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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 19:34
Comment François Fillon parasite l'élection présidentielle

En France, l'élection présidentielle tient traditionnellement lieu de climax politique. Elle enregistre des chiffres de participation en nette hausse par rapport aux scrutins locaux, elle passionne les citoyens même les plus défiants et mobilise, comme nulle autre, la presse et les intellectuels. Pourtant, à moins de deux mois du premier tour, les confrontations projet contre projet persistent à s'effacer derrière des considérations connexes et souvent mineures, dont l'affaire Fillon n'est pas la moindre. Le PenelopeGate, qui porte en son sein tous les soupçons d'emploi fictif entourant l'épouse du candidat LR, se veut aujourd'hui doublement pénalisant pour la démocratie française : d'abord parce qu'il interdit un débat serein sur les grandes questions censées affecter l'avenir du pays ; ensuite parce qu'il fait le jeu du Front national, dont les propres scandales sont passés sous silence et qui peut en outre servir sur un plateau (d'argent évidemment) ses discours populistes contre les élites corrompues. Après avoir eu droit aux manoeuvres empesées de Benoît Hamon pour repousser dans son giron Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, les Français doivent maintenant endurer tous les entrelacements du PenelopeGate. Un jour, on s'amuse à répertorier les anciennes déclarations de vertu de François Fillon, qui se retournent désormais contre lui. Une autre fois, on évoque un éventuel retour d'Alain Juppé, le candidat défait des primaires, sans même s'interroger sur le programme qui lui permettrait de mener campagne. Celui adoubé par plus de quatre millions d'électeurs de droite et du centre ou celui, plus modéré et protecteur, en lequel il croit vraiment ? Ensuite, égrenées comme un feuilleton par voie de presse, on découvre les basses intrigues de Christian Estrosi, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, lesquelles font suite à une série de défections laissant penser que, cette fois, c'est le navire qui quitte le rat, et non l'inverse comme le veut l'adage. Enfin, on observe, las, cette manifestation du Trocadéro « contre les juges et les médias », si déterminante qu'elle éclipse même le programme – enfin éventé – d'Emmanuel Macron, pourtant rarement boudé par les journalistes, comme aime à le rappeler Acrimed. Cette négation de la confrontation politique laisse une drôle d'impression, amère et sans doute durable : celle d'un microcosme en consanguinité avec les « affaires », pour qui les idées et les réformes comptent si peu qu'elles disparaissent sous le linceul de l'ambition personnelle ou de prébendes injustifiées.

 

 

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Fillon, la droite libérale et conservatrice

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito Politique
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 20:41
Fillon, la droite libérale et conservatrice

Combien d'électeurs de gauche ont-ils pris le parti de se payer la tête de Nicolas Sarkozy pour deux euros ? Combien parmi eux ont voté pour le troisième homme désigné par les sondages, François Fillon, dans l'espoir de bouter l'ancien président honni hors de la primaire de la droite et du centre ? Que représentent-ils parmi les 44% de votants ayant déjoué les pronostics en accordant leur suffrage à l'ancien Premier ministre ? L'évaluation est complexe, très hypothétique, mais une chose est sûre : si Fillon devient en mai prochain le troisième François à occuper la magistrature suprême, ces milliers d'électeurs opportunistes risquent fort de s'en mordre les doigts. D'abord parce que le député de Paris, bénéficiant notamment de l'appui de la Manif pour Tous, affiche des positions profondément conservatrices sur les grandes questions de société. Ensuite parce qu'il ne propose rien de moins que le programme économique le plus dur et libéral en lice dans cette primaire. Il demeure à cet égard utile de passer en revue ses ambitions présidentielles : allocations de chômage dégressives et plafonnées pour favoriser le retour à l'emploi ; suppression des contrats aidés afin d'éviter d'éventuels effets d'aubaine ; limitation de la revalorisation annuelle du smic, par crainte de renchérir le coût du travail ; retour aux 39 heures dans la fonction publique et suppression corollaire de 500 000 postes de fonctionnaires ; rétablissement du jour de carence abrogé en 2014 ; fin de la durée légale du temps de travail dans le secteur privé ; promotion des accords d'entreprise ; suppression d'un jour férié ; mise en place d'un contrat de travail avec modalités de rupture prédéfinies ; recul de l'âge du départ à la retraite, désormais fixé à 65 ans ; harmonisation des régimes de pension privés, publics et spéciaux ; abrogation éventuelle de l'ISF ; relèvement de la TVA... Peu importe apparemment que 300 000 jeunes bénéficient des emplois aidés, que la pauvreté continue de toucher une personne sur sept, que les policiers, militaires, médecins, chercheurs et enseignants soient le ciment de la société, que les contrats de travail à modalités de rupture reviennent in fine à faciliter les licenciements, qu'un impôt proportionnel acquitté par tous, sans distinction de revenus, soit renforcé au détriment d'une taxe ciblant les plus riches. Ce programme, décrit par la plupart des commentateurs comme « radical » et « ultralibéral », préfigure des changements systémiques et paramétriques douloureux pour les plus faibles et avantageux pour les nantis et les entreprises. Il est vrai que Nicolas Sarkozy n'augurait rien de bon, mais François Fillon, son ancien « collaborateur », est-il vraiment plus socialo-compatible ? Il est permis d'en douter.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito Politique
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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 13:24
Ce que Robert Badinter nous enseigne sur la peine de mort

Relire Contre la peine de mort ne saurait être qu'entreprise salutaire. D'abord parce que ce recueil d'articles et de discours reprécise les grandes questions liées à la peine capitale, à l'heure où elle est défendue par le Front national en France ou le président Recep Tayyip Erdoğan en Turquie. Ensuite parce qu'il nous renvoie au coeur de deux affaires significatives, abominables et retentissantes, celles impliquant Roger Bontems (1972) et Patrick Henry (1977). Robert Badinter, ancien garde des sceaux de François Mitterrand et abolitionniste de la première heure, fait valoir tout au long de l'ouvrage les arguments moraux et utilitaristes qui tendent à disqualifier, hier comme aujourd'hui, le châtiment suprême, toujours abondamment appliqué dans des pays aussi divers que la Chine, l'Iran ou les États-Unis.

 

1° Disposer de la peine capitale revient à institutionnaliser la mort et la loi du talion. L'État en arrive alors à cette situation paradoxale consistant à interdire à ses citoyens ce qu'il se réserve par ailleurs le droit de faire, c'est-à-dire attenter au premier des droits de l'homme et tuer. La justice s'en trouve doublement compromise : elle réprime le crime de sang par là où il pèche, en lui faisant écho, et fait fi des nombreux arguments moraux soulevés en leur temps par Victor Hugo, Jean Jaurès, Albert Camus, Lamartine ou Robespierre. Est-il vraiment concevable que dans la démocratie américaine bicentenaire, le Texas de George W. Bush consente à exécuter des mineurs ou des handicapés mentaux ?

 

2° Il s'agit certes d'un argument utilitariste, mais il permet néanmoins de retirer une arme particulièrement fourbe aux partisans de la guillotine et de la chaise électrique : la peine de mort a toujours échoué dans son rôle de dissuasion. Elle se montre inapte à lutter efficacement contre le crime. Elle n'a jamais arrêté aucun meurtrier ni aucun terroriste (au contraire, elle les valorise en les érigeant en martyrs). Les chiffres sont là pour en attester. Quand les pays d'Europe occidentale ont décidé d'abroger la peine capitale, ils n'ont enregistré aucune hausse significative de la criminalité. Quand la France l'a suspendue en 1906, sous Armand Fallières, cela n'a occasionné aucun effet négatif observable. Au nom de quoi faudrait-il défendre le châtiment suprême, vestige des temps anciens, alors même qu'il est établi qu'il ne prévient pas le crime ? S'il s'agit de protéger la société, la peine de sûreté peut très bien s'y substituer. S'il s'agit de venger les victimes, on bafoue alors la justice plus qu'on ne la sert.

 

3° Dans le cas d'une exécution, l'erreur judiciaire est naturellement irréversible. En théorie, cela devrait suffire à rendre intolérable la peine capitale, à la discréditer en vertu du simple et raisonnable principe de précaution. Peut-être est-il bon de rappeler à cet égard que l'adolescent noir George Stinney Jr, exécuté à 14 ans, fut innocenté 70 années plus tard. D'autres fois, ce sont des condamnés à mort qu'on libère (si) tardivement, à l'instar de Ricky Jackson, victime, comme tant d'autres, d'un témoignage mensonger – celui d'un enfant de douze ans en l'occurence. En abolitionniste convaincu, Robert Badinter rappelle quant à lui que les statistiques témoignent d'un nombre incalculable de procès entachés d'irrégularités, notamment aux États-Unis, où il sont essentiellement le fait d'avocats commis d'office sous-payés, souvent inexpérimentés et parfois incompétents.

 

4° Dans les pays où elle est appliquée, la peine de mort fait parfois figure de prétexte commode. Préserver la vie d'un condamné qui risquait l'exécution, c'est se montrer charitable à peu de frais, alors que les peines longues ou incompressibles prêtent, elles aussi, le flanc à la critique, notamment en raison d'une absence de perspectives réellement accablante pour le détenu. Dans le même ordre d'idées, il paraît évident que la peine capitale tend à occulter d'autres préoccupations tout aussi légitimes, telles que les erreurs judiciaires, la surpopulation carcérale ou les prisons vétustes et parfois insalubres. Robert Badinter ne se trompe pas quand il dénonce une justice dont l'humanité se résumerait à jeter (provisoirement) la mort dans un coin d'ombre.

 

5° C'est une réalité que les partisans de la peine capitale préfèrent évidemment passer sous silence : les jurés demeurent des êtres humains sujets à la subjectivité et à la partialité, sensibles à l'horreur, empathiques envers les victimes, parfois affectés par l'état de l'opinion et laissant à l'occasion l'émotion prendre le pas sur leur raison. On a vu des jurés prononcer la mort là où d'autres la refusaient. La justice ne saurait tolérer l'arbitraire, devenu avec la peine capitale d'autant plus regrettable que la vie d'un inculpé est en jeu. On constate d'ailleurs une nette propension à condamner des individus issus des minorités : les Arabes en France, les Noirs aux États-Unis. Et Robert Badinter de se questionner légitimement : leurs crimes sont-ils vraiment plus graves ou choquants ou est-ce seulement la couleur de leur peau qui les rend plus horribles ?

 

 

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 21:40
Primaire à droite : le crépuscule des idées

Sarkozy nerveux, Juppé prudent, Copé offensif, Poisson déterminé, Fillon convaincant... Vingt-quatre heures après le premier débat télévisé organisé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre, la plupart des journalistes et commentateurs politiques en sont toujours à broder sur l'accessoire tout en négligeant l'essentiel : les idées, le projet, la vision. Sur ce terrain, le rébarbatif l'a souvent emporté et les surprises, quand il y en eut, ont été disséminées avec une grande parcimonie. On pourrait gloser des heures durant sur cette éventuelle et nébuleuse rétention préventive des fichés S, une mesure à la géométrie mal définie et à la légalité des plus douteuses. De la même manière, on pourrait cancaner devant tant de postures conservatrices, tant de désintérêt pour les inégalités sociales et si peu d'audace dans les actions envisagées. Ainsi, pour déconcertant que ce soit, les différents candidats entendent venir à bout du chômage... en réduisant drastiquement le nombre de fonctionnaires, en sonnant le glas des 35 heures et des contrats aidés ou en défiscalisant les heures supplémentaires. À ces mesures éminemment contre-productives se juxtaposerait une politique de l'offre qui ne cesse pourtant de se disqualifier partout en Europe, en fragilisant l'État-providence et les travailleurs tout en maintenant l'activité dans une condition léthargique. Le poids de la fonction publique dans le PIB, le volontarisme indispensable à l'insertion des moins qualifiés, les vertus caractérisant le partage du temps de travail, l'hypothétique stagnation séculaire : autant d'objets de réflexion qui passent, peut-être par commodité, sous les radars de la droite. Il ne sera pas plus question d'un revenu universel, d'une taxe Sismondi ou d'une « job rotation » à la danoise, mais plutôt d'une hausse de la TVA, impôt proportionnel comptant parmi les plus injustes, de l'abrogation de l'ISF, qui ne touche pourtant que les plus aisés, ou d'une privatisation plus ou moins ordonnée de Pôle Emploi, comme si changer le statut d'un établissement public allait suffire à (re)mettre quelque trois millions de chômeurs au travail. Un débat de cet acabit, n'est-ce pas finalement un clou de plus porté au cercueil France ?

 

 

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 15:49

Comme tant d'autres, la France se montre parfois oublieuse de son passé, prompte à se jeter dans les bras réconfortants de populistes au verbe haut et au front bas. Au regard de l'immigration, d'aucuns paraissent sourds aux arguments économiques, démographiques, humanistes, mais croient en revanche dur comme fer aux oriflammes réductrices de l'extrême droite. Alors que l'Europe traverse sa plus grave crise migratoire depuis la Seconde guerre mondiale, Marine Le Pen et le Front national, désormais dédiabolisés, prennent rang parmi les favoris au premier tour des prochaines élections présidentielles. Chez les frontistes, il n'est pas un discours public qui ne stigmatise les immigrés, qui ne les rende responsables du chômage et de l'insécurité, qui ne les renvoie aux théories complotistes de grand remplacement ou de vassalisation, chères à Renaud Camus et Bat Ye'or. C'est en réalité toute l'Europe qui voit ses digues céder sous la puissance des eaux xénophobes et essentialistes, sur lesquelles voguent le FPÖ autrichien, la Ligue du Nord italienne, le PVV hollandais, le Vlaams Belang flamand, l'Aube dorée grecque ou le Jobbik hongrois. Ultime témoin d'une dégénérescence morale et politique qui ne dit pas son nom, la Pologne vient de consacrer aux dernières élections législatives le parti catholique et conservateur Droit et Justice, une formation eurosceptique et anti-immigration qui a pris grand soin, durant la campagne électorale, de capitaliser sur la peur des réfugiés et un hypothétique fardeau migratoire, alors même que Varsovie demeure tout à fait dépourvue d'étrangers ! Si elle n'était à ce point révélatrice d'une Europe en peine, l'affaire prêterait peut-être à sourire. « Voulez-vous qu’on ne soit plus les maîtres dans notre propre pays ? », a même osé Jarosław Kaczyński, le chef de file de Droit et Justice, dans la plus pure tradition nationaliste, tandis que le président Andrzej Duda, issu du même sérail, évoquait très sérieusement les « risques épidémiologiques » supportés par les Polonais au contact des migrants. Si l'histoire ne se répète (heureusement) pas à l'identique, on perçoit néanmoins ses lointains échos, quelque peu distordus.

 

On se remémore alors certains événements tragiques, tels que le massacre (jamais condamné) des travailleurs italiens d'Aigues-Mortes, survenu en 1893, perpétré par des villageois et des ouvriers, et précédé par l'avénement des ligues d'extrême droite, elles-mêmes vivifiées par la montée progressive d'un sentiment nationaliste exacerbé. Les Français de la seconde moitié du XIXème siècle voyaient d'un mauvais oeil la première vague d'immigration occasionnée par la révolution industrielle, et matérialisée par l'arrivée en nombre des Belges et des « Ritals ». Une hostilité de plus en plus farouche qui débouchera sur des ratonnades à la sortie des usines, des lynchages en public, des noyades, des coups de bâtons ou de fusils. Le sort des centaines de milliers d'Irlandais fuyant la « Grande famine » (1845-1852) ne fut guère plus enviable. Aux États-Unis, beaucoup d'entre eux furent contraints de vivre dans des caves sans lumière, des sous-sols mal ventilés ou des appartements d'une pièce, quantité souffrirent du choléra, de la fièvre jaune, du typhus, de la tuberculose ou de la pneumonie, tandis que d'autres sombrèrent dans l'alcoolisme ou la maladie mentale, ou allèrent remplir les prisons par contingents entiers. Aux yeux des populations locales, ces Irlandais constituaient un prolétariat permanent, non qualifié, porteur de maladies et de misère, inféodé à la curie romaine. Très vite, les émeutiers nativistes lancèrent des actions et commirent des attentats à l'encontre de ces migrants malchanceux qu'ils prirent en horreur. Un siècle plus tard, comme un pied de nez à l'histoire, John Fitzgerald Kennedy, descendant d'immigrés irlandais, accéda à la magistrature suprême. Sans soumission à l'Église ni agenda caché. Ainsi, alors que l'extrême droite européenne a plus que jamais le coeur à la gaudriole, il est bon de s'arracher quelques instants aux idées préconçues, aux peurs primaires et aux discours schématiques, que l'exercice scientifique s'évertue, pour l'heure en vain, de démonétiser. Que dit l'histoire ? Que racontent les faits ?

 

Des politiques publiques évolutives (et cyniques)

 

La France a souvent fait montre d'une doctrine utilitariste à l'endroit des immigrés, réduits à une simple variable d'ajustement par Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac dès 1974. Il y eut pourtant, dans un premier temps, une authentique tradition d'accueil, entre 1917 et 1939, lors des différents soubresauts observés en Russie, en Espagne, en Italie, en Arménie ou en Allemagne. L'immigration politique fonctionnait alors à plein régime, et l'État français fut en première ligne au moment de la « Retirada », accompagnant l'exode de quelque 450 000 républicains espagnols. En 1945, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, Paris entreprit de favoriser l'immigration familiale, dans une optique essentiellement démographique cette fois. Une politique qui entre singulièrement en résonance avec celle aujourd'hui menée par Angela Merkel en Allemagne. Entre 1956 et 1972, les flux migratoires se renforcèrent à la faveur de la décolonisation et du Traité de Rome, qui instaura la libre circulation des personnes. Peu à peu, les arrivées en provenance du Portugal, de l'Espagne, de la Tunisie, du Maroc et de l'Algérie s'intensifièrent, tandis que les flots italiens se tarirent. En 1972, par la voie de circulaires, les pouvoirs publics entendirent subordonner l'octroi de la carte de séjour au maintien des étrangers sur le marché du travail, juste avant que Valéry Giscard d'Estaing n'opère son fameux tournant migratoire en 1974. Le gouvernement de Jacques Chirac ferma alors les frontières en arguant de la montée du chômage, mettant ainsi fin aux mesures favorisant la venue d'une main-d'oeuvre étrangère. En 1977 sera mise en place une « aide au retour » destinée à ceux qui rejoignent définitivement leur pays d'origine, puis, en 1980, seront accrues les possibilités d'expulsion et de refoulement. On gère désormais le capital humain comme le capital productif, même si des vies, et non du matériel, se trouvent ici en jeu. L'avènement de la gauche mitterrandienne en 1981 marqua une rupture et vint infléchir les politiques de restriction, notamment via la régularisation de quelque 130 000 personnes en situation irrégulière. Le regroupement familial fut par ailleurs facilité, tandis que l'expulsion des étrangers nés en France ou arrivés avant l'âge de dix ans se vit frappée d'interdiction. Dès 1983, on en revint toutefois à la répression, aux contrôles d'identité et aux « aides à la réinsertion », au moment même où les revendications des travailleurs immigrés se firent jour à l'occasion des grèves dans les usines automobiles de Citroën à Aulnay-sous-Bois, puis de Talbot à Poissy. L'embellie socialiste aura été de courte durée. Trois lois Pasqua-Debré plus tard, toutes appelées à durcir les conditions de migration, on en arriva, un peu honteusement, à l'occupation des églises Saint-Ambroise et Saint-Bernard, en 1996, et au mouvement des sans-papiers, puis à la jungle de Calais et au centre de Sangatte, démantelé par Nicolas Sarkozy en 2002, avec un amateurisme coupable. En matière d'immigration, il n'y a désormais plus qu'une constante en France : l'intérêt présumé de l'État, de moins en moins généreux, de plus en plus regardant. Quitte à paraître aujourd'hui, sous un gouvernement pourtant étiqueté à gauche, à la remorque de la CDU conservatrice allemande. Un comble et une ineptie qu'il convient de mettre en lumière, après un détour salutaire par les sciences sociales.

 

Accepter l'immigré : un peu de psychologie, de sociologie, d'anthropologie

 

La psychologie sociale a beaucoup à nous apprendre sur le racisme, la xénophobie, l'ethnocentrisme et les discriminations. On sait depuis longtemps que la non-acceptation de l'autre relève essentiellement d'un sentiment de peur et d'une décharge émotionnelle primaire. Rejeter, c'est une manière commode, à peu de frais, d'évacuer ses propres frustrations. L'être humain conceptualise sans cesse les comportements d'autrui et tend à catégoriser ses pairs pour simplifier ses schémas mentaux et fluidifier ses activités cognitives. Des mécanismes psychiques qui, à force de répétition, amenuisent l'intelligence et la créativité. La « stéréotypisation » des délinquants nous montre par exemple que les Anglais craignent avant tout les hooligans, les Jamaïcains et les Bangladeshis, tandis que les Américains ostracisent plus volontiers les Noirs et les Latinos. En France et en Belgique, il s'agirait plutôt des Africains et des Arabes. À chacun son logiciel mental et ses monomanies cachées. La recherche scientifique a par ailleurs apporté la preuve d'une préférence spontanée pour le groupe duquel on se réclame : sa famille, ses amis, son voisinage, son entreprise, son équipe sportive, son pays, sa religion. L'ethnologue Claude Lévi-Strauss évoque ainsi un désir de « rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit ». On est à mille lieues du relativisme culturel, qui propose d'accepter l'autre, de le respecter en tant que personne humaine, sans chercher ni à se l'approprier, ni à l'assimiler. Tendre la main sans prétendre à gommer les différences. L'anthropologue américain Franz Boas envisageait chaque culture comme une synthèse unique et originale, ni supérieure ni inférieure aux autres, seulement dissemblable. De son côté, la sociologie a consacré la prééminence du milieu social pour expliquer et rendre compte des comportements individuels. L'habitus de Pierre Bourdieu, ce « système de dispositions réglées » qui permet de se mouvoir dans la société, suffit à battre en brèche la plupart des théories essentialistes et racialistes. Plutôt que de mettre l'accent sur des facteurs héréditaires et génétiques, il est question d'étudier la matrice sociale et le conditionnement des actes de chacun, par l'éducation, l'expérience ou les perceptions. À cet égard, on ne dira jamais assez l'importance de l'argent, qui huile ou grippe les rouages, qui introduit ou exclut les personnes, qui permet ou empêche les actions. L'inégalité économique, telle que décrite par Thomas Piketty et Joseph Stiglitz, n'est-elle pas la mère de toutes les violences ?

 

Deux ou trois choses à savoir sur les réfugiés

 

Pendant que la Hongrie érige des murs de barbelés et que les réfugiés se massent aux frontières de l'Union européenne, les arguments moraux le disputent aux craintes économiques. Il reste en tout cas de bon ton de rappeler qu'il est de notre devoir d'accueillir ceux qui fuient la guerre et les persécutions, qu'ils viennent de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan ou d'Érythrée. Il fut un temps, pas si lointain, où c'étaient les Espagnols, les Hongrois, les Russes, les Polonais, les Italiens et les Tchèques qui migraient à travers l'Europe. Entre 1914 et 1918, les Pays-Bas accueillirent plus d'un million de Belges chassés de leurs terres par les troupes allemandes, un contingent notable en regard d'une population hollandaise qui avoisinait alors les six millions d'habitants. Durant la Seconde guerre mondiale, un nombre similaire de Belges trouvèrent refuge en France, où ils furent parfois accueillis par les poings et les armes, car perçus comme une charge considérable pour la société. Des événements qui font tristement écho aux centres de réfugiés incendiés çà et là, en Suède ou en Allemagne. Comme si l'on ne retenait rien, ou si peu, des leçons du passé. Mais pourquoi, finalement, les Européens se montrent-ils si hostiles, voire épouvantés, devant ces vagues migratoires ? Ont-ils peur de l'islam comme les Américains protestants eurent autrefois peur des Irlandais catholiques ? Imaginent-ils que l'organisation terroriste Daech cache ses nervis parmi les réfugiés, alors même qu'elle dispose déjà de relais importants en Europe et que les circuits de l'exil font l'objet de contrôles stricts ? Ou redoutent-ils, plus pragmatiquement, comme les Français naguère, un fiasco économique et une nouvelle envolée du chômage ?

 

D'après un récent rapport de l'OCDE, l'immigration engendrerait, en Belgique, près de 3500 euros de rentrées fiscales par individu et par an, une moyenne qui de surcroît exclut les pensions. Les observateurs regrettent toutefois un faisceau de conduites discriminantes qui contribuent à entraver la bonne insertion des étrangers et représentent in fine un gâchis économique difficile à chiffrer. En France, l'ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg a quant à lui déclaré que « l'immigration coûte 47,5 milliards et (...) rapporte 60 milliards » à son pays. Le solde positif – 12,5 milliards d'euros – est d'une importance telle qu'il excède, par exemple, le budget de la Justice, qui franchit à peine la barre des 8 milliards d’euros. Un bilan flatteur, renforcé par de nombreux rapports, dont une étude de l'université de Lille datant de 2009 et un audit de l'Assemblée nationale française réalisé en 2011. Professeur d'économie à l'UCL, Frédéric Docquier confiait par ailleurs à La Libre d'autres intérêts économiques relatifs à l'immigration, qui génèrerait « des effets légèrement positifs sur les salaires, tout en affectant très peu le taux de chômage ». Une déclaration corroborée par les statistiques de l'OCDE, attestant d'un impact positif de 0,27% sur les salaires.

 

Rappelons aussi que les demandeurs d'asile Syriens, majoritaires parmi ceux qui se présentent aujourd'hui aux portes de l'Union, s'avèrent essentiellement issus des classes moyenne et supérieure. Ils bénéficient généralement d'une formation de qualité subventionnée par leur pays d'origine, et aspirent désormais à exercer leurs compétences sur le vieux continent, qui subit justement un déclin démographique inexorable et connaît nombre de métiers en pénurie. Les attentes mutuelles semblent donc pouvoir se rencontrer. Cela paraît en tout cas en bonne voie en Belgique. Une récente étude réalisée par des économistes de l'Université Catholique de Louvain estime que l'impact budgétaire de l'immigration en cours se situe à hauteur de 0,5% du PIB, soit environ deux milliards d'euros. Le rapport préconise par ailleurs d'accorder sans tarder le droit de travail aux demandeurs d'asile. De quoi réfuter les arguments électoralistes fallacieux d'une certaine droite. D'autant plus que d'autres facteurs jouent également en faveur de l'accueil. Dans une société où le vieillissement de la population déséquilibre fortement le ratio entre actifs et inactifs, le recours à l'immigration ne pourrait-il pas contribuer à préserver le financement des retraites ?* Ces étrangers qualifiés et courageux – ils ont parcouru des milliers de kilomètres et enduré les pires atrocités de la guerre – ne constituent-ils pas une aubaine pour nos économies indolentes ? Ils sont appelés à travailler, consommer, payer des taxes et des impôts, contribuer à la richesse nationale, comme n'importe quel citoyen européen. En Allemagne par exemple, le coût annuel par réfugié a été évalué entre 12 000 et 13 000 euros, somme comprenant l'hébergement, la nourriture, le suivi médical, les cours de langue, ainsi que 143 euros mensuels. Des chiffres à mettre en parallèle avec les quelque quatre millions de travailleurs dont Berlin aura besoin d'ici à 2040, et alors même que 46% des employeurs déclarent déjà éprouver des difficultés à recruter. « Nous sommes prêts » à permettre « un accès rapide » à la formation et aux emplois, a d'ailleurs affirmé, début septembre, Ulrich Grillo, le président du patronat allemand. Les principales centrales syndicales sont sur la même ligne et ont clamé leur solidarité vis-à-vis des migrants. Il est donc permis de penser que les retombées économiques à long terme justifient un effort (qui plus est modéré) de dépenses à court terme.

 

Surtout, il faut savoir raison garder. Les réfugiés ne représentent aujourd'hui qu'un infime 0,11% de la population européenne et ils ne peuvent généralement prétendre qu'à une part résiduelle des droits sociaux. Soit une goutte d'eau dans un océan de prospérité – l'UE demeurant la première économie mondiale. En guise de comparaison, les réfugiés représentent tout de même 25% (!) de la population du Liban qui, avec la Turquie, la Jordanie et l’Égypte, accueillent ensemble 98% (!) du total des populations syriennes en exil. Ainsi, l'Europe prise dans son ensemble se trouve environ quatre fois moins sollicitée que le seul minuscule État libanais. Mais on le sait, en matière d'immigration, le ressenti se révèle souvent trompeur et les phénomènes tendent à être gravement exagérés. Au grand dam de ceux qui abandonnent leurs terres et leur vie en quête de paix et de dignité.

 

* En guise d'illustration, voici ce que j'écrivais en septembre 2013 : « D’après les chiffres fournis par le Bureau européen des statistiques, la population de l’UE devrait passer de 504 millions aujourd’hui à 525 millions en 2035, avant de légèrement fléchir pour s’établir finalement à 517 millions en 2060. À titre de comparaison, les États-Unis frôleraient quant à eux les 400 millions d’habitants à l’horizon 2050. Le hic, c’est que la population européenne vieillit inexorablement. Cette année, la quantité de personnes en âge de travailler commencera à se réduire. De 308 millions aujourd’hui, on se situera en toute logique aux alentours des 265 millions en 2060. Résultat : le ratio de dépendance des plus âgés – le nombre des plus de 65 ans rapporté au total des personnes en âge de travailler – s’envolera littéralement, de 28 % en 2010 à 58 % en 2060. De quoi clouer par la peur plus d’un démographe. »

 

 

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 11:03

Tout Jean-Marie Le Pen est là : provocateur, outrancier, pernicieux. En qualifiant à nouveau les chambres à gaz de « détail de l’histoire », le président d’honneur du Front national a tenté un coup médiatique dont lui seul a le secret. Cataclysmique et désolant. Que sa fille s’échine à gommer les aspérités à la tête du mouvement frontiste, il n’en a cure. Lui préfère enfoncer la dague, le verbe haut et la sentence trouble. Ses assertions, excessives et fallacieuses, effeuillent le lepénisme comme une couronne de chêne, révélant en plein jour sa substance première, sulfureuse et xénophobe, amarrée au choc des civilisations et à l’essentialisme.

 

L’homme a beau être à son couchant, ses déclarations intempestives sonnent comme un travail de sape. Elles mettent à mal la stratégie de dédiabolisation amorcée en haut lieu, brouillent l’image du FN et court-circuitent son message électoral. Fier comme Artaban, fidèle à ses habitudes, Jean-Marie Le Pen réveille des démons endormis et réouvre des plaies en voie de cautérisation. À chaque déclaration son sens profond : inégalité des races, négation de la Shoah, stigmatisation des Roms et des musulmans… Nombreuses et inénarrables sont les dérives du patriarche, débitées avec l’autorité de la suffisance.

 

Les luttes intestines en cours au FN feraient presque passer le duel Balladur-Chirac pour une promenade de santé. On prend ses distances, on ostracise, on désavoue. Les injures que s’échangent sur Twitter le père Le Pen et le député frontiste Gilbert Collard n’auraient pas voix au sein d’un mouvement apaisé. Le président d’honneur méprise et abhorre le nouveau Front national, édulcoré et présidentiable. C’est un peu comme si l’on avait cassé son jouet, réfréné son élan raciste et mal-pensant. Pourtant, n’en déplaise au très médiatique Florian Philippot, l’extrême droite française demeure infréquentable, calculatrice, populiste et à courte vue. La popularité de Marion Maréchal-Le Pen est un premier indicateur quant aux dogmes y ayant force de loi.

 

Si elle veut poursuivre la réhabilitation spécieuse de son parti, Marine Le Pen devra impérativement tuer le père et cacher la frange la plus radicale de son mouvement sous le tapis de la respectabilité républicaine. Pour l’heure, des vents contraires soufflent sur le Front national, qui vacille sur ses bases comme une girouette, laissant les masques craquer et les apparences se dérober. Il n’y aura sans doute pas de reddition sans condition, et certains grincheux risquent d’éructer encore longtemps à l’ombre des postures lénifiantes et des figures sédatives. Quitte à jeter un voile de lumière dans la pénombre du marketing politique.

 

 

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 11:10

Le gouvernement fédéral dirigé par Elio Di Rupo serait-il d’ores et déjà à feu et à sang ?  À l’approche des élections, les partis de la majorité parlementaire, plutôt que de débroussailler le terrain en amont, préfèrent à l’évidence s’échanger toutes sortes de quolibets et de qualificatifs peu flatteurs, s’accusant réciproquement de gaspillage financier, de promesses en l’air, d’amateurisme, voire de clientélisme.

 

Alors que les états-majors peaufinent leur programme fiscal sous la pression de formations extrémistes en phase ascendante, les toquades amicales et esclaffements à gorge déployée ont en effet laissé place aux zones de turbulences préélectorales. Chacun garde à l’esprit que prendre la tête d’un État impécunieux et vulnérable n’a rien d’une sinécure. Alors, fatalement, dans pareil cas, quand on abandonne les décisions périphériques pour s’atteler au strictement structurant, les esprits ont tendance à s’échauffer et les langues, à se délier.

 

Tirs groupés

 

Très tôt, le MR a subi les foudres de ses partenaires de coalition. Son programme fiscal, unanimement jugé mal chiffré et irréaliste, a polarisé les attentions et fait l’objet des pires critiques. Même l’actuel ministre des Finances y est allé de sa petite saillie verbale. Pour le CD&V Koen Geens, ces 10,5 milliards d’euros seraient en effet tout bonnement « impayables ». Et le PS n’est évidemment pas en reste. Aussi, la vice-première ministre Laurette Onkelinx n’y va pas avec le dos de la cuillère. Selon elle, le parti libéral occulterait sournoisement ses véritables desseins, à savoir une offensive en règle contre la sécurité sociale et la fonction publique, pourtant déjà largement rationalisée.

 

Les socialistes ne sont pas plus à la fête. Le Boulevard de l’Empereur voudrait mettre à contribution le capital et intensifier la lutte contre la fraude fiscale. Sans surprise, le MR a accueilli très froidement les propositions du PS, accusé de « sacrifier la classe moyenne ». Le cdH s’est quant à lui montré dubitatif, tandis que les formations flamandes craignent toutes un éventuel impôt sur la fortune. Même Bruno Tobback, le président du sp.a, pourtant peu suspecté de complaisance à l’endroit des plus riches, a exprimé ses réserves. Quid alors de la N-VA ?  Comme à l’accoutumée, les indépendantistes ont caricaturé sans le moindre scrupule le modèle socialiste : « plus d’impôts », « tsunami fiscal » et « mort lente du système social ». Enfin, Alexander De Croo juge « bizarre » la volonté d’appliquer « les mesures Hollande » en Belgique. « Ce n’est pas en taxant qu’on va créer des emplois », estime le libéral flamand.

 

La N-VA sur du velours ?

 

Alors que les partis organisent la riposte et se mettent tous en ordre de bataille, ces bisbilles fiscales et invectives à peine voilées pourraient faire le miel de la N-VA et envenimer la campagne jusqu’au point de non-retour. Le contrecoup direct et inévitable de cette guerre ouverte induirait alors un gouvernement fédéral sens dessus dessous et des séparatistes plus que jamais à l’affût. Une stratégie, si pas contre-productive, au moins hautement hasardeuse.

 

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 05:46

C’est l’histoire d’une ministre, Cécile Duflot, qui enfile de gros sabots et pénètre dans un magasin de porcelaine. Ainsi présenté, le psychodrame qui se joue actuellement au gouvernement prêterait presque à sourire. Pourtant, l’heure est bel et bien aux mines défaites et aux manœuvres dilatoires. Car, quoi qu’en disent les porte-parole et communicants autoproclamés, le corps socialiste semble définitivement rejeter la greffe EELV. Il y a comme une sorte d’incompatibilité génétique entre un PS autosuffisant et des écologistes plus que jamais tenus en laisse, réduits aux réprobations stériles, non suivies d’effets.

 

La coalition au pouvoir est-elle pour autant au bord de la rupture ?  Personne ne peut l’affirmer avec certitude. D’abord parce que ce divorce maintes fois annoncé a tout d’une tarte à la crème médiatique. Ensuite, et surtout, parce qu’il ne faudrait pas sous-estimer le magnétisme d’un strapontin. Tout se tient : si les cadres d’EELV aboient depuis plus d’un an, ils n’ont encore jamais mordu. Les charges ont beau être violentes, la photo de classe n’en demeure pas moins inchangée, comme figée dans le temps. Bref, les coups de gueule passent, les ministres restent.

 

Oui, mais… Cette fois, Cécile Duflot a peut-être franchi le Rubicon. En invoquant un « pacte républicain » menacé par Manuel Valls, elle a sans conteste hypothéqué sa participation – et son soutien – au gouvernement. Comment en effet justifier sa présence dans l’exécutif, aux côtés de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, alors qu’ils ont clairement et sans réserve aucune validé la ligne défendue par leur ministre de l’Intérieur, celle-là même qui mettrait en péril la République ?  Par souci de cohérence – de crédibilité ? –, la ministre du Logement devrait tirer toutes les conséquences de sa sortie pour le moins intempestive.

 

« En 2013, une ministre, ça agit, ça ouvre sa gueule et ça ne démissionne pas », avait-elle récemment osé, réitérant ainsi son désir d’œuvrer à la bonne marche des affaires publiques en dépit des frictions et des divergences d’idées. En dégoupillant la grenade du « pacte républicain », l’ancienne secrétaire nationale d’EELV ne pourra décemment plus s’en tenir à ce piètre jeu d’équilibriste. Sous peine de se voir réduite à l’étiquette peu flatteuse d’opportuniste.

 

 

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 05:38

Rue de Solférino, les cadres socialistes font grise mine et se trouvent à nouveau dans l’embarras. Rien ne va plus pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault, plus esseulés que jamais. Les écologistes s’estiment abusés et font un pas de côté. Jean-Luc Mélenchon multiplie les coups de menton et les sobriquets peu flatteurs. Ségolène Royal se délecte à tirer dans le dos de ses petits camarades. Et l’UMP, non contente de se déchirer sur les déclarations de François Fillon, fait feu de tout bois. Un tableau édifiant, où Marine Le Pen apparaît, en filigrane, avec le sourire d’une Mona Lisa revigorée par des sondages prometteurs.

 

Mais l’intérieur du PS n’est pas non plus entouré de douceur et de prévenance. Les langues se délient, les griffes se font jour. Les uns se plaignent de la déconstruction du socle électoral, tandis que les autres en appellent à un virage à gauche. L’arbitre Harlem Désir en a même perdu son sifflet. Pis, dans la maison rose, certains termes ne cessent de résonner avec force : ras-le-bol fiscal, chômage, dette, Marseille, justice, insécurité, Syrie… Plutôt que d’en saisir la portée ou d’en chercher la source, d’aucuns ont opté pour les protections auditives. Une solution à courte vue.

 

De son côté, le FN se frotte les mains et se lèche les babines. Les frontistes n’en finissent pas de faire la nique au gouvernement socialiste. Au faîte de sa popularité, Marine Le Pen s’attend à un raz-de-marée à l’occasion des élections municipales et européennes prévues en 2014. Elle sait mieux que quiconque que tout faux pas des partis dits républicains se mue immédiatement en plaidoyer en faveur de l’extrême droite. Un peu comme si le Front National était au pot de son désormais fameux UMPS.

 

Comment, alors, sortir de l’impasse ?  La question taraude évidemment les socialistes. Sans solutions clefs en mains, ils naviguent à vue, perdus en eaux troubles. Nul doute que François Hollande devrait commencer par clarifier sa ligne. La France a un besoin urgent de pédagogie pour mieux appréhender sa marche. Il convient ensuite de dépassionner les différends internes et d’en finir avec les Arlésiennes auxquelles plus personne ne croit. Ce n’est qu’à ce prix que la majorité pourra neutraliser les incantations lepénistes, alors même que les communicants du FN sont au four et au moulin dans l’espoir d’une orgie électorale.

 

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 21:33

À la tête d’Anvers depuis moins d’un an, Bart De Wever s’y familiarise déjà avec les polémiques. De quoi parasiter une communication qui se veut pourtant savamment structurée.

 

En politique, jouer sur deux tableaux relève souvent de la gageure. Bart De Wever semble aujourd’hui l’apprendre à ses dépens. En raflant le mayorat d’Anvers au nez et à la barbe de Patrick Janssens, il entendait mettre la main sur une tribune de premier plan, à partir de laquelle il pourrait porter au pinacle sa parole incendiaire, voire – ironie de l’histoire – anti-système. Mais gérer la plus grande commune flamande n’a rien d’une sinécure. L’homme fort de la N-VA ne fait que s’y exposer et finit, en toute logique, par prêter le flanc à la critique. Difficile en effet, même pour un adepte du grand écart, de vouer aux gémonies un édifice politique dont on constitue l’une des pierres angulaires. Le costume d’opposant à tout et à tous s’avère bien trop étroit pour le bourgmestre d’une ville telle qu’Anvers. Plus embarrassant encore : désormais, les moindres faits et gestes de BDW polarisent les attentions et font, au besoin, couler l’encre. Un danger électoral non négligeable, alors même que chaque dérapage incontrôlé vient brouiller un peu plus une communication jusque-là soigneusement orchestrée.

 

De Wever peut-il tout acheter ?

 

Certains actes éveillent les soupçons. Le bourgmestre d’Anvers aurait-il une propension à résoudre ses problèmes avec l’argent du contribuable ?  Si la question peut paraître déplacée, elle n’en reste pas moins pertinente. Car les faits corroborent volontiers cette grille de lecture. Alors que l’organisation d’une kermesse suscitait l’ire de certains habitants d’un quartier huppé, à savoir Zuiderdokken, Bart De Wever n’a pas hésité à acheter le silence des six riverains qui avaient entamé une procédure en justice. Un gaspillage financier alarmant, et d’autant plus déplorable qu’il profite exclusivement à une poignée de fins manœuvriers.

 

Notre homme n’est pas, pour autant, au bout de ses peines. Que penser en effet de cette parenthèse footballistique hautement controversée ?  Pendant pas moins de quarante-huit heures, le chef de file de la N-VA a semblé faire la danse du ventre afin de convaincre Zulte Waregem de s’implanter à Anvers. Avec, toujours, ce même argument de poids : une injection considérable de liquidités. Comment, enfin, interpréter l’annulation par la nouvelle majorité communale de sept millions d’euros de subventions à destination d’associations progressistes ?  Faut-il y voir le signe d’un pouvoir qui entend museler ceux qui vont à l’encontre de ses intérêts ?

 

Des employés « neutres » aux guichets

 

C’est peu dire que Bart De Wever n’a pas tardé à tirer à boulets rouges sur les symboles convictionnels. En effet, à peine élu, le nouveau bourgmestre fait le ménage et réclame avec véhémence des employés « neutres » aux guichets communaux. Pas question donc pour eux de manifester publiquement leurs orientations sexuelles, politiques ou philosophiques, ni même de porter des habits tendancieux. Si la démarche peut prêter à discussion, c’est surtout le zèle affiché qui soulève les inquiétudes. Une polémique à tout le moins dispensable, qui vient impacter l’image du patron de la N-VA à rebours de ses intentions.

 

Plus probant encore, la nouvelle majorité annonçait en février sa volonté de ne plus rembourser l’intégralité des soins médicaux des sans-papiers souffrant du sida ou des femmes enceintes en séjour illégal. Pis, l’équipe de Bart De Wever a en outre tenté de porter les frais d’inscription auprès de l’administration communale à 250 euros pour tous les ressortissants étrangers. Une décision entérinée avant d’être rapidement suspendue car « contraire à la Constitution, au droit européen et à la législation belge ». Mais Liesbeth Homans, la sulfureuse échevine N-VA, n’a pas tardé à revoir sa copie : début août, elle proposait d’instaurer rien de moins qu’un « Speedy Pass ». L’attente entourant l’inscription des étrangers deviendrait alors modulable à loisir et fluctuerait en fonction de la somme qu’ils seraient disposés à débourser. Il n’en fallait évidemment pas davantage pour que d’aucuns voient poindre, en filigrane, le spectre d’une société à deux vitesses. Une démarche en tout cas au mieux ambiguë, au pire suspecte, qui peut laisser croire au réveil de vieux démons

 

 

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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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