Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:51

Face au septième art, la télévision a souvent fait pâle figure. Longtemps méprisées par les critiques, tardivement prises au sérieux, les séries ont mis du temps avant de récolter la reconnaissance qu’elles méritaient. Mais, aujourd’hui, elles possèdent leurs propres icônes et leurs réseaux de passionnés. Au fil des années, les œuvres cultes se sont multipliées, des personnalités talentueuses se sont affirmées et des réalités sociétales ont été étudiées. La fiction télévisée arbore surtout une dynamique narrative et des normes techniques qui lui sont spécifiques, se distinguant ainsi du cinéma.

 

Au début des années 1950, un nouveau genre artistique émerge : les séries télévisées. Dans un premier temps, elles sont diffusées en direct, car la télévision ne permet pas, contrairement à la radio, une transmission des programmes en différé. Dès la fin des années 1940, New York et Chicago font figure de premiers berceaux du petit écran. Capitales de la radio et du théâtre, ces grandes villes bénéficient d’un avantage naturel : les propriétaires des stations de radio investissent dans la télévision et contrôlent les chaînes. Ils se contentent d’ailleurs souvent de transférer et d’adapter les programmes radiophoniques, qui apparaissent sous une nouvelle forme à la télévision. Ce qui connaît le succès sur un médium doit forcément prospérer sur l’autre. Au cours des années 1950, la consommation des ménages augmente sensiblement. L’arrivée des téléviseurs dans les foyers s’accélère. Très vite, l’Amérique entière se trouve connectée aux mêmes chaînes. C’est l’âge d’or de la télé : ses premières plumes se révèlent, les genres télévisuels et fictionnels se dessinent et les expérimentations fleurissent.

 

Plus tard, sous l’impulsion de Lucille Ball, productrice et principale comédienne de I Love Lucy, les séries commencent à s’installer à Hollywood, se servant des décors inutilisés et diminuant ainsi les coûts de production. Le cinéma et la télévision s’associent, chacun y trouvant son compte. Tournée en public avec trois caméras simultanées, l’émission I Love Lucy fait la part belle à l’improvisation et offre, grâce aux réactions des spectateurs, un dynamisme inédit. Le montage d’images filmées sous trois angles permet la mise en exergue du jeu des comédiens. Depuis lors, la plupart des sitcoms sont réalisées dans des conditions similaires. Par ailleurs, Alfred Hitchcock débarque sur le petit écran avec une réputation déjà bien assise. La télé se paie donc un réalisateur de premier plan. À la même époque, le western cartonne et Steve McQueen se fait les dents avec Au nom de la loi. Il deviendra, par la suite, une star internationale. Apparaissent, à la fin des années 1950, le mythique Zorro et La Quatrième Dimension, une série fantastique ayant glané de multiples récompenses et mis à l’honneur l’écriture. Cette dernière consacre définitivement le rôle de l’auteur : Rod Serling y cumule les fonctions de scénariste et de producteur en faisant montre d’un pouvoir décisionnel inoxydable. Il est à noter que trois grands networks, ABC, NBC et CBS, se partagent le marché télévisuel. Cette situation perdurera jusque dans les années 1990. Enfin, le différé se démocratise à partir de 1957. Il est désormais possible de répéter et d’enregistrer, ce qui modifie considérablement les méthodes de travail en vigueur.

 

Les années 1960 mettent en scène des espions très populaires. Mission : Impossible milite pour la valorisation de l’image des Noirs, tandis que Les Mystères de l’Ouest dévoile de fortes connotations homosexuelles, notamment par le biais des costumes et des postures. Les séries prouvent (déjà) qu’elles peuvent être en avance sur leur temps. Durant ces années, en France, peu de fictions télévisées sont achetées, malgré la qualité générale et la pertinence des critiques sociales véhiculées. Celles qui sont programmées ne sont d’ailleurs que partiellement doublées et diffusées sans aucune logique. Le mouvement se prolongera. Produites alors principalement en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les séries doivent, dès la fin des années 1970, essuyer une pluie de critiques et de propos méprisants. En proie aux attaques, elles apparaissent comme un art mineur, relevant uniquement du divertissement et ne pouvant concurrencer le cinéma. Une réputation illégitime dont elles auront du mal à se défaire.

 

Entre 1970 et 1980, le drapeau de la créativité est en berne, notamment en raison des problèmes économiques que connaissent les trois grands networks, qui dominent encore le paysage télévisuel. Les chaînes locales affiliées gagnent en autonomie. Ce sont les années Columbo ou Starsky et Hutch. Les séries policières ont le vent en poupe. Dallas et L’homme qui valait trois milliards se font également une place au soleil. Mais la France délaisse des œuvres de grande qualité et snobe l’essentiel des productions novatrices. MASH, qui met astucieusement en lumière la réalité des guerres, en fait partie.

 

L’essor du câble et du magnétoscope bouleverse les habitudes du petit écran au début des années 1980. Le monopole des chaînes historiques se trouve menacé par une atomisation du marché. En outre, une grève frappe le monde télévisuel : les acteurs réclament des royalties sur les ventes de cassettes et les diffusions sur le câble. La surprise vient de NBC : Grant Tinker, ancien patron de MTM, une société de production très novatrice, prend les rênes du network. Il va révolutionner la fiction télévisée. Hill Street Blues, L.A. Law, St Elsewhere et Miami Vice (de Michael Mann) voient le jour et impressionnent. Steven Bochco, rénovateur attitré, procure alors de grands succès à NBC, qui était en perte de vitesse.

 

Au début des années 1990, Les Simpson font leur apparition. Série indétrônable, satirique et insolente, elle habite toujours nos écrans actuellement. Les chaînes câblées produisent une montagne d’œuvres, HBO pointant, par sa vision et sa créativité, à la première place. La vulgarité et la nudité, des tabous absolus au sein des networks traditionnels, s’installent durablement dans les fictions émanant du câble. C’est l’heure des Buffy, Dream On !, Law and Order, NYPD Blue, Urgences, Oz, Ally McBeal, Friends ou encore Sex and the City. Aaron Sorkin livre son génial The West Wing (avec Martin Sheen) et David Lynch, talentueux réalisateur de cinéma, offre au public son indéfinissable Twin Peaks, véritable ovni du petit écran. Chris Carter n’est pas en reste : X-Files constitue un énorme succès, devenant une réelle institution télévisuelle et gagnant une place de choix dans la culture populaire.

 

Dans les années 2000, 24 heures, Les Soprano, Lost, Six Feet Under et d’autres séries de grande qualité envahissent les foyers, notamment via le câble ou le satellite. Grâce à elles, la téléfiction n’a plus rien à envier à la bande dessinée, la littérature, le cinéma, la sculpture ou encore la peinture. Aujourd’hui, chaque année apporte son lot de nouveautés en tout genre. Les showrunners font la part belle à l’audace et à la créativité. Showtime, HBO, Fox et AMC dominent désormais de la tête et des épaules la concurrence. Enfin, l’incroyable subtilité et la complexité narrative des nouvelles séries, face à la relative dichotomie des anciennes productions, est clairement à souligner.

 

 


Des personnalités à gogo

 

Quand Alan Ball, scénariste fraîchement oscarisé, livre Six Feet Under, il donne un sérieux coup de fouet au monde des fictions télévisées. La série piétine les tabous – la mort, l’homosexualité, les valeurs familiales – et arbore une qualité littéraire d’un très haut niveau. Alan Ball succède ainsi à d’autres personnalités cinématographiques s’étant réfugié dans l’univers du petit écran. David Lynch, réalisateur de films improbables, a créé Twin Peaks, tandis que Forest Whitaker et Glenn Close ont pavoisé dans The Shield. Quentin Tarantino, réalisateur littéralement adulé par la profession, s’offre quant à lui des épisodes d’Urgences et des Experts. Et les Sheen, Martin et Charlie, ont fait le bonheur de leur série. D’autres ont effectué le chemin inverse : Bruce Willis avec la série Clair de Lune, George Clooney avec Urgences ou encore Johnny Depp avec 21 Jump Street. La télévision a révélé au public d’immenses vedettes. Et nous avons déjà parlé des cas Hitchcock et McQueen. En outre, des acteurs comme Jason Bateman, Jennifer Aniston ou Kiefer Sutherland doivent beaucoup aux séries qui les ont employés. Le cinéma et les fictions télévisées se nourrissent aujourd’hui mutuellement. Aaron Sorkin et J.J. Abrams peuvent en témoigner.

 

Mais les séries possèdent aussi leurs propres stars. Aaron Spelling en fait indéniablement partie. Développant et exploitant les concepts les plus lucratifs, souvent pour ABC, il a contribué aux entreprises suivantes : Starsky et Hutch, Drôles de dames, La croisière s’amuse, Dynastie ou encore Beverly Hills et Melrose Place. Par ailleurs, on ne peut négliger l’équipe des Soprano, avec notamment David Chase, Terence Winter (Boardwalk Empire) et Matthew Weiner (Mad Men). D’autant plus que Michael Imperioli et Edie Falco retrouveront des rôles à la mesure de leur talent. Le groupe de The Shield peut également impressionner : Shawn Ryan a créé par la suite The Chicago Code, tandis que Kurt Sutter et Glen Mazzara ont respectivement œuvré pour Sons of Anarchy et The Walking Dead. De véritables viviers de talents. On citera aussi X-Files, puisque les acteurs principaux se recycleront avec un certain succès (David Duchovny dans Californication, Annabeth Gish dans Brotherhood ou encore Mitch Pileggi dans Sons of Anarchy), alors que Vince Gilligan fera de Breaking Bad un véritable phénomène (avec Aaron Paul et Bryan Cranston, tous deux acteurs dans X-Files). Enfin, comment ne pas évoquer David Simon et Tom Fontana, créateurs de The Wire et Oz ?  Le génie de leurs productions fait d’eux des maîtres du genre.

 

 

 

Les techniques et la substance

 

Bien des choses différencient le cinéma et les séries télévisées. Le premier repose en grande partie sur le réalisateur, véritable chef d’orchestre et penseur du projet. Les secondes accordent davantage d’importance aux scénaristes, aux esprits créatifs. Le format utilisé explique ces divergences : la durée des séries exige un travail rédactionnel complexe et minutieux. Les auteurs doivent sans cesse surprendre et déverser des trouvailles scénaristiques. Au royaume des cliffhangers, le créatif s’avère indispensable. Le cinéma, en revanche, est le fruit des réalisateurs, qui cherchent à magnifier chaque plan, qui étudient assidument le cadrage et qui s’évertuent à exceller dans les techniques filmiques employées. Cependant, il va de soi que les auteurs ont également leur mot à dire.

 

Il existe d’autres différences majeures. Avec les téléfictions, un rendez-vous journalier ou hebdomadaire associe le public et l’œuvre. Les personnages, quant à eux, jouissent d’une profondeur psychologique et d’une complexité inconnues jusque-là. La longueur des œuvres offre la possibilité aux créateurs de confronter les personnages à de multiples situations, permettant l’analyse de comportements adaptés à différents cas de figure. Le continuum proposé par les fictions télévisées cimente les relations qui unissent la production et son public.

 

En ce qui concerne l’aspect économique, les séries sonnent partiellement le glas du diktat financier des producteurs. L’influence des aficionados, de l’image conférée par la série ou encore des aspirations publicitaires prime parfois. Par contre, les courbes d’audience tiennent souvent le haut du pavé. Combien de séries annulées faute d’audimat ?  Par ailleurs, la télévision offre aux créateurs une vaste liberté, permettant de grandes innovations et la levée de nombreux tabous. Car, avec le câble et le satellite, la réalité économique se veut différente. Conséquence logique des moyens de financement alternatifs adoptés par ces nouvelles chaînes. Cela contribue à la pleine utilisation des qualités des auteurs. Notons que, souvent, l’achat de la série par le network ne couvre pas la totalité des coûts de production. Après l’expiration du contrat d’exclusivité, il faut donc vendre le programme à d’autres diffuseurs, en syndication, c’est-à-dire par paquets d’épisodes. Et, ensuite, on peut s’attaquer aux marchés étrangers.

 

Aujourd’hui, les séries font pleinement partie de la culture populaire. Elles l’influencent d’ailleurs grandement. Dans une affaire remontant à l’année 2000, il a été dit que le gouvernement Clinton avait organisé une campagne anti-drogue au travers d’épisodes télévisés. Après un accord conclu entre le gouvernement et les chaînes, celles-ci doivent céder des espaces à des prix réduits pour la campagne. Mais la demande d’écrans publicitaires explose et les networks rechignent alors à honorer leurs engagements. Une nouvelle entente est nouée : un système de points est mis en place et doit permettre au gouvernement, ayant payé pour des temps d’antenne qui lui sont refusés, d’opérer des modifications sur les scénarios. Plus de cent épisodes seraient concernés par cette affaire proprement hallucinante.

 

Enfin, sur un plan purement technique, le succès de MTV a considérablement influencé les séries télévisées, à commencer par Miami Vice : les costumes, le rythme, les couleurs, la bande-son, le montage et les accessoires en subissent les effets. En règle générale, les séries multiplient les gros plans et laissent davantage d’espace aux dialogues. Elles sont rythmées par les écrans publicitaires, avec des regains de tension avant les coupures et des phases scénaristiques, des actes d’une dizaine de minutes. Par ailleurs, il existe souvent différents niveaux d’intrigues. Dans X-Files, l’intrigue A (l’affaire en cours) était démêlée à la fin de l’épisode, tandis que l’intrigue B, plus générale, tenait sur une saison ou sur l‘ensemble de la série (la conspiration, par exemple). Il s’agit donc d’une écriture multidimensionnelle, formant des arcs narratifs qui s’entrecroisent et s’entretiennent mutuellement. Enfin, on remarque, au travers de nombreuses œuvres, la capacité des scénaristes à se moquer des barrières temporelles, jonglant littéralement avec la chronologie, ou à transformer un détail insignifiant en moteur de la trame principale.

 

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
commenter cet article
1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 08:11

Malgré des discours rassurants débités à intervalles réguliers, les marchés gardent les yeux rivés sur l’Europe et sa monnaie unique. Ils attaquent les pays fragiles, frénétiquement et inlassablement, pariant sur leur mort prochaine. Déficits publics et dettes font figure de cancers incurables, les taux d’intérêt prohibitifs étant les métastases ; les médecins boursiers administrent des remèdes basés sur la réduction des dépenses et la hausse des recettes. Un traitement de rigueur, voire d’austérité. La maladie budgétaire a déjà coûté la vie à plusieurs gouvernements européens. Inquiétant ?

 

Silvio Berlusconi et George Papandréou ont récemment dû abandonner leur poste, confiant la gouvernance de leur pays à des technocrates particulièrement appréciés par les marchés financiers. L’arrivée au pouvoir de Lucas Papademos et de Mario Monti, respectivement en Grèce et en Italie, n’est pas le fruit du hasard : elle a été favorisée par la pression des investisseurs internationaux et des agences de notation. Une pièce en plusieurs actes. Dans un premier temps, les marchés ont parié sur la faillite de la Grèce et sur l’affaiblissement durable de l’Italie, faisant grimper les taux d’intérêt des obligations de ces pays périphériques. Ensuite, nonobstant les plans de rigueur et les mesures douloureuses adoptées, ils ont maintenu leurs attaques déstabilisatrices, provoquant la chute de deux gouvernements démocratiquement élus. En dépit de politiques économiques douteuses, voire contre-productives, il demeure étonnant que la finance puisse dicter ses volontés de la sorte et mettre à mal ceux qui représentent le peuple. Pour, au final, installer aux manettes des techniciens financiers, des anciens de Goldman Sachs, la banque qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, à trouver indûment une place dans la zone euro. Un comble. Ainsi, Mario Draghi, nouveau directeur de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, nouveau Premier ministre grec, et Mario Monti, nouveau président du Conseil italien, possèdent tous des liens étroits avec la célèbre banque d’affaires américaine. De quoi susciter les suspicions et laisser pantois les plus rationnels.

 

Par ailleurs, les récentes élections anticipées au Portugal et en Espagne, autres pays périphériques inquiétés par les marchés financiers, ont été le résultat de la défiance des investisseurs internationaux. Cela s’est traduit par la victoire des libéraux, traditionnellement davantage favorables au capitalisme et à la finance que leurs adversaires socialistes. On notera l’ironie de cette situation, puisque les chantres des thèses ayant mené à la crise se trouvent récompensés par leurs électeurs. En réalité, José Socrates et José Luis Zapatero ont payé pour des dysfonctionnements structurels, pour des troubles endémiques qui ne relèvent pas directement de leur responsabilité. Mais les marchés réclamaient un changement politique immédiat. Et, quand le spread évolue dangereusement, quand le poids de la charge de la dette explose, les États tendent l’oreille pour mieux percevoir les volontés du marché, devenues de véritables exigences indiscutables.

 

Aujourd’hui, c’est sur la Belgique que les attentions se portent. Sous la pression des marchés, après la dégradation de sa note, le pays a brusquement connu de grandes avancées concernant la formation d’un gouvernement fédéral. Les négociateurs, ceux qui s’écharpaient depuis de longs mois, ont subitement trouvé des solutions à leurs désaccords, mettant de l’eau dans leur vin et arrêtant de jeter de l’huile sur le feu. Un soupir des marchés financiers aura donc suffi à réveiller le Landerneau politique et à effrayer les plus téméraires. Alors que les Belges, eux, clamaient leur désarroi depuis longtemps. En vain. Cela révèle l’inquiétante influence des marchés, qui bénéficient d’un pouvoir grandissant, et la faible portée des aspirations citoyennes dans les nations empêtrées dans des endettements massifs et soumises aux caprices de leurs bailleurs de fonds. En outre, dans le même ordre d’idées, l’intégration européenne est relancée : on discute maintenant de mesures coercitives, de droit de regard européen sur les budgets nationaux. Les frissons boursiers peuvent donc également révolutionner les habitudes de l’Union.

 

Les hommes politiques doivent se faire une raison. Malgré leur irascibilité et leurs lubies, les marchés financiers voient leur pouvoir grandir chaque jour. À tel point qu’ils peuvent désormais influer sur le cours de l’histoire. Un diktat technique. C’est ainsi que les pays les plus exposés, de par leurs dettes, verront leur marge de manœuvre se réduire et leur autonomie être remise en cause. Une régression politique, une aliénation économique.

 

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Économie
commenter cet article
20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 18:20

Il y a un an, les électeurs belges se rendaient aux urnes pour élire un nouveau gouvernement fédéral. Après d’âpres négociations, des réussites ténues et des échecs cuisants, nos représentants n’ont pas avancé d’un iota depuis les élections législatives. Quelles leçons tirer de ces mésaventures nationales ?  Quel regard portent les investisseurs et la presse étrangère sur notre démocratie ?  Quid des dysfonctionnements inhérents à notre système et de l’avenir du pays ?

Les journaux télévisés abondent tous dans le même sens : l’immobilisme de la classe politique belge quant à la conclusion d’un accord au niveau fédéral porte atteinte à l’image de Bruxelles dans le monde. Les citoyens, eux, commencent à se lasser des turpitudes des uns et de l’irresponsabilité des autres. Les caciques des grands partis apparaissent désormais comme lâches, provocateurs ou carrément incompétents. Aux yeux de nombreux Belges, les formations participant aux négociations cherchent prioritairement à satisfaire des intérêts particuliers, et ce, au détriment de l’intérêt public. En d’autres termes, le communautaire mène la danse, dans les mentalités et dans les faits. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les missions royales se multiplient (vainement), alors que le gouvernement d’Yves Leterme, en affaires courantes, voit ses pouvoirs s’élargir progressivement. Un déni de démocratie ?  Une nécessité ?  Un peu des deux.

Pendant que nos politiciens travaillent à la mise en place d’une majorité fédérale, la presse étrangère étudie et commente assidûment le spectacle belge. Nos institutions, passées au crible, font l’objet de critiques à peine voilées, tandis que l’émergence de la N-VA, parti nationaliste très populaire en Flandre, donne des sueurs froides aux élus concernés par des indépendantismes régionaux. Nos partenaires européens se questionnent au sujet de l’avenir de notre pays, n’hésitant plus à mettre en exergue les enjeux du séparatisme. Par ailleurs, les théories prophétiques ressurgissent : l’Europe devrait, à terme, se muer en une communauté de régions. En effet, partout, les mouvements autonomistes s’affirment avec force et détermination : Espagne, Belgique, Italie ou encore Royaume-Uni. Il est cependant à noter que l’Allemagne et la France échappent à la règle. Cette évolution s’inscrit pourtant en totale contradiction avec l’esprit originel de l’union imaginée par les membres fondateurs ; les peuples devaient se rapprocher et œuvrer pour des causes communes en vue notamment de prévenir les conflits.

La sphère économique attire également les attentions. Les investisseurs semblent, pour l’instant, se contenter de l’action des gouvernements régionaux. Le travail des entités fédérées s’avère aujourd’hui capital, ces dernières palliant les lacunes d’un pouvoir fédéral défaillant. Mais le calme des marchés est toujours relatif : des réactions tardives, des divisions perpétuelles ou des négociations avortées pourraient réveiller les investisseurs internationaux et contribuer à une grave débâcle financière. Les agences de notation se font de plus en plus menaçantes, en dépit d’indicateurs dans le vert et de fondamentaux solides. Par conséquent, la Belgique devra prouver son sérieux aux grands acteurs économiques et veiller à ne pas abuser de la patience de ses bailleurs de fonds.

Dans ce quasi-chaos politique, une certitude émerge : il sera très difficile de former un gouvernement sans la N-VA. Les partis flamands rejettent majoritairement cette idée. Personne ne veut décevoir son électorat ; les revendications flamingantes ont donc le vent en poupe et, dans les esprits, Bart De Wever et ses acolytes les symbolisent parfaitement. Dès lors, il serait stratégiquement malvenu, voire dangereux, de se priver des services du héraut de la cause flamande. Cela dit, arrêter une position commune et un compromis acceptable pour tous avec les nationalistes semble pour le moins complexe, tant les divergences de vues s’avèrent profondes. En outre, les attaques sournoises dirigées à l’encontre des francophones n’arrangent rien. Certains, au Nord du pays, cultivent l’art de faire feu de tout bois. Et, dans les deux camps, chaque journée apporte son lot de commentaires méprisants, de reproches abrupts, de stéréotypes et de contre-vérités. En réalité, au fil des rencontres, bilatérales ou multilatérales, les espoirs se dissipent et de nouvelles pommes de discorde se font jour.

Revoter paraît inconcevable : les sondages indiquent un refus net des électeurs et, de plus, les vacances approchent à grands pas. Finalement, quelles perspectives pour la Belgique ?  On pourrait prolonger le gouvernement d’Yves Leterme, en lui octroyant des pouvoirs plus larges, en lui attribuant un mandat légitimé par la crise que traverse le pays. Le CD&V, qui détient de nombreux postes-clés actuellement, trouve l’offre alléchante. Au regard des dernières élections, une nouvelle équipe fédérale signifierait pour lui la perte de plusieurs ministères très convoités. La N-VA, qui aspire ouvertement à l’indépendance flamande, sait que cela ébranlerait irrémédiablement l’unité nationale. Mais, ce faisant, que restera-t-il de la démocratie belge ?  La nostalgie ? 

En tout cas, les responsables politiques devront indéniablement, pour préserver le peuple et le suffrage, mettre de l’eau dans leur vin et avancer formellement vers un accord. Aujourd’hui, les deux grands vainqueurs, PS et N-VA, doivent impérativement identifier leurs partenaires pour la formation d’une nouvelle majorité. On ne bougera pas d’un pouce sans cela. La famille socialiste, la plus grande du pays, veut rester unie. Certains souhaitent que les libéraux entrent dans la danse. Il faudra trancher la question rapidement. Laisser les susceptibilités au vestiaire sera indispensable pour s’accorder sur l’institutionnel, le communautaire et le socio-économique. Et, pour chasser cet accord fantôme, pour mettre en œuvre un compromis digne de ce nom, tous vont devoir adopter des méthodes de travail communes, des valeurs de base similaires. Il en va peut-être de la survie de la Belgique telle que nous la connaissons.

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 14:39

En Wallonie comme à Bruxelles, Ecolo double son score de 2004, tandis que le Parti socialiste sauve les meubles. Le MR, qui souhaitait brûler la politesse au PS et devenir le premier parti francophone, pointe à la deuxième place. Un camouflet. Le cdH, malgré sa quatrième position, garde le sourire et se félicite des résultats.

 

Les scrutins régional et européen ont livré leur verdict. Le premier constat concerne les sondages, très éloignés de la réalité des urnes. Ils ont sans conteste influencé le vote des électeurs et, par voie de conséquence, faussé la donne. On peut légitimement penser qu’ils ont favorisé l’essor des écologistes et contribué à la mobilisation de l’électorat socialiste. De toute évidence, ils pèchent par manque de justesse et de pertinence.

 

Les déclarations tonitruantes foisonnent. Nombre d’observateurs saluent la victoire d’Ecolo. Les réformateurs draguent Jean-Michel Javaux et répètent inlassablement que le parti écologiste détient les clés du pouvoir. Pourtant, en Wallonie, c’est bel et bien le Parti socialiste qui arrive en tête et garde la main. Même son de cloche pour les élections européennes. La performance des écologistes doit être soulignée, certes, mais le triomphalisme ambiant tranche nettement avec les faits tangibles. Si Ecolo double ses scores, c’est avant tout parce qu’ils étaient faibles. D’ailleurs, il est à noter que le parti ne remporte pratiquement aucun canton. Bien sûr, il a gagné en crédibilité et concurrence désormais les familles politiques traditionnelles. Il s’agit, à cet égard, d’une belle réussite. Mais il convient de rappeler que la cause verte a le vent en poupe et que le film Home, réalisé par Yann Arthus-Bertrand, n’a certainement pas renversé la vapeur. En France, la polémique enfle. La très récente diffusion du long métrage aurait avantagé les listes écologistes.

 

Quoi qu’il en soit, le PS devrait selon toute vraisemblance prendre les rênes des négociations et dominer le jeu politique. La Région wallonne et la Communauté française ne lui échapperont sans doute pas. Le recul enregistré est partiellement à mettre sur le compte des scores historiques de 2004.

 

Du côté du MR, on se gargarise du succès à Bruxelles et on tente de masquer sa déception. Les libéraux visaient à remplacer les socialistes sur l’échiquier wallon. Il n’en est rien. En outre, l’Olivier (une alliance PS, Ecolo et cdH) semble se dessiner dans les deux Régions, ce qui exclurait donc le MR. La Jamaïcaine (MR, Ecolo et cdH) s’éloigne. 

 

Quant au cdH, il se maintient, en dépit de prévisions apocalyptiques. Le FN, lui, se trouve sous le seuil parlementaire de 5% dans les deux Régions et disparaît totalement du paysage politique.
       
Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article
4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 16:19

La situation. Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs européens font entendre leur voix, crient leur colère et leur désarroi, tentant de faire valoir leurs intérêts. Les uns se plaignent de vendre à perte, tandis que les autres pointent du doigt les politiques menées par l’Union européenne. La crise du lait est au cœur des débats. Certaines manifestations virent à l’émeute. Les insultes et les violences prolifèrent. Le dialogue entre les exploitants agricoles et les représentants semble rompu. Les producteurs et les industriels se regardent désormais en chiens de faïence. Le gouvernement français a désigné deux médiateurs en vue de désamorcer la polémique. Ils doivent faciliter les discussions entre la production et l’industrie pour fixer les prix du lait à court terme et permettre l’installation d’un cadre de négociations plus général. Quoi qu’il en soit, pour l’heure, les grandes surfaces continuent d’être prises pour cible et rien ne semble atténuer l’ire des agriculteurs.

 

Les faits et les revendications. Le prix du lait a chuté, en France, de 30% en un an. Les répercussions au niveau du consommateur s’avèrent ténues, alors que les marges des intermédiaires et des grandes surfaces, elles, progressent régulièrement. Le lait est passé d’un peu plus de 29 centimes le litre en 1998 à un peu moins de 29 centimes en 2007. Pendant ce temps, le prix de vente a augmenté de 12%. Les industriels et les distributeurs absorbent les bénéfices, tandis que le revenu des producteurs s’amenuise. Aujourd’hui, les éleveurs réclament 300 euros pour mille litres, contre 210 actuellement.

 

Le contexte mondial. En 2007, la flambée du prix du lait a dopé la production mondiale, mais la crise économique a freiné la demande. La consommation asiatique s’est effondrée de 30% et le scandale de la mélamine (Chine) n’a rien arrangé. Aujourd’hui, les cours mondiaux des produits industriels (beurre et poudre de lait) demeurent dérisoires et les stocks tiennent la forme. Les besoins des pays émergents et la spéculation frénétique ont pesé sur la hausse des prix, mais, comme pour le pétrole, les marchés se sont retournés.

 

Une concurrence féroce. Les entreprises françaises peinent à suivre le rythme de la concurrence européenne, plus réactive à la baisse. En outre, les transformateurs et les producteurs mettent en cause la loi de modernisation économique, qui permettrait à la grande distribution de tirer les prix vers le bas. Il est également à noter que les distributeurs se livrent à une compétition acharnée, laquelle met à mal les producteurs. En effet, la meilleure façon de baisser les prix de vente reste de rogner le prix d’achat.

 

Les quotas de production. Dans cette crise, un élément se trouve au centre des attentions : les quotas de production (plafonds autorisés). La France plaide pour leur maintien, alors que la Commission européenne s’y oppose. Cette dernière estime que la baisse des prix n’est pas liée au système des quotas, voué à disparaître en 2015. Mariann Fischer Boel, commissaire à l’Agriculture, souligne que, malgré leur hausse, la production n’augmente pas. La crise économique mondiale serait responsable des problèmes touchant au lait. Pourtant, des milliers de producteurs laitiers européens agitent le chiffon rouge de la perte financière et jettent l’opprobre sur les quotas.

 

En France. Le lait représente 60 000 emplois en France. Aujourd’hui, le chômage les guette. Les ministres de l’Agriculture européens ne parviennent pas à accorder leurs violons. Faute de trouver un compromis pour réguler la production du lait à l’échelle des 27, ils permettent à la dérégulation de poursuivre sa route. Michel Barnier, ministre français de l’Agriculture et candidat aux élections européennes, communique beaucoup, met en exergue ses positions, mais ne possède pas le pouvoir de changer la donne. Il tente simplement de flatter 60 000 électeurs potentiels. Ce même Michel Barnier se réjouissait, en novembre 2008, d’un accord trouvé afin de déréguler le marché du lait. Pendant cinq années, les quotas de production seraient relevés de 1%. Ils disparaîtraient totalement en 2015. Ensuite, le lait fluctuerait librement, selon la loi de l’offre et de la demande.

 

La politique agricole commune (PAC). La PAC vise à offrir aux agriculteurs un niveau de vie raisonnable, grâce à des aides diverses. Elle doit également garantir la qualité des denrées alimentaires et la justesse des prix. Son action préserve le patrimoine rural et s’adapte à l’évolution des besoins de la société. La PAC veille donc à la sécurité alimentaire, à la sauvegarde de l’environnement ou encore à l’utilisation rationnelle de l’argent public. Voilà pour la théorie.

 

Quid de la pratique ?  Depuis la réforme de la politique agricole commune, en 2003, les prix sont déterminés par le marché. Des aides directes, versées par le budget communautaire, complètent le revenu des éleveurs. Il existe deux marchés : le national pour les produits frais (lait, beurre, fromage) et l’international pour d’autres produits (poudre de lait). On trouve deux demandes : celle d’une poignée d’industriels (produits transformés) et celle des distributeurs (lait liquide). L’offre, quant à elle, repose sur 100 000 éleveurs regroupés en quelques centaines de coopératives. Le marché régule très mal. La demande s’adapte au prix, alors que l’offre reste constamment en décalage. Lorsque les prix augmentent, les éleveurs temporisent avant d’ajuster la production. Ils veulent s’assurer que la situation est durable avant d’agir. Et quand les prix baissent, les producteurs souffrent encore davantage. Le chômage économique ne s’applique pas aux vaches !  Lorsque le marché devient défavorable, les éleveurs ne peuvent plus vivre de leur production et l’aide européenne s’avère capitale. Une dépendance financière s’installe. En outre, la Commission doit multiplier les aides à l’exportation pour éliminer les surplus, ce qui ampute le budget de la PAC. Deux pistes ont vu le jour au fil des discussions : répartir les aides avec plus de justesse et soutenir les revenus des éleveurs par le budget national. Par conséquent, les grandes cultures perdraient des appuis financiers au profit des petites exploitations et on assisterait à un cofinancement généralisé de la PAC, communautaire et national. Pour des raisons budgétaires, cette dernière possibilité froisse les pays où l’agriculture est très développée. En tout cas, le retour à la PAC administrée et aux quotas paraît illusoire. Les pays qui, comme la France, ont opté pour un modèle de petites exploitations, réparties sur tout le territoire, doivent compenser un certain coût. Les dépenses relatives à l’équipement sont les mêmes qu’ailleurs en Europe, mais la production est moins importante. Par contre, certains États parviennent à tirer leur épingle du jeu. Ainsi, la réactivité des éleveurs allemands est meilleure, car les prix s’adaptent instantanément au marché. Le prix du lait, national, dépend de celui de la poudre de lait, international. Il n’y a donc aucun décalage.

 

Des pistes de réflexion. De nouveaux modes de commercialisation et de négociation pourraient apparaître. Les ventes directes, assurées par des camions de distribution, permettraient, en se généralisant, de régler des situations locales épineuses. Quant aux prix, la contractualisation pourrait remplacer les quotas. Mais il faudrait alors que les éleveurs étoffent leur voix, car les négociations déséquilibrées pullulent.

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Économie
commenter cet article
27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 13:26
Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Liens
commenter cet article
2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 14:26

Le travail concerne la première saison.

 

 

Six Feet Under

Six pieds sous terre

2001-2005 – 5 saisons – 63 épisodes 

Créé par Alan Ball

Genre : Drame, Comédie  

Format : 42’ 

Nationalité : Américaine

Avec Peter Krause (Nate Fisher), Michael C. Hall (David Fisher), Frances Conroy (Ruth Fisher), Lauren Ambrose (Claire Fisher), Freddy Rodriguez (Federico Diaz), Rachel Griffiths (Brenda Chenowith)

 

 

Synopsis général
 

Alors qu’un réveillon de Noël traditionnel se profile à l’horizon, Nathaniel Fisher, marié et père de trois enfants, est victime d’un accident de voiture et y laisse la vie. Il lègue une société mortuaire à sa famille. La gérer n’est pas chose aisée. Le sort ne ménage pas les Fisher. Leurs préoccupations s’accumulent…

 

 

Synopsis avec mon point de vue 

 

Les Fisher s’apprêtent à vivre un Noël comme les autres. Mais un événement malheureux vient troubler leurs habitudes. Nathaniel, le père de famille, décède des suites d’un accident de voiture. L’entreprise familiale, active dans les pompes funèbres, tombe entre les mains de David et Nate, deux frères que tout oppose. Des changements radicaux s’opèrent. L’atmosphère, froide et anxieuse, peine à dissimuler les secrets des uns et les difficultés des autres. Savant mélange de réalisme, d’humour noir et d’histoires surprenantes, Six Feet Under réussit le pari de combiner l’intelligence scénaristique et l’insolence.



 

 


La critique

 

Gérer une entreprise de pompes funèbres entraîne quelques inquiétudes et nécessite une volonté de fer. Les Fisher en savent quelque chose. Cette activité professionnelle met leur patience à rude épreuve. De plus, le quotidien ne les épargne pas. Chacun d’entre eux doit affronter ses démons et surmonter ses problèmes.

 

La société mortuaire permet de mettre en lumière quelques problèmes sociétaux. La solitude, les gangs ou encore la rupture familiale font tous l’objet d’une histoire marginale, directement liée à un défunt ou à ses proches. Ce procédé donne au public l’occasion de méditer sur des points épineux.

 

L’entreprise familiale, capitale pour l’écriture de la série, provoque des émotions variées. Les confidences fusent. Le spectateur écoute les ressentiments des uns et observe la détresse des autres. Vivre dans un tel milieu occasionne quelques séquelles.

 

Une délicieuse indécence s’associe à un humour noir ravageur. L’ironie et le cynisme s’activent. Six Feet Under puise sa force dans sa singularité, son esprit. La dérision accompagne le sérieux. Le second degré marche à plein régime. En dépit des apparences, l’histoire ne pèche pas par naïveté. Au contraire. Elle émet quelques contestations prononcées. Le conservatisme, l’homophobie, la religion, la drogue, l’armée ou encore la famille sont sous le feu des projecteurs. La série se moque de la superficialité et du divertissement facile. La maturité et la réflexion envahissent son univers cocasse.

 

Les griefs familiaux et le poids des apparences ouvrent le bal. Ensuite, peu à peu, le public découvre la véritable nature des personnages. Ruth, mère de famille conservatrice, a commis un adultère. Ses idées évoluent progressivement. Elle met son intransigeance entre parenthèses. David, lui, incarne la rigidité. Il n’assume pas son homosexualité, jalouse son frère et entame une lente déchéance. Nate, par contre, paraît insouciant et anticonformiste. Cependant, cette impression se révèle rapidement fausse. Enfin, Claire, la cadette, multiplie les dérapages. Elle expérimente le sexe et la drogue. Elle semble lucide et fragile. Elle ne trouve pas sa place dans la famille et ne se confie qu’à son psychologue. Les principaux personnages, tous intéressants et complexes, ne se ressemblent pas. Le scénario souligne leurs caractéristiques et leur richesse.

 

L’argent gouverne le monde. Six Feet Under le sait. Le marché mortuaire, lucratif, ne déroge pas à la règle : des requins à l’appétit insatiable tournent autour de leurs proies. Quant à l’engagement religieux de David, il ressemble étrangement à une stratégie commerciale. Les principes financiers devancent désormais les valeurs morales…

 

Lorsqu’une caméra s’attarde sur l’homosexualité, les stéréotypes et l’autocensure se manifestent souvent. Six Feet Under ne tombe pas dans le piège et s’attache à dépeindre la situation objectivement. La série rejette le détachement et la condescendance. En outre, quand la fidélité de Federico vacille, le spectateur s’interroge sur l’importance de l’amitié et du respect. L’entreprise familiale peut-elle perdre cet employé, très apprécié pour ses qualités humaines et professionnelles, à cause d’une poignée de billets ?

 

Au fil des épisodes, le mystère qui entoure Brenda, la petite amie de Nate, prend une ampleur considérable. Une question taraude le public : qui est-elle réellement ?  Le comportement de ses parents, les révélations énigmatiques et la santé de son frère intensifient l’intrigue.

 

Chaque épisode, durant ses premiers instants, raconte la mort d’un personnage. Ensuite, les Fisher s’occupent de la restauration du cadavre et organisent les cérémonies traditionnelles. Il faut ajouter à cela les tracas quotidiens et des événements privés souvent surprenants. La vie donne du fil à retordre aux différents protagonistes.

 

Des hallucinations répétées influent incontestablement sur la conduite de certains personnages. Régulièrement, ces derniers discutent avec des défunts. Cela bonifie l’histoire et provoque quelques scènes riches en enseignements. Ces visions permettent au public de mieux comprendre les uns et de découvrir les tourments des autres.

 

Six Feet Under peut se targuer de ses immenses qualités. La narration et la mise en scène soutiennent un scénario étonnant. La réussite est totale. Les surprises s’enchaînent et le suspense s’accroît. Dès le premier épisode, l’histoire tient en haleine. Les nombreux flash-back fournissent quelques précieuses informations sur le passé des personnages et clarifient la situation. La série ne s’essouffle pas. Grâce aux rebondissements et aux énigmes, elle demeure attractive et passionnante. 





 

Analyse de deux personnages

 

 

Nate Fisher

 

Nate est l’aîné des enfants. Il paraît décontracté et étourdi. Les faits démentent rapidement cette première impression. Derrière sa nonchalance se trouvent des blessures profondes. Plusieurs confidences tendent à le démontrer. 

 

Il quitte tôt le cocon familial. Il ne supporte pas l’austérité et la fadeur qui y règnent. Par la suite, le décès de son père bouleverse sa vie. Il doit désormais faire face à ses pires craintes : rejoindre sa famille et se consacrer à l’entreprise de pompes funèbres. Après quelques hésitations, il exauce le souhait de son père. Il accepte de diriger la société familiale avec son frère David. Il s’établit donc à Los Angeles. Brenda, sa nouvelle compagne, semble motiver cette décision.

 

Nate prend goût à sa nouvelle vie. Il s’implique dans l’entreprise et refuse de la vendre malgré des offres alléchantes. Il s’attache à Brenda et semble s’épanouir à ses côtés. Il parvient à contenter David et à trouver sa place.

 

Dès les premiers instants, la relation entre les deux frères se révèle compliquée. Tout semble les opposer : les valeurs, les habitudes, le comportement… Lorsque Nate hérite d’une partie de l’entreprise familiale, David crie au scandale. Les deux personnages entretiennent des rapports orageux. Cela dit, au fur et à mesure, la tension s’apaise et ils se rapprochent.  

 

Nate fait preuve de tolérance et de patience à l’égard de Brenda. Lorsque le torchon brûle et que le malaise s’installe, l’amour ne tarde jamais à les réconcilier. Il paraît évident que c’est ensemble qu’ils doivent affronter les difficultés. Malgré des problèmes passagers, cette relation semble les stabiliser.

 

Nate, personnage tourmenté, trompe souvent les apparences. Ses états d’âme restent longtemps insoupçonnés. Il se responsabilise au fil des épisodes. La complexité de sa relation amoureuse l’affecte. Sa sensibilité prend le pas sur son indifférence factice à plusieurs reprises. Il enquête sur son père et tente de découvrir ses secrets. Il semble regretter de ne pas le connaître davantage.




 

David Fisher

 

David endosse le costume du jeune homme raisonnable, consciencieux et fréquentable. Il se consacre pleinement à Fisher & Sons, l’entreprise familiale. D’ailleurs, il a abandonné ses études afin de seconder son père. Il s’investit dans sa paroisse et semble incarner la bonté.

 

Il faut se méfier des apparences. En dépit de son air amical et conventionnel, David accumule les affres, les douleurs et les erreurs. Incapable de communiquer avec sa famille, il s’écarte peu à peu de ses proches. Il traîne son homosexualité comme un boulet. Il ne s’assume guère. Il aspire à affirmer sa réelle identité, mais culpabilise énormément. Il jalouse Nate, car ce dernier a saccagé les règles en vigueur et la hiérarchie établie. Il refuse de partager son pouvoir.

 

Tiraillé entre la religion et ses orientations sexuelles, empêtré dans une relation conflictuelle avec Keith, David a du mal à sortir la tête de l’eau. Le business familial ne lui facilite pas la tâche. Au contraire. La dureté du travail et la malveillance de certains concurrents le troublent. Lentement, il sombre dans la dépression. Il expérimente la drogue et trahit publiquement ses intimes convictions.

 

Malgré tout, David évolue progressivement. Il se rapproche de Nate. Il se fait violence et commence à s’assumer. Dès lors, le personnage devient plus intéressant et gagne la sympathie du public.

 

Désorienté, David ne semble pas en paix avec lui-même. Il aime la stabilité, mais sa vie le conduit aux turbulences. Il doit révolutionner sa conception du monde afin de s’épanouir réellement.

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
commenter cet article
2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 14:22
Le travail concerne la première saison.

 

 

The 4400

Les 4400

2004-2007 – 4 saisons – 45 épisodes

Créé par René Echevarria et Scott Peters

Genre : Drame, Fantastique

Format : 42’ 

Nationalité : Américaine

Avec Joel Gretsch (Tom Baldwin), Jacqueline McKenzie (Diana Skouris), Peter Coyote (Dennis Ryland), Mahershalalhashbaz Ali (Richard Tyler), Laura Allen (Lily Moore), Patrick Flueger (Shawn Farrell), Chad Faust (Kyle Baldwin), Conchita Campbell  (Maia Rutledge)

 

 

Synopsis général

 

Des milliers de personnes ont mystérieusement disparu durant le vingtième siècle. Soudainement, elles réapparaissent suite à la venue d’une boule de lumière. Comment 4400 personnes ont-elles pu revenir simultanément ?  Pourquoi n’ont-elles pas pris la moindre ride ?  Plusieurs questions hantent le monde et, plus particulièrement, le NTAC, qui enquête sur les revenants. Les 4400 ne se souviennent de rien. Ils tentent, vainement, de reprendre une vie normale…

 

 

Synopsis avec mon point de vue 

 

Des milliers de personnes, disparues durant le vingtième siècle, réapparaissent soudainement. Elles n’ont pas vieilli et ne se souviennent de rien. Le NTAC souhaite lever le voile sur ce mystère. Deux agents, Tom Baldwin et Diana Skouris, enquêtent sur ces événements, pour le moins troublants. Intrigante et maligne, cette série propose, astucieusement, une approche intergénérationnelle du monde, une analyse des cercles familiaux et une lutte contre le racisme ou la diabolisation. 




 

La critique

 

Suite à la réapparition de 4400 personnes, descendues du ciel, certaines questions s’imposent. Sont-elles là pour rendre le monde meilleur ou, au contraire, pour y mettre un terme ?  La quête de la vérité met en lumière une suspicion accablante, des actes peu glorieux et un arsenal de comportements humains.

 

Pour mener l’enquête, deux personnes sont désignées : Tom Baldwin et Diana Skouris. Intègres et consciencieux, ils tentent ensemble de rassembler des informations sur les revenants et de dévoiler leurs réelles intentions. Les événements apportent quelques explications. Plusieurs théories se dessinent. L’une d’entre elles semble l’emporter : l’effet domino. Par leurs actions, les 4400 participeraient à l’amélioration du monde. Certains de leurs gestes, en apparence condamnables, peuvent se révéler positifs. Les aptitudes surhumaines qu’ils ont mystérieusement acquises seraient donc une bénédiction.

 

Cette première saison permet d’observer l’évolution de quelques personnages aux trajectoires inconciliables. Carl Morrissey pense être investi d’une mission : débarrasser un parc de ses voyous. Après sa mort, certains entendent perpétuer son acte. D’autre part, le retour d’Olivier Knox marque la reprise des assassinats dans la petite ville de Friday Harbor. Simple meurtrier avant sa disparition, il possède désormais le pouvoir de convaincre les autres d’agir à sa guise. Ces deux exemples, parmi beaucoup d’autres, nourrissent l’intrigue et développent l’ambiguïté qui entoure le retour des disparus.

 

Dans la lignée de la trilogie X-Men, Les 4400 combat subtilement le racisme et prône d’honorables valeurs. Les revenants provoquent une réaction populaire excessive, baignant dans une stupidité éloquente. Une effroyable intolérance semble s’emparer du monde. Une haine gratuite s’élève et s’oppose aux différences, aux singularités. Les 4400 sont victimes d’attentats inadmissibles. Malgré un manque d’informations à leur sujet, sans entamer le moindre dialogue, certains commettent des actes immondes à leur encontre. En dénonçant ces comportements méprisables, la série véhicule certaines vertus.

 

L’histoire de Maia, une fillette revenue avec le don de prédire l’avenir, illustre quelques difficultés propres aux 4400. Isolée dans un monde où elle ne connaît personne, rejetée par sa famille d’accueil en raison de son aptitude, elle trouve refuge auprès de Diana Skouris. Lorsqu’elle tente de s’intégrer, ses maigres espoirs volent en éclats. L’école qu’elle fréquente redoute de devenir la cible d’attentats. Maia n’est plus la bienvenue…

 

Du bonheur d’une famille qui retrouve un être aimé jusqu’au désespoir de ceux qui ne peuvent compter sur personne, Les 4400 filme les émotions suscitées par des événements dramatiques. La série réfléchit à propos du choc des générations. Richard ne s’habitue pas à un monde ouvert et davantage égalitaire. Carl, lui, ne supporte pas la dégradation de son quartier et l’essor de la délinquance. Même Shawn, pourtant disparu peu de temps, ne parvient pas à trouver sa place. Ceux qui l’entourent lui tournent le dos. Par ailleurs, la perception occupe le cœur des débats. Lorsque de fervents détracteurs tentent d’attenter à la vie des 4400, regroupés en nombre dans un même complexe, ces derniers passent du statut de menaces à celui de victimes. En outre, l’énigmatique Jordan Collier pose des problèmes. Il est difficile de se prononcer à son sujet, tant il s’avère complexe. 

 

Les 4400 est une série fantastique. Certes. Elle renferme surtout un incroyable réalisme. La réaction des hommes, la complexité des sentiments humains, la rupture familiale, la peur collective ou encore l’arrivisme : tout est passé au peigne fin. Entre l’imagination débordante des uns et la compassion des autres, les revenants ont du souci à se faire. Le pénible retour de Richard et Lily attriste. L’attitude de Barbara Yates, une journaliste peu scrupuleuse, indigne. L’agressivité envers les 4400 dépite. La haine, réelle ou virtuelle, afflige. 

 

Série attachante et appréciable, Les 4400 ne frôle sans doute pas la perfection, mais peut néanmoins s’appuyer sur son dynamisme et son intelligence. La narration est intéressante. Régulièrement, de nouveaux personnages font leur apparition. De nombreuses questions restent en suspens, ce qui renforce l’intrigue et attise l’attention. Le scénario, solide et habilement ficelé, fait la part belle à quelques grands thèmes : l’amour, la famille, le travail, le bien, le mal, le respect des minorités… Les personnages sont tantôt riches, tantôt simplistes. La mise en scène, efficace et réussie, augmente l’intérêt de la série. Par contre, quelquefois, le jeu des acteurs n’est pas à la hauteur. Certaines interprétations manquent de charisme et de présence, ce qui nuit indéniablement à l’ensemble.

 



 



Analyse de deux personnages

 

 

Shawn Farrell

 

Shawn Farrell fait partie des 4400. Des inimitiés tenaces incommodent son retour. Déconnecté du monde, il ne parvient pas à s’adapter à sa nouvelle vie et à trouver sa place. Il ignore les tendances estudiantines et ne manifeste pas les mêmes préoccupations que ses pairs. Régulièrement méprisé, il doit subir des commentaires corrosifs.

 

Son frère, Danny, a désormais le même âge que lui. Leurs rapports laissent à désirer. Le rapprochement entre Shawn et Nikki, la petite amie de Danny, contribue à détériorer davantage la relation fraternelle. Leur liaison, secrète, éclate au grand jour. Une altercation entre les deux frères s’ensuit.

 

Shawn bénéficie d’un don de guérison. Il s’en sert afin de sortir son cousin, Kyle Baldwin, du coma. Son aptitude ne s’arrête pas là. Il peut également « aspirer » la vie des gens. C’est le revers de la médaille. 

 

Aux liens familiaux tendus s’ajoutent les reproches de Tom Baldwin, son oncle. Shawn doit faire face aux incriminations et aux sarcasmes. Compte tenu des circonstances, il garde la tête froide et un comportement exemplaire. 

 

Il figure parmi les personnages centraux. Sa gentillesse et sa droiture accentuent l’injustice dont il est victime. Il apparaît désorienté et quelque peu dépassé par son nouveau pouvoir. Son parcours rappelle qu’il est difficile d’affronter la cruauté du monde et de troubler le statu quo émotionnel. Sa réapparition redistribue les cartes. 

 

Psychologiquement, le déroulement des événements doit laisser des traces. Shawn remarque que ses proches visitent des sites Internet haineux consacrés aux 4400. Devant son domicile, des manifestants l’assaillent de reproches. Aux yeux de beaucoup, il s’apparente à un monstre. Le sort semble s’acharner sur lui. 

 

 

Tom Baldwin

 

Au début de Les 4400, Tom Baldwin semble au bout du rouleau. Il a laissé de côté sa vie affective et sa profession. Il passe ses journées au chevet de son fils Kyle, dans le coma depuis trois ans. Alors que son couple bat de l’aile, sa carrière, elle, rebondit grâce au retour des disparus. Il intègre le NTAC et enquête sur les revenants. Il fait équipe avec Diana Skouris. Les deux personnages se rapprochent au fil des épisodes. 

 

Tom est juste, vertueux et intelligent. Son expérience, son franc-parler et son empathie servent lors des différentes investigations. Il est d’ailleurs l’un des premiers à découvrir les talents des 4400, notamment grâce à Shawn et Orson Bailey. Tous s’accordent à dire qu’il est le meilleur agent du NTAC. 

 

Tom Baldwin est un modèle de courage et de détermination. Il n’hésite pas à employer la manière forte pour défendre ses proches et ses convictions. Warren Lytell en a légitimement fait les frais. Son amour pour Kyle et sa volonté d’en savoir plus sur son coma le poussent à enquêter sur les 4400. Dès le lancement du premier épisode, son évolution prend forme et alimente l’intrigue.

 

L’implication de Tom dans son travail est presque totale. Obsédé par les 4400, il s’évertue à percer leur mystère, quitte à négliger sa famille. Il a du mal à faire la part des choses et à trouver un compromis entre sa vie privée et sa carrière.

 

Lorsque Kyle rentre au bercail, Tom traverse des heures difficiles. Il espérait, vainement, retrouver une situation stable et traditionnelle. Il déchante rapidement. Rien n’est plus pareil. Son fils, complètement déboussolé, arbore un comportement pour le moins étrange.

 

Multipliant les heures de travail pour oublier ses tracas, Tom Baldwin carbure au désespoir. Symbole de la justice et de l’intégrité, il refuse les attitudes discriminatoires. 

 

Il s’agit indéniablement d’un personnage primordial, sans lequel la couleur de la série serait tout autre.

 

Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
commenter cet article
2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 14:00

Le travail concerne la première saison.

 


 

Oz

1997-2003 – 6 saisons – 56 épisodes

Créé par Tom Fontana

Genre : Drame

Format : 50’

Nationalité : Américaine

Avec Adewale Akinnuoye-Agbaje (Simon Adebisi), Terry Kinney (Tim McManus), Ernie Hudson (Leo Glynn), J.K. Simmons (Vern Schillinger), Eamonn Walker (Kareem Saïd), Lee Tergesen (Tobias Beecher), Dean Winters (Ryan O’Reilly), Kirk Acevedo (Miguel Alvarez)

 

 

Synopsis général

 

Emerald City est un quartier expérimental, situé dans une prison surnommée « Oz ». On doit ce projet à Tim McManus, un idéaliste qui rêve d’améliorer les conditions de vie des détenus. Cependant, à huis clos et dans une atmosphère oppressante, les prisonniers se retrouvent rapidement dans leurs derniers retranchements. L’espoir laisse place à la résignation. L’enfer est pavé de bonnes intentions…

 

 

Synopsis avec mon point de vue

 

Emerald City, quartier expérimental d’une prison communément appelée « Oz », possède un lot d’âmes déchues. Avec l’idée d’améliorer la vie des détenus, Tim McManus a mis sur pied ce qui ressemble étrangement à un véritable enfer. Dans cet endroit terrifiant, des individus de toute espèce se côtoient. Certains y rendront leur dernier souffle. Partagés entre leur instinct de survie et l’ambition de diriger les lieux, peu hésitent à multiplier les coups bas et les manipulations sordides. Tom Fontana s’interroge sur la psychologie humaine et remet en question les grands principes des systèmes judiciaire et carcéral. Il nous plonge dans un univers où chacun doit mettre ses états d’âme entre parenthèses pour mieux se prémunir contre les issues tragiques.

 

 

 

La critique

 

Emerald City vise à améliorer les conditions de vie des détenus et à les aider en vue d’une éventuelle réinsertion. C’est dans cette optique que des réunions anti-drogue ou des cours pédagogiques sont mis en place. Malheureusement, cela ne suffit pas à révolutionner un microcosme en proie aux maux les plus extrêmes. 

 

Dans ce milieu carcéral impitoyable, des hommes de tout poil se côtoient et se livrent aux pires agissements. La décadence du bien et le triomphe du mal se mélangent. Les histoires s’entremêlent, tandis que les personnages bouleversent leurs habitudes, passent d’un camp à l’autre et perdent tout repère. Oz a placé la nuance et la modération sous écrou. Pour exhiber le comportement troublant de l’être humain et dénoncer des anomalies inhérentes à notre époque, il faut donner la parole aux attitudes radicales, à l’horreur la plus totale. La dignité et la bonté deviennent des denrées rares. 

 

Oz n’est pas une série comme les autres. Elle se différencie par sa noirceur, sa violence et, surtout, son engagement. Elle symbolise la dérive du système carcéral et devient, à certains égards, sa critique la plus féroce. Tobias Beecher personnifie cette contestation. Cet homme respectable a commis une erreur, sous l’emprise de l’alcool. En prison, il se mue en un individu dénué de sentiments, amer et polytoxicomane. Il atterrit à Emerald City avec une dépendance : l’alcool. Là-bas, il s’adonne à d’autres drogues, multiplie les assuétudes, perd sa famille et sa naïveté. 

 

À Em City, l’espoir étouffe entre des criminels notoires, des personnages sans scrupules et des matons corrompus. Oz reflète une société qui produit des délinquants, mutile nos rêves et enfante des désastres. La série s’attarde sur les relations humaines et sur les comportements. Un savoureux mélange de réalisme et de pessimisme permet de mettre en exergue la psychologie des hommes. Dans la prison, les clivages raciaux et religieux mènent la danse. La drogue, elle, dicte ses exigences aux uns et détermine les craintes des autres. Les combines sournoises se cachent derrière les ententes de façade. La volonté de contrôler les lieux gagne les esprits. Ryan O’Reilly, fin manipulateur, tire son épingle du jeu. Est-ce une surprise ?  Pas vraiment. Le principe selon lequel le bien triomphe toujours n’a pas sa place dans Oz. Le mal est un outil bien plus efficace. 

 

Cette première saison présente différents visages. Les épisodes thématiques succèdent aux classiques et vice versa. Le public découvre les personnages, s’imprègne de leur passé et se familiarise avec eux. Rien n’est laissé au hasard. Le suspense augmente progressivement. La trame, pertinente, suscite l’intérêt. L’atmosphère pesante et les événements qui émaillent le récit laissent à penser que les protagonistes se dirigent vers le pire, sans savoir de quoi il s’agit. La violence de certaines scènes peut secouer les âmes sensibles. La caméra absorbe la tension et plonge le public dans le quotidien oppressant des détenus. Un cercle vicieux condamne les prisonniers, impuissants, à participer à un jeu macabre qui veut que la déchéance des uns provoque, par ricochet, la mort des autres. Les personnages évoluent constamment. La brutalité prend le pas sur la conscience et l’humanité. Par ailleurs, la technique joue un rôle primordial. Elle n’est pas étrangère à la qualité de la série : montage parallèle entre une exécution et des ébats sexuels, gros plans angoissants, position de l’objectif… 

 

La narration, riche de rebondissements, se situe entre l’honnêteté et la complexité. Cette première saison, pleine et cohérente, propose un réalisme scénaristique qui met l’accent sur les déboires de l’homme. Em City provoque de profonds changements comportementaux. Les crapules étoffent leurs rangs. On ne peut s’empêcher de s’attacher à elles, ce qui constitue un véritable coup de force.

 

Kareem Saïd, religieux aux idées bien arrêtées, est un personnage-clé. Il incarne l’ambiguïté de Oz. Sous de fausses apparences, construites à base de paix, de modération et de respect, il représente l’écorché vif par excellence. La peur et la haine l’habitent. Il rappelle que la méfiance doit toujours être de mise. Les bons sentiments peuvent rapidement s’effacer au profit d’idées malsaines. Kareem Saïd demeure une énigme. Sa soif de pouvoir va à l’encontre de ses convictions confessionnelles. Il prône la paix, mais prépare la guerre. Obscur et contradictoire, il fait partie de ceux dont on ignore les intentions réelles.

 

Augustus Hill, par ses nombreux apartés, renforce le malaise et l’incompréhension du public. Avec lucidité et détresse, il observe la routine pénitentiaire et exprime ses sentiments. Le brin de folie qu’il exhibe traduit la philosophie de la série. La rationalité est en déclin. La déraison ouvre ses portes. 

 

Oz passe en revue les politiques carcérales. Le gouverneur James Devlin encourage, malgré lui, les émeutiers dans leur démarche, en adoptant des mesures restrictives, voire liberticides. De ce fait, le public constate que certaines règles poussent les détenus à la brutalité, la sauvagerie et l’irresponsabilité. 

 

La candeur de Père Ray Mukada et de Sœur Peter Marie tranche nettement avec le quotidien pénitentiaire. La rédemption paraît utopique. Alors que Miguel Alvarez semble prendre conscience de ses manquements, le rouleau compresseur carcéral le propulse à la tête des émeutiers. Il vacille entre deux visages et peine à trouver sa voie. Il ne s’agit pas d’un cas isolé…

 

Subtilement, une grande quantité de thèmes sont traités au fil des épisodes : les relations familiales, l’homosexualité, la célébrité, les organisations criminelles, la culpabilité… Oz s’intéresse aux hommes et accorde une attention particulière à leurs idées et leur comportement. La drogue tient le haut de l’affiche. Tom Fontana proteste contre l’usage de stupéfiants. La cinématographie lui offre la possibilité de blâmer les insuffisances sociétales et carcérales. L’accoutumance s’installe ; plusieurs détenus frôlent la dépravation et se délabrent. Ils développent une inhumanité qui pousse à la réflexion. Par ailleurs, lorsque la série pose un regard sur la religion, elle laisse le public perplexe. La pertinence du traitement filmique provoque des réactions et ouvre les débats. 

 

Le vice s’éclipse parfois afin de permettre à la bienfaisance de s’exprimer. L’évolution positive de Jefferson Keane revigore l’espoir et transgresse les lois du fatalisme. Après un parcours chaotique, il change son fusil d’épaule et envisage son exécution comme la fin d’une guerre mortifère entre clans rivaux. Il accepte sa peine et espère qu’elle contribuera à la paix. Songer à la repentance et au progrès n’est donc pas exclu.

 

En conclusion, Oz est une série ingénieuse qui présente une conscience sociale rarissime. Em City ouvre une fenêtre sur l’homme et déverse des constats alarmants. C’est en montrant la violence et la résignation que Tom Fontana préconise la quiétude et le courage. 



 

Analyse de deux personnages 



Tim McManus
 

Tim McManus, visionnaire aux idées respectables, a imaginé un système pénitentiaire destiné à améliorer le quotidien des détenus. Il pense pouvoir changer les hommes, à force de courage et de détermination. Malheureusement, son projet s’avère utopique et brise sa naïveté. Dès lors, sa frustration et sa colère apparaissent au grand jour. 

 

Tim McManus rêve de révolutionner les politiques carcérales et de bonifier les prisonniers. Il se bat pour concrétiser ses ambitions et n’hésite pas à s’opposer à ses supérieurs hiérarchiques. Il estime que le gouverneur Devlin nuit à ses intentions en imposant des mesures limitatives. Altruiste résolu, il se heurte régulièrement aux détenus, lesquels l’agacent par leur manque de volonté et de conscience. 

 

Il mène une vie sentimentale tumultueuse. Il entretient une relation avec une gardienne. Sa grande implication dans la prison l’empêche de vivre normalement. Les schémas familiaux traditionnels s’accordent mal avec ses habitudes. 

 

Tim McManus représente, à bien des égards, l’antithèse du gouverneur Devlin. Les deux hommes ne partagent pas les mêmes priorités. Alors que McManus a tout de l’idéaliste chevronné, James Devlin, lui, paraît insensible, carriériste et vaniteux. Durant l’émeute, leurs idées divergent : le gouverneur se montre réfractaire aux compromis, contrairement à son opposant qui considère que les exigences des détenus restent raisonnables.

 

Après l’exécution de Jefferson Keane, McManus se remet en question. Il s’interroge à propos du système qu’il a créé et réfléchit à sa responsabilité quant aux différents meurtres. Ces scrupules l’honorent et tendent à mettre en évidence sa valeur humaine.

 

Les conflits impliquant des bandes rivales, la circulation de la drogue ou encore la corruption des gardiens : tout porte à croire qu’il faut rénover Emerald City. De plus, Tim McManus doit essuyer les remarques des détenus et affronter leurs actes infâmes.

 

Ce personnage, attachant, doit faire face à des événements qui lui sont rarement favorables. Au milieu d’individus abjects, il tente vainement de faire émerger une lueur d’espoir. 




Tobias Beecher
 

Brillant avocat, Tobias Beecher renverse une fillette alors qu’il conduit en état d’ivresse. Par suite de cet accident, il est incarcéré à Emerald City. Sa crédulité lui cause d’énormes problèmes. Il n’est pas préparé à la sournoiserie des détenus. Rapidement, Vernon Schillinger, raciste avéré, feint de vouloir son bien dans le but d’en faire son esclave sexuel. Scarifié, violé et humilié, Beecher sombre dans la drogue et la dépression. Plus tard, il se révolte et souffre d’une folie qui le rend particulièrement dangereux. Il promet à Schillinger de lui mettre des bâtons dans les roues et de torpiller son rêve : rejoindre ses fils. 

 

Tobias Beecher incarne une vive critique du système carcéral. Sa famille s’éloigne de lui ; il se retrouve seul dans un monde dont il ignore tout. Le quotidien pénitentiaire l’incite à consommer différentes drogues et multiplie ses assuétudes. Il s’enfonce dans une folie terrifiante. Il culpabilise et regrette amèrement ses erreurs. Il refuse de se battre pour survivre. 

 

Contraint de se maquiller et de chanter devant les autres détenus, Beecher s’attire les moqueries les plus cinglantes. Toutefois, sa prestation est digne d’intérêt. Après un départ calamiteux, le silence gagne l’assemblée et le spectacle se clôture par une acclamation. Cette scène reflète parfaitement son parcours à Em City : la considération détrône progressivement l’humiliation.

 

Tobias Beecher ne parvient pas à se détacher de son passé. L’intérêt qu’il porte à Jefferson Keane tend à le prouver. Ses habitudes professionnelles resurgissent. Il semble refuser sa nouvelle vie. L’usage de drogues conforte cette hypothèse et constitue le signe d’une insoumission. Il rejette le statut du prisonnier. Peu à peu, la donne change et Beecher évolue. Profondément meurtri, il perd sa sensibilité. Une révolution psychologique s’opère. Elle l’amène à infliger des blessures physiques à Schillinger. 

 

Ce personnage peut troubler : il tombe dans la déraison et devient un monstre dépourvu de sentiments. Sa transformation démontre que la prison va à l’encontre des objectifs qu’elle se fixe : punir les fautifs, sécuriser la société, soulager les victimes ou leur famille, aider les prisonniers en vue d’une éventuelle réinsertion et les responsabiliser. En effet, Beecher devient incontrôlable, dangereux et inhumain. Il s’attaque aux autres détenus. Il n’éprouve plus de remords et réitère ses erreurs. La famille de sa victime nourrit une haine viscérale à son égard et fait montre d’une peine intacte.
 
Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Séries télévisées
commenter cet article
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 10:40
Certains visages demeurent méconnus. Pourtant, ils animent la vie politique, peu importe l’échelle, locale ou internationale. Personnage atypique, Véronique De Keyser (PS) fait partie de ces élus qui œuvrent dans l’ombre. Certes, elle n’est pas célèbre. Elle ne fait ni la une de Voici ni celle de La Libre. Néanmoins, comme peut en témoigner son impressionnant parcours, elle multiplie les combats, agit pour défendre ses convictions et s’active sur tous les fronts. 


Sa trajectoire, peu commune, rappelle qu’une carrière politique est toujours envisageable, à force de courage et de détermination. Véronique De Keyser a fait ses études à l’Université de Bruxelles, en faculté de psychologie. Elle a été nommée chargée de cours à l’Université de Liège en 1984 et y est devenue professeur ordinaire en 1988, puis doyenne de la faculté de psychologie de 1990 à 1998. Après une longue carrière scientifique au niveau international, elle devient membre du Parlement européen. Députée, commissaire aux Affaires étrangères et aux Affaires sociales, elle n’oublie pas pour autant la Belgique : elle est également conseillère communale à Liège. Parallèlement à son parcours politique, elle est professeur extraordinaire à la faculté de psychologie et continue de diriger une équipe pluridisciplinaire d’une trentaine de chercheurs. 


Détailler le C.V. de Mme De Keyser relève de l’exploit : des voyages professionnels qui se succèdent ; des études menées qui paraissent innombrables ; un travail politique immense ; une coopération scientifique et humanitaire avec des pays en voie de développement ; différents ouvrages… Pour des informations complémentaires, il vous suffira de parcourir son site Internet.




 

INTERVIEW



Quelles sont les raisons de votre engagement politique ?

 

En fait, j’ai toujours été engagée politiquement. Je suis sortie de l’université en 1968. Tous ceux qui faisaient la psychologie du travail se sont rapidement politisés. J’ai travaillé quelque temps dans un syndicat. Plus tard, je suis entrée comme chercheur à l’université. J’ai effectué une carrière universitaire, jusqu’à devenir doyen de la faculté de psychologie. 

 

Au départ, j’étais simplement militante socialiste, comme de nombreuses personnes. Un jour, on m’a placée sur les listes électorales. Vous savez, on a besoin de représenter tout le monde : les intellectuels, les métiers manuels, les étrangers… J’étais sans doute là pour l’intelligentsia. Suite à un concours de circonstances qui a bouleversé la législature de l’époque, je suis passée directement du statut de quatrième suppléante à celui de députée européenne !  J’ai pensé que c’était le moment propice pour revenir à mes engagements de jeunesse, les mettre en pratique. J’ai abandonné quelques cours à l’université… Aux élections suivantes, j’étais deuxième sur la liste, derrière Elio Di Rupo.  J’ai continué. Je n’ai jamais regretté ce choix.

 

En termes de flexibilité, c’était fameux (rires). J’étais très réputée dans la psychologie, mais, dans la politique, c’était totalement l’inverse. Il fallait tout reprendre à zéro.

 

 

 

Quelles satisfactions tirez-vous de votre parcours politique ?

 

Les satisfactions viennent plutôt de mon travail politique. J’ai rencontré des personnes exceptionnelles : des femmes en Irak, en Arabie Saoudite ou au Kosovo, par exemple, qui se battent jour et nuit pour avoir un peu de liberté. J’ai été confrontée à une ouverture du monde incroyable : rencontrer des cultures différentes ; prendre conscience des maigres moyens dont disposent certaines autorités pour prévenir les guerres et les catastrophes… Ce contact privilégié avec des cultures, des religions et des pays différents m’a réellement enrichie. Grâce à toutes les expériences que j’ai vécues, je suis devenue une personne transcendée et épanouie.

 

 

 

Avez-vous rencontré des difficultés pendant votre parcours ?

 

Bien sûr !  Les difficultés étaient nombreuses, car je ne suis pas le fruit d’un système politique. Je n’ai pas volontairement choisi de participer à un milieu privilégié, avec ses us et coutumes. Je me suis plutôt penchée sur le travail de terrain, en essayant de garder un contact régulier avec la masse populaire. Faire circuler des consignes de vote, par exemple, n’est pas de mon ressort. Je suis trop maladroite pour cela. Défier la grande machinerie politique avec mes modestes moyens est impossible. Il y a un déséquilibre des forces. Je n’ai pas, à proprement parler, d’organisation politique derrière moi.

 

Par ailleurs, j’ai dû faire face à une autre épreuve : convaincre mes collègues socialistes que je faisais mon travail honnêtement et que je ne voulais pas prendre leur place. Finalement, je suis parvenue à les persuader. Ils sont devenus chaleureux et sympathiques. La politique est un monde ouvert dans lequel le meilleur et le pire se côtoient. 

 

 

 

La méfiance des citoyens à l’égard de la classe politique est un thème récurrent. Qu’en pensez-vous ?

 

C’est vrai. On a souvent une image « politicarde » de la politique. C’est faux. En tant que psychologue du travail, j’ai été stupéfaite par la quantité de tâches à effectuer propre au politique. Tous, peu importe leur rang, travaillent presque incessamment. Dans ce milieu, il est normal de consacrer 15 ou 17 heures quotidiennement à ses dossiers. C’est incontestablement un des métiers les plus difficiles. Vous devez maîtriser absolument tout : gérer la presse, supporter les coups bas, assister à des réunions interminables… Les difficultés familiales sont le lot des politiques. La vie privée passe souvent après la vie publique. L’implication professionnelle doit être totale.

 

Concernant les soupçons de corruption, ils sont très présents. Les affaires de Charleroi, pour ne citer qu’elles, restent des abus, des dérapages. En revanche, je ne peux pas nier qu’une grande méfiance règne entre les hommes politiques. Beaucoup convoitent des postes importants et craignent que leur voisin ne les décroche avant eux. Comme dans une entreprise, les dirigeants politiques sont attirés par l’attraction du pouvoir. Cela dit, je pense sincèrement que les personnes correspondant à ce profil demeurent minoritaires.

 

Enfin, un vieux cliché nous colle à la peau. Certains avancent l’idée que les politiques sont payés à ne rien faire. Cela ne tient pas la route une seule seconde. C’est un mauvais procès.




ANALYSE CRITIQUE DE L’INTERVIEW

 

 

Rédiger un commentaire critique n’est jamais chose aisée. Cela s’avère encore plus complexe lorsque l’objet de l’analyse n’est autre qu’une interview, généreusement accordée par une femme politique, députée européenne de surcroît. Complexe, ça l’est davantage quand on touche à l’engagement personnel, au parcours, aux sentiments, plutôt qu’aux idées et à la philosophie politique. Malgré tout, nier que certains points développés au cours de l’entretien méritent une attention particulière reviendrait à mentir. En effet, plusieurs choses m’ont interpellé.


Le parcours de Véronique De Keyser, étonnant et estimable, ne laisse place à aucun débat. Psychologue de renommée mondiale, elle a su s’immiscer parmi les moteurs de l’Europe et, sans doute, par extension, du monde. Est-ce que sa carrière scientifique lui a ouvert des portes ?  Oui. Elle l’avoue volontiers. Est-ce que cela réduit son mérite ?  Non. L’éminence grise, conseillers spécialisés et intellectuels en tête, distille de précieuses suggestions, multiplie les mises en garde et voit son influence s’accroître d’année en année. Il n’empêche que le politique, parfois, sort les griffes et montre les crocs lorsque l’intelligentsia aspire au pouvoir. Comprenez : leurs intérêts et leurs priorités divergent souvent. Véronique De Keyser a toujours eu la fibre militante. Elle ne doit son premier mandat européen qu’à un concours de circonstances. Certes. Sa reconduction, par contre, n’est pas le fruit du hasard. C’est sur le terrain qu’elle l’a acquise.


Lorsque Mme De Keyser commente ses satisfactions politiques, elle ne s’attarde pas sur la promulgation d’une loi ou la victoire électorale d’un parti. Elle exprime sa fascination pour certaines cultures, son amour pour certaines régions et son respect pour quelques âmes injustement négligées par nos démocraties. La politique peut être calculatrice, insensible et rancunière. Véronique De Keyser prouve qu’elle est également humaine.


Désormais, nous savons que son chemin a été parsemé d’embûches. Il est difficile de trouver sa place dans un système dont on ignore les arcanes. Il reste donc le terrain et l’action politique. C’est là qu’elle semble puiser sa force, quand l’appareil prend ses distances. La députée avoue, à demi-mot, qu’une partie de ses collègues l’ont désavouée. Ils imaginaient qu’elle lorgnait leur poste, rêvant de s’asseoir à leur siège. Finalement, elle a suffisamment manifesté ses bons sentiments pour convaincre les carriéristes que sa volonté n’est pas de marcher sur leurs plates-bandes. Véronique De Keyser réfute la rumeur qui voudrait que le monde politique soit impitoyable. Elle affirme que ses acteurs peuvent se révéler chaleureux et ouverts lorsque les visages deviennent familiers. Ce discours, empreint de modération, paraît irrécusable. Toutefois, ne soyons pas dupes. Derrière cette conclusion, trop simpliste, se cache une pratique notoire : la langue de bois.


Lorsque la députée européenne en vient au sujet qui fâche, la corruption politique, elle respecte une logique implacable. Elle évite d’incriminer son microcosme. Les viles affaires qui le secouent font figure de simples dérapages. Difficile à croire… L’inquiétante multiplication des cas de corruption laisse à penser qu’il s’agit plus d’une gangrène que d’événements isolés. La majorité des politiques travaillent en faisant preuve de sérieux et d’intégrité. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Est-ce pour autant que l’on doit faire l’impasse sur Ehud Olmert, George W. Bush, John McCain, Nicolas Sarkozy, Michel Daerden, Alain Mathot, Pervez Musharraf et consorts ?  Des soupçons, souvent légitimes, pèsent sur une quantité non négligeable d’élus. Cela étant, malgré sa réticence à déprécier la classe politique, Véronique De Keyser n’hésite pas à jeter l’opprobre sur les ambitions démesurées de ses représentants. Le pouvoir suscite l’intérêt, dégrade l’ambiance et attise les conflits. 


À la décharge des hommes politiques, il convient de signaler que la masse de travail exige un investissement total et d’importants sacrifices familiaux. Les salaires, eux, peuvent paraître dérisoires : le privé surclasse indéniablement le public. Cela ne suffit pas à excuser les multiples dérives, mais ça permet d’apporter quelques nuances à nos propos. Après tout, n’est-ce pas précisément pour faire face aux abus que la rémunération des politiques a été maintes fois augmentée ?  L’ingratitude prononcée et la stigmatisation constante dont souffrent les représentants entrent également en ligne de compte. L’ensemble influe sur la droiture des personnalités en place. 


Mme De Keyser s’est contentée de décrire la partie émergée de l’iceberg. Le discrédit de la classe politique trouve son origine dans une panoplie de faits. En outre de la corruption et des clichés habituels, on retrouve pêle-mêle : le fossé qui sépare le quotidien du peuple des préoccupations du politique ; l’écart idéologique entre certains citoyens et les partis existants ; les batailles d’appareil ; la mauvaise réputation de certains élus ; le manque de transparence ; le discours soporifique de certains dirigeants ; les mensonges ; le manque de considération quant aux problèmes sociaux ; le contexte socioéconomique ; la guerre ; l’incompréhension publique…


La position de Véronique De Keyser l’empêche de s’exprimer librement lorsque l’on touche à des sujets épineux. C’est un fait. Malgré cela, la députée s’est montrée honnête, intellectuellement et moralement. Malheureusement, le manque de temps nuit à l’exhaustivité. La brièveté et la superficialité de certaines réponses en sont les fruits.


Repost 0
Published by Jonathan Fanara - dans Politique
commenter cet article

Présentation

  • Jonathan Fanara
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.
  • Diplômé en communication, gestion et arts, agent administratif au CHBAH, pigiste, lecteur assidu et cinéphage presque pathologique. La curiosité est certainement le plus utile de mes défauts.

Recherche