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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 15:47

Le Parti républicain aura du mal à s’en remettre. Malgré le marasme économique, le « Grand Old Party » a subi sa deuxième défaite de rang face à Barack Obama. Et c’est tout le microcosme politico-médiatique qui se questionne désormais quant à son avenir. Contre leurs adversaires démocrates, pourtant hautement diabolisés, les républicains ont perdu plus que des plumes. Ils ont dû renoncer aux modérés, aux indécis, aux minorités, aux jeunes, aux homosexuels, aux femmes ou encore aux catégories défavorisées. Un piètre bilan électoral qui confine à la faillite politique. Acculé à droite par une base farouchement conservatrice, le GOP se voit contraint d’adopter des positions propres à s’aliéner la moitié de l’électorat américain. Bousculé par le remuant Tea Party, boudé par une partie du mouvement libertarien, il tente de gagner leur faveur en radicalisant son discours, perdant de vue les inéluctables réalités de la sociologie électorale. Cette droitisation, brouillonne et excessive, repose sur la volonté de répondre aux exigences des plus intransigeants. Une stratégie vouée à l’échec, qui occasionne aujourd’hui une crise idéologique majeure.

 

La radicalisation en marche

 

L’histoire du parti de l’éléphant regorge de débats acharnés. Ainsi, mécontent de la politique menée par les républicains, Theodore Roosevelt opte pour une candidature dissidente en 1912 et se présente contre le président sortant, William H. Taft. L’émiettement des voix permet au démocrate Woodrow Wilson de remporter le scrutin. Dans les années 1940, Robert Taft, le fer de lance des conservateurs, et Thomas Dewey, nominé à deux reprises pour les présidentielles, se livrent une bataille idéologique sans merci. Le mouvement se divise. La frange conservatrice et pro-business se heurte à la résistance des modérés, favorables à certaines mesures du New Deal. Au début des années 1950, le maccarthysme signe un tournant historique, consacrant définitivement l’influence de la droite du Parti républicain. En 1964, la nomination de Barry Goldwater durcit un peu plus le GOP. Le sénateur de l’Arizona se montre clairement hostile aux programmes sociaux et aux droits civiques. Il l’emporte lors des primaires face à Nelson Rockefeller, une grande figure de la cause modérée. La tendance initiée par Goldwater se concrétise en 1980, lorsque Ronald Reagan, l’ancien gouverneur de Californie, accède à la Maison-Blanche. C’est le summum politique des conservateurs. S’ensuivront d’autres virages à droite : la révolution de Newt Gingrich en 1995, le néo-conservatisme de George W. Bush au début des années 2000 ou encore l’émergence récente du Tea Party et du mouvement libertarien. Ces événements – cet aggiornamento ? – ont progressivement mis un terme aux accords bipartisans, pourtant essentiels à la bonne marche des affaires publiques. En outre, ces radicalisations successives ont éloigné le GOP des indépendants et de catégories entières d’électeurs, alors que les États-Unis se diversifient indéniablement, faisant montre d’une population toujours plus composite. Une faiblesse que les évolutions de la sociologie électorale pourraient rendre fatale aux républicains.

 

L’indispensable repositionnement

 

Pour se refaire une santé, le Parti républicain devra convaincre au-delà de ses soutiens traditionnels, à savoir les Blancs, les pratiquants, les ruraux et les plus âgés. Car, s’il ne se réinvente pas, il laissera un boulevard électoral aux démocrates. D’où la nécessité d’apaiser son discours, d’infléchir certaines positions devenues trop dogmatiques, de s’ouvrir à la jeunesse et aux minorités ou encore de révolutionner sa pensée quant aux grands enjeux sociétaux – le mariage pour tous, l’avortement, les changements climatiques. Les défaites de Richard Mourdock et de Todd Akin, deux républicains notoirement opposés à l’IVG, rappellent que les postures outrancières ne paient plus. Le GOP ne peut plus se soustraire à une indispensable refonte idéologique. Il est peut-être temps de redéfinir les positionnements adoptés en vue de remettre le parti en ordre de marche. Et de donner enfin leur chance à des candidats issus des minorités. Marco Rubio ou Susana Martinez n’attendent que cela. La survie du « Grand Old Party » en dépendra assurément.


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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 10:44

Les Tunisiens aimeraient croire aux lendemains qui chantent. Mais la réalité les rappelle trop souvent à la raison. Depuis la « révolution de jasmin », ponctuée par la chute du clan Ben Ali, chaque journée apporte son lot de commentaires maladroits, d’abus divers et de promesses trahies.

 

Alors que le printemps arabe germe à Sidi Bouzid, c’est toute l’Afrique septentrionale et une partie du Moyen-Orient qui observent avec admiration les aspirations démocratiques des Tunisiens. Ce sont les balbutiements de l’une des révolutions les plus importantes des trente dernières années. Mais, bientôt, les espoirs vont se dissiper pour laisser place aux doutes et aux inquiétudes.

 

De Bourguiba à Ben Ali

 

Au moment de son indépendance, en 1956, la Tunisie se pose d’emblée en bon élève du monde arabe. Les droits des femmes, consacrés par le Code du statut personnel, y occupent une place inédite : abolition de la polygamie et du mariage forcé, mise en place du divorce, légalisation de l’avortement, égalité légalement garantie dans bon nombre de domaines… Sous l’impulsion d’Habib Bourguiba, les autorités nationales lancent des mesures d’envergure. C’est ainsi que le gouvernement tunisien modernise la législation et les institutions du pays. Les politiques ambitieuses se multiplient, réformant notamment l’éducation ou l’économie et amenuisant l’influence de la religion. Luttant très tôt contre l’analphabétisme, la Tunisie devient progressivement la nation la mieux formée et la plus progressiste d’Afrique du Nord. Mais plusieurs facteurs viennent ternir cette image d’Épinal : sous Ben Ali, la corruption et le chômage se généralisent, tandis que la croissance se montre souvent bridée. Les diplômés font du surplace, perdant peu à peu toute illusion, alors que la société tunisienne dans son ensemble se lamente de la confiscation des principales ressources économiques par les proches de Ben Ali et de son épouse, la sulfureuse Leïla Trabelsi.

 

Après la révolution…

 

Aujourd’hui, alors qu’une troïka hétérogène gouverne le pays, les craintes foisonnent. Les journalistes dénoncent une liberté désormais largement entravée. Les têtes tombent sous prétexte de purger la presse des tenants de l’ancien régime. Et la profession connaît des grèves sans précédent. Le gouvernement, qui nomme lui-même les nouveaux dirigeants des médias publics, se complaît à souffler le chaud et le froid, entretenant le flou quant à sa vision du quatrième pouvoir. Enfin, le secteur attend impatiemment l’application de deux décrets, l’un organisant la liberté d’expression et l’autre visant à établir un organe indépendant en vue de réguler l’audiovisuel. Les enjeux sociétaux ont également voix au chapitre : l’intégration éventuelle de la charia dans la nouvelle Constitution a fait l’objet de débats hargneux ; les nahdaouis – partisans du parti Ennahda, ayant récolté 40 % des suffrages exprimés lors des dernières élections – souhaitent réduire la femme à un simple « complément » de l’homme ; et les salafistes interrompent brutalement plusieurs manifestations culturelles.

 

Dans deux vidéos amplement diffusées, les islamistes les plus radicaux obtiennent de Rached Ghannouchi des gages potentiellement explosifs. L’homme fort d’Ennahda semble y avouer un agenda caché visant à islamiser la nation tunisienne, voire à la « théocratiser ». Les projets de loi touchant à la répression des atteintes au sacré – abandonnés depuis – viennent corroborer cette lecture des faits. Enfin, les citoyens tunisiens attendent toujours les grandes réformes économiques promises, tandis qu’ils doivent composer avec des coupures de courant et d’eau, une insécurité croissante et des problèmes de traitement des déchets. Surtout, les anciens révolutionnaires s’interrogent quant aux méthodes benalistes parfois mises en œuvre par le nouveau gouvernement démocratique. Quoi qu’il en soit, avec un chômage écrasant, une flambée des prix considérable, des services publics défaillants, d’importantes inégalités régionales et une rédaction de la Constitution pour le moins laborieuse, la troïka au pouvoir est désormais comptable d’un bilan au mieux mitigé.

 

En attendant les élections générales…

 

L’heure est-elle pour autant au désenchantement ?  En réalité, les signaux contradictoires pullulent, empêchant toute prévision pertinente. Mais le calendrier électoral est désormais fixé : le pays pourra jauger les forces en présence le 23 juin 2013. Ce jour sonnera le glas du provisoire, et donc de l’instabilité, ouvrant la voie à des institutions durablement établies, crédibles et légitimes. En outre, la société civile se montre toujours vigilante, veillant à la bonne marche des affaires publiques. Et l’opposition s’est rassemblée, organisée, notamment au sein de Nidaa Tounès, un parti fondé par l’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi. Enfin, au sein du gouvernement, on constate que le Congrès pour la République et Ettakatol répriment quelque peu les velléités islamistes d’Ennahda. Les modernistes et les nahdaouis entretiennent un dialogue constructif et se révèlent souvent capables de faire des concessions pour ménager l’essentiel. Par ailleurs, au sein même d’Ennahda, se trouvent des éléments dont l’idéologie diverge fortement. C’est ainsi que le modéré Hamadi Jebali, actuel Premier ministre, tempère parfois les ardeurs de Rached Ghannouchi, le charismatique leader du mouvement.

 

Faut-il d’ores et déjà condamner le pouvoir issu de la révolution démocratique ?  On ne pourra en réalité se prononcer définitivement qu’après les élections générales du 23 juin, quand Ennahda ne pourra plus se contenter de se présenter aux votants comme un AKP tunisien, quand tous les masques tomberont. Alors, peut-être, les forces laïques, libérales, modernistes et progressistes parviendront à se faire entendre, en prenant le pouvoir ou en l’influençant, et mettront – enfin – le pays sur la bonne voie.


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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 18:44

Depuis plusieurs semaines, Barack Obama et Mitt Romney se trouvent soumis aux exigences de la campagne présidentielle. Aux traditionnels swing states s’ajoutent des facteurs électoraux déterminants : le vote compartimenté – racial, religieux, sexuel, socioéconomique, etc. –, la mobilisation partisane et les levées de fonds, qui permettent de financer les déplacements et les espaces publicitaires nécessaires aux candidats. Une certitude : la magistrature suprême passera par leur maîtrise.

 

Si les derniers sondages accordent leur faveur à Barack Obama, son équipe de campagne ne crie pas pour autant victoire. Une nouvelle crise – géopolitique, économique ou sociale – pourrait venir brouiller les cartes, voire les redistribuer. En outre, malgré de mauvais signaux envoyés par les républicains, les électeurs indépendants se gardent de se prononcer clairement, entretenant le mystère sur leurs intentions de vote. La course à la Maison-Blanche réserve sans doute encore bon nombre de surprises. Et, pour l’emporter en novembre, les deux camps devront tenir compte de plusieurs éléments capitaux.

 

L’argent, nerf de la guerre

 

Républicains et démocrates se livrent à une bataille financière sans merci. À la fin de chaque mois, les commentaires vont bon train quant aux levées de fonds des deux candidats. Et, à ce petit jeu, Mitt Romney vient de renverser la vapeur : il prend désormais le dessus sur Barack Obama, pourtant considéré comme un excellent récolteur de fonds. Le parti de l’âne cherche notamment à puiser dans le portefeuille des stars d’Hollywood et à multiplier les petites donations, tandis que le parti de l’éléphant se tourne volontiers vers Wall Street et les hommes d’affaires (Sheldon Adelson en est un bel exemple). Les numéros de charme foisonnent, chacun espérant tirer le meilleur de ses interlocuteurs en vue de financer une campagne qui s’annonce rude. Car, entre l’organisation – le personnel, la logistique, le matériel ou les déplacements – et la promotion pure – les espaces publicitaires essentiellement –, la note risque d’être très salée.

 

Enfin, les « super-PAC », ces comités d’action politique faussement indépendants, opaques et aux réserves quasi illimitées, répandent des millions de dollars et, surtout, alimentent de vastes campagnes de dénigrement. Véritables machines de guerre au service des candidats, ils ont notamment permis à des républicains très marqués à droite de se maintenir dans les primaires, en dépit de résultats médiocres et grâce à la générosité d’une poignée de riches mécènes peu avisés, contribuant ainsi à fausser le débat, voire à le radicaliser.

 

Une campagne segmentée, un vote compartimenté

 

Pour mieux appréhender l’importance du vote religieux, il faut s’intéresser aux récentes déclarations de Mitt Romney lors de son voyage au Proche-Orient. Flattant les nationalistes israéliens, stigmatisant sans ambages – et maladroitement – les Palestiniens, il s’est minutieusement positionné, cherchant à appâter notamment les juifs, les catholiques et les évangélistes américains. Le républicain, mormon, devrait en outre récolter massivement les votes de ses coreligionnaires. Aux États-Unis, le culte et la politique demeurent intimement liés. Et, par ses convictions, Mitt Romney suscite la sympathie de nombreux électeurs dans certains États-clefs : l’Utah, mais surtout le Nevada et le Colorado – deux territoires très disputés.

 

En réalité, les deux candidats tentent de convaincre différents électorats, tous plus ou moins cloisonnés selon leurs spécificités. Ce vote communautaire et/ou sociologique s’ancre surtout chez les juifs, les musulmans, les chrétiens, les Noirs, les Latinos, les nantis, les modestes ou encore les homosexuels, mais également, dans une moindre mesure, chez les Blancs, les femmes, les jeunes, les ruraux et les urbains. Une situation d’autant plus complexe que certains profils se croisent et se complètent. Dans un registre similaire, les électeurs indépendants nourrissent également les convoitises : les déçus de Barack Obama semblent en effet au centre des attentions républicaines. Cette nécessité de s’adresser individuellement – ou presque – à chaque Américain donne lieu à une campagne extrêmement segmentée, où se multiplient les quêtes d’intérêts particuliers sans que puisse se dessiner clairement un projet d’intérêt général. Et ces messages particuliers, soigneusement calibrés, exigent des candidats de l’habileté et de la psychologie, car leur fonction principale consiste à séduire les uns sans pour autant froisser ou irriter les autres. Un véritable numéro d’équilibriste.

 

Pour l’heure, Barack Obama mène la danse notamment chez les femmes, les Noirs, les Latinos, les catégories défavorisées, les homosexuels et les juifs. Plus ou moins largement. Sa main tendue à la communauté gay – il s’est déclaré personnellement favorable à leur mariage – et aux Hispaniques – le sursis accordé à des milliers d’enfants d’immigrés illégaux – a fait mouche. Des gestes manifestement intéressés, mais qui, au final, pourraient se révéler très profitables pour le président en exercice. Mitt Romney, quant à lui, cherche à accroître son influence sur les ruraux, les riches, les conservateurs et les chrétiens. Des électeurs traditionnellement acquis aux républicains. Mais sa réputation d’homme d’affaires pragmatique se trouve mise à mal par un parti régulièrement accusé de sectarisme. Défavorable à l’avortement, hésitante quant à la contraception, la droite américaine agace – et inquiète – bon nombre de femmes. Ses positions concernant les aides sociales ou l’immigration contribuent également à rebuter les modérés.

 

Swing states

 

Aux États-Unis, les swing states constituent souvent la clef du scrutin présidentiel. La liste de ces États, qui basculent d’un camp à l’autre suivant les élections, a évolué au cours de l’histoire. Aujourd’hui, sur les cinquante États que compte l’Amérique, trente-six semblent promis à l’une des familles politiques – par leur histoire, leur sociologie ou leurs habitudes de vote. Et, sur les quatorze restant, six penchent relativement pour l’un des deux partis. Il ne reste par conséquent que huit États particulièrement disputés : la Virginie, le Colorado, l’Ohio, l’Iowa, la Floride, le Wisconsin, le Nevada et le New Hampshire. Et, parmi eux, la Floride fait incontestablement figure de morceau de choix. Une victoire là-bas pourrait en effet se révéler décisive.

 

Les républicains devraient l’emporter au sud et au centre du pays, alors que les démocrates partent favoris sur les côtes très peuplées de l’Ouest et du Nord-Est. Mais ce sont les États indécis qui polarisent toutes les attentions. Le système électoral américain offre à ces swing states un poids démesuré. D’ailleurs, la campagne s’y déroulera principalement. Les territoires acquis, eux, ne font pas l’objet de batailles acharnées. Comprenez : les électeurs ne sont pas tous logés à la même enseigne.

 

Colistier : Paul Ryan, l’option payante ?

 

Si l’on en croit la presse, Mitt Romney s’est longtemps intéressé à trois personnalités en vue de compléter le ticket présidentiel : Marco Rubio, Rob Portman et Tim Pawlenty. Chacun d’entre eux, par ses caractéristiques, lui permettait de séduire des catégories précieuses d’électeurs. Mais, finalement, le choix du candidat s’est porté sur Paul Ryan, un élu aux allures de gendre idéal qui devrait conforter sa base conservatrice. Homme politique de carrière, déjà investi avant ses trente ans, redoutable orateur et président de la puissante commission du Budget à la Chambre des représentants, il vient renforcer un profil économique minutieusement façonné et apporter son savoir-faire en matière de communication – là où le bât blesse souvent. Paul Ryan jouit d’une influence considérable au sein du Parti républicain et s’est fait un nom en proposant une réforme budgétaire radicale, prévoyant notamment des coupes franches dans les programmes sociaux et une refonte de Medicare, le système d’assurance santé des seniors. À cela, il convient de joindre un double bémol : il devrait éloigner les centristes et ne possède pas la moindre expérience notable en politique étrangère. Alors, on peut légitimement se poser la question : Paul Ryan, en bon colistier, parviendra-t-il à pallier les failles de Mitt Romney et à susciter une large adhésion ?

 

Une campagne exigeante

 

Barack Obama se trouve devant un défi de taille. Malgré des sondages flatteurs, il reste sous la menace permanente d’une déconvenue. Car, en face, il y a une machine bien huilée : Mitt Romney lève régulièrement plus de fonds que lui et dispose en outre d’une organisation efficace. Par ailleurs, il devra affiner sa stratégie pour mieux briser son image de « président déportateur », notamment en Floride, et redevenir le champion des minorités qu’il était encore récemment. Mais, entre l’aile gauche du Parti démocrate, qui se méfie de lui, et des républicains coriaces, prompts à la critique, sa liberté de manœuvre semble ténue. Pour obtenir sa reconduction, Barack Obama devra surtout répondre habilement aux diktats de la campagne, tout en espérant que l’opinion ne se retourne pas. Il pourra en tout cas exploiter les innombrables bourdes de son adversaire. Un avantage non négligeable.

 


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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 20:33

Personnalité de premier plan sous Clinton, Newt Gingrich a longtemps incarné l’opposition républicaine au Congrès. Il s’est ensuite progressivement écarté de la scène publique pour mieux se consacrer à ses activités de lobbyiste. Mais, aujourd’hui, alors que la campagne des primaires bat son plein aux États-Unis, il se repositionne sous le feu des projecteurs. Celui qui affrontera peut-être Barack Obama à la prochaine élection présidentielle reste cependant méconnu en Europe. Qui est-il vraiment ?

 

Vie privée. Le parcours personnel de Newt Gingrich mérite sans conteste une attention particulière. Le mariage de ses parents périclite après seulement quelques jours. Son père, un mécanicien habitué des bars, brutalise une fois de trop sa mère, ouvrière dans l’armement. Newt cherchera à rétablir le contact avec son géniteur jusqu’à l’adolescence. Son beau-père, le colonel Robert Gingrich, se montre parfois rude avec lui. Plutôt compliquée pour l’époque, sa vie familiale n’est pas un long fleuve tranquille. Au cours des années suivantes, Newt Gingrich connaît trois mariages et expérimente plusieurs religions. Une instabilité qui tranche nettement avec les habitudes républicaines. D’ailleurs, parmi ses compagnons de route, beaucoup lui reprochent encore sa relation avec Callista, son épouse actuelle. Dans les années 1990, alors qu’elle est son assistante parlementaire, ils entretiennent une liaison extra-conjugale. Pourtant, en tant que président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich réclamera la tête de Clinton pour son histoire avec Monica Lewinsky. Hypocrite ?  Par ailleurs, il a également longtemps trompé sa première femme, Jackie, la mère de ses deux filles, avec Marianne, sa seconde épouse. Notons qu’il lui aurait demandé le divorce peu après son opération contre le cancer.

 

Curriculum vitae. Historien de formation, Newt Gingrich devient élu de Géorgie en 1978. Ambitieux, il rêve de mettre un terme à l’hégémonie des démocrates au Congrès. Très critique, souvent excessif dans ses propos, il les accuse notamment de corruption. Il signe sa plus belle victoire politique en 1995, mettant la main sur la présidence de la Chambre des représentants et concrétisant ainsi des ambitions devenues presque obsessionnelles. Cela occasionnera des années de guerre budgétaire, le vote de lois pénales controversées, une réforme bâclée de l’assistance sociale et une chasse à l’homme romanesque au moment de l’affaire Lewinsky. Mais le penseur de la révolution conservatrice se trouve bientôt au centre d’un scandale : il écope d’une lourde amende (300 000 dollars) pour manquement à l’éthique après avoir violé la loi sur le financement des campagnes. L’échec des républicains aux législatives suivantes le cloue définitivement au pilori. Abandonné par son propre camp, il doit démissionner en 1998, quittant son poste de Speaker. Newt Gingrich devient alors homme d’affaires, bâtissant un véritable empire financier. Il crée un centre de réflexion sur la santé et une société de communication, participe à des conférences contre des cachets astronomiques, écrit de nombreux ouvrages. Mais c’est surtout en tant que lobbyiste qu’il se fait remarquer : il exploite sans vergogne ses connexions à Washington pour le compte de compagnies pétrolières et pour l’industrie de la santé. Grâce à ces différentes activités, il gagnera plus de 100 millions de dollars en quelques années. Aujourd’hui, détesté par la moitié de son parti, stigmatisé par les centristes, il vise à occuper les plus hautes fonctions.

 

Idées politiques. Newt Gingrich pourrait personnifier la controverse. Parmi ses idées notables figurent l’assouplissement de la loi sur le travail des enfants, une baisse drastique des impôts pour les plus riches, la réduction de l’aide sociale ou encore le retour en force des valeurs chrétiennes. Il souhaite par ailleurs que les États-Unis se retirent de toutes les organisations internationales, hostiles selon lui aux intérêts américains. Au cœur de ses discours hyperboliques peuvent se perdre des accusations contre l’école laïque ou l’armée chinoise, voire des critiques racistes adressées aux Palestiniens, « un peuple inventé » et bien sûr « terroriste ». Au cours de sa carrière politique, il a changé d’avis sur de nombreuses questions, notamment le réchauffement climatique, l’intervention militaire en Libye ou l’assurance santé obligatoire. Grand amateur de contradictions, il taxe Freddie Mac d’incompétence, lui imputant la responsabilité de la récente bulle immobilière, alors qu’il y a été employé et grassement rémunéré. Aux yeux de Newt Gingrich, il existe un « fascisme homosexuel et athée » qui « veut imposer sa volonté » par « la violence » ou « le harcèlement ». Une belle leçon pour ceux qui aimeraient comprendre comment se servir des peurs collectives. Et les manifestants du mouvement Occupy Wall Street ?  Des hippies à qui il conseille de « prendre un bain et chercher du boulot ». Enfin, rappelons que Newt Gingrich a proposé en 1994 le « Contrat pour l’Amérique », qui prévoyait d’amenuiser les pouvoirs de l’État, d’imposer un équilibre budgétaire, de supprimer la plupart des hausses d’impôts, de combattre les prestations sociales ou encore d’augmenter le budget de la Défense.

 

Une personnalité singulière. Nouvelle coqueluche de la droite conservatrice, Newt Gingrich capitalise énormément sur le mécontentement des Américains et sur la popularité du Tea Party. Il symbolise l’opposition frontale à la politique de Barack Obama, qu’il accuse de vouloir transformer les États-Unis en une vulgaire copie du socialisme à l’européenne. Habile tacticien, il se victimise régulièrement, pointant du doigt une presse partiale et s’attirant ainsi la sympathie des électeurs. On le dit égocentrique, mégalomane, pessimiste, paranoïaque et caractériel. Un cocktail explosif. Newt Gingrich se compare volontiers au général de Gaulle ou à Ronald Reagan et estime avoir créé 11 millions d’emplois quand il était Speaker. Il ne doute de rien et se pose en homme providentiel. Mais l’opinion pourrait vite se lasser de son autosatisfaction, de ses casseroles et de ses jugements à l’emporte-pièce, notamment concernant les minorités ethniques, en particulier les Noirs. Ayant récemment déclaré que « la communauté africaine-américaine devait exiger des feuilles de salaire, pas des aides sociales », Newt Gingrich semble vouloir flatter l’électorat sudiste. Un pari risqué dans un pays de moins en moins WASP, de plus en plus multiculturel.

 

Contre Obama. Entre le libéral modéré Mitt Romney et le conservateur populiste Newt Gingrich, l’équipe de campagne de Barack Obama a déjà fait son choix. Elle se frotte les mains à l’idée que l’ancien Speaker puisse gagner les primaires républicaines, même si son adversaire mormon fait figure de grand favori. En cas de confrontation avec Gingrich, aujourd’hui, Obama sortirait largement vainqueur. Tous les sondages l’indiquent. Et, cerise sur le gâteau, le président démocrate pourrait allégrement exploiter les innombrables casseroles de son rival. En outre, Romney semble mieux armé, dispose d’une organisation de qualité et de fonds financiers démesurés. Son profil, davantage consensuel, pourrait plaire aux centristes et aux déçus d’Obama. Quoi qu’il en soit, les mauvaises publicités réciproques écornent déjà l’image des deux hommes forts du Parti républicain. Par ailleurs, s’il émerge des primaires, Newt Gingrich semble déjà connaître l’angle d’attaque à adopter pour rejoindre la Maison-Blanche : le président fricoterait avec l’extrême gauche et s’en inspirerait largement dans ses choix politiques. Une stratégie d’un autre siècle, celui de la guerre froide. Une stratégie fastidieuse et usée jusqu’à la corde.

 

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 16:42

Le 24 mars 2008, le royaume himalayen du Bhoutan a voté pour la première fois de son histoire. Suite à ce scrutin législatif, la monarchie absolue fait place à la monarchie constitutionnelle.

 

À l’heure où tous les regards sont braqués sur la Chine, son petit voisin, le Bhoutan, est entré dans une nouvelle ère. Le 24 mars 2008, le pays a voté pour la première fois de son histoire. Le Parti unifié, dirigé par Jigmi Thinley (56 ans), formé aux États-Unis, a raflé 44 des 47 sièges de la chambre basse du Parlement. Pour Sangay Ngedup et le Parti démocratique du peuple, l’échec est cuisant.

 

Jigmi Thinley a déjà occupé le poste de Premier ministre du Bhoutan par le passé. Il devrait devenir le premier chef du gouvernement démocratiquement élu.

 

Le vote des Bhoutanais tend à démontrer que le peuple est réfractaire au changement. Le Parti unifié constitue un gage de stabilité, de statu quo. Élire la première Assemblée nationale de son histoire ne semblait pas ravir le Bhoutan. À choisir, le peuple aurait gardé la monarchie, en place depuis un siècle. Preuve d’un manque d’intérêt flagrant : les candidats eux-mêmes  ne se montraient guère enthousiastes à l’idée de mettre en place ces élections. Ils ont accepté le scrutin par respect pour le roi, Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, fervent défenseur de la monarchie constitutionnelle.

 

Dorénavant, le pouvoir du roi est restreint. Il ne peut pas influer sur les organes législatif et exécutif. D’autres domaines, l’humanitaire par exemple, devraient attirer son attention et remplir son agenda. En revanche, l’ancien roi, Jigme Singye Wangchuck, très apprécié, continuera, selon toute vraisemblance, à jouer un rôle d’arbitre.

      

Inquiétudes

Les Bhoutanais, attachés à la monarchie, semblent craindre le nouveau paysage, démocratique. Aux yeux du peuple, ce changement politique pourrait être synonyme de corruption et de violence. Le Parti démocratique est pointé du doigt ; selon les Bhoutanais, il est constitué d’affairistes. C’est pourtant le roi lui-même qui a plaidé en faveur du scrutin, convaincu que la transition vers la démocratie est une nécessité.

 

Bonheur National Brut

Jigmi Thinley, probable futur Premier ministre, a été l’avocat d’un concept imaginé par le souverain Jigme Singye Wangchuck : le « bonheur national brut ». Cela lui a offert un certain crédit politique. Au rang des préoccupations, le bien-être du peuple devance la croissance économique.  Il y a en réalité quatre piliers : le développement économique et social, la protection de l’environnement, la promotion du patrimoine culturel et la bonne gouvernance. Au Bhoutan, un sourire vaut plus qu’un billet. C’est sans doute pour accroître la « satisfaction nationale » que le tourisme est soumis à des taxes et des frais de séjour.

 

Une situation particulière

Au Bhoutan, routes, téléphones ou encore écoles ne sont pas apparus avant les années 1960. Le pays possède une des économies les moins développées du monde, fondée essentiellement sur l’agriculture, l’exploitation forestière et la vente d’électricité d’origine hydrodynamique. 40 % de la population bhoutanaise est constituée de réfugiés népalais, lesquels fuient la dictature et la guérilla maoïste. Les Bhoutanais n’ont découvert la télévision et l’Internet qu’en 1999 !  Sur les 85 chaînes diffusées au départ, 53 ont été censurées, notamment MTV, jugée « trop pornographique ». La presse privée n’est présente sur le territoire que depuis 2006. Dans ce pays où le revenu moyen ne dépasse pas les 1000 euros par an, les systèmes éducatif et de santé sont gratuits, tandis que la corruption n’existe pratiquement pas. La qualité de l’administration est étonnante. La préservation de l’environnement pourrait être une source d’enseignements pour l’Occident. Bien que le port de l’habit traditionnel soit imposé et que la vente du tabac soit interdite depuis 2004 — une première mondiale —, les jeunes s’habillent à l’occidentale sans être inquiétés et fumer devant des policiers n’est pas un problème. Le taux d’analphabétisme frôle les 40 %. 

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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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