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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 10:43

Pour les Belges, historiquement attachés au consensus, le mouvement de contestation français contre le mariage pour tous a de quoi laisser pantois – entre 340 000 et 800 000 manifestants à Paris. D’autant plus que Bruxelles a adopté une loi similaire en 2003 sans causer trop de remous. Et l’a complétée tout aussi aisément, en 2006, avec l’adoption homoparentale et la procréation médicalement assistée. Mais, c’est une particularité nationale, les réformes de société passent rarement inaperçues dans l’Hexagone, où l’agitation sociale démarre au quart de tour. Rien de mal à cela : c’est le jeu démocratique, et l’on se doit de le respecter.

 

Ce qui se révèle en revanche bien plus alarmant, c’est la désinhibition née de cette immense mobilisation. Certains propos ont d’ailleurs été abondamment relayés par la presse française. C’est le cas notamment du parallèle effectué par un organisateur entre le président Hollande et Adolf Hitler – au mieux ahurissant. Pis encore : on a entendu, dans le cortège, quantité d’oppositions de principe s’apparentant en réalité à des discours ouvertement homophobes et discriminatoires. Et on a annoncé, sans le moindre scrupule, des catastrophes en pagaille : un commerce des mères porteuses, une cacophonie inhérente à la clause de conscience ou encore des générations d’enfants déséquilibrés, perturbés à vie. Chacun pourra le constater : l’émotion tue la nuance.

 

Soulevons cette simple question : alors que les postures outrancières et les amalgames pullulent, peut-on encore croire à un débat sain, démocratique ?  Car, c’est un fait, nonobstant les plus de 700 études scientifiques consacrées au sujet, les opposants à la loi ont multiplié stéréotypes et contre-vérités. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Église n’a pas non plus fait dans la dentelle. Au mieux hors jeu, au pire insultante, elle s’est fourvoyée à plus d’une reprise, s’immisçant avec démesure dans la sphère publique.

 

Pourtant, ce projet parfois hautement diabolisé repose sur une certaine conception de la justice, difficilement blâmable. Il s’agit avant tout d’équité et du droit pour tous à l’épanouissement. Et si certains craignent de voir la société française perdre ses repères, peu d’opposants se questionnent par contre quant aux droits des homosexuels, souvent peu garantis par les lois actuellement en vigueur. Enfin, il convient de rappeler à tous les démocrates que le mariage pour tous était une promesse de campagne du candidat socialiste, précisément déterminée au moment du vote. Cela devrait au moins modérer les plus virulents.


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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 22:12

Depuis 1992, les partis flamands de gouvernement sont appelés à respecter un cordon sanitaire visant à exclure le Vlaams Belang – et, plus généralement, l’ensemble des formations d’extrême droite – de toute participation à des majorités politiques, quel que soit le niveau de pouvoir. Ce principe de gouvernance, régulièrement sujet à controverses, a pour vocation de tenir à l’écart des sphères dirigeantes les mouvements incompatibles avec la démocratie. Voilà pour la théorie.

 

La pratique, en revanche, présente bien des nuances. Après les dernières élections communales, les négociations de rigueur ont vu le cordon sanitaire s’effilocher peu à peu. Et le premier à dégainer aura été le sénateur CD&V Rik Torfs, estimant que cette mise en quarantaine forcée de l’extrême droite a favorisé l’essor de Bart De Wever. Il s’agirait en réalité, selon lui, d’une erreur politique de taille, ayant engendré de nombreuses frustrations au sein du mouvement nationaliste flamand. Mais, au-delà des opinions personnelles, un constat – au mieux insupportable – polarise les attentions : une demi-douzaine de communes du Nord ont déjà rompu de facto l’accord de gouvernance qui prévalait jusque-là. Là-bas, les partis traditionnels ont ouvert la voie à l’élection de membres du Vlaams Belang dans des conseils de police ou de CPAS, mettant ainsi un terme à l’infaillibilité du cordon sanitaire. Et, pour couronner le tout, les interminables tractations à Denderleeuw portant sur la formation d’une coalition communale laissent présager le pire, à savoir un Vlaams Belang dans le rôle d’arbitre, voire de faiseur de rois.

 

Il faudra en tout cas une bonne dose de pédagogie pour expliquer aux électeurs les raisons qui ont présidé à l’effondrement du « front démocratique » flamand, en vigueur depuis vingt ans. Alors que les Belges se défient déjà majoritairement du monde politique, cet arrimage très opportuniste aux éléments du Vlaams Belang risque de coûter cher aux partis traditionnels du Nord. Il s’inscrit à l’encontre de tous les discours tenus jusqu’à présent et porte en lui les germes d’une dédiabolisation peu recommandable, surtout en période de crise socioéconomique. Que dirait-on en Flandre si, demain, la CDU d’Angela Merkel décidait de s’allier aux néo-nazis ?  Poser la question, c’est déjà y répondre.


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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 21:23

Les larmes de Barack Obama ont relégué son discours au second plan. Si elles témoignent de la compassion éprouvée par le président, elles font surtout écho à une Amérique profondément meurtrie. Le chef d’État s’est rendu sur place, à Newtown, et a une nouvelle fois évoqué la nécessité d’annihiler la violence. Il l’a affirmé : il continuera à travailler avec le Congrès en vue de parvenir à un consensus sur le port d’armes.

 

Mais, contrairement aux discours, les gestes restent timides, péchant clairement par manque d’audace. Il faut dire que le président a toujours été tenu par des impératifs électoraux. À l’aube de son second – et dernier – mandat, il se trouve enfin libéré de toute contrainte. Avec, en ligne de mire, l’opportunité de marquer durablement l’histoire des États-Unis. Pour cela, il devra s’atteler à la régulation des armes à feu. Mais la fascination sans bornes des Américains pour le deuxième amendement et la toute-puissance de la NRA, généreuse pourvoyeuse de fonds électoraux, pourraient bien mener son entreprise à la perte.

 

La NRA, justement : en déversant des millions de dollars pour soutenir des candidats « bienveillants », elle pèse de plus en plus sur les consultations locales et s’attribue un poids politique considérable. Dans le Landerneau, peu d’élus se hasardent à se mesurer à elle. Très critique à l’égard de Barack Obama, elle n’hésitera pas à le discréditer – le décapiter ? – à la moindre occasion. Pour ce faire, elle peut compter sur des arguments auxquels les Américains se montrent sensibles : les emplois dans l’industrie de l’armement, la Constitution, les Pères fondateurs, l’histoire de la nation. Une belle lutte en perspective.

 

Car Barack Obama l’a promis : il soutiendra les mesures visant à interdire les armes d’assaut. Dianne Feinstein, sénatrice démocrate de Californie, en pointe sur la question, ne peut que s’en réjouir. Et Michael Bloomberg, l’influent maire de New York, abonde, lui aussi, dans le même sens. Intarissable sur le sujet, il a d’ailleurs fait de la régulation des armes son cheval de bataille.

 

S’il cherche une source d’inspiration, le président américain pourra toujours se tourner vers John Howard, l’ancien Premier ministre conservateur d’Australie. Après le massacre de Port Arthur, en 1996, ce dernier a opté pour un durcissement drastique des lois : interdiction de certains modèles jugés dangereux, obligation d’enregistrer chaque arme auprès des autorités compétentes, allongement des délais d’attente avant l’acquisition effective… Avec des résultats pour le moins convaincants. Mais l’exemple paraît toutefois difficilement transposable aux États-Unis.

 

Quoi qu’il en soit, avant que l’Amérique ne cicatrise, et pendant que le débat agite la sphère politico-médiatique, espérons au moins que Barack Obama entende les doléances de la presse de gauche, qui l’encourage vivement à – enfin – mettre sur la table un programme législatif courageux. Pour ne plus donner à la folie les outils qui la rendent meurtrière.

 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 21:55

En France, la présidence de l’UMP continue de polariser toutes les attentions. Les résultats officiels, annoncés par la désormais célèbre Cocoe, ont été rapidement mis à mal par les lieutenants de François Fillon, qui contestent farouchement la prétendue victoire de Jean-François Copé, évoquant l’oubli des voix de trois fédérations d’outre-mer. Si cela venait à être confirmé, il s’agirait d’une erreur monumentale. La réponse des copéistes ne se fait en tout cas pas attendre : des fraudes massives, notamment à Nice, avantageraient considérablement l’ancien Premier ministre. Et masqueraient, par conséquent, le succès mérité de leur champion.

 

Depuis, on en appelle pêle-mêle à la commission des recours de l’UMP, à une procédure judiciaire ou encore à une médiation exercée par Alain Juppé, fondateur du parti. Cette dernière solution, acceptée – à contrecœur – par les deux parties, a été privilégiée. Cela n’a pas empêché Éric Ciotti et Jérôme Lavrilleux de se donner en spectacle avec des propos frôlant l’invective. Car, c’est un fait, les Français assistent, médusés, à une escalade de provocations et d’ignominies dans les deux camps.

 

La presse n’hésite plus à évoquer une fracture, sans conteste nette et durable. Les propos tenus par les uns et les autres laissent d’ailleurs entrevoir une inimitié profonde. Et des divergences de vues notables. Il faut en outre ajouter aux luttes stériles un sérieux déficit démocratique – fraudes diverses, organisation douteuse, problèmes de procuration… Et, cerise sur le gâteau, l’UMP est en train d’échouer lamentablement à l’épreuve de l’opposition réfléchie, constructive et structurée. Par ses frasques, elle tend plutôt à faire un étalage éhonté de sa médiocrité.

 

Avant ce micmac électoral, on avait déjà de sérieux doutes quant à l’intérêt de Jean-François Copé pour les courants – surreprésentés par ses proches. On se questionnait également au sujet de la répartition des bureaux de vote, très défavorable à François Fillon. Mais, en plus de ces questions d’éthique politique, on peut raisonnablement penser que cet affrontement puéril repose avant tout sur un égotisme démesuré. Il y a là matière à décourager le plus vaillant des militants. Quoi qu’il en soit, le prochain président de l’UMP aura irrémédiablement sacrifié sa crédibilité pour décrocher la tête du parti. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?


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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 15:32

La base a livré un verdict sans appel. Désormais, la droitisation de l’UMP va au-delà de la simple théorie : elle a été créditée par un scrutin peut-être historique. Certes, cela s’est joué dans un mouchoir de poche. Mais les chiffres n’en sont pas moins têtus : François Fillon, qui incarnait la ligne modérée, a été devancé par le tenant de la droite décomplexée, Jean-François Copé. Et si la campagne a indéniablement mis en exergue les questions sociétales, permettant aux deux candidats de manifester un populisme de mauvais aloi, ce sont finalement les militants qui auront acté la victoire idéologique des plus conservateurs. Une leçon à tirer de ce vote ?  Les postures outrancières – viennoiseries, racisme anti-Blancs, etc. –, pourtant peu républicaines, gagnent sans conteste la faveur d’une base qui se radicalise considérablement.

 

Aujourd’hui, les appels à la réconciliation foisonnent. Tous, ou presque, prétendent vouloir réunifier l’UMP. Mais, dans les faits, la fracture semble durable. Les esprits mettront du temps avant de gommer les brocards. Et, entre les inélégances, les sous-entendus, les quolibets ou encore les procès d’intention, les sujets de discorde paraissent nombreux. Sans compter les divergences de vues, parfois profondes, qui continueront inéluctablement de diviser le parti.

 

Pendant ce temps, le PS, l’UDI et le FN se frottent les mains. La confusion qui règne actuellement à l’UMP pourrait redistribuer les cartes électorales. En outre, la nouvelle équipe dirigeante aura du mal à effacer de son tablier les nombreuses taches populistes et démagogiques occasionnées par une campagne sans demi-mesures. Surtout que les modérés et les centristes ont rarement la mémoire courte : à terme, l’UMP risque de payer le prix fort pour ses errements idéologiques. Et les prochaines échéances électorales pourraient donner lieu à des passes d’armes entre les deux principaux courants du parti. Déjà, les menaces d’abandonner le navire affluent. Pierre Méhaignerie et Michel Piron ont amorcé le mouvement. Sans surprise, c’est une nouvelle fois Jean-Louis Borloo qui devrait en être le principal bénéficiaire. Pour éviter l’hémorragie, Jean-François Copé va sans doute devoir appâter les mécontents. Avec des postes ?


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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 07:45

Il faut se rendre à l’évidence : les récentes déconvenues de Patrick Buisson n'ont pas marqué les esprits à l’UMP. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy préconisait les discours décomplexés, fortement marqués à droite, et aspirait ouvertement à capitaliser sur la popularité du Front national. Mais il aura surtout rebuté les plus modérés et crédibilisé la parole lepéniste. Loin de phagocyter l’extrême droite, il a par contre mis les centristes sur la touche et facilité ainsi la victoire socialiste.

 

Aujourd’hui, alors que François Fillon et Jean-François Copé se disputent la présidence de l’UMP, ce dernier, actuel secrétaire général du parti, a provoqué un micro-cataclysme en dénonçant le développement d’un « racisme anti-Blancs », qui serait propre à certains quartiers. De quoi valider la ligne adoptée par le FN. Ce qui devait passer pour une démarche innocente, visant à briser un tabou, constitue en réalité une entreprise de communication politique : il s’agit d’occuper l’agenda médiatique, de renvoyer François Fillon à son image de candidat timoré, adepte de l’eau tiède, et de charmer les militants les plus radicaux – qui éliront le prochain président de l’UMP.

 

Cette droitisation ponctuelle, hautement intéressée, n'est pas neuve. La tentation de récolter sur les terres du FN se concrétise parfois par des dérapages verbaux ou des postures tendancieuses. Mais, en ouvrant la brèche, Copé s’est fourvoyé. Il oblige ses soutiens à durcir le ton et, in fine, déplace le curseur idéologique du parti. Jusqu’à brouiller son message ?

 

En agitant ce chiffon rouge, le secrétaire général de l’UMP fait donc fausse route. Difficilement contestables sur le fond, ses déclarations comportent en revanche certains dangers. Et non des moindres. Elles tendent à minimiser la gravité des autres formes de racisme, pourtant au moins aussi brutales, plus visibles, et souvent inextricables pour les victimes. Car, gardons-le à l’esprit, les Blancs restent majoritaires, politiquement surreprésentés, dépositaires de l’autorité publique et du pouvoir économique. Le racisme influe rarement sur leur liberté, leur carrière ou leur sécurité. Ils ne souffrent pas de discrimination à l’embauche ou au logement. Ils ne craignent pas de voir leurs droits s’évaporer au gré des résultats électoraux. Plus grave encore, ces propos contribuent à diviser les Français, que leur auteur entend pourtant un jour rassembler et représenter.

 

En se rapprochant de l’extrême droite à des fins électorales, Jean-François Copé renoue avec une vieille tradition. Et, s’il prétend mettre à mal un tabou, il fait surtout montre d’une grande maladresse, usant de facilités langagières en vue de glaner quelques voix hésitantes. Une stratégie pour le moins discutable.


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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 15:11

Alors que la bataille fait rage en Syrie, opposant les insurgés et les forces loyalistes, c’est tout le Moyen-Orient qui se dirige vers une réforme profonde des paradigmes actuellement en vigueur. Observateurs et experts internationaux s’accordent en effet à dire que de nouveaux rapports de force vont s’établir prochainement, redistribuant les cartes dans une partie du monde toujours instable, jamais apaisée. Et les faits viennent étayer leurs arguments.

 

Depuis plusieurs semaines, en raison de décisions politiques inconciliables, le ton monte entre la Turquie et l’Iran, deux géants qui se positionnent stratégiquement, qui montrent leurs muscles, pour mieux régner sur la région. Pendant ce temps, la Russie, alliée indéfectible du régime de Bachar al-Assad, s’adonne à un jeu pour le moins obscur. Ses intérêts – militaires ou économiques – ne semblent pas liés à la survie du pouvoir syrien en place. Pourquoi alors entraver les démarches initiées à l’ONU ?  Le souvenir, forcément désagréable, des opérations effectuées en Libye ?  La Chine, elle, reste peu investie dans la région ; le prédateur asiatique lorgne l’Afrique subsaharienne, mais demeure en retrait au Moyen-Orient. Pour l’instant. Quant à l’Arabie saoudite, elle ne se contente pas de financer les rebelles syriens, notamment l’ASL : elle exporte en plus ses prédicateurs musulmans radicaux, cherchant ainsi à influer sur l’idéologie des révoltés.

 

Véritable poudrière, le Moyen-Orient peut acter la chute d’un régime despotique ou sanguinaire sans pour autant promouvoir l’avènement de la démocratie ou de l’État de droit. Une fois le conflit syrien achevé, la région tentera de se relever, clôturant – enfin –  une sombre page de son histoire, entamée en 2003 avec la destitution de Saddam Hussein. Mais, entre les changements démographiques déstabilisants – notamment défavorables à Israël –, les luttes de pouvoir entre franges musulmanes – chiites, sunnites, radicaux, modérés, etc. – et les tiraillements tribaux, l’apaisement peut paraître illusoire. En outre, les alliances vont probablement se faire et se défaire au gré des événements. Et, à ce titre, une intégration, même partielle, de la Turquie au sein de l’Union européenne révolutionnerait le paysage géopolitique régional. L’influence croissante des islamistes, le renchérissement du coût des ressources naturelles ou encore l’identité du prochain locataire de la Maison-Blanche auront également des conséquences directes sur la destinée du Moyen-Orient. Enfin, le poids financier de certaines nations – le Qatar et les Émirats arabes unis étant peut-être les plus emblématiques – constituera un élément essentiel, notamment en ce qui concerne le soft power. Un concept de plus en plus prisé.

 

C’est indéniable, le conflit syrien met en exergue les bouleversements géopolitiques futurs, lesquels se dessinent en marge de batailles mortifères et de postures affirmées. Des ententes de circonstance se nouent, tandis que, parallèlement, des désaccords considérables éclatent au grand jour. Cette crise, par les indices qu’elle sème, servira à instituer de nouvelles grilles de lecture, davantage en adéquation avec l’influence, le pouvoir et les motivations des différents acteurs régionaux – et de leurs alliés. En attendant, chacun semble aspirer à s’imposer comme le nouveau chef du Moyen-Orient. Avec les moyens du bord.


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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 19:00

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a entamé un flirt décomplexé avec le Front national de Marine Le Pen. Surfant sur la vague frontiste, il a cherché à recycler des thèmes chers à l’extrême droite, à des fins électorales. Le contrecoup de cette posture de campagne a été double : la parole lepéniste s’est libérée et crédibilisée.

 

Aujourd’hui, alors que la bataille des élections législatives bat son plein, l’UMP a arrêté sa ligne officielle : ne jamais prendre parti ni pour le PS, ni pour le FN. La signature de l’acte de décès du front républicain ?  Et, pour enfoncer le clou, Nadine Morano, ancienne ministre, emblème du sarkozysme, accorde une interview à l’hebdomadaire Minute, bien connu des milieux d’extrême droite. Un numéro de charme à l’adresse des électeurs de Marine Le Pen, au cours duquel elle évoque notamment des « valeurs communes ». D’autres s’en inspirent déjà.

 

La stratégie de l’UMP s’avère d’une simplicité enfantine : elle consiste à se rapprocher progressivement du FN, en adoptant la politique des petits pas. Et, pour ce faire, tous les procédés peuvent être mis en œuvre. On affirme que l’extrême droite tire sa légitimité du vote populaire et qu’elle mérite par conséquent toute l’attention qui lui est portée. On se sert de sa légalité républicaine pour la gratifier d’une respectabilité intéressée. Et, surtout, on multiplie dangereusement les amalgames, feignant de confondre Front national et Front de gauche – ce qui relève de la faute politique. Cela permet bien sûr à la droite de gouvernement de justifier la décision du « ni-ni ».

 

Ainsi, l’UMP évite de mécontenter des sympathisants largement favorables à l’entente des droites. Elle apaise les tensions entre ses membres, qui s’écharpent régulièrement sur la question des alliances. Elle tente par ailleurs de mettre à mal le PS. Car faire barrage à la gauche prime désormais les intérêts de la République. Enfin, elle flatte clairement des électeurs frontistes qui pourraient un jour venir gonfler ses rangs. Et, pendant que les basses manœuvres pullulent, le mur républicain continue de se fissurer. Prenez garde : un flirt imprudent annonce parfois un mariage compliqué.

 

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 21:31

François Hollande entame son mandat présidentiel par une mesure hautement symbolique : une diminution de 30% du salaire de tous les membres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Le chef de l’État et son Premier ministre ne dérogeront pas à la règle. Soyons clairs : l’adoption de ce décret lors du premier Conseil des ministres ne revêt aucune vertu budgétaire. Au mieux, il s’agirait d’économies de bouts de chandelle. L’essentiel est ailleurs : alors que la France traverse des crises redoutables, le nouveau président veut se montrer exemplaire et solidaire des citoyens. Message envoyé : chacun doit consentir à des efforts, quel que soit son rang. Mais ce geste, qui tranche avec le sarkozysme, suppose quelques effets indésirables. La baisse – radicale – du salaire des ministres pourrait entraîner à terme le désintérêt des grands talents pour les carrières politiques, éprouvantes et mal rémunérées. La comparaison avec le privé demeure, à ce titre, édifiante. La notoriété et l’aura de l’élu ne pourront pas éternellement tenir tête au compte d’épargne du PDG. Il existe par ailleurs un risque indéniable de corruption lorsque celui qui détient le pouvoir ne jouit pas d’un traitement adapté. En d’autres termes, le politicien mal payé pourrait être le premier à contourner les règles de la morale. Alors, bien que le symbole soit beau, ses vices cachés n’en sont pas moins réels. Et, en dépit des fantasmes de largesses démesurées de certains pourfendeurs, il convient de rappeler que la bonne marche des affaires publiques a un prix : celui du professionnel qui s’investit. Enfin, pour la petite histoire, notons que ce premier Conseil des ministres a aussi entériné la solidarité gouvernementale, impulsé la réduction de la taille des cabinets et l’allégement de leur dotation, permis la signature d’une charte de déontologie et mis en exergue la parité ou le non-cumul des mandats. Des mesures emblématiques, visant à encourager la moralisation de la vie politique.

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 16:03

Le premier tour de l’élection présidentielle française a livré ses verdicts. Et ils peuvent parfois sembler inattendus. François Hollande arrive en tête, pointant à presque 29 %. Il devance légèrement Nicolas Sarkozy, qui réalise une contre-performance unique dans l’histoire de la Ve République. C’est en effet la première fois qu’un président sortant ne parvient pas à s’imposer à l’issue du premier tour. Mais c’est incontestablement une victoire à la Pyrrhus pour le Parti socialiste. Car, derrière l’ogre rose, déferle une vague noire. Marine Le Pen, la candidate frontiste, récolte plus de 17 % des voix. Mieux que son père en 2002, quand il avait sorti prématurément Lionel Jospin. Pratiquement aussi bien que François Bayrou en 2007, quand il faisait triomphalement figure de troisième homme. Derrière, le phénomène Jean-Luc Mélenchon s’écrase à 11 %, très loin des résultats annoncés par les sondages. Une double déception, puisque le Front de gauche rate le podium et ne parvient pas à dégonfler le score de Marine Le Pen. Une autre désillusion : celle du MoDem, stagnant à 9 %. Parmi les grandes tendances, on notera que la gauche, dans son ensemble, avoisine les 44 %. Et tous, sauf Nathalie Arthaud, ont appelé à voter, au moins indirectement, pour le candidat du PS. Mais les intentions de François Bayrou demeurent pour l’instant énigmatiques. Et le report des voix frontistes paraît difficilement quantifiable, comme en témoignent les prévisions foncièrement divergentes des grands instituts, passant parfois du simple au triple. Enfin, l’abstention tant redoutée a été grandement surévaluée.

 

Plusieurs leçons à tirer de ces événements. 1) La droite républicaine a enfanté et alimenté la montée du FN, en surfant sur ses thèmes de prédilection, en les crédibilisant. Ainsi, le débat nauséabond sur la viande halal, les postures anti-européennes ou encore les discours aux relents xénophobes auront porté aux nues la parole lepéniste. 2) Marine Le Pen, après avoir chuté dans les sondages, a su habiller d’un cache-misère son programme économique, totalement irréaliste et farfelu, pour mieux se consacrer aux sujets sécuritaires ou sociétaux. Les ignominies de son père, amalgamant notamment Nicolas Sarkozy aux nazis, ne l’ont même pas freinée. Elle se pose indéniablement en grand vainqueur de ce premier tour. 3) Le PS n’a pas encore gagné : l’imprévisible report des voix du FN et du MoDem pourrait engendrer quelques surprises. Par contre, les élections législatives ne devraient pas lui échapper. 4) L’UMP, condamnée à se reconstruire sous peine d’imploser, devra faire face à un FN conquérant qui rêve de lui voler la vedette. 5) Les sondeurs ont gravement failli. Ils ont surestimé le vote en faveur du FdG et méprisé la menace frontiste. Une nouvelle fois, ils se montrent coupables de prévisions trompeuses. 6) Échec cuisant de Patrick Buisson, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, transfuge de l’extrême droite. Sa stratégie électorale, en éliminant les nuances, a laissé les modérés sur le bord du chemin et a permis au FN de se refaire une santé. 7) L’UMP agitait inlassablement un chiffon rouge : François Hollande serait l’otage de Jean-Luc Mélenchon en cas de victoire. Les urnes y apportent un démenti cinglant. Et laissent supposer que Nicolas Sarkozy, lui, en revanche, sera bien tributaire du vote frontiste. 8) Nicolas Sarkozy, dont l’impopularité s’avère historique, a dû affronter plusieurs crises de grande ampleur durant son mandat. Il serait par ailleurs impliqué dans de sombres affaires financières, qui agitent le microcosme politico-médiatique. Dans ces conditions, son score se veut honorable. 9) François Bayrou, commentateur lucide et avisé de la scène politique, dont les prémonitions s’avèrent souvent exactes, ne parvient décidément pas à se positionner et à constituer une force viable, capable de remporter une élection.

 

Aujourd’hui, la France hérite d’un micmac politique abscons. Les plus modestes - chômeurs, retraités, ouvriers, employés ou fonctionnaires - se sentent abandonnés par les dirigeants issus des grands partis traditionnels. Et se tournent par conséquent vers les formations marginales, extrémistes, dont la parole se libère. Cette France dont le FN constitue la nécrose, qui souffre d’une sclérose de la pensée, pour qui le racisme se banalise, a immanquablement besoin de pédagogie, mais plus encore d’attention. C’est par ce biais qu’il faut lutter contre la lepénisation des esprits. En outre, l’abstention est ici un argument irrecevable. La vérité, c’est que le FN a gagné l’adhésion assumée de plusieurs millions de Français. Depuis 2007, son score a pratiquement doublé. Une redistribution complète des cartes qui complexifie et déstabilise le jeu politique. Empruntons à la bourse l’un de ses concepts : il s’agit d’une bulle électorale que seul un excellent gouvernement pourra dégonfler. Et ce ne sont pas les caciques de l’UMP, Rachida Dati, Xavier Bertrand, Alain Juppé ou Jean-François Copé, en s’improvisant entremetteurs, qui réussiront à convaincre les électeurs de revenir dans le giron des partis démocratiques. Ce flirt éhonté, en direct, constitue une mise à sac de la République. Hier soir, certains d’entre eux ont évoqué des frontières hermétiques pour l’Europe, fustigé des éventuelles hausses d’impôts, refusé sans ambages le vote des étrangers aux élections locales ou encore stigmatisé les immigrés. Une belle leçon d’opportunisme politique. Combien de temps encore les électeurs accepteront-ils que la droite lorgne l’extrême droite, transigeant avec les principes les plus élémentaires de la démocratie ?  Combien de temps avant qu’ils ne privilégient l’original à la copie ?

 

 

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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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