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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 09:17

Le saviez-vous ?  En Turquie, l’avènement de l’AKP a coïncidé avec la stigmatisation croissante de l’alcool. Emmené par Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre et ancien maire d’Istanbul, le gouvernement islamo-conservateur n’hésite pas à monter en première ligne pour dénoncer les dangers des boissons enivrantes. Et, surtout, à agir en amont. D’aucuns y voient le signe d’une théocratisation du pays.

 

Mais encore ?  De prime abord, cela pourrait relever de l’anecdote : le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a récemment décrété que la boisson nationale était l’ayran, un breuvage populaire à base de yaourt. Pourtant, cette histoire somme toute banale a tout de l’arbre qui cache la forêt. Car, depuis 2002, année de la prise de pouvoir des conservateurs de l’AKP, l’alcool n’est plus en odeur de sainteté dans la Turquie laïque d’Atatürk. Et ce qui s’apparente étrangement à une vaste campagne visant à fustiger l’enivrement empiète de plus en plus sur le champ privé. Un interventionnisme politique qui peut laisser croire à une islamisation rampante de l’ensemble de la société. Ce qui semble en tout cas évident, c’est que l’homme fort de l’AKP voit dans l’alcool un fléau qu’il faut à tout prix endiguer. Une posture largement outrancière, puisque 85 % des Turcs ne boivent pas, si l’on en croit les chiffres fournis par l’institut national TurkStat. Mieux encore : une étude du Centre de recherches économiques et sociales de l’université de Bahçeşehir démontre que la consommation privée a reculé d’environ un tiers entre 2003 et 2008. Une évolution inversement proportionnelle à la hausse des taxes, qui figurent désormais parmi les plus élevées du monde. Pourtant, nonobstant rapports scientifiques et statistiques officielles, les villes conservatrices s’attachent à réduire comme peau de chagrin le nombre de bars et de points de vente. C’est ainsi que les mesures restreignant localement la consommation de boissons alcoolisées donnent régulièrement lieu à des controverses. Résultat : ce climat délétère pousse les Turcs à boire en catimini, ce qui s’avère à tout le moins contre-productif. Symbole de cette bataille islamo-conservatrice : Turkish Airlines, dont l’État est l’actionnaire principal. La suppression, en début d’année, de l’alcool vers plusieurs destinations au Moyen-Orient a déclenché une authentique controverse. La compagnie aérienne, qui fait régulièrement bondir les milieux laïcs, a par ailleurs adopté, avant de faire marche arrière, un nouveau code esthétique interdisant aux hôtesses de se maquiller avec des couleurs vives. Des mesures qui prêtent évidemment à la critique. Quoi qu’il en soit, la Turquie d’avant 2002, celle qui savait « banaliser » l’ivresse, doit avoir bien du mal à se reconnaître aujourd’hui.

 

Citation. « Dans les premières années de la République, une boisson alcoolisée comme la bière a malheureusement été présentée comme une boisson populaire turque. Mais notre boisson nationale, c'est l'ayran […] C'était au point que certaines familles ont commencé à donner de la bière à leurs enfants en âge d'aller à l'école primaire au motif que c'était bon pour la santé et nourrissant. »Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, lors d’un symposium à Istanbul portant sur les politiques relatives à l’alcool.

 

 

Lire aussi :

De la cocaïne à Lehman Brothers… – LSV #7

Les armes aux États-Unis – LSV #6

Chômage : l’Europe en quête de remèdes – LSV #5


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Published by Jonathan Fanara - dans Le saviez-vous
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
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