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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 09:58

Quarante années. C’est le temps qu’il aura fallu à HBO pour révolutionner la petite lucarne, devenir la plus populaire des chaînes câblées et battre la mesure pour tous, entraînant invariablement la concurrence dans son sillage. Audacieuse, innovatrice, la Home Box Office règne depuis vingt ans en maître sur le monde des fictions télévisées. Elle peut d’ailleurs se targuer d’avoir sorti les séries, autrefois largement méprisées, de la médiocrité. Et, qui plus est, de la plus belle des manières.

 

Jusqu’à la fin des années 1990, dans le microcosme de la téléfiction, les sitcoms, les soap operas et quelques policiers se taillaient la part du lion. Le Cosby Show, Cheers, Dallas, Magnum, Arabesque, Columbo ou encore Dynastie se posaient alors en figures de proue de la production télévisuelle. En dépit de quelques heureuses exceptions, la futilité, le manichéisme et l’unité d’action faisaient généralement du petit écran le parent pauvre du monde culturel.

 

Mais, dès le début des années 1990, HBO cherche à changer la donne. L’ovni Dream On voit alors le jour. Après 25 années consacrées aux rediffusions, aux documentaires et aux événements sportifs, la chaîne câblée se lance dans la création de séries originales. Alors que les honorables Seinfeld, Twin Peaks ou X-Files enthousiasment déjà la critique, la Home Box Office aspire à donner une nouvelle dimension aux séries. C’est sans conteste chose faite en 1997, avec la viscérale Oz, une fiction dramatique prenant pour cadre une prison expérimentale. Noire, violente et engagée, l’œuvre de Tom Fontana révolutionne la téléfiction, amorçant un mouvement d’une ampleur inattendue. Encouragée par ce succès, HBO persévère et façonne avec soin deux véritables institutions télévisuelles : la féministe Sex and the City et la mafieuse Les Soprano, deux monuments foncièrement novateurs, bouleversant tous les codes en vigueur jusque-là.

 

Au fil des années, HBO a mis en place une sorte d’aristocratie culturelle. Elle a introduit la série télévisée dans la culture populaire, conférant au passage à ses créations une stature internationale rapidement enviée. Grâce à elle, la téléfiction s’inscrit – enfin – dans la noble lignée du cinéma, de la littérature et du théâtre. Et s’offre, en prime, une liberté artistique presque totale. Par ailleurs, les grands réseaux américains, les networks, commencent à décliner à mesure que la supériorité de HBO s’affirme. La conséquence directe du saut qualitatif opéré par le câble face à une concurrence ankylosée.

 

Téléfiction, la refonte

 

Avec Les Soprano, HBO sonne définitivement le glas du formula show tel qu’on l’a toujours connu. Désormais, les séries s’attachent à multiplier les arcs narratifs, l’intrigue principale se prolongeant sur plusieurs épisodes, voire sur une saison entière. La téléfiction peut dès lors s’apparenter à une franchise. Prenons un exemple connu de tous : Harry Potter. Chacun des bouquins de la collection représenterait donc une saison, les chapitres se confondant par ailleurs avec les différents épisodes.

 

Dans les séries modernes, grandement inspirées par la Home Box Office, il existe donc différents niveaux d’intrigue, habilement mélangés, dont la durée et l’intérêt narratif peuvent fortement diverger. Cela permet aux créateurs de brouiller les grilles de lecture, de complexifier le récit et de donner du coffre à des thèmes jusque-là traités en filigrane.

 

En outre, avec une écriture multidimensionnelle et des personnages soigneusement travaillés, les œuvres estampillées HBO mettent fin au manichéisme des fictions traditionnelles. Cela provoque un engouement sans précédent. Et donne le vertige à la concurrence. Showtime, sentant que le vent tourne, décide de s’en inspirer. Avec Dexter, sa clairvoyance paie : fiction moderne, psychologique et surtout irrévérencieuse, elle brise tous les tabous, faisant d’un tueur insensible un héros fascinant. Les grands réseaux tentent également de lui emboîter le pas, avec des productions (inégales) comme Prison Break, Desperate Housewives ou encore Lost.

 

Quel modèle économique ?

 

En produisant des séries comme Rome ou Game of Thrones, HBO démontre que la téléfiction peut venir concurrencer le cinéma en matière budgétaire. Mais ces financements considérables nécessitent un modèle économique viable, appelé à engendrer rapidement de solides bénéfices. Car, à moins de jouir d’un vaste soutien critique ou de glaner des prix prestigieux, une œuvre déficitaire a peu de chances d’être reconduite.

 

Malgré l’absence de publicité, la Home Box Office ne connaît pas la crise. Elle peut en effet compter sur les cotisations de ses presque 30 millions d’abonnés. Et, surtout, elle peut capitaliser sur un mode de fonctionnement apprécié des « sériephiles » : contrairement aux networks, elle n’a pas à rougir d’épisodes entrecoupés de plus de 15 minutes d’écrans publicitaires. Elle ne subit aucune pression des annonceurs, inexistants, et peut se permettre des diffusions ininterrompues. De même, ses œuvres ne souffrent d’aucune censure et ne doivent faire face qu’aux limites du format qu’elles adoptent.

 

HBO n’a jamais hésité à pousser cet avantage à son paroxysme : la violence sans bornes avec Oz, la criminalité et la corruption avec The Wire, la sexualité avec Sex and the City ou encore la mort avec Six Feet Under. C’est indéniable, la chaîne câblée exploite pleinement sa liberté pour faire sauter les vieux tabous du petit écran. Face aux grands networks – ABC, Fox, CBS, NBC –, muselés par les publicitaires et la FCC (Commission fédérale des communications), la Home Box Office se démarque nettement. Elle propose à ses abonnés des contenus audacieux, d’une qualité souvent irréprochable. Avec un seul objectif en tête : toujours faire mieux, pour conserver son public et, surtout, l’étendre autant que possible.

 

Si HBO garde précieusement les chiffres-clefs de sa réussite, elle ne les diffuse en revanche qu’au compte-goutte. La maison-mère, Time Warner, se montre tout aussi taiseuse. Mais les spécialistes du secteur estiment qu’elle réalise un chiffre d’affaires d’environ 4,5 milliards de dollars, provenant exclusivement des abonnements et des ventes de contenus. Pour un bénéfice avoisinant les 1,5 milliards de dollars. Une marge pour le moins impressionnante. Et son influence culturelle, qui ne peut malheureusement être chiffrée, paraît infinie. Actuellement, au moins 60 pays ont déjà adopté la chaîne.

 

Au fil des ans, HBO se diversifie toujours davantage. De nombreux canaux coexistent désormais : citons par exemple HBO Comedy, HBO Family, HBO Latino ou encore HBO on demand.

 

De Charles Dolan aux Emmy Awards

 

C’est à partir d’une idée de l’entrepreneur new-yorkais Charles Dolan que naît HBO en 1972. Le premier réseau câblé souterrain de Manhattan voit alors le jour. À ses débuts, la chaîne se contente de rediffusions, de documentaires et d’événements sportifs. L'époque est encore marquée par des critiques qui éprouvent à l’égard de la télévision un mépris renvoyant clairement à celui dont le théâtre de boulevard a longtemps souffert. À la fin des années 1980, Chris Albrecht, vice-président de la programmation originale, cherche à promouvoir les séries novatrices. Dream On, lancée en 1990, constitue le premier tour de force de la Home Box Office. Habilement scénarisée, bénéficiant d’une liberté inédite, elle développe des thématiques rarement portées à l’écran. La sexualité s’y épanouit comme jamais auparavant.

 

Hollywood s’essoufflant quelque peu, HBO en profite pour se démarquer définitivement. Dès 1997, avec la très inspirée Oz, elle bouleverse le monde culturel. C’est d’autant plus simple que les networks – qui produisent néanmoins quelques séries de qualité – gardent le pied sur la pédale de frein. La censure et la nécessité de plaire au plus grand nombre enterrent systématiquement les initiatives audacieuses. La petite chaîne câblée possède, en revanche, une marge de manœuvre pratiquement infinie. Et, aux États-Unis, son succès ne cesse de croître depuis 1992, année au cours de laquelle elle séduit les Américains avec une satire des coulisses de la télévision, The Larry Sanders Show. HBO suscite alors déjà l’enthousiasme du public et de la critique.

 

Le temps a livré ses arbitrages. La Home Box Office a sans conteste révolutionné la téléfiction. Sous la conduite de Chris Albrecht – devenu président-directeur général de 2002 à 2007 –, elle a modernisé les séries, n’hésitant jamais à faire montre d’une ingénieuse hardiesse et à traiter des sujets trop longtemps passés sous silence. Créateurs talentueux et décideurs avisés s’y unissent depuis le début des années 1990 pour galvaniser les nombreux « sériephiles », lesquels observent avec curiosité l’incroyable odyssée de cette petite chaîne new-yorkaise, aujourd’hui incontournable colosse télévisuel.

 

Cette volonté de secouer le microcosme de la téléfiction a indéniablement marqué les esprits. De Dream On (1990) à True Blood (2008), la chaîne se permet une programmation hors cadre et offre à la télévision un renouveau salutaire. Entre 1997 et 2004, elle vit une période faste et gagne ses lettres de noblesse. Apparaissent pêle-mêle Oz, Les Soprano, Six Feet Under, Curb your Enthusiasm, Entourage, Sex and the City, The Wire, Deadwood, Frères d’armes, The Corner ou encore Carnivàle. Un répertoire au pire prodigieux.

 

Toutefois, il est à noter que la concurrence émerge peu à peu. Showtime (Dexter, Homeland, Brotherhood, Californication, Nurse Jackie, The Big C…), AMC (The Walking Dead, Breaking Bad, Mad Men, Rubicon, The Killing…) ou encore Starz (Boss) tracent leur sillon et occupent désormais une place de choix dans le paysage télévisuel. Pour les distancer, HBO s’évertue à diversifier ses nouvelles productions. Elles évoluent désormais toutes dans des genres et des univers bien distincts : The Newsroom, Girls, Boardwalk Empire, Game of ThronesDiviser pour mieux régner, ou segmenter pour mieux s’imposer.

 

Richard Plepler, le nouveau patron de la Home Box Office, et Michael Lombardo, le directeur de la programmation, devront se montrer imaginatifs pour continuer de rafler les Emmy Awards, où ils écrasent la concurrence depuis plus de dix ans. Leur philosophie ?  Privilégier coûte que coûte la qualité et la créativité, parfois même au détriment de l’audimat.

 

Hollywood l’envie, l’université l’étudie

 

HBO bénéficie à la fois du soutien des critiques culturels, de l’industrie du cinéma et du monde universitaire. Maintes fois récompensées, ses productions plaisent au tout Hollywood. Les stars du septième art veulent, elles aussi, contribuer à leur succès. Alan Ball, Martin Scorsese, Michael Mann, Steve Buscemi ou encore Dustin Hoffman y font valoir leur talent.

 

Aujourd’hui, de nombreuses personnalités durablement associées à HBO font l’unanimité : Tom Fontana (Oz), David Chase et Matthew Weiner (Les Soprano), David Milch (Deadwood, Luck, John from Cincinnati), Larry David (Curb your Enthusiasm), Doug Ellin (Entourage), Aaron Sorkin (The Newsroom) ou encore David Simon (The Wire, The Corner, Treme). Les acteurs du secteur leur reconnaissent tous une griffe singulière et des qualités hors pair.

 

En outre, des études universitaires et des travaux sociologiques rendent régulièrement hommage à la Home Box Office. On ne compte plus les thèses portant sur ses séries. Cette vaste reconnaissance du monde intellectuel confère aux fictions télévisées une légitimité certaine et aide à combattre les dernières réticences infondées. L’idée – saugrenue – de réduire la téléfiction à une vulgaire sous-culture se trouve en effet mise à mal par la recherche scientifique.

 

2007-2012 : la baisse de régime

 

À l’instar de la plupart des productions estampillées HBO, The Wire a mis du temps avant de se faire un nom. Quelque peu boudée dans un premier temps, la série a ensuite été élevée au rang de chef-d’œuvre télévisuel. L’ancien journaliste David Simon sait sans doute mieux que quiconque que le petit écran salue parfois tardivement ses héros.

 

Pourtant, depuis 2007, il ne semble plus être question de reconnaissance à retardement. La Home Box Office a perdu de son lustre et connaît une période creuse. Minée par des projets coûteux (Rome) et une réelle stagnation qualitative (Hung, En analyse, Enlightened, Girls), la chaîne doit en plus faire face à une concurrence redoutable, avec Showtime et AMC en trouble-fête notables.

 

Il reste certes quelques excellentes livraisons – Treme, Game of Thrones ou encore Boardwalk Empire –, mais l’effervescence n’y est plus. Les séries les plus récentes, de Hung à Girls en passant par Luck, Enlightened ou The Newsroom, pèchent parfois par manque d’ambitions, par excès de confiance ou par défaut de profondeur. Et une question s’impose alors d’emblée : après avoir révolutionné la petite lucarne, HBO peinerait-elle à se réinventer elle-même ?

 

Conclusion

 

Pendant de longues années, la Home Box Office a régné sans partage sur le monde de la téléfiction. Mais, depuis 2007, elle paie pour ses errements et doit se mesurer à une concurrence pour le moins féroce, emmenée par l’incontournable AMC. Cette petite chaîne sans complexe produit notamment Mad Men, une série créée par Matthew Weiner, un ancien des Soprano. Inexplicablement refusée par HBO – qui doit s’en mordre les doigts –, elle ne tarde pas à susciter un immense engouement. Cet épisode pourrait à lui seul symboliser les choix contestables opérés par une direction moins avisée que par le passé. De fait, la Home Box Office traverse indéniablement une mauvaise passe. Entre des dirigeants poussés vers la sortie, voire clairement évincés, et des projets artistiquement douteux, elle écorne peu à peu son image. Pis encore : Chris Albrecht doit se retirer de la chaîne après avoir tenté d’étrangler sa compagne. Il dirige aujourd’hui Starz.

 

C’est un fait : après un fléchissement certain, exprimé par une créativité en berne, HBO doit rapidement renverser la vapeur et renouer avec le succès. Car la chaîne a beau être américaine et payante, ses œuvres font le tour du monde et constituent une référence absolue pour nombre de créateurs de fictions télévisées. Le saut qualitatif observé en Europe lui doit d’ailleurs beaucoup. Elle a rehaussé les exigences du public, obligeant la concurrence à réviser sa copie sous peine de voir son audimat s’effriter. En modernisant les séries, elle a ouvert la voie à toutes les innovations techniques, conceptuelles et narratives qui revigorent le genre depuis une vingtaine d’années. Alors, même affaiblie ou peu inspirée, elle demeure le point de convergence du petit écran. Comme une piqûre de rappel.


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Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:51

Face au septième art, la télévision a souvent fait pâle figure. Longtemps méprisées par les critiques, tardivement prises au sérieux, les séries ont mis du temps avant de récolter la reconnaissance qu’elles méritaient. Mais, aujourd’hui, elles possèdent leurs propres icônes et leurs réseaux de passionnés. Au fil des années, les œuvres cultes se sont multipliées, des personnalités talentueuses se sont affirmées et des réalités sociétales ont été étudiées. La fiction télévisée arbore surtout une dynamique narrative et des normes techniques qui lui sont spécifiques, se distinguant ainsi du cinéma.

 

Au début des années 1950, un nouveau genre artistique émerge : les séries télévisées. Dans un premier temps, elles sont diffusées en direct, car la télévision ne permet pas, contrairement à la radio, une transmission des programmes en différé. Dès la fin des années 1940, New York et Chicago font figure de premiers berceaux du petit écran. Capitales de la radio et du théâtre, ces grandes villes bénéficient d’un avantage naturel : les propriétaires des stations de radio investissent dans la télévision et contrôlent les chaînes. Ils se contentent d’ailleurs souvent de transférer et d’adapter les programmes radiophoniques, qui apparaissent sous une nouvelle forme à la télévision. Ce qui connaît le succès sur un médium doit forcément prospérer sur l’autre. Au cours des années 1950, la consommation des ménages augmente sensiblement. L’arrivée des téléviseurs dans les foyers s’accélère. Très vite, l’Amérique entière se trouve connectée aux mêmes chaînes. C’est l’âge d’or de la télé : ses premières plumes se révèlent, les genres télévisuels et fictionnels se dessinent et les expérimentations fleurissent.

 

Plus tard, sous l’impulsion de Lucille Ball, productrice et principale comédienne de I Love Lucy, les séries commencent à s’installer à Hollywood, se servant des décors inutilisés et diminuant ainsi les coûts de production. Le cinéma et la télévision s’associent, chacun y trouvant son compte. Tournée en public avec trois caméras simultanées, l’émission I Love Lucy fait la part belle à l’improvisation et offre, grâce aux réactions des spectateurs, un dynamisme inédit. Le montage d’images filmées sous trois angles permet la mise en exergue du jeu des comédiens. Depuis lors, la plupart des sitcoms sont réalisées dans des conditions similaires. Par ailleurs, Alfred Hitchcock débarque sur le petit écran avec une réputation déjà bien assise. La télé se paie donc un réalisateur de premier plan. À la même époque, le western cartonne et Steve McQueen se fait les dents avec Au nom de la loi. Il deviendra, par la suite, une star internationale. Apparaissent, à la fin des années 1950, le mythique Zorro et La Quatrième Dimension, une série fantastique ayant glané de multiples récompenses et mis à l’honneur l’écriture. Cette dernière consacre définitivement le rôle de l’auteur : Rod Serling y cumule les fonctions de scénariste et de producteur en faisant montre d’un pouvoir décisionnel inoxydable. Il est à noter que trois grands networks, ABC, NBC et CBS, se partagent le marché télévisuel. Cette situation perdurera jusque dans les années 1990. Enfin, le différé se démocratise à partir de 1957. Il est désormais possible de répéter et d’enregistrer, ce qui modifie considérablement les méthodes de travail en vigueur.

 

Les années 1960 mettent en scène des espions très populaires. Mission : Impossible milite pour la valorisation de l’image des Noirs, tandis que Les Mystères de l’Ouest dévoile de fortes connotations homosexuelles, notamment par le biais des costumes et des postures. Les séries prouvent (déjà) qu’elles peuvent être en avance sur leur temps. Durant ces années, en France, peu de fictions télévisées sont achetées, malgré la qualité générale et la pertinence des critiques sociales véhiculées. Celles qui sont programmées ne sont d’ailleurs que partiellement doublées et diffusées sans aucune logique. Le mouvement se prolongera. Produites alors principalement en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les séries doivent, dès la fin des années 1970, essuyer une pluie de critiques et de propos méprisants. En proie aux attaques, elles apparaissent comme un art mineur, relevant uniquement du divertissement et ne pouvant concurrencer le cinéma. Une réputation illégitime dont elles auront du mal à se défaire.

 

Entre 1970 et 1980, le drapeau de la créativité est en berne, notamment en raison des problèmes économiques que connaissent les trois grands networks, qui dominent encore le paysage télévisuel. Les chaînes locales affiliées gagnent en autonomie. Ce sont les années Columbo ou Starsky et Hutch. Les séries policières ont le vent en poupe. Dallas et L’homme qui valait trois milliards se font également une place au soleil. Mais la France délaisse des œuvres de grande qualité et snobe l’essentiel des productions novatrices. MASH, qui met astucieusement en lumière la réalité des guerres, en fait partie.

 

L’essor du câble et du magnétoscope bouleverse les habitudes du petit écran au début des années 1980. Le monopole des chaînes historiques se trouve menacé par une atomisation du marché. En outre, une grève frappe le monde télévisuel : les acteurs réclament des royalties sur les ventes de cassettes et les diffusions sur le câble. La surprise vient de NBC : Grant Tinker, ancien patron de MTM, une société de production très novatrice, prend les rênes du network. Il va révolutionner la fiction télévisée. Hill Street Blues, L.A. Law, St Elsewhere et Miami Vice (de Michael Mann) voient le jour et impressionnent. Steven Bochco, rénovateur attitré, procure alors de grands succès à NBC, qui était en perte de vitesse.

 

Au début des années 1990, Les Simpson font leur apparition. Série indétrônable, satirique et insolente, elle habite toujours nos écrans actuellement. Les chaînes câblées produisent une montagne d’œuvres, HBO pointant, par sa vision et sa créativité, à la première place. La vulgarité et la nudité, des tabous absolus au sein des networks traditionnels, s’installent durablement dans les fictions émanant du câble. C’est l’heure des Buffy, Dream On !, Law and Order, NYPD Blue, Urgences, Oz, Ally McBeal, Friends ou encore Sex and the City. Aaron Sorkin livre son génial The West Wing (avec Martin Sheen) et David Lynch, talentueux réalisateur de cinéma, offre au public son indéfinissable Twin Peaks, véritable ovni du petit écran. Chris Carter n’est pas en reste : X-Files constitue un énorme succès, devenant une réelle institution télévisuelle et gagnant une place de choix dans la culture populaire.

 

Dans les années 2000, 24 heures, Les Soprano, Lost, Six Feet Under et d’autres séries de grande qualité envahissent les foyers, notamment via le câble ou le satellite. Grâce à elles, la téléfiction n’a plus rien à envier à la bande dessinée, la littérature, le cinéma, la sculpture ou encore la peinture. Aujourd’hui, chaque année apporte son lot de nouveautés en tout genre. Les showrunners font la part belle à l’audace et à la créativité. Showtime, HBO, Fox et AMC dominent désormais de la tête et des épaules la concurrence. Enfin, l’incroyable subtilité et la complexité narrative des nouvelles séries, face à la relative dichotomie des anciennes productions, est clairement à souligner.

 

 


Des personnalités à gogo

 

Quand Alan Ball, scénariste fraîchement oscarisé, livre Six Feet Under, il donne un sérieux coup de fouet au monde des fictions télévisées. La série piétine les tabous – la mort, l’homosexualité, les valeurs familiales – et arbore une qualité littéraire d’un très haut niveau. Alan Ball succède ainsi à d’autres personnalités cinématographiques s’étant réfugié dans l’univers du petit écran. David Lynch, réalisateur de films improbables, a créé Twin Peaks, tandis que Forest Whitaker et Glenn Close ont pavoisé dans The Shield. Quentin Tarantino, réalisateur littéralement adulé par la profession, s’offre quant à lui des épisodes d’Urgences et des Experts. Et les Sheen, Martin et Charlie, ont fait le bonheur de leur série. D’autres ont effectué le chemin inverse : Bruce Willis avec la série Clair de Lune, George Clooney avec Urgences ou encore Johnny Depp avec 21 Jump Street. La télévision a révélé au public d’immenses vedettes. Et nous avons déjà parlé des cas Hitchcock et McQueen. En outre, des acteurs comme Jason Bateman, Jennifer Aniston ou Kiefer Sutherland doivent beaucoup aux séries qui les ont employés. Le cinéma et les fictions télévisées se nourrissent aujourd’hui mutuellement. Aaron Sorkin et J.J. Abrams peuvent en témoigner.

 

Mais les séries possèdent aussi leurs propres stars. Aaron Spelling en fait indéniablement partie. Développant et exploitant les concepts les plus lucratifs, souvent pour ABC, il a contribué aux entreprises suivantes : Starsky et Hutch, Drôles de dames, La croisière s’amuse, Dynastie ou encore Beverly Hills et Melrose Place. Par ailleurs, on ne peut négliger l’équipe des Soprano, avec notamment David Chase, Terence Winter (Boardwalk Empire) et Matthew Weiner (Mad Men). D’autant plus que Michael Imperioli et Edie Falco retrouveront des rôles à la mesure de leur talent. Le groupe de The Shield peut également impressionner : Shawn Ryan a créé par la suite The Chicago Code, tandis que Kurt Sutter et Glen Mazzara ont respectivement œuvré pour Sons of Anarchy et The Walking Dead. De véritables viviers de talents. On citera aussi X-Files, puisque les acteurs principaux se recycleront avec un certain succès (David Duchovny dans Californication, Annabeth Gish dans Brotherhood ou encore Mitch Pileggi dans Sons of Anarchy), alors que Vince Gilligan fera de Breaking Bad un véritable phénomène (avec Aaron Paul et Bryan Cranston, tous deux acteurs dans X-Files). Enfin, comment ne pas évoquer David Simon et Tom Fontana, créateurs de The Wire et Oz ?  Le génie de leurs productions fait d’eux des maîtres du genre.

 

 

 

Les techniques et la substance

 

Bien des choses différencient le cinéma et les séries télévisées. Le premier repose en grande partie sur le réalisateur, véritable chef d’orchestre et penseur du projet. Les secondes accordent davantage d’importance aux scénaristes, aux esprits créatifs. Le format utilisé explique ces divergences : la durée des séries exige un travail rédactionnel complexe et minutieux. Les auteurs doivent sans cesse surprendre et déverser des trouvailles scénaristiques. Au royaume des cliffhangers, le créatif s’avère indispensable. Le cinéma, en revanche, est le fruit des réalisateurs, qui cherchent à magnifier chaque plan, qui étudient assidument le cadrage et qui s’évertuent à exceller dans les techniques filmiques employées. Cependant, il va de soi que les auteurs ont également leur mot à dire.

 

Il existe d’autres différences majeures. Avec les téléfictions, un rendez-vous journalier ou hebdomadaire associe le public et l’œuvre. Les personnages, quant à eux, jouissent d’une profondeur psychologique et d’une complexité inconnues jusque-là. La longueur des œuvres offre la possibilité aux créateurs de confronter les personnages à de multiples situations, permettant l’analyse de comportements adaptés à différents cas de figure. Le continuum proposé par les fictions télévisées cimente les relations qui unissent la production et son public.

 

En ce qui concerne l’aspect économique, les séries sonnent partiellement le glas du diktat financier des producteurs. L’influence des aficionados, de l’image conférée par la série ou encore des aspirations publicitaires prime parfois. Par contre, les courbes d’audience tiennent souvent le haut du pavé. Combien de séries annulées faute d’audimat ?  Par ailleurs, la télévision offre aux créateurs une vaste liberté, permettant de grandes innovations et la levée de nombreux tabous. Car, avec le câble et le satellite, la réalité économique se veut différente. Conséquence logique des moyens de financement alternatifs adoptés par ces nouvelles chaînes. Cela contribue à la pleine utilisation des qualités des auteurs. Notons que, souvent, l’achat de la série par le network ne couvre pas la totalité des coûts de production. Après l’expiration du contrat d’exclusivité, il faut donc vendre le programme à d’autres diffuseurs, en syndication, c’est-à-dire par paquets d’épisodes. Et, ensuite, on peut s’attaquer aux marchés étrangers.

 

Aujourd’hui, les séries font pleinement partie de la culture populaire. Elles l’influencent d’ailleurs grandement. Dans une affaire remontant à l’année 2000, il a été dit que le gouvernement Clinton avait organisé une campagne anti-drogue au travers d’épisodes télévisés. Après un accord conclu entre le gouvernement et les chaînes, celles-ci doivent céder des espaces à des prix réduits pour la campagne. Mais la demande d’écrans publicitaires explose et les networks rechignent alors à honorer leurs engagements. Une nouvelle entente est nouée : un système de points est mis en place et doit permettre au gouvernement, ayant payé pour des temps d’antenne qui lui sont refusés, d’opérer des modifications sur les scénarios. Plus de cent épisodes seraient concernés par cette affaire proprement hallucinante.

 

Enfin, sur un plan purement technique, le succès de MTV a considérablement influencé les séries télévisées, à commencer par Miami Vice : les costumes, le rythme, les couleurs, la bande-son, le montage et les accessoires en subissent les effets. En règle générale, les séries multiplient les gros plans et laissent davantage d’espace aux dialogues. Elles sont rythmées par les écrans publicitaires, avec des regains de tension avant les coupures et des phases scénaristiques, des actes d’une dizaine de minutes. Par ailleurs, il existe souvent différents niveaux d’intrigues. Dans X-Files, l’intrigue A (l’affaire en cours) était démêlée à la fin de l’épisode, tandis que l’intrigue B, plus générale, tenait sur une saison ou sur l‘ensemble de la série (la conspiration, par exemple). Il s’agit donc d’une écriture multidimensionnelle, formant des arcs narratifs qui s’entrecroisent et s’entretiennent mutuellement. Enfin, on remarque, au travers de nombreuses œuvres, la capacité des scénaristes à se moquer des barrières temporelles, jonglant littéralement avec la chronologie, ou à transformer un détail insignifiant en moteur de la trame principale.

 

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 14:26

Le travail concerne la première saison.

 

 

Six Feet Under

Six pieds sous terre

2001-2005 – 5 saisons – 63 épisodes 

Créé par Alan Ball

Genre : Drame, Comédie  

Format : 42’ 

Nationalité : Américaine

Avec Peter Krause (Nate Fisher), Michael C. Hall (David Fisher), Frances Conroy (Ruth Fisher), Lauren Ambrose (Claire Fisher), Freddy Rodriguez (Federico Diaz), Rachel Griffiths (Brenda Chenowith)

 

 

Synopsis général
 

Alors qu’un réveillon de Noël traditionnel se profile à l’horizon, Nathaniel Fisher, marié et père de trois enfants, est victime d’un accident de voiture et y laisse la vie. Il lègue une société mortuaire à sa famille. La gérer n’est pas chose aisée. Le sort ne ménage pas les Fisher. Leurs préoccupations s’accumulent…

 

 

Synopsis avec mon point de vue 

 

Les Fisher s’apprêtent à vivre un Noël comme les autres. Mais un événement malheureux vient troubler leurs habitudes. Nathaniel, le père de famille, décède des suites d’un accident de voiture. L’entreprise familiale, active dans les pompes funèbres, tombe entre les mains de David et Nate, deux frères que tout oppose. Des changements radicaux s’opèrent. L’atmosphère, froide et anxieuse, peine à dissimuler les secrets des uns et les difficultés des autres. Savant mélange de réalisme, d’humour noir et d’histoires surprenantes, Six Feet Under réussit le pari de combiner l’intelligence scénaristique et l’insolence.



 

 


La critique

 

Gérer une entreprise de pompes funèbres entraîne quelques inquiétudes et nécessite une volonté de fer. Les Fisher en savent quelque chose. Cette activité professionnelle met leur patience à rude épreuve. De plus, le quotidien ne les épargne pas. Chacun d’entre eux doit affronter ses démons et surmonter ses problèmes.

 

La société mortuaire permet de mettre en lumière quelques problèmes sociétaux. La solitude, les gangs ou encore la rupture familiale font tous l’objet d’une histoire marginale, directement liée à un défunt ou à ses proches. Ce procédé donne au public l’occasion de méditer sur des points épineux.

 

L’entreprise familiale, capitale pour l’écriture de la série, provoque des émotions variées. Les confidences fusent. Le spectateur écoute les ressentiments des uns et observe la détresse des autres. Vivre dans un tel milieu occasionne quelques séquelles.

 

Une délicieuse indécence s’associe à un humour noir ravageur. L’ironie et le cynisme s’activent. Six Feet Under puise sa force dans sa singularité, son esprit. La dérision accompagne le sérieux. Le second degré marche à plein régime. En dépit des apparences, l’histoire ne pèche pas par naïveté. Au contraire. Elle émet quelques contestations prononcées. Le conservatisme, l’homophobie, la religion, la drogue, l’armée ou encore la famille sont sous le feu des projecteurs. La série se moque de la superficialité et du divertissement facile. La maturité et la réflexion envahissent son univers cocasse.

 

Les griefs familiaux et le poids des apparences ouvrent le bal. Ensuite, peu à peu, le public découvre la véritable nature des personnages. Ruth, mère de famille conservatrice, a commis un adultère. Ses idées évoluent progressivement. Elle met son intransigeance entre parenthèses. David, lui, incarne la rigidité. Il n’assume pas son homosexualité, jalouse son frère et entame une lente déchéance. Nate, par contre, paraît insouciant et anticonformiste. Cependant, cette impression se révèle rapidement fausse. Enfin, Claire, la cadette, multiplie les dérapages. Elle expérimente le sexe et la drogue. Elle semble lucide et fragile. Elle ne trouve pas sa place dans la famille et ne se confie qu’à son psychologue. Les principaux personnages, tous intéressants et complexes, ne se ressemblent pas. Le scénario souligne leurs caractéristiques et leur richesse.

 

L’argent gouverne le monde. Six Feet Under le sait. Le marché mortuaire, lucratif, ne déroge pas à la règle : des requins à l’appétit insatiable tournent autour de leurs proies. Quant à l’engagement religieux de David, il ressemble étrangement à une stratégie commerciale. Les principes financiers devancent désormais les valeurs morales…

 

Lorsqu’une caméra s’attarde sur l’homosexualité, les stéréotypes et l’autocensure se manifestent souvent. Six Feet Under ne tombe pas dans le piège et s’attache à dépeindre la situation objectivement. La série rejette le détachement et la condescendance. En outre, quand la fidélité de Federico vacille, le spectateur s’interroge sur l’importance de l’amitié et du respect. L’entreprise familiale peut-elle perdre cet employé, très apprécié pour ses qualités humaines et professionnelles, à cause d’une poignée de billets ?

 

Au fil des épisodes, le mystère qui entoure Brenda, la petite amie de Nate, prend une ampleur considérable. Une question taraude le public : qui est-elle réellement ?  Le comportement de ses parents, les révélations énigmatiques et la santé de son frère intensifient l’intrigue.

 

Chaque épisode, durant ses premiers instants, raconte la mort d’un personnage. Ensuite, les Fisher s’occupent de la restauration du cadavre et organisent les cérémonies traditionnelles. Il faut ajouter à cela les tracas quotidiens et des événements privés souvent surprenants. La vie donne du fil à retordre aux différents protagonistes.

 

Des hallucinations répétées influent incontestablement sur la conduite de certains personnages. Régulièrement, ces derniers discutent avec des défunts. Cela bonifie l’histoire et provoque quelques scènes riches en enseignements. Ces visions permettent au public de mieux comprendre les uns et de découvrir les tourments des autres.

 

Six Feet Under peut se targuer de ses immenses qualités. La narration et la mise en scène soutiennent un scénario étonnant. La réussite est totale. Les surprises s’enchaînent et le suspense s’accroît. Dès le premier épisode, l’histoire tient en haleine. Les nombreux flash-back fournissent quelques précieuses informations sur le passé des personnages et clarifient la situation. La série ne s’essouffle pas. Grâce aux rebondissements et aux énigmes, elle demeure attractive et passionnante. 





 

Analyse de deux personnages

 

 

Nate Fisher

 

Nate est l’aîné des enfants. Il paraît décontracté et étourdi. Les faits démentent rapidement cette première impression. Derrière sa nonchalance se trouvent des blessures profondes. Plusieurs confidences tendent à le démontrer. 

 

Il quitte tôt le cocon familial. Il ne supporte pas l’austérité et la fadeur qui y règnent. Par la suite, le décès de son père bouleverse sa vie. Il doit désormais faire face à ses pires craintes : rejoindre sa famille et se consacrer à l’entreprise de pompes funèbres. Après quelques hésitations, il exauce le souhait de son père. Il accepte de diriger la société familiale avec son frère David. Il s’établit donc à Los Angeles. Brenda, sa nouvelle compagne, semble motiver cette décision.

 

Nate prend goût à sa nouvelle vie. Il s’implique dans l’entreprise et refuse de la vendre malgré des offres alléchantes. Il s’attache à Brenda et semble s’épanouir à ses côtés. Il parvient à contenter David et à trouver sa place.

 

Dès les premiers instants, la relation entre les deux frères se révèle compliquée. Tout semble les opposer : les valeurs, les habitudes, le comportement… Lorsque Nate hérite d’une partie de l’entreprise familiale, David crie au scandale. Les deux personnages entretiennent des rapports orageux. Cela dit, au fur et à mesure, la tension s’apaise et ils se rapprochent.  

 

Nate fait preuve de tolérance et de patience à l’égard de Brenda. Lorsque le torchon brûle et que le malaise s’installe, l’amour ne tarde jamais à les réconcilier. Il paraît évident que c’est ensemble qu’ils doivent affronter les difficultés. Malgré des problèmes passagers, cette relation semble les stabiliser.

 

Nate, personnage tourmenté, trompe souvent les apparences. Ses états d’âme restent longtemps insoupçonnés. Il se responsabilise au fil des épisodes. La complexité de sa relation amoureuse l’affecte. Sa sensibilité prend le pas sur son indifférence factice à plusieurs reprises. Il enquête sur son père et tente de découvrir ses secrets. Il semble regretter de ne pas le connaître davantage.




 

David Fisher

 

David endosse le costume du jeune homme raisonnable, consciencieux et fréquentable. Il se consacre pleinement à Fisher & Sons, l’entreprise familiale. D’ailleurs, il a abandonné ses études afin de seconder son père. Il s’investit dans sa paroisse et semble incarner la bonté.

 

Il faut se méfier des apparences. En dépit de son air amical et conventionnel, David accumule les affres, les douleurs et les erreurs. Incapable de communiquer avec sa famille, il s’écarte peu à peu de ses proches. Il traîne son homosexualité comme un boulet. Il ne s’assume guère. Il aspire à affirmer sa réelle identité, mais culpabilise énormément. Il jalouse Nate, car ce dernier a saccagé les règles en vigueur et la hiérarchie établie. Il refuse de partager son pouvoir.

 

Tiraillé entre la religion et ses orientations sexuelles, empêtré dans une relation conflictuelle avec Keith, David a du mal à sortir la tête de l’eau. Le business familial ne lui facilite pas la tâche. Au contraire. La dureté du travail et la malveillance de certains concurrents le troublent. Lentement, il sombre dans la dépression. Il expérimente la drogue et trahit publiquement ses intimes convictions.

 

Malgré tout, David évolue progressivement. Il se rapproche de Nate. Il se fait violence et commence à s’assumer. Dès lors, le personnage devient plus intéressant et gagne la sympathie du public.

 

Désorienté, David ne semble pas en paix avec lui-même. Il aime la stabilité, mais sa vie le conduit aux turbulences. Il doit révolutionner sa conception du monde afin de s’épanouir réellement.

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 14:22
Le travail concerne la première saison.

 

 

The 4400

Les 4400

2004-2007 – 4 saisons – 45 épisodes

Créé par René Echevarria et Scott Peters

Genre : Drame, Fantastique

Format : 42’ 

Nationalité : Américaine

Avec Joel Gretsch (Tom Baldwin), Jacqueline McKenzie (Diana Skouris), Peter Coyote (Dennis Ryland), Mahershalalhashbaz Ali (Richard Tyler), Laura Allen (Lily Moore), Patrick Flueger (Shawn Farrell), Chad Faust (Kyle Baldwin), Conchita Campbell  (Maia Rutledge)

 

 

Synopsis général

 

Des milliers de personnes ont mystérieusement disparu durant le vingtième siècle. Soudainement, elles réapparaissent suite à la venue d’une boule de lumière. Comment 4400 personnes ont-elles pu revenir simultanément ?  Pourquoi n’ont-elles pas pris la moindre ride ?  Plusieurs questions hantent le monde et, plus particulièrement, le NTAC, qui enquête sur les revenants. Les 4400 ne se souviennent de rien. Ils tentent, vainement, de reprendre une vie normale…

 

 

Synopsis avec mon point de vue 

 

Des milliers de personnes, disparues durant le vingtième siècle, réapparaissent soudainement. Elles n’ont pas vieilli et ne se souviennent de rien. Le NTAC souhaite lever le voile sur ce mystère. Deux agents, Tom Baldwin et Diana Skouris, enquêtent sur ces événements, pour le moins troublants. Intrigante et maligne, cette série propose, astucieusement, une approche intergénérationnelle du monde, une analyse des cercles familiaux et une lutte contre le racisme ou la diabolisation. 




 

La critique

 

Suite à la réapparition de 4400 personnes, descendues du ciel, certaines questions s’imposent. Sont-elles là pour rendre le monde meilleur ou, au contraire, pour y mettre un terme ?  La quête de la vérité met en lumière une suspicion accablante, des actes peu glorieux et un arsenal de comportements humains.

 

Pour mener l’enquête, deux personnes sont désignées : Tom Baldwin et Diana Skouris. Intègres et consciencieux, ils tentent ensemble de rassembler des informations sur les revenants et de dévoiler leurs réelles intentions. Les événements apportent quelques explications. Plusieurs théories se dessinent. L’une d’entre elles semble l’emporter : l’effet domino. Par leurs actions, les 4400 participeraient à l’amélioration du monde. Certains de leurs gestes, en apparence condamnables, peuvent se révéler positifs. Les aptitudes surhumaines qu’ils ont mystérieusement acquises seraient donc une bénédiction.

 

Cette première saison permet d’observer l’évolution de quelques personnages aux trajectoires inconciliables. Carl Morrissey pense être investi d’une mission : débarrasser un parc de ses voyous. Après sa mort, certains entendent perpétuer son acte. D’autre part, le retour d’Olivier Knox marque la reprise des assassinats dans la petite ville de Friday Harbor. Simple meurtrier avant sa disparition, il possède désormais le pouvoir de convaincre les autres d’agir à sa guise. Ces deux exemples, parmi beaucoup d’autres, nourrissent l’intrigue et développent l’ambiguïté qui entoure le retour des disparus.

 

Dans la lignée de la trilogie X-Men, Les 4400 combat subtilement le racisme et prône d’honorables valeurs. Les revenants provoquent une réaction populaire excessive, baignant dans une stupidité éloquente. Une effroyable intolérance semble s’emparer du monde. Une haine gratuite s’élève et s’oppose aux différences, aux singularités. Les 4400 sont victimes d’attentats inadmissibles. Malgré un manque d’informations à leur sujet, sans entamer le moindre dialogue, certains commettent des actes immondes à leur encontre. En dénonçant ces comportements méprisables, la série véhicule certaines vertus.

 

L’histoire de Maia, une fillette revenue avec le don de prédire l’avenir, illustre quelques difficultés propres aux 4400. Isolée dans un monde où elle ne connaît personne, rejetée par sa famille d’accueil en raison de son aptitude, elle trouve refuge auprès de Diana Skouris. Lorsqu’elle tente de s’intégrer, ses maigres espoirs volent en éclats. L’école qu’elle fréquente redoute de devenir la cible d’attentats. Maia n’est plus la bienvenue…

 

Du bonheur d’une famille qui retrouve un être aimé jusqu’au désespoir de ceux qui ne peuvent compter sur personne, Les 4400 filme les émotions suscitées par des événements dramatiques. La série réfléchit à propos du choc des générations. Richard ne s’habitue pas à un monde ouvert et davantage égalitaire. Carl, lui, ne supporte pas la dégradation de son quartier et l’essor de la délinquance. Même Shawn, pourtant disparu peu de temps, ne parvient pas à trouver sa place. Ceux qui l’entourent lui tournent le dos. Par ailleurs, la perception occupe le cœur des débats. Lorsque de fervents détracteurs tentent d’attenter à la vie des 4400, regroupés en nombre dans un même complexe, ces derniers passent du statut de menaces à celui de victimes. En outre, l’énigmatique Jordan Collier pose des problèmes. Il est difficile de se prononcer à son sujet, tant il s’avère complexe. 

 

Les 4400 est une série fantastique. Certes. Elle renferme surtout un incroyable réalisme. La réaction des hommes, la complexité des sentiments humains, la rupture familiale, la peur collective ou encore l’arrivisme : tout est passé au peigne fin. Entre l’imagination débordante des uns et la compassion des autres, les revenants ont du souci à se faire. Le pénible retour de Richard et Lily attriste. L’attitude de Barbara Yates, une journaliste peu scrupuleuse, indigne. L’agressivité envers les 4400 dépite. La haine, réelle ou virtuelle, afflige. 

 

Série attachante et appréciable, Les 4400 ne frôle sans doute pas la perfection, mais peut néanmoins s’appuyer sur son dynamisme et son intelligence. La narration est intéressante. Régulièrement, de nouveaux personnages font leur apparition. De nombreuses questions restent en suspens, ce qui renforce l’intrigue et attise l’attention. Le scénario, solide et habilement ficelé, fait la part belle à quelques grands thèmes : l’amour, la famille, le travail, le bien, le mal, le respect des minorités… Les personnages sont tantôt riches, tantôt simplistes. La mise en scène, efficace et réussie, augmente l’intérêt de la série. Par contre, quelquefois, le jeu des acteurs n’est pas à la hauteur. Certaines interprétations manquent de charisme et de présence, ce qui nuit indéniablement à l’ensemble.

 



 



Analyse de deux personnages

 

 

Shawn Farrell

 

Shawn Farrell fait partie des 4400. Des inimitiés tenaces incommodent son retour. Déconnecté du monde, il ne parvient pas à s’adapter à sa nouvelle vie et à trouver sa place. Il ignore les tendances estudiantines et ne manifeste pas les mêmes préoccupations que ses pairs. Régulièrement méprisé, il doit subir des commentaires corrosifs.

 

Son frère, Danny, a désormais le même âge que lui. Leurs rapports laissent à désirer. Le rapprochement entre Shawn et Nikki, la petite amie de Danny, contribue à détériorer davantage la relation fraternelle. Leur liaison, secrète, éclate au grand jour. Une altercation entre les deux frères s’ensuit.

 

Shawn bénéficie d’un don de guérison. Il s’en sert afin de sortir son cousin, Kyle Baldwin, du coma. Son aptitude ne s’arrête pas là. Il peut également « aspirer » la vie des gens. C’est le revers de la médaille. 

 

Aux liens familiaux tendus s’ajoutent les reproches de Tom Baldwin, son oncle. Shawn doit faire face aux incriminations et aux sarcasmes. Compte tenu des circonstances, il garde la tête froide et un comportement exemplaire. 

 

Il figure parmi les personnages centraux. Sa gentillesse et sa droiture accentuent l’injustice dont il est victime. Il apparaît désorienté et quelque peu dépassé par son nouveau pouvoir. Son parcours rappelle qu’il est difficile d’affronter la cruauté du monde et de troubler le statu quo émotionnel. Sa réapparition redistribue les cartes. 

 

Psychologiquement, le déroulement des événements doit laisser des traces. Shawn remarque que ses proches visitent des sites Internet haineux consacrés aux 4400. Devant son domicile, des manifestants l’assaillent de reproches. Aux yeux de beaucoup, il s’apparente à un monstre. Le sort semble s’acharner sur lui. 

 

 

Tom Baldwin

 

Au début de Les 4400, Tom Baldwin semble au bout du rouleau. Il a laissé de côté sa vie affective et sa profession. Il passe ses journées au chevet de son fils Kyle, dans le coma depuis trois ans. Alors que son couple bat de l’aile, sa carrière, elle, rebondit grâce au retour des disparus. Il intègre le NTAC et enquête sur les revenants. Il fait équipe avec Diana Skouris. Les deux personnages se rapprochent au fil des épisodes. 

 

Tom est juste, vertueux et intelligent. Son expérience, son franc-parler et son empathie servent lors des différentes investigations. Il est d’ailleurs l’un des premiers à découvrir les talents des 4400, notamment grâce à Shawn et Orson Bailey. Tous s’accordent à dire qu’il est le meilleur agent du NTAC. 

 

Tom Baldwin est un modèle de courage et de détermination. Il n’hésite pas à employer la manière forte pour défendre ses proches et ses convictions. Warren Lytell en a légitimement fait les frais. Son amour pour Kyle et sa volonté d’en savoir plus sur son coma le poussent à enquêter sur les 4400. Dès le lancement du premier épisode, son évolution prend forme et alimente l’intrigue.

 

L’implication de Tom dans son travail est presque totale. Obsédé par les 4400, il s’évertue à percer leur mystère, quitte à négliger sa famille. Il a du mal à faire la part des choses et à trouver un compromis entre sa vie privée et sa carrière.

 

Lorsque Kyle rentre au bercail, Tom traverse des heures difficiles. Il espérait, vainement, retrouver une situation stable et traditionnelle. Il déchante rapidement. Rien n’est plus pareil. Son fils, complètement déboussolé, arbore un comportement pour le moins étrange.

 

Multipliant les heures de travail pour oublier ses tracas, Tom Baldwin carbure au désespoir. Symbole de la justice et de l’intégrité, il refuse les attitudes discriminatoires. 

 

Il s’agit indéniablement d’un personnage primordial, sans lequel la couleur de la série serait tout autre.

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 14:00

Le travail concerne la première saison.

 


 

Oz

1997-2003 – 6 saisons – 56 épisodes

Créé par Tom Fontana

Genre : Drame

Format : 50’

Nationalité : Américaine

Avec Adewale Akinnuoye-Agbaje (Simon Adebisi), Terry Kinney (Tim McManus), Ernie Hudson (Leo Glynn), J.K. Simmons (Vern Schillinger), Eamonn Walker (Kareem Saïd), Lee Tergesen (Tobias Beecher), Dean Winters (Ryan O’Reilly), Kirk Acevedo (Miguel Alvarez)

 

 

Synopsis général

 

Emerald City est un quartier expérimental, situé dans une prison surnommée « Oz ». On doit ce projet à Tim McManus, un idéaliste qui rêve d’améliorer les conditions de vie des détenus. Cependant, à huis clos et dans une atmosphère oppressante, les prisonniers se retrouvent rapidement dans leurs derniers retranchements. L’espoir laisse place à la résignation. L’enfer est pavé de bonnes intentions…

 

 

Synopsis avec mon point de vue

 

Emerald City, quartier expérimental d’une prison communément appelée « Oz », possède un lot d’âmes déchues. Avec l’idée d’améliorer la vie des détenus, Tim McManus a mis sur pied ce qui ressemble étrangement à un véritable enfer. Dans cet endroit terrifiant, des individus de toute espèce se côtoient. Certains y rendront leur dernier souffle. Partagés entre leur instinct de survie et l’ambition de diriger les lieux, peu hésitent à multiplier les coups bas et les manipulations sordides. Tom Fontana s’interroge sur la psychologie humaine et remet en question les grands principes des systèmes judiciaire et carcéral. Il nous plonge dans un univers où chacun doit mettre ses états d’âme entre parenthèses pour mieux se prémunir contre les issues tragiques.

 

 

 

La critique

 

Emerald City vise à améliorer les conditions de vie des détenus et à les aider en vue d’une éventuelle réinsertion. C’est dans cette optique que des réunions anti-drogue ou des cours pédagogiques sont mis en place. Malheureusement, cela ne suffit pas à révolutionner un microcosme en proie aux maux les plus extrêmes. 

 

Dans ce milieu carcéral impitoyable, des hommes de tout poil se côtoient et se livrent aux pires agissements. La décadence du bien et le triomphe du mal se mélangent. Les histoires s’entremêlent, tandis que les personnages bouleversent leurs habitudes, passent d’un camp à l’autre et perdent tout repère. Oz a placé la nuance et la modération sous écrou. Pour exhiber le comportement troublant de l’être humain et dénoncer des anomalies inhérentes à notre époque, il faut donner la parole aux attitudes radicales, à l’horreur la plus totale. La dignité et la bonté deviennent des denrées rares. 

 

Oz n’est pas une série comme les autres. Elle se différencie par sa noirceur, sa violence et, surtout, son engagement. Elle symbolise la dérive du système carcéral et devient, à certains égards, sa critique la plus féroce. Tobias Beecher personnifie cette contestation. Cet homme respectable a commis une erreur, sous l’emprise de l’alcool. En prison, il se mue en un individu dénué de sentiments, amer et polytoxicomane. Il atterrit à Emerald City avec une dépendance : l’alcool. Là-bas, il s’adonne à d’autres drogues, multiplie les assuétudes, perd sa famille et sa naïveté. 

 

À Em City, l’espoir étouffe entre des criminels notoires, des personnages sans scrupules et des matons corrompus. Oz reflète une société qui produit des délinquants, mutile nos rêves et enfante des désastres. La série s’attarde sur les relations humaines et sur les comportements. Un savoureux mélange de réalisme et de pessimisme permet de mettre en exergue la psychologie des hommes. Dans la prison, les clivages raciaux et religieux mènent la danse. La drogue, elle, dicte ses exigences aux uns et détermine les craintes des autres. Les combines sournoises se cachent derrière les ententes de façade. La volonté de contrôler les lieux gagne les esprits. Ryan O’Reilly, fin manipulateur, tire son épingle du jeu. Est-ce une surprise ?  Pas vraiment. Le principe selon lequel le bien triomphe toujours n’a pas sa place dans Oz. Le mal est un outil bien plus efficace. 

 

Cette première saison présente différents visages. Les épisodes thématiques succèdent aux classiques et vice versa. Le public découvre les personnages, s’imprègne de leur passé et se familiarise avec eux. Rien n’est laissé au hasard. Le suspense augmente progressivement. La trame, pertinente, suscite l’intérêt. L’atmosphère pesante et les événements qui émaillent le récit laissent à penser que les protagonistes se dirigent vers le pire, sans savoir de quoi il s’agit. La violence de certaines scènes peut secouer les âmes sensibles. La caméra absorbe la tension et plonge le public dans le quotidien oppressant des détenus. Un cercle vicieux condamne les prisonniers, impuissants, à participer à un jeu macabre qui veut que la déchéance des uns provoque, par ricochet, la mort des autres. Les personnages évoluent constamment. La brutalité prend le pas sur la conscience et l’humanité. Par ailleurs, la technique joue un rôle primordial. Elle n’est pas étrangère à la qualité de la série : montage parallèle entre une exécution et des ébats sexuels, gros plans angoissants, position de l’objectif… 

 

La narration, riche de rebondissements, se situe entre l’honnêteté et la complexité. Cette première saison, pleine et cohérente, propose un réalisme scénaristique qui met l’accent sur les déboires de l’homme. Em City provoque de profonds changements comportementaux. Les crapules étoffent leurs rangs. On ne peut s’empêcher de s’attacher à elles, ce qui constitue un véritable coup de force.

 

Kareem Saïd, religieux aux idées bien arrêtées, est un personnage-clé. Il incarne l’ambiguïté de Oz. Sous de fausses apparences, construites à base de paix, de modération et de respect, il représente l’écorché vif par excellence. La peur et la haine l’habitent. Il rappelle que la méfiance doit toujours être de mise. Les bons sentiments peuvent rapidement s’effacer au profit d’idées malsaines. Kareem Saïd demeure une énigme. Sa soif de pouvoir va à l’encontre de ses convictions confessionnelles. Il prône la paix, mais prépare la guerre. Obscur et contradictoire, il fait partie de ceux dont on ignore les intentions réelles.

 

Augustus Hill, par ses nombreux apartés, renforce le malaise et l’incompréhension du public. Avec lucidité et détresse, il observe la routine pénitentiaire et exprime ses sentiments. Le brin de folie qu’il exhibe traduit la philosophie de la série. La rationalité est en déclin. La déraison ouvre ses portes. 

 

Oz passe en revue les politiques carcérales. Le gouverneur James Devlin encourage, malgré lui, les émeutiers dans leur démarche, en adoptant des mesures restrictives, voire liberticides. De ce fait, le public constate que certaines règles poussent les détenus à la brutalité, la sauvagerie et l’irresponsabilité. 

 

La candeur de Père Ray Mukada et de Sœur Peter Marie tranche nettement avec le quotidien pénitentiaire. La rédemption paraît utopique. Alors que Miguel Alvarez semble prendre conscience de ses manquements, le rouleau compresseur carcéral le propulse à la tête des émeutiers. Il vacille entre deux visages et peine à trouver sa voie. Il ne s’agit pas d’un cas isolé…

 

Subtilement, une grande quantité de thèmes sont traités au fil des épisodes : les relations familiales, l’homosexualité, la célébrité, les organisations criminelles, la culpabilité… Oz s’intéresse aux hommes et accorde une attention particulière à leurs idées et leur comportement. La drogue tient le haut de l’affiche. Tom Fontana proteste contre l’usage de stupéfiants. La cinématographie lui offre la possibilité de blâmer les insuffisances sociétales et carcérales. L’accoutumance s’installe ; plusieurs détenus frôlent la dépravation et se délabrent. Ils développent une inhumanité qui pousse à la réflexion. Par ailleurs, lorsque la série pose un regard sur la religion, elle laisse le public perplexe. La pertinence du traitement filmique provoque des réactions et ouvre les débats. 

 

Le vice s’éclipse parfois afin de permettre à la bienfaisance de s’exprimer. L’évolution positive de Jefferson Keane revigore l’espoir et transgresse les lois du fatalisme. Après un parcours chaotique, il change son fusil d’épaule et envisage son exécution comme la fin d’une guerre mortifère entre clans rivaux. Il accepte sa peine et espère qu’elle contribuera à la paix. Songer à la repentance et au progrès n’est donc pas exclu.

 

En conclusion, Oz est une série ingénieuse qui présente une conscience sociale rarissime. Em City ouvre une fenêtre sur l’homme et déverse des constats alarmants. C’est en montrant la violence et la résignation que Tom Fontana préconise la quiétude et le courage. 



 

Analyse de deux personnages 



Tim McManus
 

Tim McManus, visionnaire aux idées respectables, a imaginé un système pénitentiaire destiné à améliorer le quotidien des détenus. Il pense pouvoir changer les hommes, à force de courage et de détermination. Malheureusement, son projet s’avère utopique et brise sa naïveté. Dès lors, sa frustration et sa colère apparaissent au grand jour. 

 

Tim McManus rêve de révolutionner les politiques carcérales et de bonifier les prisonniers. Il se bat pour concrétiser ses ambitions et n’hésite pas à s’opposer à ses supérieurs hiérarchiques. Il estime que le gouverneur Devlin nuit à ses intentions en imposant des mesures limitatives. Altruiste résolu, il se heurte régulièrement aux détenus, lesquels l’agacent par leur manque de volonté et de conscience. 

 

Il mène une vie sentimentale tumultueuse. Il entretient une relation avec une gardienne. Sa grande implication dans la prison l’empêche de vivre normalement. Les schémas familiaux traditionnels s’accordent mal avec ses habitudes. 

 

Tim McManus représente, à bien des égards, l’antithèse du gouverneur Devlin. Les deux hommes ne partagent pas les mêmes priorités. Alors que McManus a tout de l’idéaliste chevronné, James Devlin, lui, paraît insensible, carriériste et vaniteux. Durant l’émeute, leurs idées divergent : le gouverneur se montre réfractaire aux compromis, contrairement à son opposant qui considère que les exigences des détenus restent raisonnables.

 

Après l’exécution de Jefferson Keane, McManus se remet en question. Il s’interroge à propos du système qu’il a créé et réfléchit à sa responsabilité quant aux différents meurtres. Ces scrupules l’honorent et tendent à mettre en évidence sa valeur humaine.

 

Les conflits impliquant des bandes rivales, la circulation de la drogue ou encore la corruption des gardiens : tout porte à croire qu’il faut rénover Emerald City. De plus, Tim McManus doit essuyer les remarques des détenus et affronter leurs actes infâmes.

 

Ce personnage, attachant, doit faire face à des événements qui lui sont rarement favorables. Au milieu d’individus abjects, il tente vainement de faire émerger une lueur d’espoir. 




Tobias Beecher
 

Brillant avocat, Tobias Beecher renverse une fillette alors qu’il conduit en état d’ivresse. Par suite de cet accident, il est incarcéré à Emerald City. Sa crédulité lui cause d’énormes problèmes. Il n’est pas préparé à la sournoiserie des détenus. Rapidement, Vernon Schillinger, raciste avéré, feint de vouloir son bien dans le but d’en faire son esclave sexuel. Scarifié, violé et humilié, Beecher sombre dans la drogue et la dépression. Plus tard, il se révolte et souffre d’une folie qui le rend particulièrement dangereux. Il promet à Schillinger de lui mettre des bâtons dans les roues et de torpiller son rêve : rejoindre ses fils. 

 

Tobias Beecher incarne une vive critique du système carcéral. Sa famille s’éloigne de lui ; il se retrouve seul dans un monde dont il ignore tout. Le quotidien pénitentiaire l’incite à consommer différentes drogues et multiplie ses assuétudes. Il s’enfonce dans une folie terrifiante. Il culpabilise et regrette amèrement ses erreurs. Il refuse de se battre pour survivre. 

 

Contraint de se maquiller et de chanter devant les autres détenus, Beecher s’attire les moqueries les plus cinglantes. Toutefois, sa prestation est digne d’intérêt. Après un départ calamiteux, le silence gagne l’assemblée et le spectacle se clôture par une acclamation. Cette scène reflète parfaitement son parcours à Em City : la considération détrône progressivement l’humiliation.

 

Tobias Beecher ne parvient pas à se détacher de son passé. L’intérêt qu’il porte à Jefferson Keane tend à le prouver. Ses habitudes professionnelles resurgissent. Il semble refuser sa nouvelle vie. L’usage de drogues conforte cette hypothèse et constitue le signe d’une insoumission. Il rejette le statut du prisonnier. Peu à peu, la donne change et Beecher évolue. Profondément meurtri, il perd sa sensibilité. Une révolution psychologique s’opère. Elle l’amène à infliger des blessures physiques à Schillinger. 

 

Ce personnage peut troubler : il tombe dans la déraison et devient un monstre dépourvu de sentiments. Sa transformation démontre que la prison va à l’encontre des objectifs qu’elle se fixe : punir les fautifs, sécuriser la société, soulager les victimes ou leur famille, aider les prisonniers en vue d’une éventuelle réinsertion et les responsabiliser. En effet, Beecher devient incontrôlable, dangereux et inhumain. Il s’attaque aux autres détenus. Il n’éprouve plus de remords et réitère ses erreurs. La famille de sa victime nourrit une haine viscérale à son égard et fait montre d’une peine intacte.
 
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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