n’y a pas qu’au MR que l’islamophobie délie les langues et déchaîne les passions. Il suffit de consulter la presse européenne pour s’en rendre compte. Ou, mieux encore, de lire les commentaires haineux lâchement abandonnés sur la toile par des badauds ignominieux. Les lieux communs y pleuvent, occasionnant des torrents de boue et d’insultes stériles. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que les religions coraniques effraient les uns autant qu’elles enthousiasment les autres, clivant souvent malgré elles, allant jusqu’à devenir pomme de discorde et victime de batailles sémantiques.

 

Zoom. Récemment, la fédération européenne des organisations antiracistes (ENAR) est parvenue aux mêmes conclusions qu’Amnesty International quant à l’islamophobie en Belgique. Elle explique ainsi dans un rapport alarmant que les 600 000 musulmans y résidant font l’objet de discriminations persistantes, notamment dans les domaines de l’emploi, du logement et de l’éducation. Et pis encore : leur accès aux services publics et privés se voit remis en cause. Désormais, la plupart des dossiers traités par les associations compétentes en matière de discrimination concernent la communauté musulmane. Le Centre pour l’égalité des chances peut en témoigner : l’outil législatif ne suffit plus à contenir les dérives islamophobes. Quant à les prévenir…

 

Plan d’ensemble. Le phénomène frappe toute l’Europe. Sur le vieux continent, l’extrême droite se dope à la xénophobie, laquelle touche particulièrement les immigrés issus du monde arabe. Le Vlaams Belang, le Front national, Aube dorée, le PVV ou encore l’UKIP surfent tous sur une vague populiste mâtinée de racisme. Et les musulmans en sont bien sûr les premières victimes. Chacun peut d’ailleurs s’en faire sa propre idée. Il suffit pour cela de tendre l’oreille partout où la parole se libère, où la tolérance s’effrite. Là-bas, les préjugés se répandent comme une traînée de poudre et le mépris ne tarde jamais à poindre. Le spectacle peut alors commencer. Le terroriste devient l’archétype d’une communauté réputée mal intégrée, souvent présentée comme un bloc homogène, moyenâgeux et ingérable. Pire : Turcs, Iraniens, Pakistanais et Marocains se confondent, tous enfermés – et étouffés – dans un sac arabo-musulman pourtant bien trop étriqué pour eux. Et le comble, infâme pour le coup, c’est que beaucoup jugent encore ces images réductrices inoffensives, voire carrément anecdotiques. On baigne, si pas dans le déni, au moins dans l’ignorance. Une histoire qui en rappelle une autre…

 

 

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 05:42

Le candidat Hollande avait en son temps promis aux Français « une République exemplaire ». Mais, aujourd'hui, face à l'ampleur du scandale Cahuzac, le président Hollande ne peut que le désavouer. L'ancien ministre du Budget s'est en effet fourvoyé dans un raz-de-marée de mensonges grotesques, allant même jusqu’à se poser en victime de rumeurs infondées. Pourtant, sous une pression devenue intenable, il a finalement craché le morceau. Un morceau de choix, particulièrement difficile à avaler pour ses concitoyens. Car il s’avère non seulement coupable d’évasion fiscale, mais aussi, et surtout, de fraude morale. Si ses fameux comptes bancaires secrets, cachés comme le serpent sous l’herbe, ont fait couler tant d'encre, occasionnant une indignation généralisée, c’est bien plus pour les impostures éhontées que pour le manque à gagner du fisc hexagonal. Dès lors, plus personne ne s’étonnera que les Français, tous bords confondus, se défient désormais largement d’un pouvoir public jugé au mieux défaillant.

 

Il faut dire que cette affaire s’inscrit dans un contexte à tout le moins fâcheux. L’ancien président Sarkozy se trouve en effet sur la sellette, mis en examen dans l’affaire Bettencourt, ce qui met sans conteste en saillie un tableau – excessif – de scandales à foison. D’autant plus que le peuple n’a pas la mémoire courte : il garde à l’esprit les années Mitterrand et Chirac, durant lesquelles il régnait comme un parfum d’affairisme. Les suspicions étaient alors monnaie courante. Chaque semaine, ou presque, un bruit de couloir en chassait un autre. À cette époque, la probité et l’intransigeance n’allaient pas forcément de pair. Il y a donc assurément de quoi réveiller de vieux démons.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’affaire Cahuzac tombe mal pour un François Hollande désarmé, devant en plus faire face à un désamour inédit – tant par sa hâte que par sa vigueur. Souvenez-vous : durant la campagne présidentielle, il se présentait comme un « homme normal », comme celui qui bouterait les corrompus hors des cercles dirigeants. Mais aujourd’hui, à mille lieues des vœux pieux, il ne peut que se rétracter. Son ministre du Budget a sauté, tandis que l’opposition suspecte Bercy et Beauvau de complaisance. Et c’est la République dans son ensemble qui vacille. Elle voit ses ambassadeurs – ministres, députés, sénateurs, élus des collectivités locales, etc. – se brûler les ailes, écornant au passage tant son image que ses symboles et ses principes. Un nouveau cataclysme pour tous les démocrates, las d’attendre une planche de salut propre à sauver les fondements d’un régime en crise.


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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 22:35

La disparition de Hugo Chávez, le président vénézuélien, a été commentée partout à travers le monde. Ses laudateurs et ses opposants ont ainsi pu se partager la parole médiatique, une occasion unique pour eux d’imposer leurs jugements, parfois hâtifs et outranciers. Résultat : entre les images d’Épinal et celles de liesse populaire, téléspectateurs, lecteurs et auditeurs avaient sans conteste le choix du râtelier.

 

Le leader bolivarien, sensible aux thèses marxistes, a souvent été dépeint comme un dirigeant autoritaire, suspecté de museler la presse pour mieux porter aux nues son action. Il aura pourtant bénéficié, tout au long de sa carrière politique, d’un large soutien populaire, jamais démenti dans les urnes. Et si la presse d’État faisait effectivement son apologie, les médias privés conservaient quant à eux une liberté et une capacité de nuisance considérables. De quoi faire taire les plus soupçonneux.

 

C’est plutôt dans le champ économique que le bât blesse. L’ancien militaire n’est jamais parvenu à diversifier l’activité nationale, par trop dépendante du secteur pétrolier, dont la production a pourtant stagné ces dernières années. Une sorte de « maladie hollandaise » frappe le Venezuela, dont les ressources naturelles constituent le principal moteur de croissance et l’essentiel des exportations. On pourrait légitimement résumer la situation ainsi : le pays vit pour et par l’or noir.

 

En revanche, sous Chávez, la pauvreté a drastiquement diminué, la rente pétrolière permettant la mise en œuvre de politiques sociales ambitieuses, lesquelles oxygènent des classes populaires autrefois miséreuses. Mais une chute brutale des cours – scénario cependant peu probable – pourrait venir gripper la mécanique chaviste. Car ni l’exploitation gazière, qui peine à décoller, ni les industries de l’aluminium et du ciment, en panne depuis leur nationalisation, ne pourraient prétendre prendre le relais. Et pis encore : l’inflation dépasse désormais allégrement les 20 % – une véritable épée de Damoclès.

 

Le Venezuela hérite en outre d’un système bureaucratique sclérosé et d’un niveau de corruption effarant. Les homicides y pullulent, traduisant une insécurité toujours plus alarmante. Plus généralement, c’est tout le PSUV qui portera longtemps les stigmates du chavisme, à savoir la défiance de l’Occident, les attentes démesurées de l’Amérique du Sud, un populisme débridé et une posture équivoque à l’égard des pires dictatures.

 

Modèle pour les uns – les bolivariens, l’extrême gauche –, adversaire pour les autres – les Américains, les libéraux –, le régime de Hugo Chávez n’a en tout cas pas fini de faire couler l’encre. Son héritage, à la fois pesant et nuancé, devrait en toute logique être accepté sous bénéfice d’inventaire.


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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 13:23

Drôle de revirement de situation. La droite transalpine, emmenée par le sulfureux Silvio Berlusconi et son Peuple de la Liberté, devait en toute logique passer de vie à trépas. Pourtant, tout au long de cette campagne législative, les écarts n’ont cessé de s’amoindrir, redistribuant ainsi hasardeusement les cartes électorales. De quoi rendre brumeux le paysage politique italien. D’autant plus que les indécis se comptent en légions.

 

À quelques heures du dénouement d’une lutte à l’issue incertaine, un fait polarise en tout cas toutes les attentions : la capacité de résilience de Silvio Berlusconi, un revenant pourtant entaché de scandales et malmené par les dirigeants européens, un homme impétueux pour qui renaître de ses cendres est devenu un exercice courant. Coutumier des excès en tout genre, la locomotive électorale du PdL aura dit tout et son contraire. Mieux : confondant la Bundesbank et la Deutsche Bank, promettant des cadeaux fiscaux au mépris des réalités économiques et vantant les vertus d’un retour à la lire, il aura allégrement démontré toute l’étendue de son incompétence dans une matière, les finances publiques, dont il vise pourtant le portefeuille – le palais Chigi ne l’intéressant apparemment plus. Mais ces atermoiements et ces maladresses, pas plus que les fameuses « affaires », ne semblent déranger les Italiens, toujours prêts à lui accorder leur confiance. Incompréhensible.

 

Au populisme de droite répond le populisme de gauche. C’est ici qu’entre en piste Beppe Grillo, une ancienne vedette de la télévision reconvertie dans la politique, qui s’illustre habituellement par ses hurlements revendicatifs devant des foules électrisées. Cet agitateur survitaminé, à la tête du Mouvement cinq étoiles, a troqué ses attributs comiques contre un projet fantaisiste. Fédérant les déçus des partis traditionnels, il pourrait devenir la troisième force électorale du pays. Ses promesses ?  Réduire le salaire des élus, plafonner les retraites, soutenir les PME, offrir à tous l’Internet. Jusque-là, rien de bien extravagant. En revanche, là où cela se corse, c’est lorsque Beppe Grillo refuse d’accorder des interviews à la presse transalpine, prône un retour à la lire ou véhicule sans le moindre scrupule un discours antisystème propre à affoler des marchés financiers déjà sur les dents. Attention : jouer avec le feu, c’est accepter le risque de se brûler.

 

On plaint alors Mario Monti. Le Professore, par ailleurs sénateur à vie, a remis l’Italie sur les rails européens, assainissant les comptes publics au détriment de sa propre image politique. Un geste courageux qui lui vaudra à la fois la faveur de ses homologues étrangers et l’inimitié d’une partie de ses concitoyens. Pire : sa laborieuse construction d’un pôle centriste alternatif peine à convaincre des électeurs (pour une fois) incrédules. Son salut pourrait dès lors venir de la gauche, et plus précisément du Parti démocrate, qui devra sans doute se trouver des alliés pour gouverner.

 

Mais la vraie leçon de cette campagne réside ailleurs. Les candidats ont emboîté le pas de Silvio Berlusconi et méprisé les problèmes structurels qui secouent l’Italie. L’exubérance de la gauche faisait toujours écho à celle de la droite. Fuyant les débats sérieux, surfant sur un ras-le-bol qui se généralise, les partis n’ont jamais hésité à promettre monts et merveilles, nonobstant les réalités politiques actuelles. Comme s’ils voulaient profiter du redressement orchestré par Mario Monti pour retomber dans de vieux travers potentiellement funestes.

 

Espérons au moins que les Italiens n’auront pas la mémoire courte et que le dépouillement des urnes ne débouchera pas sur un pays ingouvernable – situation possible en cas de majorité différente au Sénat et à la Chambre. C’est en effet le minimum syndical.


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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 21:44

Personne ne le contestera : Chokri Belaïd décroche une victoire posthume. Cette figure de proue de la gauche tunisienne, tribun des pauvres et des femmes, donne en effet bien du fil à retordre à ses anciens adversaires islamistes. Son hommage a viré à la manifestation anti-Ennahda et a jeté des milliers de Tunisiens dans la rue, provoquant un séisme politique plutôt fâcheux pour le pouvoir en place.

 

Pire : les islamistes apparaissent désormais affaiblis et divisés. Le Premier ministre Hamadi Jebali, un modéré issu des rangs nahdaouis, tente tant bien que mal d’installer un gouvernement de technocrates, contre l’avis pourtant catégorique de son propre parti. Pour avancer ses pions, l’homme fort de l’État n’a pas hésité à mettre sa démission dans la balance. Un pari au mieux risqué. Si l’opposition laïque et moderniste y voit un signal positif, la communauté internationale scrute en revanche avec inquiétude des institutions qui peinent à recouvrer leur stabilité d’antan (même l’ère bénaliste présentait ses avantages).

 

Ceux qui espéraient une intervention de l’ANC pour contrecarrer les plans de Jebali devront se faire une raison. Car les experts s’accordent à dire que le Premier ministre, par ses prérogatives, peut librement procéder à des remaniements, gérant ainsi à sa guise les portefeuilles ministériels et leur périmètre. Inutile de préciser que les plus radicaux d’Ennahda ne l’entendent pas de cette oreille. Ce qui laisse augurer de redoutables luttes intestines. Mais ce n’est pas tout : à cela, il faut ajouter les dissensions d’une troïka devenue franchement bancale. Le CPR et Ettakatol ne cessent en effet de s’éloigner des nahdaouis. À l’origine de ces divisions : les discussions interminables entourant l’éviction de ministres islamistes et une répartition plus équitable des maroquins.

 

Quoi qu’il en soit, deux ans après sa « révolution de jasmin », Tunis attend toujours sa nouvelle constitution. Quant aux élections législatives de 2013, elles pourraient subir le contrecoup des soubresauts actuels. Qu’on se le dise : l’instabilité constitue souvent le meilleur prétexte à l’immobilisme. Et, accessoirement, à l’autoritarisme. Les Tunisiens ne le savent que trop bien.


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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 18:58

Rétablissons d’emblée une double vérité : David Beckham n’a rien d’un philanthrope francophile et la taxe à 75 % relève du simple bon sens. Ceux qui en doutent pourront toujours étudier les montages financiers entourant la venue du joueur anglais à Paris et se dire que l’Europe traverse une crise économique sans précédent. Ces précisions s’avèrent d’autant plus précieuses que certains Français semblent se fourvoyer quelque peu, comme égarés entre des idées préconçues et des plans de communication plus ou moins élaborés. Prêts à gober n’importe quoi ?

 

Remettons un peu d’ordre dans tout cela. L’hebdomadaire Dimanche Ouest-France nous apprend d’abord que le soutien à la taxe de 75 % s’érode progressivement – 47 % des sondés attendent du gouvernement l’abandon du projet. Il convient pourtant de rappeler à ces Français réfractaires que les départs de Gérard Depardieu et Bernard Arnault restent – jusqu’à preuve du contraire – des exceptions et, surtout, qu’une cotisation temporaire de crise résulte de la justice sociale la plus élémentaire. L’État ne peut nullement se confondre avec un voyou dépouillant sans vergogne les plus riches. D’ailleurs, s’il fallait interrompre toute initiative politique à la première menace d’évasion fiscale, les dirigeants devraient alors renoncer à effectuer la moindre réforme.

 

Ensuite, le cas David Beckham. Ce n’est pas un hasard si, quelques jours à peine après l’annonce d’un « Qatargate », l’Anglais pose ses valises au PSG. Et avec le sourire en plus. Les Parisiens peuvent, paraît-il, s’en frotter les mains : il ne touchera qu’un salaire dérisoire, de 2200 € par mois. Pas de quoi affoler un trotskiste donc. Il vient, presque gracieusement, apporter sa pierre royale à l’édifice footballistique. La direction du club le promet : son arrivée est uniquement dictée par un intérêt immodéré pour le projet sportif. Un vaste plan de communication en atteste largement. La vérité ?  Le scepticisme est de mise. Accusés d’avoir acheté la coupe du monde, les Qataris se servent du PSG pour détourner l’attention médiatique. Beckham ?  Un vieux joueur sur le retour qui a flairé le bon coup. Son dossier a été bouclé dans la précipitation. Son salaire ?  Il cherche surtout à contourner l’ISF et une taxation musclée de l’ensemble de ses revenus, évalués – excusez du peu – à 35 millions d’euros par an. En ne signant que pour cinq mois, il échappe d’ailleurs au statut de résident fiscal. Et, qu’on se le dise, le playboy anglais ne perd pas le Nord, puisqu’il bénéficiera tout de même de royalties éléphantesques : 20 % sur les maillots vendus à son nom, soit 22 euros par pièce, pour un total avoisinant potentiellement les deux millions d’euros. Le tout en cinq petits mois. Pas mal pour un philanthrope désintéressé.


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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 10:43

Pour les Belges, historiquement attachés au consensus, le mouvement de contestation français contre le mariage pour tous a de quoi laisser pantois – entre 340 000 et 800 000 manifestants à Paris. D’autant plus que Bruxelles a adopté une loi similaire en 2003 sans causer trop de remous. Et l’a complétée tout aussi aisément, en 2006, avec l’adoption homoparentale et la procréation médicalement assistée. Mais, c’est une particularité nationale, les réformes de société passent rarement inaperçues dans l’Hexagone, où l’agitation sociale démarre au quart de tour. Rien de mal à cela : c’est le jeu démocratique, et l’on se doit de le respecter.

 

Ce qui se révèle en revanche bien plus alarmant, c’est la désinhibition née de cette immense mobilisation. Certains propos ont d’ailleurs été abondamment relayés par la presse française. C’est le cas notamment du parallèle effectué par un organisateur entre le président Hollande et Adolf Hitler – au mieux ahurissant. Pis encore : on a entendu, dans le cortège, quantité d’oppositions de principe s’apparentant en réalité à des discours ouvertement homophobes et discriminatoires. Et on a annoncé, sans le moindre scrupule, des catastrophes en pagaille : un commerce des mères porteuses, une cacophonie inhérente à la clause de conscience ou encore des générations d’enfants déséquilibrés, perturbés à vie. Chacun pourra le constater : l’émotion tue la nuance.

 

Soulevons cette simple question : alors que les postures outrancières et les amalgames pullulent, peut-on encore croire à un débat sain, démocratique ?  Car, c’est un fait, nonobstant les plus de 700 études scientifiques consacrées au sujet, les opposants à la loi ont multiplié stéréotypes et contre-vérités. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Église n’a pas non plus fait dans la dentelle. Au mieux hors jeu, au pire insultante, elle s’est fourvoyée à plus d’une reprise, s’immisçant avec démesure dans la sphère publique.

 

Pourtant, ce projet parfois hautement diabolisé repose sur une certaine conception de la justice, difficilement blâmable. Il s’agit avant tout d’équité et du droit pour tous à l’épanouissement. Et si certains craignent de voir la société française perdre ses repères, peu d’opposants se questionnent par contre quant aux droits des homosexuels, souvent peu garantis par les lois actuellement en vigueur. Enfin, il convient de rappeler à tous les démocrates que le mariage pour tous était une promesse de campagne du candidat socialiste, précisément déterminée au moment du vote. Cela devrait au moins modérer les plus virulents.


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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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