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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 09:27

Alors que l’élection présidentielle française se profile à l’horizon, les différents candidats en lice ont entamé une drôle de campagne. Officiellement, Nicolas Sarkozy n’est pas encore dans la course, mais personne ne doute de ses intentions. Après des primaires tapageuses, François Hollande, lui, se trouve au creux de la vague. Confronté à une légère baisse de régime, il semble mal digérer l’émiettement de l’intérêt médiatique. À défaut de le convaincre, les autres candidats cherchent à séduire l’électorat. Peu de mesures détaillées ou chiffrées, mais des discours superficiels dans lesquels se nichent des convictions usées, des idées simplistes. Finalement, à quelques mois du climax politique hexagonal, on assiste à une campagne frileuse, à des luttes de façade, chacun refusant de prendre le moindre risque et se limitant, ou presque, à commenter les sondages et à faire l’inventaire des dogmes de son parti. Osons une interrogation : les Français ne méritent-ils pas un débat décent ?

 

Il est difficile de déterminer avec précision la date du lancement de la campagne électorale. Peut-être était-ce le jour de l’investiture du candidat socialiste, François Hollande ?  L’UMP connaissait enfin son principal adversaire, celui qu’elle devrait combattre sur tous les terrains. Depuis lors, tous se sont regroupés derrière Nicolas Sarkozy, louant les mérites de son action et son infatigable volontarisme. Pourtant, officiellement, le président en exercice n’a pas pipé mot. Il n’est pas encore le candidat du plus grand parti français de droite. Un positionnement un tantinet hypocrite, puisque ses amis font déjà campagne pour lui et que personne ne doute de ses ambitions. D’ailleurs, dans ses discours, les accents électoralistes pullulent. Et le récent sommet de crise constitue une belle entreprise de communication politique : Nicolas Sarkozy se montre ouvert à la discussion syndicale et tend à démontrer qu’il reste crédible sur les questions sociales. Mais, en refusant de se porter candidat, il esquive les débats houleux, évite de commenter son bilan et peut feindre de se soucier davantage du sort des Français que de sa carrière. Au sein de la majorité, on s’évertue à afficher une entente cordiale : même Jean-François Copé et François Fillon se prêtent au jeu. Claude Guéant, quant à lui, souffle le chaud et le froid, instrumentalisant les populations étrangères, notamment musulmanes, à des fins manifestement démagogiques. L’UMP multiplie les attaques, s’oppose aux candidats déclarés, mais les grandes manœuvres se limitent pour l’instant aux critiques systématiques. Comprenez : on verra plus tard pour les idées.

 

Le Parti socialiste a tout pour remporter la bataille : un président affaibli et déstabilisé par des crises à répétition, des adversaires esseulés, fragiles ou pratiquement inaudibles, une conjoncture favorable et un certain soutien de l’opinion. Mais la cacophonie habituelle a déjà fait quelques dégâts. Concernant les mesures prônées par François Hollande pour l’Éducation nationale, l’aile gauche du PS a exprimé son mécontentement en jouant sa propre musique. Faut-il créer les 60000 postes promis ou procéder par redéploiement ?  La question a secoué le microcosme socialiste. Finalement, pour remettre de l’ordre dans la maison rose, Hollande a dû intervenir et recadrer les dissidents. Martine Aubry a, quant à elle, désavoué publiquement les fautifs, dont Benoît Hamon, son ami et porte-parole du parti. Une incartade malvenue. Une passe d’armes entre deux sensibilités du PS qui revendiquent deux conceptions divergentes du socialisme moderne. Car la désignation de François Hollande, un modéré susceptible d’appâter les centristes, a irrité les plus dogmatiques. Et, dans cette drôle de campagne, le député de Corrèze a attendu le meeting du Bourget pour dévoiler les grandes lignes de son projet. Une présentation tardive, guidée et animée par le désir de ne pas froisser certaines catégories d’électeurs, de ne pas cliver trop tôt. Une stratégie pusillanime afin de contourner les risques superflus et de surfer sur les sondages favorables. En outre, les compagnons d’armes du candidat socialiste ont compris que détailler précisément le programme gouvernemental reviendrait à fournir à leurs adversaires des arguments redoutables et à s’exposer aux attaques. Pour l’heure, le PS vise prioritairement à préserver ses intérêts et à creuser le sillon de son favori, qui se trouve sur une pente savonneuse depuis la fin des primaires, résultat inévitable d’une perte de visibilité médiatique.

 

 

 

Dans l’ombre des favoris

 

On la savait coutumière du fait : Marine Le Pen polémique une nouvelle fois au sujet des parrainages. Elle juge ce système antidémocratique. Cet épisode, certes anecdotique, révèle la nature des méthodes frontistes. Les discours agressifs succèdent aux idées simplistes qui, elles, puisent leur force dans les grandes peurs collectives. Le FN se nourrit des craintes populaires, manie habilement les hyperboles, exploite la misère et l'ignorance. On connaît la chanson, mais le disque semble rayé. Le fameux bouclier patriotique peut largement en témoigner. En dépit de propositions irresponsables, voire carrément irréalisables, Marine Le Pen se tient en embuscade, espérant rééditer l’exploit de son père. En 2002, il avait coiffé sur le poteau Lionel Jospin.

 

François Bayrou, le troisième homme de 2007, recommence à faire parler de lui. Il aura indéniablement, dans les semaines qui viennent, un rôle important à jouer. Candidat sérieux et expérimenté, il entame sa troisième campagne présidentielle. Par conséquent, il connaît les écueils à éviter et pourrait surprendre par sa roublardise. Personnalité dont les réflexions s’avèrent souvent pertinentes, Bayrou se pose régulièrement en homme de propositions. Depuis le début des hostilités, il se montre taiseux et jauge ses adversaires, conscient de son isolement et de la faiblesse du MoDem. S’il se prolongeait, son silence relatif pourrait mettre à mal le débat démocratique.

 

De son côté, Eva Joly mène un début de campagne pour le moins compliqué. Peu soutenue par la famille verte, elle formule des propositions qui ne suscitent pas beaucoup d’enthousiasme. L’écologie politique mériterait pourtant plus d’attention. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il semble marcher sur les pas de Georges Marchais. Son charisme et sa verve électrisent les foules, mais ses partisans continuent de former un cercle restreint. Enfin, pour résumer grossièrement, les autres candidats sont pratiquement inaudibles.

 

 

 

Une campagne décevante

 

La campagne s’est déjà montrée virulente, mais elle demeure incroyablement creuse. Les prétendants au trône présidentiel annoncent peu de propositions concrètes et semblent vouloir se dérober. Le chiffrage, les modalités d’application des mesures prônées ou encore le calendrier restent imprécis. Mais pourquoi les candidats cherchent-ils à se soustraire à leurs obligations ?  En réalité, tous craignent de froisser les Français en évoquant des projets douloureux et la poursuite des plans de rigueur. Car nier l’évidence des sacrifices futurs reviendrait à mentir ouvertement. Par ailleurs, les équipes de campagne savent que le premier à se dévoiler devient immédiatement une cible à abattre. Et les présidentiables ne se recrutent pas parmi les kamikazes. Aujourd’hui, une chose paraît certaine : la France attend des idées novatrices, des projets porteurs d’espoir et une confrontation argumentée. C’est doublement important, car cela permettra à la fois de rehausser les valeurs démocratiques et d’étouffer l’apolitisme rampant.

 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 18:20

Il y a un an, les électeurs belges se rendaient aux urnes pour élire un nouveau gouvernement fédéral. Après d’âpres négociations, des réussites ténues et des échecs cuisants, nos représentants n’ont pas avancé d’un iota depuis les élections législatives. Quelles leçons tirer de ces mésaventures nationales ?  Quel regard portent les investisseurs et la presse étrangère sur notre démocratie ?  Quid des dysfonctionnements inhérents à notre système et de l’avenir du pays ?

Les journaux télévisés abondent tous dans le même sens : l’immobilisme de la classe politique belge quant à la conclusion d’un accord au niveau fédéral porte atteinte à l’image de Bruxelles dans le monde. Les citoyens, eux, commencent à se lasser des turpitudes des uns et de l’irresponsabilité des autres. Les caciques des grands partis apparaissent désormais comme lâches, provocateurs ou carrément incompétents. Aux yeux de nombreux Belges, les formations participant aux négociations cherchent prioritairement à satisfaire des intérêts particuliers, et ce, au détriment de l’intérêt public. En d’autres termes, le communautaire mène la danse, dans les mentalités et dans les faits. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les missions royales se multiplient (vainement), alors que le gouvernement d’Yves Leterme, en affaires courantes, voit ses pouvoirs s’élargir progressivement. Un déni de démocratie ?  Une nécessité ?  Un peu des deux.

Pendant que nos politiciens travaillent à la mise en place d’une majorité fédérale, la presse étrangère étudie et commente assidûment le spectacle belge. Nos institutions, passées au crible, font l’objet de critiques à peine voilées, tandis que l’émergence de la N-VA, parti nationaliste très populaire en Flandre, donne des sueurs froides aux élus concernés par des indépendantismes régionaux. Nos partenaires européens se questionnent au sujet de l’avenir de notre pays, n’hésitant plus à mettre en exergue les enjeux du séparatisme. Par ailleurs, les théories prophétiques ressurgissent : l’Europe devrait, à terme, se muer en une communauté de régions. En effet, partout, les mouvements autonomistes s’affirment avec force et détermination : Espagne, Belgique, Italie ou encore Royaume-Uni. Il est cependant à noter que l’Allemagne et la France échappent à la règle. Cette évolution s’inscrit pourtant en totale contradiction avec l’esprit originel de l’union imaginée par les membres fondateurs ; les peuples devaient se rapprocher et œuvrer pour des causes communes en vue notamment de prévenir les conflits.

La sphère économique attire également les attentions. Les investisseurs semblent, pour l’instant, se contenter de l’action des gouvernements régionaux. Le travail des entités fédérées s’avère aujourd’hui capital, ces dernières palliant les lacunes d’un pouvoir fédéral défaillant. Mais le calme des marchés est toujours relatif : des réactions tardives, des divisions perpétuelles ou des négociations avortées pourraient réveiller les investisseurs internationaux et contribuer à une grave débâcle financière. Les agences de notation se font de plus en plus menaçantes, en dépit d’indicateurs dans le vert et de fondamentaux solides. Par conséquent, la Belgique devra prouver son sérieux aux grands acteurs économiques et veiller à ne pas abuser de la patience de ses bailleurs de fonds.

Dans ce quasi-chaos politique, une certitude émerge : il sera très difficile de former un gouvernement sans la N-VA. Les partis flamands rejettent majoritairement cette idée. Personne ne veut décevoir son électorat ; les revendications flamingantes ont donc le vent en poupe et, dans les esprits, Bart De Wever et ses acolytes les symbolisent parfaitement. Dès lors, il serait stratégiquement malvenu, voire dangereux, de se priver des services du héraut de la cause flamande. Cela dit, arrêter une position commune et un compromis acceptable pour tous avec les nationalistes semble pour le moins complexe, tant les divergences de vues s’avèrent profondes. En outre, les attaques sournoises dirigées à l’encontre des francophones n’arrangent rien. Certains, au Nord du pays, cultivent l’art de faire feu de tout bois. Et, dans les deux camps, chaque journée apporte son lot de commentaires méprisants, de reproches abrupts, de stéréotypes et de contre-vérités. En réalité, au fil des rencontres, bilatérales ou multilatérales, les espoirs se dissipent et de nouvelles pommes de discorde se font jour.

Revoter paraît inconcevable : les sondages indiquent un refus net des électeurs et, de plus, les vacances approchent à grands pas. Finalement, quelles perspectives pour la Belgique ?  On pourrait prolonger le gouvernement d’Yves Leterme, en lui octroyant des pouvoirs plus larges, en lui attribuant un mandat légitimé par la crise que traverse le pays. Le CD&V, qui détient de nombreux postes-clés actuellement, trouve l’offre alléchante. Au regard des dernières élections, une nouvelle équipe fédérale signifierait pour lui la perte de plusieurs ministères très convoités. La N-VA, qui aspire ouvertement à l’indépendance flamande, sait que cela ébranlerait irrémédiablement l’unité nationale. Mais, ce faisant, que restera-t-il de la démocratie belge ?  La nostalgie ? 

En tout cas, les responsables politiques devront indéniablement, pour préserver le peuple et le suffrage, mettre de l’eau dans leur vin et avancer formellement vers un accord. Aujourd’hui, les deux grands vainqueurs, PS et N-VA, doivent impérativement identifier leurs partenaires pour la formation d’une nouvelle majorité. On ne bougera pas d’un pouce sans cela. La famille socialiste, la plus grande du pays, veut rester unie. Certains souhaitent que les libéraux entrent dans la danse. Il faudra trancher la question rapidement. Laisser les susceptibilités au vestiaire sera indispensable pour s’accorder sur l’institutionnel, le communautaire et le socio-économique. Et, pour chasser cet accord fantôme, pour mettre en œuvre un compromis digne de ce nom, tous vont devoir adopter des méthodes de travail communes, des valeurs de base similaires. Il en va peut-être de la survie de la Belgique telle que nous la connaissons.

 

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 14:39

En Wallonie comme à Bruxelles, Ecolo double son score de 2004, tandis que le Parti socialiste sauve les meubles. Le MR, qui souhaitait brûler la politesse au PS et devenir le premier parti francophone, pointe à la deuxième place. Un camouflet. Le cdH, malgré sa quatrième position, garde le sourire et se félicite des résultats.

 

Les scrutins régional et européen ont livré leur verdict. Le premier constat concerne les sondages, très éloignés de la réalité des urnes. Ils ont sans conteste influencé le vote des électeurs et, par voie de conséquence, faussé la donne. On peut légitimement penser qu’ils ont favorisé l’essor des écologistes et contribué à la mobilisation de l’électorat socialiste. De toute évidence, ils pèchent par manque de justesse et de pertinence.

 

Les déclarations tonitruantes foisonnent. Nombre d’observateurs saluent la victoire d’Ecolo. Les réformateurs draguent Jean-Michel Javaux et répètent inlassablement que le parti écologiste détient les clés du pouvoir. Pourtant, en Wallonie, c’est bel et bien le Parti socialiste qui arrive en tête et garde la main. Même son de cloche pour les élections européennes. La performance des écologistes doit être soulignée, certes, mais le triomphalisme ambiant tranche nettement avec les faits tangibles. Si Ecolo double ses scores, c’est avant tout parce qu’ils étaient faibles. D’ailleurs, il est à noter que le parti ne remporte pratiquement aucun canton. Bien sûr, il a gagné en crédibilité et concurrence désormais les familles politiques traditionnelles. Il s’agit, à cet égard, d’une belle réussite. Mais il convient de rappeler que la cause verte a le vent en poupe et que le film Home, réalisé par Yann Arthus-Bertrand, n’a certainement pas renversé la vapeur. En France, la polémique enfle. La très récente diffusion du long métrage aurait avantagé les listes écologistes.

 

Quoi qu’il en soit, le PS devrait selon toute vraisemblance prendre les rênes des négociations et dominer le jeu politique. La Région wallonne et la Communauté française ne lui échapperont sans doute pas. Le recul enregistré est partiellement à mettre sur le compte des scores historiques de 2004.

 

Du côté du MR, on se gargarise du succès à Bruxelles et on tente de masquer sa déception. Les libéraux visaient à remplacer les socialistes sur l’échiquier wallon. Il n’en est rien. En outre, l’Olivier (une alliance PS, Ecolo et cdH) semble se dessiner dans les deux Régions, ce qui exclurait donc le MR. La Jamaïcaine (MR, Ecolo et cdH) s’éloigne. 

 

Quant au cdH, il se maintient, en dépit de prévisions apocalyptiques. Le FN, lui, se trouve sous le seuil parlementaire de 5% dans les deux Régions et disparaît totalement du paysage politique.
       
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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 10:40
Certains visages demeurent méconnus. Pourtant, ils animent la vie politique, peu importe l’échelle, locale ou internationale. Personnage atypique, Véronique De Keyser (PS) fait partie de ces élus qui œuvrent dans l’ombre. Certes, elle n’est pas célèbre. Elle ne fait ni la une de Voici ni celle de La Libre. Néanmoins, comme peut en témoigner son impressionnant parcours, elle multiplie les combats, agit pour défendre ses convictions et s’active sur tous les fronts. 


Sa trajectoire, peu commune, rappelle qu’une carrière politique est toujours envisageable, à force de courage et de détermination. Véronique De Keyser a fait ses études à l’Université de Bruxelles, en faculté de psychologie. Elle a été nommée chargée de cours à l’Université de Liège en 1984 et y est devenue professeur ordinaire en 1988, puis doyenne de la faculté de psychologie de 1990 à 1998. Après une longue carrière scientifique au niveau international, elle devient membre du Parlement européen. Députée, commissaire aux Affaires étrangères et aux Affaires sociales, elle n’oublie pas pour autant la Belgique : elle est également conseillère communale à Liège. Parallèlement à son parcours politique, elle est professeur extraordinaire à la faculté de psychologie et continue de diriger une équipe pluridisciplinaire d’une trentaine de chercheurs. 


Détailler le C.V. de Mme De Keyser relève de l’exploit : des voyages professionnels qui se succèdent ; des études menées qui paraissent innombrables ; un travail politique immense ; une coopération scientifique et humanitaire avec des pays en voie de développement ; différents ouvrages… Pour des informations complémentaires, il vous suffira de parcourir son site Internet.




 

INTERVIEW



Quelles sont les raisons de votre engagement politique ?

 

En fait, j’ai toujours été engagée politiquement. Je suis sortie de l’université en 1968. Tous ceux qui faisaient la psychologie du travail se sont rapidement politisés. J’ai travaillé quelque temps dans un syndicat. Plus tard, je suis entrée comme chercheur à l’université. J’ai effectué une carrière universitaire, jusqu’à devenir doyen de la faculté de psychologie. 

 

Au départ, j’étais simplement militante socialiste, comme de nombreuses personnes. Un jour, on m’a placée sur les listes électorales. Vous savez, on a besoin de représenter tout le monde : les intellectuels, les métiers manuels, les étrangers… J’étais sans doute là pour l’intelligentsia. Suite à un concours de circonstances qui a bouleversé la législature de l’époque, je suis passée directement du statut de quatrième suppléante à celui de députée européenne !  J’ai pensé que c’était le moment propice pour revenir à mes engagements de jeunesse, les mettre en pratique. J’ai abandonné quelques cours à l’université… Aux élections suivantes, j’étais deuxième sur la liste, derrière Elio Di Rupo.  J’ai continué. Je n’ai jamais regretté ce choix.

 

En termes de flexibilité, c’était fameux (rires). J’étais très réputée dans la psychologie, mais, dans la politique, c’était totalement l’inverse. Il fallait tout reprendre à zéro.

 

 

 

Quelles satisfactions tirez-vous de votre parcours politique ?

 

Les satisfactions viennent plutôt de mon travail politique. J’ai rencontré des personnes exceptionnelles : des femmes en Irak, en Arabie Saoudite ou au Kosovo, par exemple, qui se battent jour et nuit pour avoir un peu de liberté. J’ai été confrontée à une ouverture du monde incroyable : rencontrer des cultures différentes ; prendre conscience des maigres moyens dont disposent certaines autorités pour prévenir les guerres et les catastrophes… Ce contact privilégié avec des cultures, des religions et des pays différents m’a réellement enrichie. Grâce à toutes les expériences que j’ai vécues, je suis devenue une personne transcendée et épanouie.

 

 

 

Avez-vous rencontré des difficultés pendant votre parcours ?

 

Bien sûr !  Les difficultés étaient nombreuses, car je ne suis pas le fruit d’un système politique. Je n’ai pas volontairement choisi de participer à un milieu privilégié, avec ses us et coutumes. Je me suis plutôt penchée sur le travail de terrain, en essayant de garder un contact régulier avec la masse populaire. Faire circuler des consignes de vote, par exemple, n’est pas de mon ressort. Je suis trop maladroite pour cela. Défier la grande machinerie politique avec mes modestes moyens est impossible. Il y a un déséquilibre des forces. Je n’ai pas, à proprement parler, d’organisation politique derrière moi.

 

Par ailleurs, j’ai dû faire face à une autre épreuve : convaincre mes collègues socialistes que je faisais mon travail honnêtement et que je ne voulais pas prendre leur place. Finalement, je suis parvenue à les persuader. Ils sont devenus chaleureux et sympathiques. La politique est un monde ouvert dans lequel le meilleur et le pire se côtoient. 

 

 

 

La méfiance des citoyens à l’égard de la classe politique est un thème récurrent. Qu’en pensez-vous ?

 

C’est vrai. On a souvent une image « politicarde » de la politique. C’est faux. En tant que psychologue du travail, j’ai été stupéfaite par la quantité de tâches à effectuer propre au politique. Tous, peu importe leur rang, travaillent presque incessamment. Dans ce milieu, il est normal de consacrer 15 ou 17 heures quotidiennement à ses dossiers. C’est incontestablement un des métiers les plus difficiles. Vous devez maîtriser absolument tout : gérer la presse, supporter les coups bas, assister à des réunions interminables… Les difficultés familiales sont le lot des politiques. La vie privée passe souvent après la vie publique. L’implication professionnelle doit être totale.

 

Concernant les soupçons de corruption, ils sont très présents. Les affaires de Charleroi, pour ne citer qu’elles, restent des abus, des dérapages. En revanche, je ne peux pas nier qu’une grande méfiance règne entre les hommes politiques. Beaucoup convoitent des postes importants et craignent que leur voisin ne les décroche avant eux. Comme dans une entreprise, les dirigeants politiques sont attirés par l’attraction du pouvoir. Cela dit, je pense sincèrement que les personnes correspondant à ce profil demeurent minoritaires.

 

Enfin, un vieux cliché nous colle à la peau. Certains avancent l’idée que les politiques sont payés à ne rien faire. Cela ne tient pas la route une seule seconde. C’est un mauvais procès.




ANALYSE CRITIQUE DE L’INTERVIEW

 

 

Rédiger un commentaire critique n’est jamais chose aisée. Cela s’avère encore plus complexe lorsque l’objet de l’analyse n’est autre qu’une interview, généreusement accordée par une femme politique, députée européenne de surcroît. Complexe, ça l’est davantage quand on touche à l’engagement personnel, au parcours, aux sentiments, plutôt qu’aux idées et à la philosophie politique. Malgré tout, nier que certains points développés au cours de l’entretien méritent une attention particulière reviendrait à mentir. En effet, plusieurs choses m’ont interpellé.


Le parcours de Véronique De Keyser, étonnant et estimable, ne laisse place à aucun débat. Psychologue de renommée mondiale, elle a su s’immiscer parmi les moteurs de l’Europe et, sans doute, par extension, du monde. Est-ce que sa carrière scientifique lui a ouvert des portes ?  Oui. Elle l’avoue volontiers. Est-ce que cela réduit son mérite ?  Non. L’éminence grise, conseillers spécialisés et intellectuels en tête, distille de précieuses suggestions, multiplie les mises en garde et voit son influence s’accroître d’année en année. Il n’empêche que le politique, parfois, sort les griffes et montre les crocs lorsque l’intelligentsia aspire au pouvoir. Comprenez : leurs intérêts et leurs priorités divergent souvent. Véronique De Keyser a toujours eu la fibre militante. Elle ne doit son premier mandat européen qu’à un concours de circonstances. Certes. Sa reconduction, par contre, n’est pas le fruit du hasard. C’est sur le terrain qu’elle l’a acquise.


Lorsque Mme De Keyser commente ses satisfactions politiques, elle ne s’attarde pas sur la promulgation d’une loi ou la victoire électorale d’un parti. Elle exprime sa fascination pour certaines cultures, son amour pour certaines régions et son respect pour quelques âmes injustement négligées par nos démocraties. La politique peut être calculatrice, insensible et rancunière. Véronique De Keyser prouve qu’elle est également humaine.


Désormais, nous savons que son chemin a été parsemé d’embûches. Il est difficile de trouver sa place dans un système dont on ignore les arcanes. Il reste donc le terrain et l’action politique. C’est là qu’elle semble puiser sa force, quand l’appareil prend ses distances. La députée avoue, à demi-mot, qu’une partie de ses collègues l’ont désavouée. Ils imaginaient qu’elle lorgnait leur poste, rêvant de s’asseoir à leur siège. Finalement, elle a suffisamment manifesté ses bons sentiments pour convaincre les carriéristes que sa volonté n’est pas de marcher sur leurs plates-bandes. Véronique De Keyser réfute la rumeur qui voudrait que le monde politique soit impitoyable. Elle affirme que ses acteurs peuvent se révéler chaleureux et ouverts lorsque les visages deviennent familiers. Ce discours, empreint de modération, paraît irrécusable. Toutefois, ne soyons pas dupes. Derrière cette conclusion, trop simpliste, se cache une pratique notoire : la langue de bois.


Lorsque la députée européenne en vient au sujet qui fâche, la corruption politique, elle respecte une logique implacable. Elle évite d’incriminer son microcosme. Les viles affaires qui le secouent font figure de simples dérapages. Difficile à croire… L’inquiétante multiplication des cas de corruption laisse à penser qu’il s’agit plus d’une gangrène que d’événements isolés. La majorité des politiques travaillent en faisant preuve de sérieux et d’intégrité. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Est-ce pour autant que l’on doit faire l’impasse sur Ehud Olmert, George W. Bush, John McCain, Nicolas Sarkozy, Michel Daerden, Alain Mathot, Pervez Musharraf et consorts ?  Des soupçons, souvent légitimes, pèsent sur une quantité non négligeable d’élus. Cela étant, malgré sa réticence à déprécier la classe politique, Véronique De Keyser n’hésite pas à jeter l’opprobre sur les ambitions démesurées de ses représentants. Le pouvoir suscite l’intérêt, dégrade l’ambiance et attise les conflits. 


À la décharge des hommes politiques, il convient de signaler que la masse de travail exige un investissement total et d’importants sacrifices familiaux. Les salaires, eux, peuvent paraître dérisoires : le privé surclasse indéniablement le public. Cela ne suffit pas à excuser les multiples dérives, mais ça permet d’apporter quelques nuances à nos propos. Après tout, n’est-ce pas précisément pour faire face aux abus que la rémunération des politiques a été maintes fois augmentée ?  L’ingratitude prononcée et la stigmatisation constante dont souffrent les représentants entrent également en ligne de compte. L’ensemble influe sur la droiture des personnalités en place. 


Mme De Keyser s’est contentée de décrire la partie émergée de l’iceberg. Le discrédit de la classe politique trouve son origine dans une panoplie de faits. En outre de la corruption et des clichés habituels, on retrouve pêle-mêle : le fossé qui sépare le quotidien du peuple des préoccupations du politique ; l’écart idéologique entre certains citoyens et les partis existants ; les batailles d’appareil ; la mauvaise réputation de certains élus ; le manque de transparence ; le discours soporifique de certains dirigeants ; les mensonges ; le manque de considération quant aux problèmes sociaux ; le contexte socioéconomique ; la guerre ; l’incompréhension publique…


La position de Véronique De Keyser l’empêche de s’exprimer librement lorsque l’on touche à des sujets épineux. C’est un fait. Malgré cela, la députée s’est montrée honnête, intellectuellement et moralement. Malheureusement, le manque de temps nuit à l’exhaustivité. La brièveté et la superficialité de certaines réponses en sont les fruits.


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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 16:36

Il ne fait pas bon être homme politique en France. Le peuple exprime son mécontentement au travers d’innombrables manifestations, tandis que les grands partis doivent faire face à des problèmes chroniques, récurrents ou éphémères.

 

Entre une majorité parlementaire qui fait preuve d’infidélité envers le gouvernement et les contentieux (popularité, OTAN, etc.) qui opposent les deux chefs de l’exécutif, la cohésion a la vie dure au sommet de l’État. Les députés soutiennent Jean-François Copé, lequel agace toujours autant Nicolas Sarkozy et Bernard Accoyer. Entre autres. Après une remontrance téléphonique, Copé a été acclamé à l’Assemblée nationale. Comment traduire cela à l’échelle gouvernementale ?  Désaveu ?  Rancunes tenaces ?  Simple égarement ?  L’avenir le dira. Quoi qu’il en soit, les couacs se multiplient à l’UMP, au gouvernement et au Parlement. Xavier Bertrand doit corriger Patrick Devedjian à propos des 35 heures. L’épisode des OGM passe mal. Les troupes se divisent. Aujourd’hui, à droite, la désorganisation et le manque de solidarité règnent. Nicolas Sarkozy n’arrange pas les choses. Au contraire. Le chef d’orchestre rechigne à partager ses pouvoirs et veut une emprise totale sur ses forces. Actuellement, il est impossible de dire s’il est le président de la République, le chef du gouvernement, le patron de l’UMP ou le responsable du groupe parlementaire. Il aspire à remplir toutes ces fonctions, ne laissant que des miettes aux personnalités politiques en place. Enfin, afin de garder le contrôle des événements, il privilégie régulièrement ses conseillers aux ministres.

 

Au Parti socialiste, on ne rigole guère davantage. Les batailles d’appareil ont d’ores et déjà commencé. Bertrand Delanoë et Ségolène Royal s’apprêtent à s’affronter pour prendre la tête du parti. Pendant ce temps, ceux qui souhaitent une alternative à ce duel s’organisent. Dominique Strauss-Kahn se rappelle au bon souvenir du PS. Pierre Moscovici affine sa stratégie. Martine Aubry fait parler d’elle. Manuel Valls, lui, est occupé à repeindre la politique générale du PS. Il espère en finir avec les éléphants et accroître l’influence des quadras. Cependant, rénover le Parti socialiste n’est pas l’ambition de tous, tant s’en faut. Certains pensent déjà à 2012. Amener de nouvelles idées, ouvrir des débats et devenir une force de proposition paraît difficile dans de telles conditions. La gauche semble de plus en plus divisée. Qui plus est, elle ne tire pas les leçons de ses erreurs passées.

 

Hervé Morin a été reconduit président du Nouveau Centre. Après avoir rallié les rangs de la majorité, le parti part désormais à la conquête de l’indépendance. Son président faisant partie d’un gouvernement de droite, l’objectif sera difficile à atteindre. Ce nouveau-né de la politique parviendra-t-il à exister sans le soutien de l’UMP ?  Changer de cap tous les ans : tel semble être le programme des dirigeants centristes. 

 

La santé des autres partis politiques laisse à désirer. La LCR et le MoDem en sont au stade embryonnaire, tandis que l’extrême gauche n’attire plus les électeurs. Olivier Besancenot et François Bayrou restent populaires, mais leur isolement (volontaire ou non) se paie au prix fort.  Le Front national est en proie à de graves problèmes financiers ; ses dirigeants vendent bâtiments et symboles. Les Verts, eux, sont inaudibles.

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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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