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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 11:25
Sans valeurs, l'Europe dévalorisée

Certains événements se distinguent comme des grains de poivre dans une salière. Ceux de Charlottesville, en Virginie, ne font pas seulement froid dans le dos, ils témoignent d'une histoire récente trop souvent marquée par le racisme et la xénophobie, eux-mêmes incubateurs de toutes les fractures qui traversent actuellement les sociétés occidentales, entre autochtones et allochtones, mais aussi entre mouvements radicaux de gauche et de droite. Aux États-Unis, des manifestants issus du Ku Klux Klan et de mouvances néonazies se sont violemment opposés au retrait d'une statue du général Robert Lee, un héros de guerre sudiste, cadre des armées confédérées durant la guerre de Sécession. L'Espagne et la France, pour ne citer que ces deux exemples, ont eux aussi à supporter ces polémiques historiques extrêmement vives, où l'on s'écharpe volontiers au sujet de la colonisation, du franquisme ou du vichysme. Et si Washington doit composer avec les déclarations intempestives, irréfléchies et indignes du président Donald Trump – qui renvoie dos à dos activistes de gauche et néonazis –, Paris, Londres, Rome ou Amsterdam ont quant à eux maille à partir avec la marée montante du populisme de droite, qui redéfinit touche par touche les valeurs autour desquelles s'est constituée l'Union européenne.

 

C'est à ce moment de l'histoire qu'il convient de rappeler que l'Europe s'est montrée incapable d'absorber un afflux de réfugiés représentant à peine 0,2% de sa population, quand le fragile et multiconfessionnel Liban a crû dans le même temps de 25% en raison de l'accueil de nombreux Syriens fuyant la guerre civile et la dictature de Bachar el-Assad. Pis, l'UE a négocié un accord avec la Turquie autoritaire d'Erdoğan lui permettant de bouter la question migratoire hors de ses frontières, dans un pays où le droit d'asile est tout sauf constitutionnellement garanti. Suivant l'exemple d'une politique délirante, en délicatesse puis en contradiction avec les valeurs qu'elle a toujours défendues, l'extrême droite y est elle aussi allée de sa petite initiative personnelle : Génération identitaire a affrété un navire qui patrouille en Méditerranée et cherche à court-circuiter les ONG y venant en aide aux migrants. Derrière cette problématique migratoire se cachent, comme souvent, d'importants enjeux électoraux. C'est à qui maniera le mieux les alibis, devenus inexpugnables, du malthusianisme économique* et du terrorisme islamique, le tout à la lumière d'un conservatisme judéo-chrétien qu'on avait trop tôt enterré. Et puisque tous les amalgames semblent aujourd'hui permis, le paradoxe jadis épinglé par le sociologue américain Charles Anderson, selon lequel des enfants plus diplômés ne parviennent pas nécessairement à accéder à un statut social plus élevé que leurs parents, alimente lui aussi, plus que de raison, une rancoeur injustifiée à l'encontre de l'étranger, tenu responsable à la fois du chômage, de la modération salariale, des déficits publics et du trou de la sécurité sociale.

 

La double pensée très orwellienne des nationalistes, patriotes, néonazis, xénophobes et comparses est au mieux édifiante. Reprenant malgré eux à leur compte ce que l'ethnologue Claude Lévi-Strauss a si justement décrit (« rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit »), ils ont beau jeu de qualifier de « supérieure » leur « civilisation », ce en raison des Lumières, de la démocratie, de la prééminence du droit sur l'arbitraire et enfin des valeurs occidentales d'humanité, mais rejettent en bloc ce bel ensemble dès lors qu'il s'agit d'en faire la démonstration en faveur des plus faibles, c'est-à-dire des réfugiés et des misérables. Versant volontiers dans les trois figures rhétoriques de la dénégation établies par le sociologue Stanley Cohen, les radicaux et extrémistes de droite alternent, partout sur le vieux continent, le déni littéral (« Le racisme a disparu, mais... »), le déni interprétatif (« Il y a bien une animosité vis-à-vis des étrangers, mais c'est uniquement pour des raisons économiques. ») et le déni d'implication (« Il existe très certainement des personnes racistes, mais ce n'est pas mon cas. »). De Stanley Cohen, on retiendra par ailleurs la notion de panique morale, très utile en ces temps de repli identitaire. Elle s'applique quand un événement, une personne ou un groupe social est perçu comme une menace pour les intérêts ou les valeurs d'une société donnée. Voilà qui entre étrangement en résonance avec certains discours faisant état d'une incompatibilité présupposée entre les valeurs occidentales – ou européennes – et une certaine religion désormais diabolisée.

 

Les antiracistes de tout bord argueront à raison que les adversaires de l'immigration se trompent de cible. Aveuglés par la haine et quelques idées préconçues solidement ancrées, ils en oublieraient presque le néolibéralisme générateur de détresse sociale, l'évasion fiscale qui appauvrit tragiquement l'État-providence ou les concentrations de richesse de plus en plus insupportables telles que définies par l'économiste français Thomas Piketty. Ils pourraient aussi leur rappeler que depuis le 11 septembre 2001, sur 85 attaques terroristes recensées aux États-Unis, 62 furent le fait de suprémacistes blancs – et non de terroristes djihadistes comme on aime à le scander. Ou leur apprendre qu'historiquement, ce sont les industriels qui ont organisé l'immigration en France, pour asseoir le développement économique du pays, et ce au moyen d'une Société générale de l'immigration, organisme patronal créé dans les années 1920. Qui sait, une anecdote pourrait peut-être les inciter à réfléchir : à la fin des années 1930, une partie de ceux qui fuyaient la guerre civile espagnole finirent, suite aux réformes d'Édouard Daladier, dans des camps dits « de concentration », pour des motifs fallacieux d'ordre public. Ces frères hispaniques, de républicanisme à défaut d'être de sang, mourront parfois de maladie ou d'épuisement. Et ces mêmes installations, aussi rudimentaires que déshonorantes, serviront ensuite à ostraciser la « vermine » juive durant la Seconde guerre mondiale, avec le résultat que l'on sait.

 

* Le malthusianisme économique, de l'économiste et prêtre anglican Thomas Malthus, soutient notamment que le travail est une valeur finie, non évolutive, que les travailleurs se partagent entre eux. En 1990, l'économiste canadien David Card a réfuté cette théorie en étudiant l'impact (neutre ou légèrement positif) de l'arrivée d'environ 90 000 Cubains à Miami, concluant à l'absence de tout effet négatif sur le salaire et les postes pourvus par les Américains (que ce soit en nombre ou en qualité).

 

 

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 08:44

C'est d'une voix vibrante que Manuel Valls, Nathalie Kosciusko-Morizet et Marine Le Pen ont exprimé des doléances semblables, en des termes presque identiques. Selon eux, étudier les phénomènes incubateurs du djihadisme tiendrait en quelque sorte de la forfaiture. Du PS au FN, encore affectés par les attentats de Paris, on a cru bon de délégitimer par anticipation la parole des chercheurs en sciences sociales, ceux qui précisément s'emploient à identifier les déterminismes pouvant aboutir au terrorisme. Les explications objectives, ils n'en ont cure. Ils préfèrent ventriloquer, rétorquer que la société n'est en aucun cas responsable des drames et des radicalisations, ce que personne n'a jamais songé à contester. Ils craignent que la recherche ne finisse par exonérer l'individu de ses actes, de ses crimes, de ses abominations, comme si elle avait vocation à empiéter sur le terrain judiciaire et pénal. Comme si expliquer revenait in fine à excuser. Ils se trompent, leurrent leurs partisans et défendent, de surcroît, une position des plus hasardeuses. Parce que se prémunir face aux risques nécessite impérativement d'être en mesure de les appréhender, donc de s'en donner les moyens. Et c'est justement là que la science doit faire son oeuvre. Encore récemment sur France Culture, le journaliste Brice Couturier cherchait à confondre les sociologues en usant de sophismes désormais amplement rebattus : pourquoi alléguer tel ou tel déterminisme alors même que rien ne peut disculper les terroristes ? Sous ses dehors rationnels, l'interrogation sonne pourtant comme un non-sens. Car il ne s'agit aucunement de transférer la faute – morale, criminelle, politique – d'une structure – l'individu – à une superstructure – la société –, mais bien de mettre en lumière des processus, sociaux ou psychiques, de nature à favoriser les phénomènes d'endoctrinement et de radicalisation. Pour tenter de les prévenir et de les combattre. Qui osera prétendre que c'est accessoire, stupide ou inutile ?

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Édito Société
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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 15:48

Si le sujet n'était à ce point préoccupant, faire chorus avec l'opéra-rock Starmania pourrait prêter à sourire. Il serait pourtant inapproprié d'ironiser tant le diorama mondial actuel rompt avec toute tentative de cohésion sociale, d'élévation morale, de tempérance humaniste. Ce n'est pas un hasard si les compteurs intellectuels se mettent brusquement à disjoncter : nos sociétés ne se traduisent plus qu'en égoïsmes économiques, stéréotypes raciaux et outrances mouvantes, lesquels débouchent tout naturellement sur les menées récupératrices des extrêmes.

 

L'Everest de l'irresponsabilité a pour base tellurique la logique exclusivement comptable aujourd'hui en oeuvre dans toute l'Europe. Le politique s'est effacé derrière l'économique et le financier, eux-mêmes mis au ban par des bilans déshumanisés d'actifs et de passifs, faisant bien peu de cas des peuples grecs, espagnols ou portugais. Ces mêmes mécanismes avaient auparavant présidé au Caracazo de 1989, quand des émeutes mortifères secouèrent le Venezuela de Carlos Andrés Pérez, asphyxié par une cure d'austérité visant à flatter le FMI. En Grèce, la potion est d'autant plus amère que les « institutions » en appellent ouvertement à la préservation des intérêts des plus riches... au nom d'une énième variation de la courbe de Laffer. La pensée orthodoxe, unique et sclérosée, hier ultralibérale, aujourd'hui austéritaire, a également voix en France, dans un « cercle de la raison » cher à Alain Minc, devenu le prolongement naturel d'un recrutement déficient des professeurs d'université. Dans les cursus, les économistes hétérodoxes se trouvent en effet en voie de disparition, sous-représentés et masqués par les brumes épaisses d'une orthodoxie désespérément unidimensionnelle. Oeuvre salutaire, dans un ouvrage pertinemment intitulé Les imposteurs de l'économie, le journaliste Laurent Mauduit démonte pièce par pièce un système faisandé, marinant dans une doxa néolibérale, fait de compromissions et de collusions d'intérêts.

 

Mais le drame ne s'arrête pas aux portes du Berlaymont ou de Bercy. Le monde culturel ne sort pas indemne d'une actualité agitée. Aux budgets en voie de désagrégation s'ajoute une intolérance qui se rappelle régulièrement à notre bon souvenir. Ainsi, les catholiques intégristes de Civitas ont ces dernières années pris à partie les artistes Andres Serrano, Rodrigo García et Romeo Castellucci, coupables de blasphèmes, tandis que les islamistes radicaux opèrent, dans le sang, en Syrie, au Mali, en Irak et ailleurs. L'attentat du cinéma Saint-Michel à peine oublié que des quidams à l'esprit étriqué reproduisent l'intolérance, plus modestement certes, à l'endroit de Paul McCarthy (« Tree », sur la place Vendôme) ou Anish Kapoor (« Dirty Corner », dans les jardins de Versailles). Pour peu, on croirait revenir au temps de l'abbé Louis Bethléem, « père Fouettard de la littérature », ou à celui de l'album Aux armes et cætera, de Serge Gainsbourg, qui essuya les tirs croisés du journaliste Michel Droit et des associations d'anciens combattants.

 

Au seuil de tous les excès, la parole se cuirasse et se libère. On subvertit les faits, on porte le fer partout, on répand sans discontinuer des boniments de camelot. Combien de discussions de comptoir où l'on piétine la présomption d'innocence comme si l'affaire Richard Roman n'avait jamais eu lieu ? Combien, au cours de ces mêmes saillies, occultent l'héritage anti-peine de mort de Robert Badinter ? Plus généralement, dans ce contexte de dépolitisation et du « tous pourris », que vaut encore le pacte social de Jean-Jacques Rousseau ? Plus grand-chose. « Ou le luxe est l'effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession, l'autre par la convoitise », peut-on lire dans son Contrat Social. En laissant s'accroître les inégalités, mais aussi en confisquant trop souvent la démocratie, c'est tout l'héritage des Lumières que l'on finit par corrompre et réduire en charpie.

 

Faut-il dès lors s'étonner qu'un intellectuel comme Thomas Piketty rencontre un tel écho ? S'il fait l'objet de critiques, l'économiste français a néanmoins l'immense mérite de questionner avec rigueur un modèle capitaliste aux limites désormais éprouvées. Dans une société à faible croissance et à natalité contenue, nous dit-il, le patrimoine tend à se concentrer entre les mains de quelques rentiers profitant d'un rendement du capital élevé pour s'enrichir toujours plus. Si l'Américain Simon Kuznets a cru en une convergence socioéconomique naturelle, les archives successorales et les sources patrimoniales tendent au contraire à démontrer des phénomènes inégalitaires allant crescendo. D'où viendra le salut ? Voilà le point par lequel devraient confluer tous les débats publics. Certainement pas, en tout cas, de l'ISDS et de ses tribunaux d'arbitrage internationaux, désignés pour régler les différends entre investisseurs et États, avec la jurisprudence que l'on sait...

 

Pendant ce temps, par commodité, beaucoup se complaisent à taxer l'étranger de tous les maux. L'immigré sert de bouc émissaire à tous ceux qui refusent d'appréhender l'extrême complexité du monde, dont les ramifications politiques, sociales et économiques s'enchevêtrent jusqu'à former des noeuds impossibles à dénouer. Il est vrai qu'il est tentant de succomber aux sirènes d'un discours lénifiant, schématique et populiste quand, en face, on nous propose d'étudier les problèmes démographiques, les questions liées aux métiers en pénurie et aux postes vacants ou les bienfaits supposés du multiculturalisme (oserait-on encore les évoquer ?). C'est ainsi que certains en arrivent à marcher sur les brisées de l'extrême droite. À ceux-là, il conviendrait de rappeler que le lieu de naissance ne saurait enserrer les hommes à jamais, que chacun doit pouvoir prétendre à la liberté et à la sécurité, que les Érythréens et les Syriens demeureront de tout temps nos égaux, et que le monde ne se résument pas à quelques courbes en cloche et statistiques biaisées. N'en déplaise à ce cher Alain Destexhe, qui n'a décidément de libéral que l'étiquette politique, l'immigration tient aujourd'hui sans doute plus de la solution que du problème.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Carte blanche Société
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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 20:05

Au milieu du 19ème siècle, en Europe occidentale, il n’est pas rare qu’une femme accouche chez elle, en pleine rue, voire à l’épicerie du coin. Bien que des maternités offrent leurs services aux futures mères, beaucoup préfèrent encore recourir aux sages-femmes et mettre au monde leur enfant à domicile. D’autres, moins chanceuses, se voient contraintes de vivre l’« heureux événement » en milieu inhospitalier. Mais ces dernières sont-elles pour autant plus à plaindre que les patientes de l’Hôpital Général de Vienne ?  Permettez-nous d’en douter.

 

Quand le Dr Ignaz Semmelweis prend la direction du service d’obstétrique de cet établissement autrichien, le taux de mortalité lié aux accouchements y crève tous les plafonds. À l’époque, mieux valait perdre les eaux au beau milieu d’une bagarre de bistrot plutôt que parmi les obstétriciens de la maternité viennoise. Entre 1841 et 1846, la fièvre puerpérale y cause en effet la mort de presque 10 % des patientes transitant par le pavillon des médecins. Détail qui a son importance : dans le même temps, le pavillon des sages-femmes gravite, lui, autour des 4 % !  Vous n’en croyez pas vos yeux ?  Eh bien, les demi-dieux en blouse blanche non plus !  Plus embarrassés qu’un voleur de crottin pris en flagrant délit, ils cherchent à se dédouaner en avançant des explications sans rime ni raison. Ainsi, ils incriminent, sans le moindre scrupule, leur patientèle, accusée de somatiser ou de se livrer à de piètres régimes alimentaires, mais aussi les « miasmes de l’atmosphère viciée des salles d’accouchement » ou encore le stress induit par la présence de praticiens hommes – la médecine restant, rappelons-le, leur domaine réservé à cette époque.

 

À boire et à manger, donc. Devant l’inanité patente des arguments déployés, Semmelweis décide de prendre le taureau par les cornes. Une question le taraude particulièrement : pourquoi les patientes du pavillon des sages-femmes contractent-elles moins souvent la fièvre puerpérale que celles soignées par les obstétriciens ?  Tandis que notre homme rassemble des éléments pour percer ce mystère, le hasard vient quelque peu lui faciliter la tâche. La mort soudaine d’un professeur qu’il tenait en haute estime lui montre en effet la voie à suivre. Malencontreusement coupé au doigt par un élève distrait qui réalisait une autopsie, il développa rapidement des symptômes en tous points similaires à ceux des patientes de l’Hôpital Général – pleurésie bilatérale, péricardite, péritonite, méningite. De toute évidence, le vieil homme avait succombé à l’inoculation de particules cadavériques dans son système vasculaire. Semmelweis, clairvoyant, sait qu’il tient là une piste sérieuse.

 

Il décèle sans tarder ces mêmes particules dans le flux sanguin des patientes décédées au sein de sa maternité. Alors même que les autopsies se répandent comme une traînée de poudre dans les hôpitaux universitaires – quoi de mieux, pour apprendre, que d’opérer directement sur les organes ou le sang ? –, les cas de fièvre puerpérale évoluent en corrélation directe avec elles. Dans les faits, les femmes perdant la vie lors d’un accouchement sont immédiatement transférées en salle d’autopsie, accompagnées par les obstétriciens et les internes. Une fois l’analyse du cadavre dûment effectuée, ces mêmes médecins regagnent la maternité pour y mettre au monde d’autres enfants. Entre les deux actes médicaux, ils se contentent, au mieux, de se rincer sommairement les mains. Voilà, grossièrement résumé, comment les futures mères contractent la maladie qui leur est fatale. C’est donc – ô surprise ! – aux praticiens eux-mêmes que revient l’entière responsabilité du décès de leurs patientes.

 

Têtue comme une mule bretonne, la communauté médicale attendra cependant presque vingt ans avant d’accepter (enfin) la théorie des germes. Semmelweis, lui, avait déjà tout compris depuis bien longtemps. Et puisque la fièvre puerpérale résultait manifestement d’un cruel manque d’hygiène, il imposa aux obstétriciens exerçant dans son service de se désinfecter les mains à l’eau chlorée avant de rejoindre les salles d’accouchement. Un geste simple comme bonjour, qui sauvera chaque année, à l’Hôpital Général, des dizaines de vies. C’est ainsi que le Dr Ignaz Semmelweis entra dans l’histoire, bien avant que Louis Pasteur ne défende à son tour les vertus de l’asepsie.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Société
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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 19:50

Victoire posthume pour Margaret Thatcher : son fameux slogan politique – « There is no alternative » (TINA) – semble définitivement avoir le vent en poupe. Décliné à l’infini, ivre de certitudes, il gagne tant les masses populaires que les milieux autorisés, tenant désormais lieu de dogme inébranlable. Qu’il s’agisse de préoccupations locales – enrayer la récession, réinventer le rôle de l’État – ou de considérations mondiales – promouvoir la paix, combattre la faim, mettre un terme à l’analphabétisme –, le même message sournois revient en effet avec une régularité de métronome : procéder autrement est impossible, nous sommes sous le coup d’un contexte général. Tout au plus, les discours d’apparat, de pure forme, prennent alors le relais, contraignant – au hasard – les marchés financiers à faire le dos rond, puisqu’ils portent si bien le chapeau.

 

Refusons d’entrée de jeu le titre peu flatteur d’idiot du village : sous leurs faux airs de passages obligés, ces renoncements perpétuels cachent en réalité un manque de courage, une absence de vision ou, pis encore, une indifférence coupable. Ainsi, à peine énoncée, la moindre piste de réflexion jugée iconoclaste est immédiatement rejetée et battue en brèche par des bataillons de soldats bercés à la douce mélodie du « TINA ». Leur solution ? Attendre sous l’orme, sans broncher. Autrement dit, la résignation pure et simple, sans conditions. C’est ici que s’impose une piqûre de rappel grandement salutaire.

 

La guerre des idées

 

Alors que le taux de mortalité postopératoire crevait à l’époque tous les plafonds, Ignaz Semmelweis et Louis Pasteur ont fait preuve d’une rare pugnacité en vue de défendre les vertus de l’asepsie. En dépit des réticences d’une communauté scientifique aveuglée par ses certitudes, ils ont tous deux contribué à la démocratisation des règles hygiéniques les plus élémentaires, sauvant au passage un nombre incalculable de vies. Autre contexte, mais même opiniâtreté avec Temple Grandin, spécialiste en zootechnie diagnostiquée autiste durant l’enfance. Docteur et professeur en sciences animales, l’Américaine a révolutionné les conditions d’élevage et d’abattage grâce à ses recherches. Comme nombre de visionnaires, elle s’est heurtée avec violence aux résistances d’esprits trop étroits, auxquelles sont venus se greffer le dénigrement et la discrimination. Parmi ces fortes têtes qui ont pesé sur le cours de l’Histoire, Robert McNamara occupe indéniablement une place de choix. Cet économiste passé par la direction du département de la Défense a toujours eu un pied dans le monde des affaires. Ainsi, chez Ford, il a dû batailler ferme pour promouvoir la ceinture de sécurité, avec le résultat que l’on sait. Continuons dans le domaine des idées. Il se trouve que les petits génies d’Intellectual Ventures en ont à la pelle. Avec des bouts de ficelle – on exagère à peine –, l’équipe de Nathan Myhrvold, un ancien de Microsoft, développe des dispositifs techniques visant à éradiquer la malaria ou à lutter contre le réchauffement climatique. Sur leur route : une armée d’adeptes du « TINA », prêts à en découdre pour défendre… l’inaction.

 

Les petits ruisseaux font les grandes rivières

 

N’en déplaise à tout ce que le mouvement « TINA » compte de fondamentalistes, certaines alternatives à haute portée nous attendent au prochain coin de rue. Ceux qui en doutent se laisseront peut-être convaincre par les anecdotes de l’Histoire. Après tout, le biologiste et pharmacologue britannique Alexander Fleming n’a-t-il pas découvert la pénicilline du simple fait de sa négligence ? La révolution de 1830, à l’origine de la Belgique, n’a-t-elle pas eu pour élément déclencheur une quelconque pièce jouée au Théâtre de la Monnaie ? Ne doit-on pas les révolutions arabes, ou du moins leur chronologie, au désespoir du jeune Mohamed Bouazizi ? Combien de Bill Gates et de Steve Jobs en herbe expérimentent aujourd’hui dans leur garage ou leur grenier, avec les moyens du bord ? Parmi eux, combien contribueront un jour à changer la face du monde ? Quid enfin de toutes ces découvertes et inventions liées au hasard ? Citons pêle-mêle l’acier inoxydable, le Viagra, le phonographe, le Velcro, le four à micro-ondes ou encore l’imprimante à jet d’encre. Soit autant de coups portés au dogme « TINA ».

 

Bien sûr, plusieurs bémols viennent immanquablement tempérer notre enthousiasme. Il en va notamment ainsi de la précarisation des carrières scientifiques, due notamment aux contrats de mission ou de courte durée. Cette instabilité qui ne dit pas son nom pourrait mettre à mal les trouvailles fortuites, en impactant drastiquement le temps dévolu aux recherches. Faut-il pour autant crier au loup ? Rien n’est moins sûr. La planète n’est pas plus aujourd’hui qu’hier en passe de faire du surplace. Ce n’est pas demain la veille que les esprits visionnaires vont soudainement prendre la tangente.

 

Toute résignation sonne comme une défaite

 

Pour schématiser, disons simplement que les artisans du renoncement omettent volontiers les grandes conquêtes de l’aventure humaine. Plutôt que de mesurer les progrès accomplis, ils préfèrent pointer du doigt les insuffisances et dysfonctionnements auxquels nos sociétés se heurtent. Cette attitude désabusée, défaitiste jusqu’au bout des ongles, ouvre la porte à toutes sortes de raccourcis malvenus. La réalité factuelle s’inscrit pourtant à mille lieues de ces grilles de lecture par trop simplistes. C’est en effet peu dire que les avancées sociétales, techniques, industrielles et scientifiques enregistrées ces cinquante dernières années ont bouleversé notre quotidien, contribuant au passage à l’émancipation des femmes et à la tertiarisation de l’économie. Bien qu’il s’agisse d’un mouvement d’escargot, la démocratie et les droits de l’homme gagnent eux aussi du terrain, tandis que l’État-providence se redessine par à-coups. Dans le monde occidental, les minorités ont progressivement acquis des droits qui se refusaient jusqu’alors à eux. En Asie, la microfinance, si chère à Muhammad Yunus, a permis à des milliers de pauvres de développer une activité économique pérenne, améliorant par ricochet leurs chancelantes conditions de vie. Aux États-Unis, quarante-cinq années à peine après le fameux discours de Martin Luther King, Barack Obama accédait à la fonction suprême.

 

« There is no alternative ». Ils le martèlent à l’envi, comme dans un mauvais rêve. De quoi donner de l’urticaire à n’importe quel idéaliste. Aujourd’hui, les résignés se comptent en légions, de telle sorte qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Pourtant, s’il est indéniable que le désert ne se peuple pas en trois jours, il reste que les grands enjeux contemporains sont à notre portée. L’humanité concentre un savoir et une expertise incommensurables. Au nom de quoi ne pourrait-elle pas réitérer les succès d’hier ? Est-il vraiment plus difficile de combattre les inégalités que la fièvre puerpérale ou la poliomyélite ? Va-t-on trébucher sur le réchauffement climatique alors même que l’on a vaincu des pandémies hautement mortelles ? Si Abraham Lincoln est parvenu à abolir l’esclavage, Barack Obama et ses successeurs ne pourraient-il pas venir à bout d’une récession destructrice d’emplois ? Enfin, la réponse à la discrimination systémique ne résiderait-elle pas dans l’empowerment ?

 

Au cours de l’Histoire, l’homme a franchi bon nombre d’obstacles. Il a toujours su s’adapter aux circonstances et venir à bout des adversités. Cela, la nébuleuse anonyme du « TINA » aimerait que nous l’oubliions. Ne lui faisons pas ce plaisir.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Société Carte blanche
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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 19:45

Coup de gueule à l'adresse de ceux qui se montrent prompts à amalgamer, à stigmatiser, à caricaturer, à opposer un « nous » autocentré et ethnocentrique à un « eux » exclu du simple fait de ses origines, ses croyances ou sa culture.

 

Ne vous fiez en aucun cas aux divagations hallucinées des « commentateurs » du Web : l’islamophobie n’a rien, vraiment rien, d’une tarte à la crème. Y croire, c’est se laisser bercer par la douce symphonie des illusions. C’est succomber au bagou populiste des ethnocentristes refoulés – et il y en a des tonnes, croyez-moi. Beaucoup, sur la Toile (et ailleurs), en sont encore à défendre l’idée que le racisme et la xénophobie ont tout de phénomènes largement fantasmés. Pis, en bons marchands de sable, ils avancent sans broncher que les musulmans se « victimisent » volontiers pour mieux servir leurs intérêts – forcément sournois, cela s’entend. L’usine à clichés tourne en réalité à plein régime. Il faut dire que la clientèle, déjà bien abrutie par TF1 et RTL, s’est en outre délestée des journaux – chronophages et inutiles –, des bouquins – poussiéreux et encombrants – et même, parfois, de toute instruction digne de ce nom – sans doute à la fois chronophage, inutile, poussiéreuse et encombrante. Aussi, les aveugles, du Web ou d’ailleurs, abreuvés jusqu’à plus soif de lieux communs, non contents de porter des œillères de la taille d’un porte-avions, voient la communauté musulmane d’un mauvais œil et à travers le prisme – clinquant – de la différenciation culturelle. Résultat : l’image, déformée comme s’il s’agissait de pâte à modeler, d’une nébuleuse cherchant à tout prix à mettre la main sur l’Europe, pauvre fillette débraillée, en pleurs et sans défense, pour y imposer ses propres lois, évidemment moyenâgeuses et liberticides.

 

Mais revenons-en à nos chers « commentateurs » du Web. Protégés par l’anonymat que leur confère la Toile, ils se rêvent en fossoyeurs de l’islam. Vaste projet, comme dirait l’autre. Déjà agaçants – euphémisme – quand ils désarticulent la langue française à mesure qu’ils sèment les idées reçues et les amalgames, ils ont en outre le toupet de taxer de pensée unique à peu près tout discours contraire au leur. Vent debout contre ces « satanés islamistes » – intitulé qui englobe à leurs yeux tous les musulmans, ou presque –, ils investissent les forums de leur haine dégoulinante, tapotant leur clavier avec la verve d’un tétraplégique sous hypnotiques. L’idiotie de ces internautes islamophobes a atteint de tels sommets que même le Kilimandjaro en pâlit de jalousie. Équipés de toute la panoplie du prêt-à-penser, toujours sur le pied de guerre, ces fantômes du monde virtuel restent perpétuellement à l’affût du moindre article à hanter, celui qui osera mentionner, ne serait-ce qu’une seconde, n’importe quel pays musulman.

 

Pollueur de forums, une vocation tout sauf en pénurie. Affichant fièrement leur propension à tout réduire à la question religieuse, les islamophobes planqués derrière leur écran vous bassineront avec les terroristes perchés dans les massifs montagneux alors même que vous évoquiez naïvement la reproduction des limaces en altitude. Et, une fois sur la défensive, ils se mettront, sans scrupules, à réécrire l’histoire, à user d’arguments spécieux, à chercher des poux dans la barbe d’Oussama Ben Laden. Avec une terminologie empruntée au Troisième Reich et des acrobaties sémantiques à faire hurler un Académicien, ils s’échineront à mettre en pièces votre maudite « tolérance » ou, pis encore, votre exécrable « ouverture d’esprit ». On ne plaisante pas, au grand jamais, avec les bouffeurs autoproclamés de muslims.

 

Forts d’une répartie de cour de récréation doublée d’une subtilité de bichon maltais, les racistes de tout poil paraissent définitivement en bonne voie pour rejoindre les bas-fonds du genre humain. Là-bas, ils devraient retrouver toutes sortes d’enfumeurs aussi crédibles que des marchands de tapis, parmi lesquels ceux soi-disant incapables de saisir les divergences, pourtant flagrantes, entre racisme et liberté d’expression. Un tableau à tout le moins prometteur.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Carte blanche Société
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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 14:18

Le saviez-vous ?  Si les universités américaines trustent les premières places des classements internationaux, il faut avant tout y voir le signe d’un modèle de gestion efficient, reposant sur un processus décisionnel largement aux mains d’anciens étudiants, devenus administrateurs avisés.

 

Mais encore ?  La domination sans partage des États-Unis dans le secteur de l’enseignement supérieur a tout du secret de Polichinelle. Si l’on en croit le classement de l’université Jiao Tong de Shanghai, dix-sept des vingt meilleures écoles se situent en effet sur le territoire américain. D’aucuns font de la richesse du pays le principal facteur explicatif. D’autres préfèrent invoquer une population pléthorique, des politiques volontaristes en faveur de la recherche ou encore un pouvoir d’attraction considérable, capable d’amadouer les élites du monde entier. Mais ces arguments quelque peu rabâchés occultent un élément sans doute bien plus déterminant : les dispositions organisationnelles propres aux grandes universités états-uniennes. Car le fonctionnement de ces machines de guerre éducatives repose sur des évolutions largement mésestimées. Un phénomène qui ne date d’ailleurs pas d’hier.

 

En effet, dès les années 1860, Harvard demande à être traitée hors des évolutions politiques et souhaite confier à ses anciens élèves le pouvoir décisionnel. Le 29 avril 1865, après une intense campagne de lobbying, la Cour générale du Massachusetts adopte de justesse une proposition allant dans ce sens. Le concours des diplômés de Cambridge durant la guerre de Sécession, fort apprécié à l’échelle fédérale, contribue lui aussi à l’avènement de cette authentique révolution scolaire. Depuis lors, à Harvard, les anciens étudiants contrôlent le Conseil de surveillance, un phénomène avant-gardiste qui ne manquera pas d’inspirer d’autres établissements, à l’instar de Yale, l’université du Michigan, la Purdue University, Notre Dame, Duke ou encore le College of William and Mary. Dans les faits, ce modèle de gestion deviendra vite la norme, tant pour le privé que pour le public. Un pari gagnant, puisque le célèbre classement publié par US News and World Report rend régulièrement hommage à ces écoles sous la coupe d’anciens pensionnaires, c’est-à-dire celles où ils représentent au moins 50 % du conseil d’administration.

 

Signe des temps, parmi les fleurons américains, Harvard, Yale et Columbia se trouvent entièrement gérées par leurs diplômés, tandis que Princeton et Stanford peuvent se prévaloir d’un taux d’environ 90 % d’ex-étudiants. Élargissons le plan : en moyenne, les universités figurant dans le top 100 comptent au sein de leur conseil d’administration 63 % d’anciens élèves. Ces derniers semblent veiller mieux que quiconque au prestige des écoles qui les ont formés. Non seulement ils veulent soigner leur pedigree, mais ils connaissent en plus les établissements de l’intérieur, ce qui tend à fluidifier et bonifier le processus décisionnel. Surtout, ils n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille lorsque cela s’avère nécessaire. Enfin, pour maintenir la compétitivité de leur université, ils cherchent obstinément à attirer les meilleurs professeurs et les étudiants les plus méritants. Les performances sportives et artistiques, très valorisantes à terme, constituent également des critères de sélection de première importance. Le rayonnement de l’école doit à tout prix primer. Et même si les universités restent des organismes à but non lucratif, leur gestion se doit de répondre à deux impératifs : dispenser un enseignement exemplaire et appâter les éléments les plus prometteurs.

 

Citation. « Toutes les grandes universités sont des organisations à but non lucratif, créées pour dispenser un enseignement de haute qualité qui bénéficiera à la société tout entière. Les universités américaines revêtent cependant cette particularité d’avoir trouvé le moyen de combiner les bienfaits de la compétition avec le concept européen d’établissements non lucratifs et de quasi-bienfaisance. » – Shailendra Raj Mehta, professeur intervenant à l’Indian Institute of Management d’Ahmedabad et directeur académique du département Duke Corporate Education, dans La Libre Belgique.

 

 

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 05:41

Depuis le triplement des frais de scolarité décrété par le gouvernement Cameron, les étudiants britanniques du supérieur éprouvent les pires difficultés à joindre les deux bouts.

 

David Cameron est homme à afficher ses convictions. Succombant d’emblée aux sirènes de l’austérité, il pilote depuis sa prise de fonction un plan de rigueur aussi brutal que contre-productif. Aussi, à mesure que s’installe la récession, les victimes de sa politique sortent de l’anonymat. Parmi elles, on recense les quelque 350 000 jeunes Britanniques qui se frottent actuellement aux mesures mises en place par sa coalition gouvernementale en matière de frais de scolarité. Contraints de s’endetter pour étudier, ils hypothèquent leur avenir au moment même où ils s’échinent à le préparer au mieux.

 

En effet, depuis l’année dernière, les étudiants ont la charge de l’ensemble des frais induits par leurs études supérieures. Cela s’étend des droits d’inscription aux dépenses courantes. Le Times donne à cet égard un ordre de grandeur à tout le moins éloquent : les universités occasionneraient en moyenne des coûts de 9000 livres, soit 10 501 euros. Une somme qui s’explique largement par le triplement des frais de scolarité décidé par les troupes de David Cameron.

 

À ceux qui se réfugient volontiers derrière le paravent des prêts consentis par l’État, rappelons d’entrée de jeu que le plafond de 5500 livres (6418 euros) est bien loin de couvrir les montants cumulés du loyer, des transports, de la nourriture et des fournitures. Sans compter qu’avec les rigoureuses modalités de remboursement, les candidats emprunteurs risquent fort de se retrouver pieds et poings liés. L’argument du crédit public se révèle par conséquent aussi spécieux que la démocratisation des meilleures écoles est illusoire.

 

Un cursus universitaire qui se solde par une dette de 50 000 euros

 

Les chiffres avancés par le Times ont de quoi faire froid dans le dos. Cette année, les étudiants de premier cycle devraient quitter l’université lestés d’un engagement dépassant les 43 500 livres, soit environ 50 700 euros qu’il leur faudra rembourser à l’État. Cerise sur le gâteau : des dettes privées, parfois colossales, viennent encore se greffer à cette note déjà – bien trop – salée.

 

Aussi, les apprenants ne pouvant se reposer sur les largesses de parents fortunés se verront certes nantis d’un enseignement de qualité, mais crouleront avant tout sous un passif inédit jusqu’alors. Ceux qui auront la chance de décrocher un poste en adéquation avec leur formation devront par conséquent consentir à vivre avec des revenus sévèrement ponctionnés, remboursement des emprunts oblige. Les autres, ceux dont le cursus a été interrompu prématurément ou dont le salaire s’avère insuffisant, n’auront plus qu’à espérer s’en tirer avec les moyens du bord. Un péril financier bien réel, mais qui demeure cependant largement sous-estimé tant par les étudiants que par leur famille. Un pari d’autant plus risqué que, sous les effets conjugués de la récession et de l’inflation des diplômes, le précieux sésame universitaire n’est plus un gage de prospérité.

 

Le prix du savoir

 

Les nouveaux emprunts octroyés par les autorités britanniques s’étendent sur 30 ans. Les intérêts réels commencent à être perçus au moment même où le crédit est émis. Les taux se maintiennent dans un premier temps à un niveau de 3 % au-dessus de l’inflation, applicable tout au long du cursus universitaire. Ainsi, l’étudiant moyen aura déjà cumulé 3000 livres d’intérêts (3503 euros) quand il obtiendra son diplôme. Par la suite, le taux rejoint strictement l’inflation et se contente d’évoluer parallèlement à elle jusqu’à ce que la personne concernée touche plus de 21 000 livres par an. À ce moment-là, la dette reprend sa hausse en termes réels et doit commencer à être remboursée. Dans les faits, cela correspond souvent précisément à l’instant où les bénéficiaires des crédits publics entendent acheter un logement et fonder une famille. Une concomitance propre à décourager les jeunes Britanniques, alors même que Londres a un besoin manifeste de travailleurs hautement qualifiés.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans International Économie Société
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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 16:44

Aux États-Unis, la peur du procès incite les autorités scolaires à alerter la police au moindre attouchement dans les cours de récréation.

 

L’inquiétant phénomène a fait l’objet d’un article, publié par lefigaro.fr. Randy Castro, six ans, traîne déjà une lourde erreur. Un rapport intitulé « Attouchements sexuels contre un étudiant, comportement odieux » restera à jamais dans son dossier scolaire. L’origine de ses ennuis ?  Une malheureuse fessée, donnée à une camarade de classe.
 

Si cette affaire paraît étonnante, il ne s’agit pourtant pas d’un cas isolé. L’Amérique puritaine compte d’autres histoires du même ordre. La directrice d’une école new-yorkaise a interdit à ses élèves de se toucher lorsqu’ils se disent bonjour. Au Texas, un garçon de quatre ans a été accusé de harcèlement sexuel : il a pressé son visage contre la poitrine d’une assistante maternelle. Mieux, l’an dernier, en Virginie, pas moins de 255 élèves du primaire ont été suspendus pour des « contacts physiques inappropriés » avec leurs pairs. Il existe une quantité de cas identiques sur l’ensemble du territoire américain. Quelquefois, les fautifs se trouvent toujours… à la crèche.
 

Alors que les directeurs d’école ne doivent avertir les autorités policières qu’en cas d’incident « impliquant armes, alcool ou drogue, blessure volontaire ou autre infraction sérieuse », les rapports se multiplient dangereusement. Pourtant, les psychologues s’accordent à dire qu’il est impossible qu’un enfant de six ans comprenne ce qui lui arrive, faisant référence à l’ « affaire Randy Castro ». La crainte des procès intentés par les parents pousse les autorités scolaires à appliquer la « tolérance zéro ». Dans les années 1990, la Cour suprême a confirmé la responsabilité des établissements qui ne rempliraient pas leurs obligations, c’est-à-dire mettre fin au harcèlement sexuel, défini comme toute « pression ou contact jugé indésirable par la victime ».


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Published by Jonathan Fanara - dans Société
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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