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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 15:45

Le Plus/Le Moins est une chronique cinématographique hebdomadaire. Vous y découvrirez, toujours avec concision, le meilleur et le pire de mes (re)découvertes.

 

 

Et cette semaine…

 

Le Plus : eXistenZ (1999). Créer de toutes pièces des univers singuliers, mettre en œuvre une mécanique narrative imparable, se jouer des fascinations humaines pour mieux porter son message. David Cronenberg est davantage qu’un simple film director : par son cinéma allégorique et sa vision constructive, il s’impose comme un auteur-virtuose de premier plan, toujours prêt à se jeter à corps perdu dans des projets casse-gueules. De Stereo (1969) à Cosmopolis (2012), le Canadien a alterné le meilleur et le pire, embrassant tous les genres sans jamais sacrifier son identité propre. Avec eXistenZ, véritable condensé de sa filmographie, sorti en 1999, il transpose à l’écran toutes ses obsessions : gadgets organiques, orifices déroutants, point de confluence du réel et du virtuel. « Connectez-vous et devenez Dieu » : et si cette citation, que l’on doit à l’un des personnages, résumait tout ce que Cronenberg entend dénoncer ?  Car il est ici avant tout question de quête identitaire, de négation du concret et de besoins émotionnels insatisfaits, des thématiques résolument modernes, déclinées au travers d’une nouvelle génération de jeux, directement connectés au système nerveux. eXistenZ finit d’ailleurs par confiner au miroir déformant, amplifiant névroses et mal de sensations, nous renvoyant froidement aux paradoxes du corps et de la technologie. Mieux : sans avoir l’air d’y toucher, par son propos, le cinéaste canadien expose une certaine vision de l’avenir, érigeant l’artificiel en antidote du déprimé. Et si son long métrage reste assurément arrimé à la science-fiction, il puise également dans le registre comique, comme en témoignent ses emprunts au burlesque et ses scènes équivoques. Mais, malgré ces quelques traits d’humour, eXistenZ demeure largement hermétique en raison de sa duplicité et de ses amphigourismes. Un brouillage – volontaire ? – qui ne manquera pas de laisser les non-initiés au bord du chemin. Confus, violent, drôle, ce film bicéphale (au moins) tourne rapidement à l’orgie scénaristique et ressuscite toutes les lubies de son maître d’œuvre. Un plaisir malheureusement tempéré par de vaines complications de lecture et une gadgétisation à l’excès. (7/10)

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Le Moins : Des hommes d’influence (1997). Barry Levinson a beau se faire rare, les cinéphiles ne l’oublient pas pour autant. Logique quand on sait qu’on lui doit des monuments de la trempe de Rain Man (1988) et de Sleepers (1996) – excusez du peu –, auxquels il convient encore d’ajouter des morceaux de choix comme Harcèlement (1994) ou Bugsy (1991). Et ce n’est pas tout : déjà réalisateur et scénariste confirmé, il se distingue également en tant que producteur avisé, notamment avec Oz, la mythique série de Tom Fontana, à la fois pionnière et inégalable. Dans Des hommes d’influence, ce cinéaste américain aux multiples casquettes bat en brèche la respectabilité du Landerneau politique et inscrit son propos à la lisière de la satire comique. Comme pour mieux porter son projet, le casting réunit deux monstres sacrés du septième art, à savoir Dustin Hoffman et Robert De Niro, campant respectivement un producteur de cinéma vaniteux, doublé d’un opportuniste peu scrupuleux, et un spin doctor ne reculant devant rien. Ces deux personnages hauts en couleur vont s’adonner aux pires manipulations politiques, n’hésitant pas à simuler une guerre pour détourner l’attention de l’opinion publique à la veille d’un scrutin crucial. L’objectif de la manœuvre ?  Passer sous silence un scandale sexuel impliquant leur candidat. Barry Levinson en profite pour dessiner une savoureuse galerie de personnages, tous plus improbables les uns que les autres. Et il décline par ailleurs, jusqu’à plus soif, les notions de mensonge et de storytelling, notamment via la genèse d’une flopée d’outils de communication – musique et images circonstancielles, mythe du héros, geste emblématique, etc. Le hic, c’est que cette caricature, même revendiquée, pèche par outrance et présente des vices de crédibilité. Cela sans compter que Des hommes d’influence manque assurément d’épaisseur et finit par tourner en rond, voire à vide. La faute à une écriture trop plate et à une mise en scène pas forcément plus pétillante. (6/10)

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Lire aussi :

Le Plus : "Funny Games" / Le Moins : "Funny Games U.S." (#15)

Le Plus : "Le Géant de fer" / Le Moins : "Main dans la main" (#14)

Le Plus : "Mary and Max" / Le Moins : "The Invention of Lying" (#13)

 

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Published by Jonathan Fanara - dans Cinéma
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  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

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