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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 06:08
Présidence Macron, à quoi s'attendre ?

Il n'a que trente-neuf ans. Il n'avait jamais été élu avant de décrocher la magistrature suprême. Il a phagocyté le Parti socialiste. Il a profondément divisé la droite. Il a absorbé le MoDem. Il a transgressé les vieux clivages partisans sans pour autant refondre le catéchisme politique français. Gratifié de l'onction du suffrage universel, Emmanuel Macron entame une présidence aux contours mal définis, dévoilée par bribes et parfois entre les lignes. On a appris, par des reportages et documentaires post-électoraux, qu'il rechignait à déléguer. Son incongru ministère des Armées semble en attester, puisqu'il exclut du périmètre gouvernemental la stratégie de défense, plus que jamais entre les mains du président – et d'une « task force » relativement obscure. On a deviné, par l'emploi des symboles et à travers certaines déclarations, par la marche mitterrandienne et la démarche gaullienne (un chef sans parti), qu'il avait l'intention de sacraliser la fonction présidentielle, de raréfier sa parole, de se tenir (en apparence) au-dessus des formations politiques et des batailles politiciennes. On ignore encore quelle sera la plus-value des pièces rapportées de gauche et de droite, sans oublier celle des centristes et des personnalités issues de la société civile. Quel a été le compromis trouvé entre leurs convictions passées et le programme d'Emmanuel Macron ? Où a été placé le curseur ?

 

Ce que l'on peut en revanche déjà affirmer, c'est que la parité gouvernementale n'est rien d'autre qu'un bel ornement faisant office de cache-sexe. Les postes régaliens, à l'exception d'une Défense considérablement diminuée, sont tous confiés à des hommes. Les trois ministres d'État se nomment, dans l'ordre protocolaire, Gérard Collomb, Nicolas Hulot et François Bayrou. Et si Sibeth Ndiaye a récemment crevé l'écran en tant que conseillère en communication, ceux qui ont l'oreille du président marchent essentiellement à la testostérone, à l'instar d'Ismaël Emelien ou Alexis Kohler. La gauche, en rangs serrés derrière le nouveau président, n'a pas voix au chapitre économique, entièrement remis aux bons soins d'anciens cadres LR : Bruno Le Maire pour l'Économie, Gérald Darmanin pour les Comptes publics et Édouard Philippe en sa qualité de Premier ministre. Le ton a été donné dès la passation de pouvoir à Bercy, à la faveur d'une comparaison hasardeuse : « Dans une famille, on ne dépense pas plus d’argent qu’on en gagne. Je souhaite qu’en France, ce soit exactement la même chose. » On peut d'ores et déjà parier que l'entente sera parfaite avec Berlin. Emmanuel Macron entend respecter scrupuleusement les critères de Maastricht, poursuivre la politique de l'offre initiée par François Hollande et mener des réformes procycliques pourtant décriées de toute part, consistant à ajouter de l'austérité à la crise économique, donc de l'entêtement politique au malheur social. On peut par ailleurs penser, sans grand effort d'imagination, que le projet présidentiel en faveur d’un budget et d’un ministre des Finances de la zone euro fasse long feu. Frédéric Lordon résumerait sans doute la chose de cette façon : l'Europe est allemande et l'Allemagne ne saurait mutualiser quelque effort sans une poussée aiguë d'urticaire.

 

Il faut une bonne loupe pour distinguer quelques nuances entre Emmanuel Macron et la droite d'obédience juppéiste. Les premières réformes annoncées par le président viseront à lutter contre le terrorisme et à flexibiliser le marché du travail : inversion de la hiérarchie des normes, instauration d'un barème sur les indemnités prud'homales, référendum d'entreprise à l'initiative de l'employeur... Rien de très engageant pour qui a quelque chose qui ressemble, de près ou de loin, à une fibre sociale. Mais ce n'est pas tout. Comme le disait élégamment Jacques Chirac, « les emmerdes volent toujours en escadrille ». Ainsi, celui qui a donné à son mouvement ses propres initiales (EM !) doit répondre de ses premiers couacs. À la nomination discutée du très conservateur Gérald Darmanin, qui avait son rond de serviette à la Manif pour tous, succède une approche excessivement maladroite de la presse. Accusé de vouloir verrouiller la communication élyséenne et de chercher à sélectionner lui-même les journalistes qui l'accompagneront lors des déplacements officiels, Emmanuel Macron, en voyage au Mali, a suscité le courroux des rédactions françaises, qui n'ont toujours pas digéré (à juste titre !) « le petit milieu parisien » lâché à Paul Larrouturou le soir de La Rotonde, le désormais fameux « travail de sagouin » adressé à un journaliste des Inrocks ou les insultes proférées à l'encontre de Yann Barthès (« gros connard », « débile profond ») par Sylvain Fort, l'ancien attaché de presse d'Emmanuel Macron, désormais directeur de la communication (sic) de l’Élysée. Nicolas Sarkozy rêvait de fixer lui-même l'agenda médiatique ; François Hollande avait l'habitude de commenter sa propre action à la place des éditorialistes ; Emmanuel Macron « le modernisateur » est bien parti pour perpétuer une vieille tradition française : entretenir une relation heurtée, douce-amère, avec la presse nationale.

 

 

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 15:46
Heurts à Caracas (mai 2017 / photographie extraite du site la-croix.com)

Heurts à Caracas (mai 2017 / photographie extraite du site la-croix.com)

Fin 2016, l'Arabie saoudite fut contrainte de se tourner vers les marchés financiers pour un premier emprunt de grande ampleur. Fort d'un confortable matelas financier encore estimé à plus de 730 milliards de dollars en 2014, le royaume wahhabite, désormais déficitaire, a également dû puiser dans ses réserves à la faveur de la crise pétrolière qui a plongé les cours mondiaux à des niveaux planchers, tutoyant aujourd'hui, péniblement, les 50 dollars. Les revenus de Riyad dépendant aux trois quarts de ses recettes d’hydrocarbures, il a fallu à ses dirigeants amputer de presque 200 milliards de dollars ses réserves de change pour maintenir l'économie à flot. Afin d'entraver l'effondrement du baril (-60% en deux ans), le premier exportateur mondial de pétrole a négocié avec les pays membres de l'OPEP, la Russie et dix autres États une réduction de la production d'or noir de près de 1,8 million de barils par jour (sur un total de 95 millions) au premier semestre 2017. L'accord, prolongé jusqu'en mars 2018 avec la Russie, a pour objectif de faire remonter les cours du pétrole, déprimés par la conjoncture économique mondiale, mais aussi par la production des huiles de schiste en provenance des États-Unis, qui tendent à neutraliser les effets bénéfiques escomptés suite à la réduction coordonnée de l'offre. In fine, les prix demeurent pourtant très volatils et les bons résultats des grandes compagnies pétrolières peinent à masquer un pessimisme au mieux mesuré.

 

Le Venezuela de Nicolás Maduro se porte encore plus mal que l'Arabie saoudite. Toutes les fragilités des économies pétrolières s'y expriment puissance vingt. Et les citoyens attendent d'autant plus impatiemment une hypothétique remontée des cours qu'ils en paient actuellement les pots cassés. On savait qu'Hugo Chávez avait peu oeuvré à la diversification de l'économie vénézuélienne, qu'il était coupable d'avoir sous-investi dans l'agriculture et l'industrie en période faste. On ignorait en revanche à quel point cela allait porter atteinte au pays de la révolution bolivarienne : réserves de change en voie d'épuisement, hyperinflation à trois chiffres, pénuries alimentaires et de produits de première nécessité, manifestations populaires réprimées dans le sang... Le Venezuela se présente comme l'archétype du pays qui importe tout, comptant sur la manne pétrolière pour (sur)vivre au quotidien. Le hic, en temps de vaches maigres, c'est-à-dire quand les cours du baril sont au plus bas, c'est que les devises se raréfient dangereusement et servent essentiellement à assurer le remboursement de la dette. Les pénuries se succèdent alors les unes aux autres et les files d'attente s'allongent à perte de vue devant les supermarchés, dont les rayons se dégarnissent à mesure que les réserves de change s'amenuisent. Aujourd'hui, les manifestations de colère pullulent et l'orage séditieux menace de gronder. La situation paraît d'autant plus explosive que le pouvoir socialiste a tenté d'affaiblir le Parlement en transférant ses compétences au Tribunal suprême de justice, proche des chavistes du PSUV. Un référendum révocatoire devait par ailleurs être organisé par l'opposition, désormais majoritaire à la Chambre, mais le Conseil national électoral, très partisan, continue de s'y opposer. Pendant ce temps, l'hyperinflation bat des records, si bien que le FMI la situait récemment à 720% sur base annuelle.

 

L'Algérie d'Abdelaziz Bouteflika connaît un sort à peine plus enviable. Son addiction avérée au pétrole et au gaz a des répercussions considérables sur l'évolution de son budget. Entre 2015 et 2017, il est passé de 110 milliards de dollars à... 63. La chute, proprement vertigineuse, s'explique en grande partie par la division par deux des cours des hydrocarbures depuis l'été 2014. Il est bon de rappeler que les exportations de matières fossiles représentent 93% des exportations totales et 38% des recettes fiscales du pays ! Comme en Arabie saoudite, les réserves de devises fondent à vue d'oeil : de 177 milliards en 2014, elles culminent aujourd'hui aux alentours de 110 milliards. L'Algérie puise dans son bas de laine pour maintenir le niveau de vie de sa population, tandis que la monnaie nationale, le dinar, a perdu près de 9% de sa valeur face au dollar en 2016, ce qui a eu pour effet de faire grimper l'inflation à 6,4% la même année. Pour ne rien arranger, la TVA a été augmentée et les subventions à l'énergie connaissent des coupes non négligeables. Si elles n'ont rien de comparable avec celles de Caracas, des émeutes ont néanmoins secoué la Kabylie en janvier. Pour éviter de nouveaux affrontements, le pouvoir algérien va devoir résoudre la quadrature du cercle : lutter contre un déficit qui s'élevait à 12,9% en 2016 tout en évitant de recourir à des mesures antisociales qui ne manqueraient pas d'alimenter la grogne populaire. Car il persistera toujours un risque de voir la maladie hollandaise se muer en révolution de jasmin.

 

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 05:06
« Wall-E » : voyage au bout de la terre

Wall-E est une fusée à trois étages.

 

D'abord une trentaine de minutes presque muettes, dépeignant une planète épuisée, éteinte, devenue incapable de donner vie. Des montagnes d'immondices cohabitent avec des gratte-ciel silencieux, vestiges d'un ordre ancien, le capitalisme, dont les dernières traces se résument à quelques panneaux publicitaires et enseignes ostentatoires. Le XXIIème siècle tel qu'imaginé par le cinéaste Andrew Stanton s'apparente à une gigantesque décharge à ciel ouvert, grisante, privée d'âme comme d'espoir, seulement animée par l'allant d'une blatte un peu trop curieuse. C'est là que le robot éboueur Wall-E s'emploie à compacter des déchets qu'il aligne méticuleusement, du matin au soir, jusqu'à ce qu'ils s'étendent à perte de vue, dans un panorama jaunâtre déprimant. Sans courir après la fulgurance, mais avec un magistère remarquable, on donne à voir un monde fini, broyé par la logique productiviste, dépossédé de ses ressources les plus naturelles et précieuses.

 

Vient ensuite la rencontre tant attendue entre le désuet Wall-E et le robot ultra-moderne Eve. Fasciné par son hôte, le petit éboueur increvable – il se répare lui-même avec des pièces recyclées – tente une approche aussi maladroite que périlleuse, avant que le contact ne se noue définitivement. S'amorce alors une romance finement narrée, bien plus engageante que sirupeuse, qui tend à ringardiser immédiatement le genre humain, représenté avec autant d'ironie que d'inquiétude. En quelques plans savamment construits, tout est dit sur l'individu du XXIIème siècle : infantilisé, inerte, obèse, il apparaît constamment rivé à un écran et se laisse transbahuter par des appareils mobiles sans lesquels il semble tragiquement condamné au surplace. L'homme a beau avoir colonisé l'espace, il vit désormais sans rêve ni dessein, d'un consumérisme idiot. Aussi dévitalisé que la planète qu'il a été contraint de quitter.

 

Dans sa partie finale, Wall-E récite ses classiques (notamment le 2001 de Stanley Kubrick) et délivre un message utilement techno-pessimiste. En un subtil défilé de photographies, le capitaine rond et naïf du vaisseau spatial prend conscience de sa servitude volontaire : l'humanité s'est placée seule sous l'autorité des machines, au point de rompre, sans même le savoir, avec cette forme d'autodétermination qui a longtemps fait son histoire. L'argument écologique, dispensé dès les premières images du film, se voit alors doublé d'un discours critique sur le « progrès » technologique, passant notamment par une interrogation franche des règles édictées par Isaac Asimov. Ultime preuve, s'il en fallait, que Wall-E n'est pas seulement beau et plaisant, mais également malin et lucide, sans jamais consentir à la moindre pesanteur.

 

 

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 05:10
« Miller's Crossing » : promenons-nous dans les bois...

Des gangsters en chapeau et imperméable, des rivalités criminelles qui ne s'éteignent que sous un linceul, des manoeuvres cruelles et des profits casuels... Les frères Coen, alors aux prémices d'une carrière florissante, marquent Miller's Crossing du sceau des films noirs, ceux qui placent sur une même ligne, sans discrimination aucune, policiers véreux, hommes politiques corrompus et mafieux de tout bord, tous piteux et tragiques, coincés dans un champ d'action circonscrit, quelque part entre l'opulence et la mort. Dès l'ouverture du métrage, il est question des antagonismes propres au milieu : pré-carré menacé, coups tordus et sentences entre fiel et guerre. Les plans sont travaillés, photographiés avec soin par Barry Sonnenfeld, prêts à accueillir des figures criminelles s'y diluant comme l'encre dans l'eau.

 

Très vite, le spectateur est amené à observer un enchevêtrement d'intrigues et de cadavres issu de l'esprit tordu de Tom Reagan, antihéros sanguinaire campé avec froideur par Gabriel Byrne. Porte-serviette du clan irlandais, il cherche à s'émanciper de ses maîtres, mais aussi à brasser un peu d'argent, même si cela implique de duper son boss, interprété par l'excellent Albert Finney. Difficile d'y être indifférent : l'époque de la prohibition, avec son cortège d'affaires criminelles, constitue le tremplin idéal pour les frères Coen. Ils y filment un animal à sang froid particulièrement retors et cynique, en usant d'un cachet sobre et classique qu'on emploierait volontiers pour le bulletin paroissial du gangstérisme.

 

Miller's Crossing est loin de se borner à son principal protagoniste. Prennent rang à ses côtés des malfrats parfaitement caractérisés, du chien de garde aux dents acérées au petit prince sans étoffe, tous cherchant leur bout de lumière et s'adonnant à tout ce que le milieu peut compter de violence, de trahisons et de coups plus ou moins inspirés. Chez les Coen, une balade dans les bois constitue un ultime chemin de croix, les paris truqués finissent eux-mêmes bidonnés et la hiérarchie criminelle ne s'escalade qu'à coups d'assassinats ciblés et de manipulations machiavéliques. La prohibition n'est finalement que l'arrière-plan d'un vaste théâtre d'égos et de desseins, très bien restitué par des comédiens de la trempe de John Turturro ou Jon Polito.

 

À mesure qu'ils revisitent le film noir à la sauce Scorsese, les frangins, grands clercs, font valoir toute l'étendue de leur savoir-faire : humour noir diabolique, dialogues fusants et incisifs, héros magnifiques et/ou énigmatiques, narration aussi sinueuse qu'orchestrée avec maestria, le tout sous la tutelle d'une mise en scène constamment tirée au cordeau. Surtout, entre un horizon peuplé de figures désespérées et des intrigues mafieuses en cascade, Miller's Crossing s'érige aussi en film de la surdétermination : elle est tour à tour égocentrique, matérielle, violente, passionnelle... Comme si l'homme, être pensant, n'était en fait conditionné que par l'affect, forcément abject dans un tel cadre criminel. Voilà en tout cas une oeuvre maîtresse et séminale, encore loin d'être épuisée.

 

 

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 19:55
« Le repas des fauves » : l'amitié à géométrie variable

Le Centre culturel de Huy proposait hier soir une énième variation du Repas des fauves, pièce de théâtre écrite dans les années 1960 par le scénariste français Vahé Katcha, puis porté au cinéma par Christian-Jaque. Cet étonnant jeu de massacre embrasse d'un seul tenant l'amitié, l'instinct de survie et les pires vilenies, dans une entreprise de relativisation qui touche à l'essence même du genre humain : ses sentiments, sa résilience, ses phobies. Alexis Goslain, le metteur en scène, amène le spectateur à redécouvrir la vie parisienne du début des années 1940, sous l'Occupation allemande, entre collaboration et résistance, souvent contingentées, parfois inavouées. Tout est réglé comme du papier à musique : le temps est enjoué ; le contretemps, sombre et tragique.

 

La phase d'exposition organise l'intrusion du drame dans l'ordinaire : Victor a réuni ses amis les plus proches pour fêter l'anniversaire de sa femme Sophie, qui s'apprête à souffler ses trente bougies. Tous deux habitent un quartier relativement calme, apparemment préservé de la guerre mais pas de la lassitude et des pénuries qu'elle occasionne. Tandis que la soirée s'ouvre sous les meilleurs auspices – champagne, saucisson et... bas nylon –, un attentat vient tout bouleverser. Deux officiers allemands trouvent la mort devant les fenêtres de l'appartement et le commandant SS Kaubach ne tarde pas à s'immiscer parmi les hôtes pour exiger deux otages, certainement promis à la mort en guise de vengeance. C'est au groupe d'amis qu'il revient de décider qui devra être sacrifié...

 

Commence alors une mise en charpie de l'homme prétendument civilisé : l'un déverse sa bile sur son voisin, lui-même occupé à confesser son autolâtrie, pendant qu'un troisième tente à bas bruit de corrompre l'ennemi. Là est toute la teneur du Repas des fauves : sonder l'être dans ce qu'il a de plus mesquin, de plus cruel, de plus égocentrique, dans un contexte de Seconde guerre mondiale qui ajoute de la peur et du malheur (veuvage, blessure de guerre, reniement) à l'indignité. Un groupe d'amis est censé se concevoir comme une micro-société pacifique et inclusive ; ici, il a la trahison pour passager clandestin et une vue oblitérée par les oeillères de Narcisse. La perspective de mourir fait peu à peu tomber tous les masques : on invite les jeunes femmes à se prostituer, on cherche à monnayer son propre salut, on fait valoir son mérite, son statut social ou son utilité, on ment, trompe et manipule. C'est amusant, intemporel et d'une impitoyable lucidité.

 

 

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 20:43
Benoît Hamon : les raisons d'un échec

En cinquième position, à moins de 7%, éliminé dès le premier tour, après que Manuel Valls et Jean-Yves Le Drian, parmi tant d'autres cadres socialistes, aient fort opportunément choisi de filer chez les « marcheurs » d'Emmanuel Macron. Le destin présidentiel de Benoît Hamon se sera finalement résumé à une campagne en demi-teinte, pas dénuée d'idées ni d'intérêt, mais obturée par une personnalité réservée qui préférait dire « nous » là où la monarchie élective inhérente à la Vème république préconise plutôt un « je » sûr de son fait, solennel, presque autoritaire. C'est sans doute là, entre le plomb et l'aplomb, que réside le premier des nombreux écueils qui furent fatals au candidat du PS.

 

Minoritaire au sein de son propre parti, dépositaire malgré lui des années Hollande, dont il fut pourtant l'un des plus célèbres « frondeurs », l'ancien président du Mouvement des Jeunes Socialistes dut notamment faire face à trois candidats charismatiques, leaders incontestés de mouvements politiques agrégés autour d'eux, leur étant entièrement et inconditionnellement subordonnés. Ainsi, face à la verve radicale et impérieuse de Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, contre les élans enflammés d'Emmanuel Macron, le candidat autoproclamé du renouveau, Benoît Hamon, esseulé, semblait un peu fade, jamais assez mordant, au point d'ailleurs d'être snobé par la presse, qui a très vite réduit son champ de vision aux quatre candidats qui se disputaient la faveur des sondages. L'autre grand prétendant à la présidence fut évidemment François Fillon, esquinté par les affaires, démonétisé par les révélations du Canard Enchaîné, mais confirmé à la tête d'une redoutable machine électorale, qui remporta presque toutes les élections locales organisées durant le quinquennat de François Hollande.

 

Si le navire socialiste a coulé – Benoît Hamon a parlé de « sanction historique » –, ce n'est pas seulement à cause des lacunes en communication de son candidat. Ce dernier a certes échoué à construire un véritable récit présidentiel, il a souvent paru effacé lors des débats télévisés, mais son programme n'a pas non plus rencontré l'écho espéré. Quand il a été question du revenu universel, sa mesure-phare, on a moqué une folie dépensière sans même se questionner sur le modèle de société actuel, qui contraint chaque jour des millions de personnes à l'indigence, qui cumule non-recours aux droits sociaux et déficits économiques abyssaux. Quand il a défendu une taxe Sismondi sur les robots, on a argué que le Japon, la Corée ou l'Allemagne menaient déjà la danse industrielle et que la situation française allait encore empirer, alors qu'il s'agissait avant tout de préserver l'État-providence à l'heure de la désindustrialisation et du tout-numérique. L'économiste américain Robert Gordon pourrait certainement valider cette ligne, lui qui croit en une stagnation séculaire engendrée par des nouvelles technologies pauvres en perspectives de croissance. Le débat démocratique en sort escamoté, alors qu'il était déjà considérablement affadi par les affaires, et c'est d'autant plus dommage que les enjeux de demain, notamment écologiques, furent essentiellement portés par Benoît Hamon, là où d'autres se préoccupaient surtout de freiner l'immigration ou de supprimer des postes de fonctionnaire – piètre vision, vous l'admettrez.

 

 

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 08:39
« En quatrième vitesse » : les mystères de l'Ouest

Les années 1950, aux États-Unis, furent marquées par la guerre froide, l'anticommunisme, le maccarthysme et la traque obstinée d'éventuels sympathisants soviétiques. La paranoïa gagnait les arrière-salles de Washington à mesure que les listes noires s'allongeaient et que l'hypothèse d'une attaque nucléaire se profilait à l'horizon. Au moment où fut réalisé En quatrième vitesse, adapté d'un roman de Mickey Spillane, le ciel géopolitique avait déjà viré à l'orage et toute allusion au feu atomique ou à la boîte de Pandore ne pouvait passer totalement inaperçue. Ainsi, en se saisissant d'un MacGuffin indéterminé, Robert Aldrich fit coexister plusieurs grilles de lecture, en appela à la mythologie grecque autant qu'à la menace thermonucléaire, et laissa exprimer un anti-maccarthysme pas tout à fait étranger à une « commission d'enquête criminelle » qu'il tourna volontiers en dérision. Le cinéaste américain sut capter « l'air du temps » et sculpter les grandes peurs d'une bannière en souffrance.

 

Chef-d'oeuvre du film noir, En quatrième vitesse s'amorce à la faveur d'une séquence d'ouverture étourdissante, impliquant un détective privé minable et manipulateur, Mike Hammer, et une jeune femme tout juste évadée de l'asile psychiatrique, Christina. En pleine nuit, sur une route de campagne isolée, ils s'ouvrent librement l'un à l'autre, sans rien savoir du guêpier qui les attend... De bout en bout, sillonnant le récit, les questions affluent et les mystères ne cessent de s'épaissir. Quelle est la véritable histoire de Christina ? À quoi répondent les tentatives de meurtre et les coups fourrés ? Quelle peut bien être la nature de cet étrange objet désiré de tous ? L'enquête menée par le détective Hammer s'empêtre dans des intrigues à trappes et se voit traversée de personnages obscurs, téméraires, infâmes : des flics, des truands, des agents secrets, des vamps et... des cadavres. Pendant qu'il tisse sa trame policière, Robert Aldrich rejette en bloc toute notion de vertu ou d'héroïsme, pour mieux se concentrer sur les ambivalences, les pleutreries et le sadisme des hommes. Il sonde la démence paranoïaque à défaut de décrypter les tréfonds de l'être, dont il se moque, inspirant en cela le Mulholland Drive de David Lynch.

 

En quatrième vitesse bénéficie d'un traitement visuel minutieux, convoquant des clairs-obscurs et des plans inclinés chers à Orson Welles, projetant les ombres à la manière expressionniste, s'abandonnant à des gros plans normatifs ou des prises de vues singulières. Le générique, déroulé à l'envers, contient déjà un premier indice quant à sa teneur non conventionnelle, mêlant poésie et violence dans des séquences tirées au cordeau. C'est tout le métier de Robert Aldrich qui s'exprime en quelques images : les cris d'une femme torturée à l'aide de pinces enfoncées dans le vagin, un plan serré sur des pieds inanimés, le poids grandissant du hors-champ... Une performance dramaturgique réitérée à l'occasion d'un plan-séquence exécuté avec jugement, en orfèvre, dans une salle de boxe. Avec un réel sens du dialogue, fort de l'obstination et de la névropathie d'un antihéros corrompu, Robert Aldrich explore les pulsions, les vanités et les bassesses de l'homme, préférant brouiller les cartes et dynamiter les codes plutôt que se laisser aller à un manichéisme puéril. Derrière l'enquête policière et les figures fétides qui la peuplent, c'est l'Amérique que l'on déshabille d'un regard froid, des psychismes déréglés aux appartements ultramodernes. Un monde de sournoiseries et d'abjections, en voie de désagrégation, n'échappant pas à l'intrusion de l'imaginaire dans le réel.

 

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 20:55
Trump : bombardements et leçons diplomatiques

Chacun est censé savoir que Donald Trump a depuis longtemps chaussé des lunettes mercantilistes et embrassé un corpus idéologique mal défini. Personne n'ignore non plus qu'il est devenu grand clerc dans l'art du grand-guignolesque et de l'inattendu, les deux ayant d'ailleurs chez lui souvent partie liée. Rien pourtant dans la signalétique trumpienne ne laissait présager le carillon diplomatique à l'oeuvre depuis plusieurs jours. Il faut dire que le simple fait d'entraver les retournements d'alliance attendus et d'obtenir un satisfecit des Européens, fût-il mesuré, tenait il y a peu encore du rêve éveillé.

 

« Nous avons fait des progrès spectaculaires dans notre relation avec la Chine », déclarait le président Trump à la suite de la visite officielle de Xi Jinping, son homologue chinois. Pour saisir la pleine mesure de ces paroles lénifiantes, il faut se remémorer les mots durs et vindicatifs tenus à l'encontre de l'empire du Milieu durant la campagne électorale, quand le candidat républicain affirmait sans mésaise ni début de preuve que le « concept de réchauffement climatique » avait été « inventé par et pour les Chinois dans le but de rendre l'industrie américaine non compétitive ». On aurait pu se réjouir du revirement diplomatique si, dans le même temps, Donald Trump ne s'était pas dit prêt à se passer de la Chine pour « résoudre le problème » nord-coréen, ce qui suppose apparemment l'envoi d'un porte-avions nucléaire vers la péninsule, sans doute pour communiquer plus précisément ses intentions à Kim Jong-un.

 

Cette affaire sino-américaine n'est toutefois qu'un détail au regard de l'intervention aérienne réalisée par le Pentagone en Syrie. Pas moins de cinquante-neuf missiles Tomahawk furent lancés contre la base d'Al-Shayrat, en réponse à l'attaque chimique perpétrée (supposément par le régime de Bachar el-Assad) dans la ville de Khan Cheikhoun. L'offensive américaine n'a pas seulement froissé la Russie de Vladimir Poutine, elle a aussi réduit à néant le slogan « America First » et la doctrine isolationniste jacksonienne revendiquée par Donald Trump, selon laquelle il est nécessaire de se recentrer sur la sécurité et la prospérité des Américains. Les plus attentifs noteront que lorsque le nouveau président parvient enfin à fédérer les républicains et à tourner le dos à Barack Obama, il le fait au détriment de ses propres arguments de campagne...

 

Trop souvent occupée à se déchirer, l'Europe a cette fois applaudi en choeur les menées belliqueuses de Donald Trump, malgré la précipitation et une contradiction certaine avec les règles présidant aux affaires internationales. Les pays du vieux continent apprécieront aussi la revalorisation progressive de l'OTAN, pourtant longtemps mise à mal par le nouveau locataire de la Maison-Blanche. La ratification du protocole d'adhésion du Monténégro ne manquera pas de heurter un peu plus les Russes, qui abhorrent depuis toujours cette organisation qu'ils estiment dirigée contre eux. Quoi qu'il en soit, l'isolationnisme américain avait au moins la vertu de fournir des armes affûtées aux partisans d'une défense commune européenne. Il y a fort à parier que l'agitation actuelle de Washington sonne à cet égard comme un retour à la case départ.

 

 

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 14:01
« Perfect Blue » : la douleur des sentiments

Jean Renoir déclarait à propos du cinéma qu'il « consiste à s'approcher de la vérité des hommes, et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes ». On pourrait prolonger sa pensée en arguant qu'il s'agit certes de concevoir une « part de gâteau » à la Hitchcock ou de « sculpter l'espace » tel que le décrit David Cronenberg, mais aussi de sonder les tréfonds de l'être, d'extirper des fosses communes tous les attributs humains, parfois d'apparence insignifiante, qui y demeurent engloutis. Perfect Blue semble s'accrocher à cette conception du septième art comme un moustique à son lampadaire. Il instaure un récit tapissé de doubles fonds et de sous-entendus et préfère au jaillissement incontrôlé d'images une étude de caractère subtile, d'une profondeur abyssale.

 

Les plus crédules entreront dans le film de Satoshi Kon comme dans une confiserie, appâtés par des images de chanteuses acidulées aux chorégraphies réglées comme du papier à musique. La rupture de ton n'en est finalement que plus cruelle. Car tout se passe comme si la moindre oscillation rapprochait un peu plus Mima, la jeune héroïne, d'un enfer terrestre caractérisé par la folie et la perdition. Après avoir pris congé de la chanson, jugée trop « éphémère », elle choisit d'embrasser une carrière d'actrice aux exigences encore insoupçonnées. La transition, douloureuse, s'accompagne des doutes et écueils de circonstance. Bientôt assaillie de visions cauchemardesques, puis hantée par le désarroi, Mima se trouve en outre harcelée par un fan dérangé et mêlée à une série de crimes atroces. Entre exploration introspective et scènes macabres, Perfect Blue engage alors une étourdissante mise en abîme psychologique, doublée d'un discours sur le cinéma qui n'est pas sans rappeler, parmi tant d'autres, le Snake Eyes d'Abel Ferrara, réalisé quelques années plus tôt.

 

Sous ses dehors d'animé pour adultes, Perfect Blue suit la voie des thrillers sensoriels et psychologiques de Brian De Palma ou Roman Polanski. Le cerveau humain y est retors, scruté dans ses recoins les plus sombres, incapable de prévenir ou décrypter ses propres fêlures. Après avoir tourné une scène de viol à lourde charge émotionnelle, Mima va progressivement s'isoler, jusqu'à sombrer dans une paranoïa orchestrée en orfèvre, à coups de fausses pistes et de vraies failles. Alors qu'elle campe une tueuse en série au cinéma, elle voit ses proches disparaître dans des meurtres sadiques, ce qui éveille chez elle un sentiment diffus de culpabilité et des soupçons de schizophrénie. Où se situe la frontière intangible entre la fiction et la réalité ? Jusqu'à quel point sa reconversion professionnelle l'a-t-elle « souillée » ? Ce thème du dédoublement, de la dualité identitaire, éminemment hitchcockien, va se conjuguer à ce qui ressemble fort au giallo de Dario Argento, le tout exposé à la lumière d'allusions multiples – reflets, jeux de miroir, rêves, hallucinations, boucles temporelles, indistinction grandissante entre le réel et le virtuel (en ce y compris l'Internet embryonnaire).

 

C'est par ces éléments moteurs, essentiellement d'ordre psychologique, que Perfect Blue donne véritablement sa pleine mesure. Cérébral, inquiétant, teinté de désespoir et parfois onirique, le film de Satoshi Kon épingle la société du spectacle, le vedettariat et tout ce qui constitue traditionnellement leur bras armé : l'aliénation médiatique, l'autonomie des fantasmes, l'otakisme et ses fans hystériques, les agents névrosés... Mima n'est finalement qu'un énième pavé jeté dans la mare : en se confondant tour à tour avec un meurtrier, un fan déçu ou un ersatz d'elle-même, elle appuie une juxtaposition de points de vue qui brouille le récit autant qu'elle éclaire les torsions de réalité, induites par une psyché fragile et par les éruptions brutales du monde du divertissement. « J’aime bien me connecter sur ton site, j’ai l’impression d’être relié à ton existence », voilà peut-être la phrase-clef de Perfect Blue, celle qui dévoile le mieux la mécanique artificielle qui semble continuellement chercher à se brancher sur un réel de plus en plus trouble.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 19:34
Comment François Fillon parasite l'élection présidentielle

En France, l'élection présidentielle tient traditionnellement lieu de climax politique. Elle enregistre des chiffres de participation en nette hausse par rapport aux scrutins locaux, elle passionne les citoyens même les plus défiants et mobilise, comme nulle autre, la presse et les intellectuels. Pourtant, à moins de deux mois du premier tour, les confrontations projet contre projet persistent à s'effacer derrière des considérations connexes et souvent mineures, dont l'affaire Fillon n'est pas la moindre. Le PenelopeGate, qui porte en son sein tous les soupçons d'emploi fictif entourant l'épouse du candidat LR, se veut aujourd'hui doublement pénalisant pour la démocratie française : d'abord parce qu'il interdit un débat serein sur les grandes questions censées affecter l'avenir du pays ; ensuite parce qu'il fait le jeu du Front national, dont les propres scandales sont passés sous silence et qui peut en outre servir sur un plateau (d'argent évidemment) ses discours populistes contre les élites corrompues. Après avoir eu droit aux manoeuvres empesées de Benoît Hamon pour repousser dans son giron Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, les Français doivent maintenant endurer tous les entrelacements du PenelopeGate. Un jour, on s'amuse à répertorier les anciennes déclarations de vertu de François Fillon, qui se retournent désormais contre lui. Une autre fois, on évoque un éventuel retour d'Alain Juppé, le candidat défait des primaires, sans même s'interroger sur le programme qui lui permettrait de mener campagne. Celui adoubé par plus de quatre millions d'électeurs de droite et du centre ou celui, plus modéré et protecteur, en lequel il croit vraiment ? Ensuite, égrenées comme un feuilleton par voie de presse, on découvre les basses intrigues de Christian Estrosi, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, lesquelles font suite à une série de défections laissant penser que, cette fois, c'est le navire qui quitte le rat, et non l'inverse comme le veut l'adage. Enfin, on observe, las, cette manifestation du Trocadéro « contre les juges et les médias », si déterminante qu'elle éclipse même le programme – enfin éventé – d'Emmanuel Macron, pourtant rarement boudé par les journalistes, comme aime à le rappeler Acrimed. Cette négation de la confrontation politique laisse une drôle d'impression, amère et sans doute durable : celle d'un microcosme en consanguinité avec les « affaires », pour qui les idées et les réformes comptent si peu qu'elles disparaissent sous le linceul de l'ambition personnelle ou de prébendes injustifiées.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito Politique
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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