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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:54

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : Mulholland Drive (2001). De son penchant pour la photographie et la peinture, David Lynch a hérité d’un savoir-faire formel presque inégalable. Avec son cadrage d’orfèvre et ses lumières hypnotiques, Mulholland Drive arbore ainsi d’éclatants atours, élevant la magnificence visuelle à des niveaux rarement atteints jusque-là. Non contente de sublimer la plastique, cette expérience sensorielle unique arrive à son apogée dès lors que la bande-son, en tout point ensorceleuse, dévoile ses plus belles partitions. Délaissant quelque peu son légendaire sens de l’absurde, le cinéaste américain procède ici par envoûtement, recourant volontiers à une sensualité permanente et à la mise en scène – implacable – des corps. De quoi sublimer un thriller bicéphale qui se joue comme jamais des frontières entre rêve et réalité, faisant du fantasme l’enjeu principal d’un récit foisonnant de lectures. David Lynch ne s’arrête évidemment pas en si bon chemin : il décompose au passage le Landerneau hollywoodien pour mieux en extraire ses névroses, ses vilenies et ses illusions. C’est ainsi que Naomi Watts campe avec brio une âme en peine, jeune comédienne fragile, abîmée par les humiliations et tourmentée par un amour hautement toxique. La délicieuse et énigmatique Laura Elena Harring lui donne la réplique. Vedette opportuniste doublée d’une séductrice hors pair, elle sera l’objet de toutes ses obsessions, agissant tour à tour à la manière des endorphines ou tel un atroce tord-boyaux. Authentique mindfuck, parsemé d’indices et de symboles, ce polar labyrinthique se déploie au travers d’un funeste triangle amoureux, multipliant les fausses pistes et ne livrant que partiellement ses secrets, rendant son décryptage, inépuisable et soumis à révision, particulièrement ardu. Digne héritier des imparables Blue Velvet (1986) et Lost Highway (1997), Mulholland Drive expérimente l’élasticité du temps, du lieu et de l’action sur fond d’amnésie, aidé en cela par deux interprètes à tout le moins grandement inspirées. Au final, cela donne à voir un film résolument abscons, qui échappe aux schémas narratifs classiques, jamais à court d’idées, riche en allusions succinctes et à ne certainement pas mettre entre toutes les mains. (10/10)

 

Le Moins : American Nightmare (2013). Chaque année, durant douze heures, l’Amérique se livre à toutes sortes d’atrocités, succombant aux vengeances personnelles, s’abandonnant immodérément à la haine la plus primaire. Cette « purge » tolérée par les autorités a pour but, plus ou moins avoué, d’éliminer les parasites qui minent l’économie – les pauvres, les désœuvrés, les malades – et de contenir la criminalité tout le reste du temps. Avec American Nightmare, James DeMonaco s’essaie au thriller d’anticipation, un genre difficilement domptable qui n’autorise aucune faille. C’est pourtant peu dire que les siennes ressemblent à s’y méprendre à des fossés. Premier bémol : si le pitch est prometteur, son développement ne vaut pas tripette. On sent que les scénaristes ont vidé leurs fonds de tiroirs – et qu’ils n’y ont pas trouvé grand-chose. Second bémol : contrairement à ce que la bande-annonce voudrait nous faire croire, le long métrage s’avère moins effrayant qu’un clip des One Direction et moins audacieux qu’un sonnet de Noël. Bâclé de bout en bout, cet American Nightmare croule littéralement sous les clichés et agite en vain le chiffon rouge des inégalités, ne parvenant tout au plus qu’à susciter un vague intérêt poli. Huis clos stérile, scénar chétif, vision avortée, James DeMonaco entendait dépeindre un monde dystopique, confondre la victime et le bourreau, sonder la nature humaine, mais ne fait au final que se perdre dans une fable futuriste insignifiante, filmée de toute évidence à l’aveuglette. Un naufrage sur toute la ligne. (3/10)

 

 

Lire aussi :

Le Plus : "Elena" / Le Moins : "Antiviral" (#29)

Le Plus : "Les Chats persans" / Le Moins : "3096 Jours" (#28)

Le Plus : "Stoker" / Le Moins : "Jobs" (#27)

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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