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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 06:51

Le saviez-vous ?  Si d’aucuns s’échinent à dénoncer les dangers d’une inflation non maîtrisée, peu se montrent en revanche prêts à discuter des éventuels bienfaits d’une hausse modérée des prix à la consommation. Il y a pourtant fort à parier qu’un tel processus impacterait positivement l’endettement et la demande.

 

Mais encore ?  Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI, est de ceux qui ont osé rompre le silence. Si l’on en croit ses propos, une accélération dûment contrôlée de l’inflation pourrait contribuer à remettre d’aplomb les économies occidentales, actuellement déprimées. À mille lieues des discours alarmistes sur l’« immaculée inflation », débités sans relâche par ceux qui agitent volontiers le spectre de la République de Weimar ou du Zimbabwe contemporain, tout porte à croire qu’une hausse des prix de l’ordre de 4 à 5 % – le taux moyen au cours du second mandat de Ronald Reagan – pourrait relancer la consommation et amenuiser le taux d’endettement des différents agents économiques. Par ses résultantes, l’inflation encourage en effet les dépenses – l’épargne s’effrite à mesure que les étiquettes valsent –, tandis que la dette globale se contracte mécaniquement. Et si la théorie nous enseigne que l’inflation tire vers le haut les taux d’intérêt, la trappe à liquidité actuellement en œuvre rend ce lien de causalité particulièrement inopérant. Résultat : le crédit (re)devient attrayant, puisque les devises à rembourser affichent une valeur réelle inférieure à celles empruntées. Il suffit alors de coupler ces effets pour obtenir de quoi réanimer une demande présentement inerte. Enfin, plus généralement, avec un enchérissement de 4 ou 5 %, les Banques centrales disposeraient d’une marge de manœuvre accrue lorsqu’une crise se déclenche. Une planche de salut à ne surtout pas négliger.

 

Citation. « En ce moment, les marchés semblent s’attendre à ce que les prix américains en 2017 soient supérieurs d’environ 8 % à ceux d’aujourd’hui. Si nous parvenions à 4 ou 5 % d’inflation sur cette durée, de façon à ce que les prix aient gagné 25 % à l’arrivée, la valeur réelle de la dette immobilière serait sensiblement plus faible qu’elle ne paraît sous la perspective actuelle – et l’économie aurait donc fait beaucoup plus de chemin vers une reprise durable. » – Paul Krugman, professeur émérite de l’université de Princeton, prix Nobel d’économie, dans Sortez-nous de cette crise… maintenant ! (Flammarion).

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Le saviez-vous Économie
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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 14:18

Le saviez-vous ?  Si les universités américaines trustent les premières places des classements internationaux, il faut avant tout y voir le signe d’un modèle de gestion efficient, reposant sur un processus décisionnel largement aux mains d’anciens étudiants, devenus administrateurs avisés.

 

Mais encore ?  La domination sans partage des États-Unis dans le secteur de l’enseignement supérieur a tout du secret de Polichinelle. Si l’on en croit le classement de l’université Jiao Tong de Shanghai, dix-sept des vingt meilleures écoles se situent en effet sur le territoire américain. D’aucuns font de la richesse du pays le principal facteur explicatif. D’autres préfèrent invoquer une population pléthorique, des politiques volontaristes en faveur de la recherche ou encore un pouvoir d’attraction considérable, capable d’amadouer les élites du monde entier. Mais ces arguments quelque peu rabâchés occultent un élément sans doute bien plus déterminant : les dispositions organisationnelles propres aux grandes universités états-uniennes. Car le fonctionnement de ces machines de guerre éducatives repose sur des évolutions largement mésestimées. Un phénomène qui ne date d’ailleurs pas d’hier.

 

En effet, dès les années 1860, Harvard demande à être traitée hors des évolutions politiques et souhaite confier à ses anciens élèves le pouvoir décisionnel. Le 29 avril 1865, après une intense campagne de lobbying, la Cour générale du Massachusetts adopte de justesse une proposition allant dans ce sens. Le concours des diplômés de Cambridge durant la guerre de Sécession, fort apprécié à l’échelle fédérale, contribue lui aussi à l’avènement de cette authentique révolution scolaire. Depuis lors, à Harvard, les anciens étudiants contrôlent le Conseil de surveillance, un phénomène avant-gardiste qui ne manquera pas d’inspirer d’autres établissements, à l’instar de Yale, l’université du Michigan, la Purdue University, Notre Dame, Duke ou encore le College of William and Mary. Dans les faits, ce modèle de gestion deviendra vite la norme, tant pour le privé que pour le public. Un pari gagnant, puisque le célèbre classement publié par US News and World Report rend régulièrement hommage à ces écoles sous la coupe d’anciens pensionnaires, c’est-à-dire celles où ils représentent au moins 50 % du conseil d’administration.

 

Signe des temps, parmi les fleurons américains, Harvard, Yale et Columbia se trouvent entièrement gérées par leurs diplômés, tandis que Princeton et Stanford peuvent se prévaloir d’un taux d’environ 90 % d’ex-étudiants. Élargissons le plan : en moyenne, les universités figurant dans le top 100 comptent au sein de leur conseil d’administration 63 % d’anciens élèves. Ces derniers semblent veiller mieux que quiconque au prestige des écoles qui les ont formés. Non seulement ils veulent soigner leur pedigree, mais ils connaissent en plus les établissements de l’intérieur, ce qui tend à fluidifier et bonifier le processus décisionnel. Surtout, ils n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille lorsque cela s’avère nécessaire. Enfin, pour maintenir la compétitivité de leur université, ils cherchent obstinément à attirer les meilleurs professeurs et les étudiants les plus méritants. Les performances sportives et artistiques, très valorisantes à terme, constituent également des critères de sélection de première importance. Le rayonnement de l’école doit à tout prix primer. Et même si les universités restent des organismes à but non lucratif, leur gestion se doit de répondre à deux impératifs : dispenser un enseignement exemplaire et appâter les éléments les plus prometteurs.

 

Citation. « Toutes les grandes universités sont des organisations à but non lucratif, créées pour dispenser un enseignement de haute qualité qui bénéficiera à la société tout entière. Les universités américaines revêtent cependant cette particularité d’avoir trouvé le moyen de combiner les bienfaits de la compétition avec le concept européen d’établissements non lucratifs et de quasi-bienfaisance. » – Shailendra Raj Mehta, professeur intervenant à l’Indian Institute of Management d’Ahmedabad et directeur académique du département Duke Corporate Education, dans La Libre Belgique.

 

 

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 09:17

Le saviez-vous ?  En Turquie, l’avènement de l’AKP a coïncidé avec la stigmatisation croissante de l’alcool. Emmené par Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre et ancien maire d’Istanbul, le gouvernement islamo-conservateur n’hésite pas à monter en première ligne pour dénoncer les dangers des boissons enivrantes. Et, surtout, à agir en amont. D’aucuns y voient le signe d’une théocratisation du pays.

 

Mais encore ?  De prime abord, cela pourrait relever de l’anecdote : le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a récemment décrété que la boisson nationale était l’ayran, un breuvage populaire à base de yaourt. Pourtant, cette histoire somme toute banale a tout de l’arbre qui cache la forêt. Car, depuis 2002, année de la prise de pouvoir des conservateurs de l’AKP, l’alcool n’est plus en odeur de sainteté dans la Turquie laïque d’Atatürk. Et ce qui s’apparente étrangement à une vaste campagne visant à fustiger l’enivrement empiète de plus en plus sur le champ privé. Un interventionnisme politique qui peut laisser croire à une islamisation rampante de l’ensemble de la société. Ce qui semble en tout cas évident, c’est que l’homme fort de l’AKP voit dans l’alcool un fléau qu’il faut à tout prix endiguer. Une posture largement outrancière, puisque 85 % des Turcs ne boivent pas, si l’on en croit les chiffres fournis par l’institut national TurkStat. Mieux encore : une étude du Centre de recherches économiques et sociales de l’université de Bahçeşehir démontre que la consommation privée a reculé d’environ un tiers entre 2003 et 2008. Une évolution inversement proportionnelle à la hausse des taxes, qui figurent désormais parmi les plus élevées du monde. Pourtant, nonobstant rapports scientifiques et statistiques officielles, les villes conservatrices s’attachent à réduire comme peau de chagrin le nombre de bars et de points de vente. C’est ainsi que les mesures restreignant localement la consommation de boissons alcoolisées donnent régulièrement lieu à des controverses. Résultat : ce climat délétère pousse les Turcs à boire en catimini, ce qui s’avère à tout le moins contre-productif. Symbole de cette bataille islamo-conservatrice : Turkish Airlines, dont l’État est l’actionnaire principal. La suppression, en début d’année, de l’alcool vers plusieurs destinations au Moyen-Orient a déclenché une authentique controverse. La compagnie aérienne, qui fait régulièrement bondir les milieux laïcs, a par ailleurs adopté, avant de faire marche arrière, un nouveau code esthétique interdisant aux hôtesses de se maquiller avec des couleurs vives. Des mesures qui prêtent évidemment à la critique. Quoi qu’il en soit, la Turquie d’avant 2002, celle qui savait « banaliser » l’ivresse, doit avoir bien du mal à se reconnaître aujourd’hui.

 

Citation. « Dans les premières années de la République, une boisson alcoolisée comme la bière a malheureusement été présentée comme une boisson populaire turque. Mais notre boisson nationale, c'est l'ayran […] C'était au point que certaines familles ont commencé à donner de la bière à leurs enfants en âge d'aller à l'école primaire au motif que c'était bon pour la santé et nourrissant. »Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, lors d’un symposium à Istanbul portant sur les politiques relatives à l’alcool.

 

 

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 08:05

Le saviez-vous ?  Plusieurs spécialistes du secteur financier pointent aujourd’hui du doigt le rôle prépondérant joué par la cocaïne dans la crise financière. Certains banquiers et traders raffolant de cette substance auraient multiplié les choix insensés, manquant gravement de discernement en raison de délires mégalomaniaques.

 

Mais encore ?  Selon les affirmations de David Nutt, psychiatre controversé et spécialiste en toxicomanie au Sunday Times, les banquiers cocaïnomanes ne seraient pas tout à fait étrangers à la crise financière. Au contraire : sous l’emprise de la drogue, ces derniers en voudraient toujours plus et se montreraient perpétuellement surexcités. C’est évidemment peu dire que cet état second s’accommode mal avec l’expertise et la sagesse que la profession exige. Ainsi, à en croire certains spécialistes du secteur, la bulle de crédit formée au milieu des années 2000 trouverait ses origines, au moins partiellement, dans la consommation de poudre. Hypothèse retenue : sous l’influence de stupéfiants, les traders vendraient plus aisément des produits financiers tant absurdes que complexes. Car ces excitants décuplent leur assurance, qui confine alors parfois à la mégalomanie. Cela expliquerait l’achat, à tout le moins irrationnel, de milliards de dollars de titres adossés à des crédits hypothécaires potentiellement explosifs – ou, plus simplement, pourris. Mieux encore : il est désormais de notoriété publique que le bureau de l’escroc Bernard Madoff regorgeait de « neige » et était très justement surnommé le « pôle Nord ». Et que dire alors de Jimmy Cayne, l’ancien PDG de la banque Bear Stearns ?  Il ne quittait jamais son flacon de médicaments soi-disant destinés à apaiser ses maux d’estomac, lequel était en réalité bourré de cocaïne. Mais l’on se doit toutefois de nuancer ce (sombre) tableau : d’une part, il est évident que tous les financiers ne s’adonnent pas à la consommation de psychotropes et, d’autre part, l’égoïsme et la cupidité ont également largement contribué aux dérives économiques de la fin des années 2000. En revanche, ce qui semble désormais établi, c’est que les bulles spéculatives ont directement résulté d’une assurance à tout crin, parfois engendrée par les stimulants, cocaïne en tête. De quoi expliquer, assurément, le manque de discernement et de sagesse qui prévalait alors…

 

Citation. « Certaines personnalités en vue dans les cercles politique et financier ont pris des décisions irrationnelles inspirées par la mégalomanie que provoque la cocaïne. »Chris Luke, médecin spécialiste à l’hôpital universitaire de Cork (Irlande) ayant étudié les effets de la cocaïne sur les banquiers, dans The Guardian.

 

 

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 19:03

Le saviez-vous ?  L’Amérique se distingue par un taux d’homicides largement supérieur à la moyenne des pays riches. Les statisticiens observent à cet égard une corrélation significative entre le nombre d’armes en circulation et les meurtres, tant au niveau des nations que des régions géographiques. Et, sans surprise, les chiffres tendent à démontrer que les républicains devancent nettement les démocrates quant aux acquisitions de fusils, pistolets ou mitraillettes.

 

Mais encore ?  Alors que les tueries se multiplient aux États-Unis, opposants et partisans des armes à feu se renvoient inlassablement des arguments en tout genre. Pourtant, les chiffres sont têtus : ils témoignent du surarmement de l’Amérique, de son taux d’homicides incomparable avec les autres pays développés et de la boulimie des républicains quant à leur artillerie. Ainsi, on dénombre aux États-Unis plus de trois meurtres perpétrés au moyen d’une arme à feu pour 100 000 habitants. La Suisse, qui se classe au deuxième rang, se situe aux alentours de 0,7. Le Canada (0,5), la Suède (0,4), la Finlande (0,4), la Nouvelle-Zélande (0,2), l’Espagne (0,2), l’Allemagne (0,2), la France (0,1), la Grande-Bretagne (0,1), l’Australie (0,1) ou encore le Japon (0) ont de quoi faire pâlir d’envie des Américains pourtant majoritairement recroquevillés derrière leur deuxième amendement. On observe par ailleurs une forte corrélation entre les homicides et le nombre d’armes en circulation : 89 pour 100 habitants aux États-Unis, contre une trentaine en France, en Allemagne, en Norvège ou en Suède. Mieux : au Royaume-Uni, les statistiques, dérisoires, relèvent presque de l’anecdote. Les Britanniques permettent ainsi de relativiser l’influence des facteurs culturels dans les massacres américains. Et ceux qui doutent encore du rôle prépondérant des armes dans la prolifération des homicides peuvent toujours lorgner du côté des États, où la relation de cause à effet s’avère au mieux indiscutable : la Louisiane, le Mississippi ou encore l’Alabama se distinguent en effet par un taux d’armement et des meurtres bien plus élevés que la moyenne nationale. Ce phénomène vient tout bonnement neutraliser la plupart des arguments socioculturels généralement avancés pour interpréter les tueries. Mais qui sont ces acquéreurs jusqu’à présent très anonymes ?  Si l’on en croit la General Social Survey de 2010, il s’agit essentiellement de républicains – 50 % d’entre eux possèderaient au moins une arme à feu, contre seulement 22 % des démocrates. Cette fracture, qui s’aggrave depuis quarante ans, s’explique partiellement par la sociologie des États du Sud, largement républicains et surarmés. Mais elle résulte également de la peur obsessionnelle qu’occasionne chez les défenseurs du deuxième amendement chaque victoire des démocrates, poussant ainsi de nombreux Américains, généralement des partisans du « Grand Old Party », dans les bras des armuriers.

 

Citation. « Nous avons besoin de voix qui s'élèvent, de parents, de professeurs, d'officiers de police… Appelez vos élus, demandez-leur s'ils vont soutenir notre action et, s'ils vous disent que non, demandez-leur si obtenir une note favorable de la NRA pour avoir des fonds de campagne est plus important que sauver des innocents. » Barack Obama, président américain, lors d’une conférence de presse suivant la tuerie de Newtown. 


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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 19:29

Le saviez-vous ?  Depuis le début des années 1970, face au problème structurel du chômage, l’Europe cherche – en vain – la parade. Les chiffres d’Eurostat restent au mieux alarmants : 26 millions de travailleurs sans emploi dans l’Union, soit un taux de chômage de 10,7 % – contre 11,8 % pour la zone euro.

 

Pourquoi ?  Tout pays européen, ou presque, entend faire de la lutte contre le chômage une priorité. Mais, en l’absence de résultats concrets, il ne reste malheureusement que des postures électorales peu en phase avec l’évolution du nombre de demandeurs d’emploi. Car, depuis les années 1970 – avec notamment les chocs pétroliers de 1973 et 1979 –, le chômage frappe durement le continent. Et la multiplication des crises vient contrecarrer tout volontarisme politique. Ainsi, la débâcle financière amorcée en 2007 a largement contribué à dégrader les taux d’emploi européens. Le marché du crédit s’est tendu, puis asséché, tandis que les plans de rigueur ont plombé les comptes publics et freiné une activité économique déjà morose. Pourtant, il n’en va pas de même ailleurs : si le plein-emploi a tout d’une chimère en Europe, les États-Unis et le Japon s’en sortent quant à eux honorablement, avec des taux de chômage respectifs de 7,8 % et 4,1 %. Mais d’où viennent alors ces fortes disparités géographiques ?

 

Il convient d’abord de rappeler que les nations européennes ne sont pas toutes égales face à la crise de l’emploi. L’Autriche, l’Allemagne (grâce notamment aux réformes lancées par Schröder), les Pays-Bas, la Roumanie, la République tchèque ou encore les pays baltes et scandinaves (avec leur modèle de flexicurité) parviennent malgré tout à tirer leur épingle du jeu. L’Irlande, en revanche, a fait le grand saut : érigée en symbole de réussite au début des années 2000, elle a par la suite souffert de la crise financière, minée par la bulle immobilière et la déroute de son secteur bancaire, devenant même une nation d’émigrants. La Hongrie, la Bulgarie, la Slovaquie et tous les pays périphériques se révèlent également gravement touchés. Dans le Sud, les taux de chômage deviennent dantesques : 26,6 % en Espagne, 26 % en Grèce, 16,3 % au Portugal ou encore 14 % à Chypre. Pis encore : les chiffres relatifs aux jeunes demandeurs d’emploi font froid dans le dos – 23,7 % dans l’Union, contre 24,4 % dans la zone euro. Et ces jeunes chômeurs peinent particulièrement en Espagne et en Grèce, avec des taux dépassant la barre hautement symbolique des 50 %. Confrontés à la précarité, ils luttent avec désarroi contre l’exclusion sociale et l’extrême pauvreté. Une situation assurément paradoxale – et franchement désolante – quand on sait le défi économique que représente le vieillissement de la population européenne.

 

En réalité, nos difficultés résident dans une perte de compétitivité considérable face aux concurrents féroces que sont les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud ou encore le Japon. À défaut d’un miracle que plus personne n’attend, les institutions et les pays membres de l’Union ne pourront conjurer le sort qu’en améliorant les systèmes éducatifs et de formation, en investissant dans les infrastructures, la recherche et l’innovation, en réformant le marché du travail, en limitant les charges professionnelles, en rehaussant le climat des affaires et, surtout, en encadrant la finance, potentiellement dévastatrice, notamment dans ses périodes d’exubérance irrationnelle – selon les propres termes d’Alan Greenspan, l’ancien patron de la Réserve fédérale américaine. Une refonte qui nécessitera à la fois une vision claire et le courage de la classe politique européenne.

 

Citation. « À la lumière du vieillissement de la population et de la diminution de la main-d’œuvre, qui posent un défi aux fonds de pension dans l'ensemble de l'Union européenne, l'explosion du chômage des jeunes est tout simplement absurde. » – Jacek Krawczyk, vice-président du Comité économique et social européen, lors d'une réunion organisée par la Confédération polonaise des employeurs privés.


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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 09:27

Le saviez-vous ?  Aux États-Unis, la course à la magistrature suprême comporte au moins trois travers portant atteinte aux exigences démocratiques les plus élémentaires.

 

Mais encore ?  Si les États-Unis peuvent se targuer d’organiser les élections les plus suivies au monde, le mode de désignation de leur président souffre en revanche de plusieurs vices plutôt fâcheux. Le premier d’entre eux permet au candidat minoritaire de remporter le scrutin. Ce fut notamment le cas en 2000, quand George W. Bush a coiffé Al Gore au poteau. Cela résulte directement de l’application du « winner-take-all » : même en cas de résultat serré, le vainqueur d’un État glane tous les suffrages exprimés, empochant ainsi chaque grand électeur y étant en jeu. Ces derniers, représentant ensemble tout le territoire américain, forment le collège électoral, à qui revient la charge de désigner tous les quatre ans le président qui prend les commandes du pays. Une seule voix peut donc faire basculer tout un État dans un camp ou dans l’autre – démocrate ou républicain. La Maison Blanche peut dès lors hériter d’un candidat laminé presque partout, mais légèrement majoritaire dans quelques contrées très peuplées – les côtes, par exemple. Le second travers du système américain relève du poids accordé à chaque électeur. Si la logique voudrait qu’une démocratie attribue le même crédit à tout citoyen, les États-Unis se posent, eux, en contre-exemple absolu. Chaque État envoie au collège un nombre de grands électeurs équivalant au total de ses sénateurs – deux – et de ses représentants au Congrès – proportionnels à la quantité d’habitants. Le processus favorise par conséquent les territoires les moins peuplés, souvent ruraux, blancs et proches des républicains. Dans les faits, un grand électeur représente en moyenne 500 000 Américains. Le collège en comprend actuellement 538. Mais il existe une forte disparité entre les petits États, comme le Wyoming, où il équivaut parfois à moins de 200 000 habitants, et les grands États, comme la Californie, où il peut avoisiner les 650 000 voix. Les distorsions se révèlent donc au mieux gênantes – et au pire antidémocratiques. Enfin, la dernière faiblesse du système états-unien réside dans l’influence démesurée des swing states, ces États indécis qui basculent régulièrement d’un parti à l’autre. Ces territoires particulièrement disputés polarisent toutes les attentions, tirant de fait la couverture politico-médiatique à eux durant toute la campagne présidentielle. Les États acquis se trouvent par contre orphelins de tout enjeu, et donc grandement, voire gravement, déconsidérés.

 

Citation. « Prenez 15 des 50 États les plus petits : ils représentent 56 voix dans le collège électoral, leur population totale est d'environ 16 millions d'habitants. L'État de Californie compte quant à lui une voix de moins que ces États, c'est-à-dire 55 voix, mais la population représente plus du double. On constate parfaitement qu'un biais très fort favorise les petits États. » – Michel Balinski, directeur de recherche au laboratoire d'économétrie de l'École polytechnique et au CNRS, dans Le Nouvel Observateur, en 2004.


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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 19:59

Le saviez-vous ?  Psychose (Alfred Hitchcock), Citizen Kane (Orson Welles), Taxi Driver (Martin Scorsese) ou encore Fahrenheit 451 (François Truffaut) figurent tous parmi les chefs-d’œuvre du septième art. Leur particularité ?  L’empreinte sonore du génial Bernard Herrmann (1911–1975), le compositeur américain qui a révolutionné la musique de films, accompagnant avec virtuosité les grands maîtres du cinéma.

 

Mais encore ?  Les cinéphiles ne nous contrediront pas : la bande originale d’un long métrage revêt une importance à bien des égards capitale. Elle se greffe au propos du film, domptant à la fois le rythme et l’esprit des séquences. Elle institue avec minutie les effets recherchés, sans jamais négliger le coloriage du récit. C’est la liqueur qui donne au cocktail toute sa saveur. Un élément cardinal, aux vertus souvent insoupçonnées. Un tandem – mythique ? – suffit amplement à le démontrer. Aidé en cela par un génie précoce, Bernard Herrmann était sans conteste l’atout caché d’Alfred Hitchcock, le Mozart de son cinéma, le mécanicien de son suspense. En quelques films, dès le début des années 1940, l’ancien chef d’orchestre s’impose comme le père de la modernité au sein d’un microcosme où l’académisme a longtemps régné sans partage. En ébranlant les méthodes jusque-là en vigueur, il marque la fin d’une ère, durant laquelle les compositeurs, pourtant talentueux et souvent formés par les plus grands, ne parvenaient pas à s’adapter au genre très particulier – et exigeant – qu’est le cinéma. Si Hitchcock fait rapidement de Bernard Herrmann un compagnon d’armes inégalable, Orson Welles, Brian De Palma ou encore François Truffaut ne sont pas en reste. Tous trouvent en lui l’architecte sonore idéal, capable d’insuffler avec une précision chirurgicale tout type d’émotions. C’est ainsi qu’il devient sans tarder une référence absolue pour toute la profession. On le retrouvera aux commandes de la bande originale de films comme Vertigo, La Mort aux trousses, Les Oiseaux ou encore La mariée était en noir. Résumons : après être passé sans difficulté de l’opéra à la télévision, il s’immisce donc tout aussi aisément parmi les compositeurs les plus prisés du septième art. Prétendre que son parcours a de quoi étonner relèverait dès lors au mieux de l’euphémisme. Cela sonne comme une évidence : Quentin Tarantino ne pouvait définitivement pas se tromper en lui rendant un hommage appuyé dans son jubilatoire Kill Bill.

 

Citation. « Une bonne musique apporte une part d'originalité aux images. C'est comme le parfum d'une belle femme, l'alchimie de deux éléments. Parfois, leur fusion devient magique, évidente. » – Vladimir Cosma, compositeur pour le cinéma et la télévision, dans Le Figaro.


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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 20:22

Le saviez-vous ?  À l’heure actuelle, la libre réflexion du croyant musulman quant à son rapport à Dieu, appelée Ijtihad, demeure réservée aux juristes et aux savants, seuls autorisés à interpréter les textes sacrés.

 

Pourquoi ?  Certains réclament depuis longtemps un aggiornamento de l’islam. Cette démarche progressiste se heurte en réalité à un strict encadrement de l’Ijtihad, réservant aux savants et aux juristes le droit de se prononcer sur les préceptes en vigueur. D’après l’islamologue Mohammed Arkoun, c’est un calife du XIIIe siècle qui aurait fermé les portes de la pensée critique. D’autres évoquent plutôt le Xe siècle. Depuis lors, ce sont les princes – puis les États –, les muftis et les oulémas qui déterminent les contours de l’orthodoxie. Autorisés à définir le licite, le déconseillé, le réprouvé et l’illicite, ils peuvent interpréter les textes, ce qui est refusé aux croyants ordinaires. Ce monopole des sages et des érudits sur l’islam étouffe dans l’œuf toute velléité de refonte moderniste. Certains, à l’instar de Tariq Ramadan, avancent que ce sont les musulmans européens qui mettront en œuvre une approche inédite de leur religion, l’Ijtihad ne pouvant y être entravé.

 

Citation. « L'Ijtihad vient de la racine verbale "jhd". Ce verbe signifie "faire effort". L'Ijtihad est celui qui fait un effort novateur d'interprétation. » Abdelwahab Meddeb, écrivain, dans Le Monde.


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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 17:55

Le saviez-vous ?  En dépit d’excellents résultats électoraux, le Front de libération nationale a vu contre toute attente quantité de communes lui échapper lors du dernier scrutin local.

 

Pourquoi ?  En Algérie, le mode de désignation du président d’une assemblée populaire communale s’avère relativement complexe. En cas d’absence de majorité, chaque liste peut envisager de briguer la « mairie ». Cela a engendré des ententes de circonstance entre formations minoritaires en vue de faire barrage aux candidats du FLN, lesquels ont indéniablement souffert d’une opposition entièrement liguée contre eux. Si le parti d’Abdelaziz Belkhadem misait initialement sur la direction de 1000 communes, il n’en récolte au final que 528. Une contre-performance qui s’explique aisément. Avec 52 partis engagés dans la bataille, un émiettement considérable des voix semblait en effet inévitable. La défiance générale à l’égard de la première force politique du pays a fait le reste. Les listes minoritaires ont formé de vastes coalitions, idéologiquement hétérogènes, voire franchement bancales, mais leur permettant au moins de tenir à l’écart du pouvoir les hommes de Belkhadem. Et, pour ne rien arranger, un vent de fronde souffle actuellement sur le FLN, raison pour laquelle certains de ses élus ont refusé d’apporter leur soutien à leur tête de liste, ajoutant des dissensions intestines à une concurrence au mieux impitoyable. Quant à Abdelaziz Bouteflika, chef d’État et président d’honneur du parti, il ne devrait pas se compromettre en intervenant directement.

 

Citation. « Abdelaziz Bouteflika refuse d'intervenir dans les conflits entre personnes et se place au-dessus de la mêlée. » – Un membre de l’entourage du président, dans Jeune Afrique.


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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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