Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 05:38

Rue de Solférino, les cadres socialistes font grise mine et se trouvent à nouveau dans l’embarras. Rien ne va plus pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault, plus esseulés que jamais. Les écologistes s’estiment abusés et font un pas de côté. Jean-Luc Mélenchon multiplie les coups de menton et les sobriquets peu flatteurs. Ségolène Royal se délecte à tirer dans le dos de ses petits camarades. Et l’UMP, non contente de se déchirer sur les déclarations de François Fillon, fait feu de tout bois. Un tableau édifiant, où Marine Le Pen apparaît, en filigrane, avec le sourire d’une Mona Lisa revigorée par des sondages prometteurs.

 

Mais l’intérieur du PS n’est pas non plus entouré de douceur et de prévenance. Les langues se délient, les griffes se font jour. Les uns se plaignent de la déconstruction du socle électoral, tandis que les autres en appellent à un virage à gauche. L’arbitre Harlem Désir en a même perdu son sifflet. Pis, dans la maison rose, certains termes ne cessent de résonner avec force : ras-le-bol fiscal, chômage, dette, Marseille, justice, insécurité, Syrie… Plutôt que d’en saisir la portée ou d’en chercher la source, d’aucuns ont opté pour les protections auditives. Une solution à courte vue.

 

De son côté, le FN se frotte les mains et se lèche les babines. Les frontistes n’en finissent pas de faire la nique au gouvernement socialiste. Au faîte de sa popularité, Marine Le Pen s’attend à un raz-de-marée à l’occasion des élections municipales et européennes prévues en 2014. Elle sait mieux que quiconque que tout faux pas des partis dits républicains se mue immédiatement en plaidoyer en faveur de l’extrême droite. Un peu comme si le Front National était au pot de son désormais fameux UMPS.

 

Comment, alors, sortir de l’impasse ?  La question taraude évidemment les socialistes. Sans solutions clefs en mains, ils naviguent à vue, perdus en eaux troubles. Nul doute que François Hollande devrait commencer par clarifier sa ligne. La France a un besoin urgent de pédagogie pour mieux appréhender sa marche. Il convient ensuite de dépassionner les différends internes et d’en finir avec les Arlésiennes auxquelles plus personne ne croit. Ce n’est qu’à ce prix que la majorité pourra neutraliser les incantations lepénistes, alors même que les communicants du FN sont au four et au moulin dans l’espoir d’une orgie électorale.

 

 

Lire aussi :

La République scandaleuse ?

Le mariage pour tous divise les Français

À droite, les vieux démons ont la peau dure

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Édito Politique
commenter cet article
28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 21:33

À la tête d’Anvers depuis moins d’un an, Bart De Wever s’y familiarise déjà avec les polémiques. De quoi parasiter une communication qui se veut pourtant savamment structurée.

 

En politique, jouer sur deux tableaux relève souvent de la gageure. Bart De Wever semble aujourd’hui l’apprendre à ses dépens. En raflant le mayorat d’Anvers au nez et à la barbe de Patrick Janssens, il entendait mettre la main sur une tribune de premier plan, à partir de laquelle il pourrait porter au pinacle sa parole incendiaire, voire – ironie de l’histoire – anti-système. Mais gérer la plus grande commune flamande n’a rien d’une sinécure. L’homme fort de la N-VA ne fait que s’y exposer et finit, en toute logique, par prêter le flanc à la critique. Difficile en effet, même pour un adepte du grand écart, de vouer aux gémonies un édifice politique dont on constitue l’une des pierres angulaires. Le costume d’opposant à tout et à tous s’avère bien trop étroit pour le bourgmestre d’une ville telle qu’Anvers. Plus embarrassant encore : désormais, les moindres faits et gestes de BDW polarisent les attentions et font, au besoin, couler l’encre. Un danger électoral non négligeable, alors même que chaque dérapage incontrôlé vient brouiller un peu plus une communication jusque-là soigneusement orchestrée.

 

De Wever peut-il tout acheter ?

 

Certains actes éveillent les soupçons. Le bourgmestre d’Anvers aurait-il une propension à résoudre ses problèmes avec l’argent du contribuable ?  Si la question peut paraître déplacée, elle n’en reste pas moins pertinente. Car les faits corroborent volontiers cette grille de lecture. Alors que l’organisation d’une kermesse suscitait l’ire de certains habitants d’un quartier huppé, à savoir Zuiderdokken, Bart De Wever n’a pas hésité à acheter le silence des six riverains qui avaient entamé une procédure en justice. Un gaspillage financier alarmant, et d’autant plus déplorable qu’il profite exclusivement à une poignée de fins manœuvriers.

 

Notre homme n’est pas, pour autant, au bout de ses peines. Que penser en effet de cette parenthèse footballistique hautement controversée ?  Pendant pas moins de quarante-huit heures, le chef de file de la N-VA a semblé faire la danse du ventre afin de convaincre Zulte Waregem de s’implanter à Anvers. Avec, toujours, ce même argument de poids : une injection considérable de liquidités. Comment, enfin, interpréter l’annulation par la nouvelle majorité communale de sept millions d’euros de subventions à destination d’associations progressistes ?  Faut-il y voir le signe d’un pouvoir qui entend museler ceux qui vont à l’encontre de ses intérêts ?

 

Des employés « neutres » aux guichets

 

C’est peu dire que Bart De Wever n’a pas tardé à tirer à boulets rouges sur les symboles convictionnels. En effet, à peine élu, le nouveau bourgmestre fait le ménage et réclame avec véhémence des employés « neutres » aux guichets communaux. Pas question donc pour eux de manifester publiquement leurs orientations sexuelles, politiques ou philosophiques, ni même de porter des habits tendancieux. Si la démarche peut prêter à discussion, c’est surtout le zèle affiché qui soulève les inquiétudes. Une polémique à tout le moins dispensable, qui vient impacter l’image du patron de la N-VA à rebours de ses intentions.

 

Plus probant encore, la nouvelle majorité annonçait en février sa volonté de ne plus rembourser l’intégralité des soins médicaux des sans-papiers souffrant du sida ou des femmes enceintes en séjour illégal. Pis, l’équipe de Bart De Wever a en outre tenté de porter les frais d’inscription auprès de l’administration communale à 250 euros pour tous les ressortissants étrangers. Une décision entérinée avant d’être rapidement suspendue car « contraire à la Constitution, au droit européen et à la législation belge ». Mais Liesbeth Homans, la sulfureuse échevine N-VA, n’a pas tardé à revoir sa copie : début août, elle proposait d’instaurer rien de moins qu’un « Speedy Pass ». L’attente entourant l’inscription des étrangers deviendrait alors modulable à loisir et fluctuerait en fonction de la somme qu’ils seraient disposés à débourser. Il n’en fallait évidemment pas davantage pour que d’aucuns voient poindre, en filigrane, le spectre d’une société à deux vitesses. Une démarche en tout cas au mieux ambiguë, au pire suspecte, qui peut laisser croire au réveil de vieux démons

 

 

Lire aussi :

Belgique : le scénario du pire

Bart De Wever, la menace permanente

Flandre : un cordon sanitaire qui s’effiloche

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 07:14

Avec la mise sur les rails de la sixième réforme de l’État belge, la N-VA se frotte, non sans mal, aux épines du rêve inachevé. Le parti nationaliste flamand, non content de ruer dans les brancards, déploie sans scrupules un argumentaire fallacieux à l’appui de ses thèses indépendantistes. Ainsi, on a vu Bart De Wever glisser avec allégresse sur le toboggan médiatique et pousser des cris d’orfraie afin de porter un coup de canif déstabilisateur au nouveau contrat communautaire, pourtant paraphé – et donc soutenu – par pas moins de huit partis. C’est en tout cas peu dire que le message de l’homme fort de la N-VA ne laisse planer aucun doute : jamais, il ne se hasardera à défendre une énième réforme constitutionnelle, prématurément jugée vaine, voire contre-productive. Pis, dans la foulée, il dégoupille la grenade de l’autodétermination et se met à vanter les vertus d’un reformatage de l’article 35, celui-là même qui délimite le mandat – donc le champ d’action – des entités fédérées. Une manière de concéder, à demi-mot, sa volonté de mettre au pas les francophones, ces prétendus assistés fainéants, dans une Belgique disloquée, désunie et sans substance.

 

Le discours est univoque au possible. Le bourgmestre d’Anvers « en a marre » de ces interminables négociations au terme desquelles les Flamands sortent « tondus » et « à genoux ». Pour les plus durs de la feuille, il va jusqu’à pointer du doigt la responsabilité indubitable des francophones, devenus le temps d’une déclaration les oiseaux de malheur du peuple néerlandophone. C’est tout juste si ces contre-vérités ne braquent pas un projecteur aveuglant sur les desseins inavoués de la N-VA : crier haro sur le Sud du pays et employer tous les paravents socioéconomiques imaginables pour mieux justifier le détricotage de l’État fédéral. Un scénario qui satisferait au moins deux arrière-pensées indépendantistes : faire de la Belgique une coquille vide et reconfigurer le périmètre d’action de la Région flamande en vue de promouvoir le self-government. Car Bart De Wever le clame désormais haut et fort : « Construisons quelque chose qui peut-être fonctionne au lieu de gaspiller sans fin du temps, de l'énergie et de l'argent pour réformer le bric-à-brac de l'État. »  Il faudrait délibérément faire la sourde oreille – ou l’autruche, c’est selon – pour ne pas y déceler le signe d’un autonomiste rêvant de tirer un trait sur un pays qu’il abhorre depuis toujours.

 

En fait, il y a largement de quoi s’y perdre. Car cette sixième réforme de l’État, réclamée de longue date par ses frères d’armes, aurait en toute logique dû rencontrer les aspirations les plus intimes de Bart De Wever. Mais, plutôt que de faire profil bas, l’Anversois s’agite sur tous les fronts et exige à cor et à cri davantage de moyens financiers pour absorber les nouveaux transferts de compétences, pourtant ardemment convoités – et revendiqués – par les siens. Paradoxe ?  Anguille sous roche ?  Il y a là en tout cas, dans le chef du héraut autoproclamé de la cause flamande, un double discours, voire une fraude intellectuelle, qui devrait rebuter tout électeur rationnel décemment informé. Ces sempiternelles contradictions, couplées aux incongruités de rigueur, prêtent d’autant plus à discussion que, dans le même temps, Jan Peumans y allait lui aussi de sa petite déclaration, affirmant sans détour que la Flandre est une région autonome reconnue à l’échelon international. Un rêve inachevé, vous disait-on.

 

 

Lire aussi :

Belgique : le scénario du pire

L’accord fantôme

Flandre : un cordon sanitaire qui s’effiloche

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Édito Politique
commenter cet article
26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 05:30

1706_illustration_kroll_mars1708.jpg

 

Pays surréaliste s’il en est, où tout, ou presque, peut arriver, la Belgique joue les équilibristes depuis que les querelles communautaires y ponctuent la vie politique. Certains mettent l’État fédéral dans leurs litanies, tandis que d’autres luttent avec détermination pour une réduction de voilure en faveur des entités fédérées. Quand les uns n’aspirent qu’à des réformes à la marge, les autres rêvent de grand soir institutionnel. C’est dire si le compromis belge marche souvent de pair avec cette fameuse quadrature du cercle.

 

En mai 2014 auront lieu des élections à tout le moins cruciales, à la fois fédérales, régionales et européennes. Le spectre du cataclysme politique va-t-il une nouvelle fois hanter le royaume ?  Et quid alors du scénario du pire, celui d’une crise inextricable ?

 

Un Sud divisé, un Nord sous la coupe d’une N-VA toute-puissante

 

Les premiers résultats viennent de tomber. Au Sud, le PS et le MR se taillent la part du lion et se tiennent dans un mouchoir de poche, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Les autres partis, presque fantoches, se partagent les miettes du gâteau électoral. Très vite, les positions de Charles Michel et Didier Reynders se révèlent incompatibles avec celles défendues par Paul Magnette et Elio Di Rupo. Malgré les injonctions royales, dans les deux camps, les plus dogmatiques refusent la moindre concession, fermant ainsi la porte à tout compromis. Pour peu, on croirait à un dialogue de sourds. Ces dissensions francophones tombent d’autant plus mal que le Nord consacre sans nuance l’hégémonie des autonomistes de la N-VA. Pis, les électeurs flamands sanctionnent sévèrement les partis issus de la majorité sortante : tant le CD&V que l’Open Vld et le SP.A se crashent lourdement, renvoyés à plus de vingt points des hommes de Bart De Wever. L’effet de ciseaux rend plus qu’hypothétique la formation d’un gouvernement fédéral sans les indépendantistes. Personne ne peut envisager d’embarquer sans eux : ni Bruno Tobback, ni Gwendolyn Rutten, et encore moins Wouter Beke. Pour les francophones, l’infortune est d’ailleurs à son comble, puisque la N-VA et le Vlaams Belang décrochent, ensemble, la majorité absolue. Le ciel politique se couvre et la foudre séparatiste menace.

 

Le roi Albert II affaibli

 

Fragilisée par les rumeurs d’abdication, la monarchie peine à mettre de l’ordre dans la maison belge. On perçoit comme une ambiance de fin de règne à Laeken. Les missions royales se multiplient – informateur, éclaireur, explorateur, médiateur, clarificateur, préformateur, etc. –, mais les obstacles ont la peau dure. Alors que certaines langues se délient, les états-majors des différents partis s’attellent désormais aux plans de secours. Les digues menacent de lâcher définitivement. Cela fait maintenant des mois que les négociations patinent : tout, du contenu des réformes à l’agenda à mettre en œuvre, divise francophones et néerlandophones. Pis, ni le PS et le MR, ni même la N-VA et le CD&V, ne parviennent véritablement à faire front commun. Les clivages intestins ajoutent de la cacophonie aux dissensions communautaires. Et Bruxelles, comme à son habitude, fait office de pierre d’achoppement indépassable. La faible marge de manœuvre du roi Albert II, combinée au refus de la N-VA de se prêter au jeu des missions royales, limite considérablement les avancées obtenues. Conséquence : la crise politique perdure et les entités fédérées, davantage promptes à s’entendre pour dégager des majorités, tiennent de facto les rênes du pays.

 

Les marchés financiers ciblent la Belgique

 

Plus Bart De Wever se montre intraitable, plus les problèmes belges paraissent insolubles. Alors que chacun tend désormais à bomber le torse et montrer les muscles, les agences de notation sortent les griffes et dégradent le pays à l’unisson. Même l’Union européenne se gratte la tête et laisse entrevoir des signes d’exaspération. Sans compter que d’anciens champions nationaux, à savoir Herman Van Rompuy et Yves Leterme, tous deux CD&V, égratignent à leur tour les institutions fédérales, respectivement depuis le Conseil européen et l’OCDE. C’est peu dire que la maison brûle. Alors que ses taux d’intérêt commencent à s’envoler, la Belgique s’apparente toujours plus à un canard boiteux. Prise dans la tempête financière, Bruxelles réagit à contretemps et finit par s’embourber jusqu’au cou. Cela suffira-t-il à insuffler un nouvel élan, à aplanir les divergences de vues et à mettre un terme aux blocages purement idéologiques ?  Rien n’est moins sûr.

 

Comment sortir de l’impasse ?

 

Le canard (boiteux) a le bec dans l’eau. Comment y remédier ?  Faut-il poursuivre les missions royales, quitte à les décliner à l’infini ?  Doit-on adresser un ultimatum aux négociateurs afin de presser la mesure ?  Convient-il de prendre acte des blocages et, ce faisant, de réinventer le fédéralisme belge, voire de réduire l’État à une vulgaire coquille vide ?  Ou, au contraire, ne faudrait-il pas plutôt rassembler les dernières bonnes volontés et les mandater en vue d’œuvrer à une réforme cohérente et équilibrée qui permettra de préserver les fondements du modèle actuel ?  Et si la crise bat de nouveau des records de longévité, que faire ?  Reconduire le gouvernement sortant, avec des pouvoirs sensiblement élargis, pour sauver les meubles (et les apparences) ?  Quid alors de la démocratie et des tentations sécessionnistes ?  Beaucoup de questions, peu de réponses...

 

 

Lire aussi :

L’accord fantôme

Flandre : un cordon sanitaire qui s’effiloche

La vérité des urnes


Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 05:42

Alors que le mariage homosexuel déchaîne les passions outre-Quiévrain, on observe depuis plusieurs semaines une prolifération de dérapages en tout genre. Les discours se radicalisent dangereusement, la parole libérée donnant lieu à des clichés réducteurs et à des slogans au mieux orduriers. Pis encore : certaines manifestations laissent entrevoir des débordements brutaux et incivils, un phénomène plutôt fâcheux pour une démocratie accomplie. Certains souligneront, à raison, que ces dérives sont le fait d’une minorité active – pour ne pas dire surexcitée –, mais tant les images que les commentateurs s’en font abondamment l’écho. Quoi qu’il en soit, peut-être faudrait-il rappeler à Frigide Barjot, à Christine Boutin et aux manifestants les plus radicaux quelques vérités trop souvent passées sous silence. En voici quatre des plus éloquentes.

 

1) La France demeure cet îlot gaulois coupé du monde. En 2003, la Belgique faisait passer la loi instaurant le mariage homosexuel sans causer de remous majeurs. Bruxelles parvenait alors à échapper aux débats acharnés qui secouent aujourd’hui l’immuable Hexagone. Mieux encore : la Nouvelle-Zélande vient d’adopter le mariage gay à l’unanimité, allant même jusqu’à sceller ce compromis historique par un chant maori. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le tableau français contraste nettement. Là-bas, gauche et droite s’écharpent depuis des mois sur cette question, n’hésitant pas à en venir aux mains dans l’hémicycle, gagné lui aussi par une violence débridée. La rue ne se porte pas mieux : occupée par des groupuscules d’extrême droite qui cherchent à détourner le débat, elle donne lieu à des dérapages incontrôlés et des provocations à tout le moins inadmissibles. De quoi laisser penser qu’une certaine France continue à vivre dans une bulle imperméable aux réformes sociétales. Pour saborder la loi, elle agite d’ailleurs volontiers la menace d’une société déboussolée, voire fracturée. Cette France, qui apparaît comme figée, peut se résumer en un mot : conservatrice.

 

2) Le mariage pour tous, un simple écho de la notion d’équité. Les mécontents ont beau crier au loup, les faits n’en sont pas moins têtus. Le mariage homosexuel se contente d’ouvrir à tous une institution républicaine. Cela au nom du principe d’égalité le plus élémentaire. Non seulement cela relève d’une justice à laquelle chaque citoyen doit pouvoir prétendre, mais il s’agit en plus d’une opération neutre, puisque personne n’en sortira lésé. Pas un Français, à cette occasion, ne se verra en effet privé du moindre de ses droits. On comprend dès lors d’autant plus mal cette vague de contestation exaltée qui divise le pays.

 

3) Il s’agit avant tout d’une promesse de campagne, clairement annoncée dans le programme présidentiel de François Hollande. C’est au mieux paradoxal : les opposants au mariage pour tous reprochent au gouvernement de concrétiser une promesse de campagne clairement identifiée au moment du scrutin. Une attitude aux antipodes des revendications habituellement exprimées par des citoyens allergiques aux mensonges électoraux. Qui peut aujourd’hui nier que les Français avaient bel et bien conscience, le jour du vote, qu’une présidence socialiste déboucherait forcément sur la promulgation d’une telle loi ?  Personne, évidemment. Exiger de François Hollande un recul programmatique reviendrait par conséquent à l’inciter à tromper les électeurs. Une absurdité qui ne semble pas embarrasser le moins du monde les contestataires.

 

4) Les études réalisées réfutent les arguments avancés par les « anti ». Plus de 700 articles scientifiques publiés depuis les années 1970. Et une extrême majorité d’entre eux qui s’inscrit en faveur de l’adoption des couples homosexuels. C’est le bilan – triomphant pour les uns, désastreux pour les autres – des études consacrées aux parents de même sexe. Si l’on peut légitimement leur reprocher certains biais, notamment socioéconomiques, elles s’accordent en tout cas à dire que le développement de l’enfant ne souffre nullement de l’homoparentalité. Un fait devenu difficilement contestable. Mais cela n’empêche pas certains opposants, aveuglés par leurs dogmes, de crier sur tous les toits les effets néfastes que les couples homosexuels auraient, selon eux, sur leurs enfants. Alors, sans ambages, ceux-là vont jusqu’à évoquer l’atteinte à la santé mentale, choisissant très opportunément de taire tout témoignage contradictoire et de vouer aux gémonies, voire de jeter aux oubliettes, les conclusions auxquelles la recherche scientifique a jusqu’à présent abouti. Là encore, la mauvaise foi confine à la tromperie volontaire. Et les corollaires n’échappent à personne : l’instauration d’un climat en tout point détestable.

 

 

Lire aussi :

Le mariage pour tous divise les Français


Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 19:32

Hériter de l’Éducation nationale est tout sauf une sinécure. Vincent Peillon, spécialiste des matières scolaires, devra relever un défi de taille : amorcer les réformes tant attendues et dompter des syndicats souvent peu conciliants. Ce docteur en philosophie, ex-royaliste, veillera pour cela à soigner sa communication et à ménager les susceptibilités. Car, rue de Grenelle, le corporatisme fait loi et les chutes peuvent se révéler vertigineuses…

 

Vie privée. Né en 1960 d’une mère juive, directrice de recherche à l’Inserm, et d’un père communiste, banquier de profession, Vincent Peillon décide très tôt d’étudier la philosophie – il sera agrégé et docteur. Une matière qu’il enseignera ensuite à son tour. Son grand-père, le professeur Léon Blum, fut le promoteur de l'insulinothérapie en France. Sa grand-mère, Thérèse Lion, militante féministe, menait quant à elle une carrière d’avocate. Père de quatre enfants issus de deux unions, remarié à la journaliste Nathalie Bensahel, Vincent Peillon fait partie de ces nombreux politiques français fréquentant une femme originaire du monde médiatique. Enfin, rappelons qu’il a commencé à militer dans la mouvance trotskiste et qu’il a travaillé pour la Société des wagons-lits. Plus tard, il créera une entreprise d'importation de saumon fumé. Et deviendra brièvement directeur de recherche au CNRS, dans les années 2000.

 

Ascension politique. Au début des années 1990, Vincent Peillon intègre le cabinet d’Henri Emmanuelli. Il débute alors notamment par la rédaction de discours. Secrétaire du groupe des experts du Parti socialiste en 1993 et 1994, il entre rapidement au bureau national. Par la suite, il devient chargé de mission pour l’écriture des discours de campagne de Lionel Jospin et délégué du Premier secrétaire (de 1995 à 1997), puis député de la Somme dans la 3ème circonscription (1997) et porte-parole du PS (2000-2002), sous la mandature de François Hollande. Après la cuisante débâcle de 2002, il cherche à rénover un parti désormais en perdition ; il met en place le Nouveau Parti socialiste, avec Arnaud Montebourg et Julien Dray, deux enfants terribles de la gauche française. En 2004, il est élu député européen. Il devient ensuite membre de la Commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie. En 2009, il obtient un second mandat au Parlement européen. Il siège alors au sein des commissions parlementaires des Affaires étrangères et du Développement, ainsi que dans l’Assemblée Euro-Méditerranéenne et dans la délégation Maghreb. Durant la campagne présidentielle de 2007, il fut l’un des trois porte-parole de Ségolène Royal. Mais un divorce politique s’ensuivra : le lieutenant s’émancipe et le clash de Dijon acte définitivement la rupture. L’ancienne candidate s’était alors invitée à une rencontre que Vincent Peillon avait organisée entre membres du PS, d’EELV et du MoDem. Un hold-up médiatique peu apprécié par le principal intéressé. Par ailleurs, en 2005, il fait partie des personnalités socialistes qui s’opposent à la Constitution européenne, alors que François Hollande y est favorable. Enfin, pendant la campagne présidentielle de 2012, il hérite de la responsabilité des sujets relatifs à la jeunesse et à l’éducation.

 

Signes distinctifs. Vincent Peillon se distingue de ses collègues socialistes par sa main tendue au centre. Il préconise une entente avec le MoDem, une position renforcée par le soutien de François Bayrou au candidat du PS lors de la dernière présidentielle. Brillant débatteur, réputé calme et modéré, il peut compter sur une solide expertise quant aux questions scolaires et éducatives.

 

Un ministère à hauts risques. Même si Vincent Peillon connaît la boutique par cœur, il devra veiller à éviter les écueils. Car, rue de Grenelle, les échecs pullulent. Des syndicats irascibles, souvent conservateurs, scrutent les moindres faits et gestes du ministre. Les fautes de communication peuvent se révéler lourdes de conséquences. Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin, deux anciens titulaires du portefeuille, peuvent en témoigner. Et si François Hollande a désigné l’école comme priorité de son quinquennat, cela ne fait qu’ajouter un peu de pression supplémentaire sur les épaules de l’ancien député européen. Les réformes annoncées ne concernent pas seulement les 60 000 postes promis : il faut également réformer le métier d’enseignant, réinventer la formation dispensée, modifier le temps de travail et combattre le déclin scolaire. Un projet d’envergure, que la droite a repoussé à maintes reprises. Notons que Luc Chatel a laissé un cadeau empoisonné à Vincent Peillon : les rythmes scolaires. Le sujet se veut symbolique, car c’est Nicolas Sarkozy qui avait en son temps supprimé le samedi matin - mesure critiquée par les professeurs et les experts en chronobiologie. Et, très rapidement, le nouveau ministre se prend les pieds dans le tapis. Il promet le retour à la semaine de cinq jours dès 2013. Les syndicats dénoncent une absence de concertation. Jean-Marc Ayrault doit déjà le recadrer. Pourtant, Vincent Peillon maîtrise indéniablement son sujet, bénéficie d’un cap clairement défini et a déjà entamé des discussions sur de nombreux dossiers. Et, en outre, il s’entoure d’experts reconnus. Son directeur de cabinet, Pierre-Yves Duwoye, est l’ancien secrétaire général du ministère. Autant dire qu’il connaît la maison comme sa poche. Mais cette minutieuse préparation et ces collaborateurs expérimentés ne protègent pas le nouveau ministre de toutes les difficultés inhérentes à la fonction.

 

Les principaux défis. Vincent Peillon devra apprendre à travailler vite sans pour autant se précipiter. Il lui faudra préparer la rentrée avec 14 000 suppressions d’emplois déjà programmées par la droite. Par ailleurs, une création de 1000 postes devrait avoir lieu pour l’école primaire. Autre épine dans le pied du ministre : le rehaussement de la formation des maîtres. Les nouveaux enseignants devraient bénéficier dès la rentrée de cours théoriques (trois ou quatre heures par mois). Des écoles professionnelles pourraient voir le jour. Elles remplaceraient les IUFM, très critiqués par certains experts. Le calendrier et les statuts de ces nouveaux établissements restent cependant à définir. En outre, la nouvelle équipe souhaiterait féminiser et rajeunir des cadres désormais vieillissants. Et on prévoit également l’abrogation des décrets réformant l’évaluation des enseignants – ce qui suppose une remise en question complète de leur rôle et du financement. Mais il faudra pour cela composer avec l’administration nommée par la droite. Et, surtout, tenter de satisfaire les syndicats, qui espèrent la mise en place immédiate de certaines mesures, notamment l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire. Enfin, last but not least, les évaluations nationales vont certainement connaître de grands bouleversements. 

 


Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 15:37

L’hôtel de Matignon, qui suscite des convoitises souvent insatiables, voit arriver un germanophone laconique à sa porte. Jean-Marc Ayrault, un fidèle de François Hollande, prend la tête du gouvernement. Un poste qui contraste avec sa discrétion naturelle et qui vient récompenser les longues années consacrées à un travail pour le moins ingrat : la présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Une mission difficile, relevant parfois de l’équilibrisme, mais que sa prédisposition aux compromis pourrait faciliter.

 

Le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, doit se faire violence. En face de lui, des photographes lui donnent leurs consignes et l’initient aux sourires forcés. Figé, l’ancien professeur d’allemand, authentique germanophile, fait preuve de sobriété et laisse deviner une certaine timidité. Car ce fils d’ouvrier, marié et père de deux filles, n’est pas un remarquable communicant : il mène une vie bien rangée, à l’abri des objectifs, et préfère les dossiers complexes aux postures artificielles. On lui reconnaît d’ailleurs une prudence de Sioux.

 

Comme François Hollande, il n’a jamais occupé de ministère. Mais sa longévité en tant que chef de groupe à l’Assemblée nationale, de 1997 à 2012, lui confère une légitimité indéniable. Sera-ce suffisant pour tenir tête à Laurent Fabius, Manuel Valls ou Arnaud Montebourg ?  Sans compter que Martine Aubry, de l’extérieur, pourrait interférer dans les grandes décisions. L’intéressé rétorquerait qu’il a été étroitement associé aux principaux projets du gouvernement Jospin, entre 1997 et 2002, cherchant ainsi à asseoir sa crédibilité. Et, en bon patron des députés socialistes, il a su calmer les tensions et préserver l’unité du groupe, même dans les moments les plus délicats : la défaite de Lionel Jospin en 2002, la division sur l’Europe en 2005 ou encore le congrès de Reims en 2008.

 

Jean-Marc Ayrault s’est construit politiquement au travers d’une double influence : le catholicisme social, au Mouvement rural de jeunesse chrétienne, et Jean Poperen, son mentor de gauche. Son parcours débute réellement en 1977, quand il s’empare de la mairie de Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Il deviendra par la suite maire de Nantes en 1989 et siège comme député depuis 1986. Dans sa ville, il engage une politique volontariste, mettant en œuvre des mesures culturelles audacieuses et participant à la réhabilitation des friches industrielles. Ses adversaires de gauche lui reprochent son attachement à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il a notamment dû faire face à des grèves de la faim. Mais, fin stratège, Jean-Marc Ayrault a intégré très tôt dans son équipe des adjoints écologistes, une manière de faire taire les contestataires.

 

Conseiller spécial de François Hollande pendant la campagne présidentielle, il hérite - assez logiquement - de Matignon, au grand dam de Martine Aubry. Ce mandat tant convoité, il l’obtient malgré sa condamnation en 1997 pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public. Il écope alors de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 30 000 francs. Et fait l'objet d'une réhabilitation en 2007.

 

Ayrault, l’option raisonnable ?

 

Les principaux atouts de Jean-Marc Ayrault ?  Germanophone, il devrait plaire à des Allemands fortement soucieux de leurs intérêts et effrayés par les vicissitudes françaises. Il possède d’ailleurs ses entrées dans les deux grands partis d’outre-Rhin. En outre, il sait se montrer consensuel ou faire preuve de fermeté selon le contexte. Proche de François Hollande, les deux hommes s’accordent mutuellement une grande confiance. Cela permettra certainement de fluidifier le processus décisionnel et la bonne exécution des solutions adoptées au sommet de l’État.

 

Par ailleurs, le nouveau Premier ministre apaise les clivages partisans et connaît par cœur les rouages de la République. Les députés socialistes, dont il a longtemps été le chef de file, devraient le gratifier d’une fidélité indiscutable. Son tempérament réservé tranche nettement avec le sarkozysme, ce qui n’est pas pour déplaire à la gauche. Enfin, n’étant issu ni des élites d’État, ni de la bourgeoisie parisienne, il devrait s’attirer la sympathie des provinciaux. 

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 19:42

Méconnue avant l’élection présidentielle, Najat Vallaud-Belkacem se pose aujourd’hui en véritable symbole de la diversité au sein du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Et c’est également elle, benjamine d’une équipe peu expérimentée, qui hérite du porte-parolat, lame à double tranchant. Car, si elle bénéficiera indéniablement d’une exposition médiatique décuplée, elle devra surtout encaisser les attaques des snipers de la droite. Nommée par ailleurs ministre des Droits des femmes, elle tentera d’oxygéner un portefeuille au périmètre incertain et à la viabilité vacillante.

 

Après la victoire de François Hollande aux primaires socialistes, Najat Vallaud-Belkacem, ancienne porte-parole de Ségolène Royal, a réussi à se faire un nom sur la scène politique hexagonale. Désignée pour relayer la communication du candidat du PS durant la campagne présidentielle, avec Delphine Batho, Bruno Le Roux et Bernard Cazeneuve, elle a rapidement pris le dessus sur ses homologues, polarisant toutes les attentions. L’émergence d’un phénomène ?

 

Née au Maroc, Najat Vallaud-Belkacem arrive en France grâce au regroupement familial. Son père, immigré économique, travaille alors comme ouvrier dans le bâtiment. La jeune femme, qui grandit dans la banlieue d'Amiens, est naturalisée à l’âge de 18 ans. Depuis, elle possède la double nationalité. Licenciée de droit et diplômée de Sciences Po, elle ne tarde pas à devenir assistante parlementaire de la députée socialiste Béatrice Marre. Mais son envol politique réside ailleurs : c’est Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui la repère et la recrute comme conseillère sur les politiques de proximité et de démocratie participative. Elle y mène notamment des actions pour combattre les discriminations, promouvoir les droits des citoyens et l'accès au logement ou à l'emploi. En 2004, elle est élue pour la première fois, en tant que conseillère régionale, et obtient alors la charge des affaires culturelles. Et devient – déjà – la benjamine du Conseil régional de Rhône-Alpes.

 

Lors de la campagne présidentielle de 2007, elle se révèle encore davantage, en intégrant le porte-parolat de Ségolène Royal avec Arnaud Montebourg et Vincent Peillon. Mais elle sera battue, dans la foulée, aux élections législatives par Dominique Perben, à Lyon, tout en récoltant plus de 43% des voix. L'année suivante, elle est élue conseillère générale du Rhône et conseillère municipale à Lyon. Adjointe aux grands événements, à la vie associative et à la jeunesse, la jeune femme s’impose définitivement dans le paysage politique lyonnais. Un an plus tard, nommée secrétaire nationale en charge des questions de société au PS, elle fait partie des porte-étendards des trentenaires et cherche à réformer des doctrines parfois ankylosées.

Nouvelle dimension

Véritable étoile montante du PS, Najat Vallaud-Belkacem continue irrémédiablement de prendre du galon. La campagne électorale qui vient de s’achever l’a placée sous les feux de la rampe. Son dynamisme, ses talents de communication et sa jeunesse constituent des atouts avérés. Mais, en tant que jeune politicienne d’origine étrangère, benjamine et porte-parole du gouvernement, elle apparaît immanquablement comme un symbole fort. Et, par conséquent, les critiques devraient pleuvoir et s’abattre sur elle à la moindre occasion. Les Français en ont d’ailleurs eu un avant-goût quand elle a renoncé à se présenter dans le Rhône pour les législatives, dans une circonscription fortement ancrée à droite. Ses adversaires n’ont pas manqué de souligner son prétendu manque de courage politique. Mais un challenge bien plus intéressant attend Najat Vallaud-Belkacem. Il lui faudra donner du coffre et du sens au ministère des Droits des femmes, alors qu’il empiète sur les compétences d’autres portefeuilles plus clinquants. Une mission ardue pour un poste hautement symbolique.

Elle doit par ailleurs désormais affirmer sa personnalité et tisser son image publique. Et les surprises risquent d’abonder. « Sarkozy est un mélange de Berlusconi et de Poutine », avait-elle un jour osé, répondant peut-être indirectement à ceux qui la trouvaient trop tendre. Car la nouvelle porte-parole du gouvernement a du caractère. Elle refuse par exemple le statut de symbole, lui préférant celui de produit de la méritocratie française. Mais elle restera, malgré elle, une entité bicéphale : la « hollandette », icône de la diversité, de la parité et de la jeunesse, et la militante, habile politique, diplômée à plusieurs reprises et fine communicatrice. En représentant simultanément différentes minorités, Najat Vallaud-Belkacem devra accepter certaines étiquettes, parfois réductrices. Mais rien ne l’empêchera de les combiner à d’autres, plus consistantes et valorisantes. Celle qui a embrassé une carrière politique suite aux événements de 2002, qui défend activement la « pluralité visible » et une « égalité des opportunités », semble en effet promise à un bel avenir.

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 21:07

Alors que la Ve République a attribué au président français des pouvoirs considérables, faisant de lui un véritable monarque élu, la victoire de François Hollande vient couronner la « normalité » et le consensus, des caractéristiques rarement dévolues aux pensionnaires de l’Élysée. Politicien modéré et relativement austère, étranger aux luttes claniques, le candidat socialiste a brisé l’image entretenue depuis toujours par les présidentiables français. Son succès électoral distille indéniablement quelques savoureuses leçons.

 

Ici, il n’était pas question d’une victoire cousue de fil blanc. D’ailleurs, lorsqu’il déclare officiellement sa candidature, François Hollande n’a pas les faveurs des sondages. Ces derniers lui préfèrent Dominique Strauss-Kahn et d’autres socialistes plus renommés, mieux positionnés, davantage expérimentés. En outre, par la pauvreté de ses réseaux et son modeste rayonnement national, le député de Corrèze tranche nettement avec les favoris du moment. Et avec les anciens présidents. En effet, contrairement à eux, François Hollande n’est pas à la tête d’une religion. Pas même d’un courant ou d’une chapelle. Tout juste a-t-il fondé sa petite secte de fidèles : Stéphane Le Foll, Jean-Marc Ayrault, Bruno Le Roux, André Vallini, Michel Sapin, Faouzi Lamdaoui ou Jean-Yves Le Drian. Mais, en dépit de cette solitude politique, François Hollande a su forger sa victoire à force de persévérance et d’abnégation. Car cet homme rationnel et posé a toujours cru en lui et en son destin. Et il démontre aujourd’hui que l’on peut présider la France sans pour autant faire l’unanimité dans son propre parti. L’art de soutenir la gageure.

 

Par ailleurs, François Hollande a érigé sa prétendue normalité en argument électoral, exploitant le charisme et le volontarisme – pourtant des qualités présidentielles – de Nicolas Sarkozy pour mieux se poser en rassembleur consensuel. Alors que le monarque républicain faisait traditionnellement montre d’une verve désarmante, le socialiste a creusé son sillon en usant de nuances et de prudence. Il est parvenu à placer le président-candidat devant ses excès, transformant ainsi sa platitude assumée en vertu absolue. Du jamais-vu en matière de communication politique en France. Un aggiornamento électoral.

 

L’histoire de François Hollande, c’est aussi celle d’une traversée du désert et d’un long désamour. En abandonnant le poste de Premier secrétaire du PS, aujourd’hui entre les mains de Martine Aubry, l’ancien maire de Tulle a perdu une fonction à dimension existentielle. Parallèlement à ce vide politique, il devait faire face à la défiance, parfois redoutable, des apparatchiks socialistes. Et, pour couronner le tout, il lui a fallu digérer une défaite forcément personnelle : en 2007, Ségolène Royal, alors sa compagne, endosse le costume du candidat désigné par le PS et lui grille ainsi la politesse, mettant à mal ses plans de carrière. Mais, quelques années plus tard, François Hollande revient sur le devant de la scène, fortement amaigri et affichant la volonté farouche de se crédibiliser aux yeux des Français. « Monsieur petites blagues » (Sarkozy et l’UMP), le « nul » (Sarkozy), le « capitaine de pédalo » (Mélenchon), la « gauche molle » (Aubry), le « Flanby » (Montebourg) : tout cela se trouve désormais derrière lui. Le socialiste a su se faire violence, changer pour finalement l’emporter.

 

La modération au sommet de l’État

 

Affublé de tous les sobriquets, brocardé par la presse internationale, François Hollande a réussi à déjouer tous les pronostics et à imposer sa griffe : la modération. Avec des méthodes teintées de prudence, il dispute à Nicolas Sarkozy la présidence de la République, tirant ironiquement profit des dissonances qui l’opposent aux anciens chefs d’État. Si Manuel Valls, Pierre Moscovici et d’autres conseillers ont tâté le terrain et préparé minutieusement la bataille à l’aide de slogans, de petites phrases, de positionnements stratégiques et de chiffres gonflés à l’hélium, adoptant ainsi des pratiques bien connues des campagnes électorales, François Hollande a tout de même habilement évité les écueils et les postures outrancières. Maintenant son cap, refusant les envolées lyriques, restant ferme face à Jean-Luc Mélenchon, le nouveau président a mené une campagne rectiligne et toujours mesurée – aidé certes par des sondages dithyrambiques et un rejet massif du sarkozysme.

 

Au-delà des considérations purement politiques, on reconnaîtra à François Hollande un mérite : sa faculté à apaiser le pouvoir, à affaiblir les clivages creux. Une attitude qui désobéit aux coutumes de la Ve République et qui pourrait faire école. Quant aux principaux enseignements livrés par le combat présidentiel, ils touchent directement aux attributs des candidats : on peut remporter l’élection mère sans tenir les rênes d’un courant de pensée et sans flirter avec la démagogie ou les postures excessives.

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 19:36

On le sait : au pays des promesses, le sondage est roi. Baromètre autoproclamé de l’opinion publique, il définit les postures, oriente les idées, favorise certaines tendances. Au point d’apparaître comme un acteur incontournable de la politique française. Et le phénomène ne s’arrête pas aux frontières hexagonales : il touche toutes les grandes démocraties du monde. Mais ne faut-il pas craindre le rôle prédominant que s’arroge cet instrument de mesure ?  Est-il d’ailleurs efficace au point de lui accorder tant de crédit ?  Quid de ses effets ?

 

Le portrait qu’on lui brosse traditionnellement se veut pour le moins flatteur. Infaillible, scientifiquement approuvé, révélateur d’opinions plus ou moins secrètes, le sondage moderniserait en plus la démocratie, en la rendant plus participative et réactive. Une vision tronquée d’un instrument dont les vertus demeurent largement fantasmées. Car, si l’utilité des enquêtes d’opinion n’est plus à démontrer, on passe généralement sous silence leurs effets indésirables et leurs prévisions potentiellement trompeuses.

 

En 1995, alors que la campagne électorale bat son plein, les sondages indiquent une adhésion massive des Français à la candidature d’Édouard Balladur. Quelques semaines plus tard, devancé par Jacques Chirac et Lionel Jospin, il doit se faire une raison. Les sondeurs étaient dans le faux. L’opinion, naturellement muable, s’est retournée. En outre, les urnes démentent également les rapports de force pressentis entre les deux autres candidats. En 2002, c’est Lionel Jospin qui doit payer les pots cassés : malgré des sondages favorables, Jean-Marie Le Pen prend le dessus sur lui et accède au second tour. Le candidat du FN, sous-estimé par les enquêteurs, coiffe le socialiste au poteau. Les prévisionnistes, aveuglés par leurs méthodes prétendument infaillibles, n’ont pas vu venir la vague frontiste. Cette faillite des pronostiqueurs politiques, incapables de prévoir un événement de cette envergure, questionne le citoyen quant aux techniques et usages en vigueur dans les grands instituts.

 

Nous l’avons vu, l’histoire récente témoigne de certaines lacunes inhérentes au mode de fonctionnement des sondages. Ces derniers s’apparentent à une photographie de l’opinion, mesurée à un moment bien précis. Les faits succédant à l’enquête influent inévitablement sur l’appréciation des sondés. Et, par conséquent, ils altèrent, voire annulent, la validité des résultats préexistants. Prenons l’exemple de Nicolas Sarkozy. Trois événements majeurs, au moins, ont modifié la perception de sa candidature et influencé les sondages : la déclaration officielle, le meeting de Villepinte et la multiplication de ses interventions télévisées. La même remarque s’impose pour François Hollande avec l’arrestation de DSK, les primaires socialistes ou encore le meeting du Bourget.

 

Par ailleurs, les sondages peuvent impulser ou réprimer une tendance. Les prévisions favorables au Parti socialiste pourraient par exemple occasionner la démobilisation de ses sympathisants. Les sondeurs, en donnant l’impression que l’élection est déjà jouée, peuvent parfois pousser les vainqueurs prématurés à s’endormir sur leurs lauriers. On peut également regretter que le succès croissant des enquêtes d’opinion tend à prendre le pas sur les programmes politiques, pourtant nourriciers des projets futurs. En effet, la classe politique, quand elle ne commande pas les sondages, les commente à tort et à travers. Pis, les stratégies électorales, le positionnement des candidats, la place des sujets ou encore l’agenda sont désormais partiellement définis par les résultats des sondages.

 

Les caractéristiques techniques de l’enquête menée sont d’une importance capitale. De nombreux facteurs peuvent influer sur les résultats finaux et doivent être pris en compte lors des analyses succédant à leur publication : le panel sélectionné et sa représentativité, la marge d’erreur, le mode de questionnement (téléphone, formulaire, tête-à-tête, Internet, etc.), le lieu et l’instant (sortie des urnes, micro-trottoir, etc.), la formulation de la question (ordre des mots, négation, syntaxe, vocabulaire choisi, éventuelle allégorie, biais involontaire, etc.) ou encore la teneur des réponses prédéfinies. Par ailleurs, on sait que les instituts adoptent un coefficient multiplicateur quand il s’agit par exemple de déterminer le vote extrémiste. Car les partisans du FN, pour ne citer qu’eux, avancent souvent masqués. Un système résolument complexe dont le caractère scientifique semble contestable. Difficile en effet d’évaluer avec exactitude l’ampleur d’un vote clandestin. D’autant plus que le casting compte énormément : depuis l’avènement de Marine Le Pen, la parole frontiste semble se libérer, ce qui implique une révision dudit coefficient. Alors, entre les erreurs d’échantillonnage, de couverture, de mesure, d’entrevue et les nombreux biais, allant des conditions météorologiques à la taille du panel en passant par les réponses cumulables ou ambiguës, les enquêtes souffrent indéniablement de vices techniques rendant leur fiabilité titubante.

 

Vous l’aurez compris, il ne faut pas prendre les sondages pour argent comptant. Il est nécessaire de les relativiser et de les confronter aux réalités politiques. Par nature, ils se montrent éphémères, rapidement anachroniques. Il convient également de se méfier de leurs éventuels effets secondaires : impact sur l’opinion, prophéties autoréalisatrices, (dé)mobilisation des sympathisants... En somme, un outil certes précieux, mais pas exempt de défauts. Un instrument de mesure que l’on confond trop souvent avec une boule de cristal.

 

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche