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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 04:56

Déjà connu pour ses incursions remarquées dans le néo-western tragicomique ou le polar effréné, Kim Jee-woon s'aventure ici à la croisée des chemins, quelque part entre le thriller horrifique, le torture porn et le vigilante, démontrant une fois encore l'étrange fascination qu'exerce la vengeance sur le cinéma sud-coréen. A Bittersweet Life, qu'il tourna quelques années plus tôt, explorait déjà les sentiers glissants et accidentés de l'expédition punitive, tout comme le fit en son temps le prolifique Park Chan-wook, à la faveur d'une trilogie dont Old Boy restera à jamais la pointe avancée. Mais J'ai rencontré le diable ne saurait cependant se réduire à une simple exploitation figurative de la violence, pas plus qu'il ne s'enferre dans une complaisance hâtivement présentée comme paroxystique. S'il fourmille effectivement de plans aussi cruels que magnifiques et qu'il laisse poindre une forme exacerbée de nihilisme et de surenchère – cannibalisme, viol, barbarie, mise en scène extrême du corps, à coups de tendons sectionnés, de crânes défoncés et de têtes guillotinées –, il sonde avant tout l'absolue inanité de la justice personnelle, de cette loi du talion qui ne fait in fine qu'opposer un agent secret sadique et un tueur masochiste, le premier ne parvenant jamais à panser ses plaies, comme en témoigne le plan final, et le second se complaisant dans une frénésie sanguinaire qui paraît l'amuser plus qu'elle ne l'affecte.

 

Les premiers plans sont aussi flatteurs que normatifs : une vue subjective sur une route déserte et enneigée, un véhicule immobilisé au bord du chemin, une jeune femme occupée à s'épancher au téléphone, le Mal qui prend forme et émerge définitivement... De cette introduction glaçante va naître un duel psychologique et une lutte à mort entre un agent surentraîné des services secrets et un monstre sanguinaire, entre l'écorché Lee Byung-hun et le barbare Choi Min-sik, tous deux impeccables. Ardent et réalisé avec maestria, J'ai rencontré le diable adopte un régime de cruauté permanente, comme si le supplice régnait sur un monde éteint, désenchanté, dans lequel les tortionnaires se cacheraient les uns derrière les autres... Point de salut dans ce cercle de la vengeance mettant à nu les déviances humaines et l'embrigadement des esprits, d'abord échaudés puis pervertis, à tel point que la victime en vient à se confondre avec le bourreau. Si le cinéma sud-coréen transparaît par cette voie sombre du vigilante, il se fond en fait tout entier dans l'oeuvre de Kim Jee-woon : recours épisodique au burlesque, ambiguïtés plurielles, photographie froide et soignée, ciel écrasant, mouvement permanent, inventivité débridée, ruptures de ton... Un régal pour qui affectionne Hallyuwood et acceptera d'avaliser cette débauche de violence esthétisée.

 

 

Lire aussi :

Et la Lumière fut

« Laura » : le fantôme qui vous hante

Le Plus : "Snake Eyes" / Le Moins : "Fury" (#54)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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